C’est au tour de Jadis sur Internet de faire une contribution à « l’opus unique », l’arc thématique des montages et sélections musicales sur l’Idée Fixe pour avril. L’opus d’aujourd’hui est la cinquième symphonie d’Anton Bruckner, et la performance est « croquée sur le vif » depuis un concert en 1951 de la Philharmopnique de Vienne sous le chef Wilhelm Furtwängler au Festival de Salzbourg.


Furtwängler est un personnage dont le portrait historique semble entaché, et oserais-je dire pour aucune vraie raison. Si la réputation et l’apogée de la carrière du chef d’orchestre coïncide avec Berlin de la Deuxième Guerre Mondiale, les faits et gestes de Furtwängler démontrent qu’il n’est ni un Nazi, et ni un préféré des autorités Allemandes. En 1934, Furtwängler décrit Hitler publiquement comme un " ennemi de la race humaine" et la situation politique en Allemagne comme un "Schweinerei" (littéralement, une «porcherie») .

Le compositeur Paul Hindemith avait été identifié comme un artiste dégénéré par les nazis, et Furtwängler programme Mathis der Maler pour un concert en dépit d’uine interdiction et ce concert déclenche une tempête politique. Les nazis mènent alors une campagne contre le chef, qui démissionne de ses fonctions officielles, y compris ses titres de vice-président de la Reichsmusikkammer et de Staatsrat Prusse et ensuite été forcé par Goebbels d’abandonner toutes ses positions artistiques.

Furtwängler décide alors de quitter l'Allemagne afin de poursuivre sa carrière en Autriche et en Suisse. Les nazis profitent l'occasion offerte par son absence à la tête de la Philharmonique de Berlin pour "aryanizer " l'orchestre et son personnel administratif.

C’est sans doute un cas de « culpabilité par association » qui fait que les autorités américaines attendront plusieurs années avant de « dé-nazifier » Furtwängler. En 1949, l’orchestre symphonique de Chicago choisit Rafael Kubelik comme successeur à Rodzinski comme directeur artistique plutôt que Furtwängler, que les musiciens juifs et la communauté croyaient «inacceptable».

Furtwängler est célébré pour ses interprétations de Beethoven, Brahms, Bruckner et Wagner. Il était aussi un champion de la musique moderne, notamment les œuvres de Paul Hindemith et d'Arnold Schoenberg, et a dirigé la première mondiale du Cinquième Concerto pour piano de Sergei Prokofiev (avec le compositeur au piano) en 1932.

C’est sous sa direction entre 1941 et 1944 que la maison Deutsche Grammophon propose des performances de la majorité des symphonies de Bruckner (sous les orchestres philharmoniques de Berlin et de Vienne). On souligne la cinquième symphonie dans ce projet et l’interprétation «maniaque» de Furtwängler comme inégale. Toutefois, la critique semble préférer cette version à celle que je vous propose aujourd’hui. Tout ça pour dire que la seule opinion qui compote est la vôtre…


Bonne écoute!



Anton BRUCKNER (1824-1896)
Symphonie no 5 en si bémol majeur, WAB 105
Wiener Philharmoniker
Wilhelm Furtwängler, direction
Séance du 19 août 1951 - Festspielhaus, Salzbourg
Source: Public Domain Classic, ca. 2011

(L'hyperlien propose deux plages pour chaque mouvement - une plage MP3 et une plage OGG)

Hyoerlien (Internet Archive) - https://archive.org/details/04SymphonyNo.5InBFlatMajorT

Vendredi le 18 avril, "L’Idée Fixe" vous propose " Méditations sur le mystère de la Sainte Trinité " sur sa chaîne Pod-O-Matic . Lisez notre comentaire sur notre blog.