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Thread: Qui a mis en prose cette musique ?

  1. #21
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    Quote Originally Posted by Irmah Vacharde View Post
    et se ridiculise tout seul, comme un grand.
    Ah, c'est que j'ai eu maints très bons exemples, mon maître !

  2. #22
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    David, le jeune berger ardéchois, sentit de façon instinctive qu’il se passait quelque chose là-haut. Angoissé, il détourna son regard de la lune, qui était ronde et rousse, et fut victime d’un léger étourdissement. Sa tête oscilla cinq petites secondes avant de retrouver son assiette.
    Il songea aussitôt à ce vieux proverbe lozérien : « Les comètes suturent la peau du ciel pendant que les étoiles filantes la tatouent ! »
    Cela signifiait, en gros, que tout ce que l’on ne voit pas existe pourtant. Modeste, il taisait à ses rares connaissances, à son frère, que ces phrases en forme d’adages sortaient tout droit de son esprit fécond et toujours à l’écoute des nuages. Il les attribuait au terroir de régions proches et personne n’osait le contrarier, tant son humilité en aurait été égratignée au passage. Son verbe avait de quoi captiver l’auditoire mais il n’abusait pas de ce pouvoir d’hypnotiseur. Car, quand il s’en donnait la peine, il était capable de donner de la couleur aux mots, et ses chiens obéissaient à des ordres dignes de figurer dans un dico de citations. Il était devenu le collectionneur de ses propres pensées, chacune s’élaborant à la manière d’un bas-relief. D’ailleurs, ses phrases ressemblaient à des frises.
    A la tombée de la nuit, David captait les messages émis par les cumulus, les nimbus, comme on lit son journal, le matin, à l’heure où d’autres partent travailler ou vont à la pêche.
    Les brebis avaient été nerveuses aujourd’hui et il en comprenait, ce soir, la raison. Ces animaux placides avaient jadis motivé le dicton, apparemment.
    Les ténèbres semblaient respirer avec peine et les clins d’œil des étoiles se faisaient moins aguichants. Il devina – ou bien la nature, sa complice, le lui souffla-t-elle – qu’un gros caillou volant avait déséquilibré le bel agencement du cosmos. A force de prier le ciel, il avait fini par en ressentir les tourments. Il le fixait avec une telle intensité qu’il devait aussitôt prendre sa tête entre ses mains, saisi de vertige. Dès lors, bons ou mauvais, les signes restaient-ils imprimés sur sa rétine longtemps après qu’il avait fermé les paupières. Il se murmurait à l’entour qu’il avait le pouvoir de lire l’avenir dans le vol lourd d’un héron cendré, dans les arabesques d’un faucon crécerelle sur le point de fondre sur un campagnol… Où qu’il allât, cette réputation le précédait, ombre anticipant vos pas afin de tester la qualité de la piste. Un jour, un villageois lui avait montré du doigt une bernache nonnette, chef d’escadrille d’une formation d’oies sauvages migrant vers le sud, et lui avait demandé si son battement d’ailes un peu trop saccadé n’annonçait pas, par hasard, le décès d’un parent. Et pourquoi pas une naissance, hein ? L’homme semblait en attente d’un héritage. Un pareil égocentrisme était inadmissible.
    David avait haussé les épaules, s’attirant les foudres du superstitieux pressé de s’enrichir.
    « Ce don doit être nié jusqu’à ta mort, sinon il deviendra trop important et tu perdras cette indépendance à laquelle tu tiens tant. » se motivait-il en solitaire. Il parlait également au vent, à la brume, aux animaux…
    Alors qu’il avait lu le ciel, les premiers symptômes apparaissaient toujours sans trop lambiner, stigmates du désarroi humain face à l’indomptable. Des fourmis dans les doigts, les orteils, pour commencer, puis des acouphènes, ces cigales de l’oreille, et des papillons devant les yeux. Un entomologiste en eût perdu son latin.
    L’an dernier, n’avait-il pas juste eu le temps, dans la nuit, de mettre à l’abri son troupeau tandis qu’un tremblement de terre était sur le point de démolir la bergerie qu’il venait de retaper ? Il s’était levé en catastrophe, avant de constater que c’étaient surtout les bêtes qui l’avaient alerté de la menace sous-jacente, en bêlant. Le concert l’avait carrément éjecté du lit. Il avait d’abord cru à l’attaque d’un loup… mais c’était peut-être dû à l’orage qui grondait, au loin. Il y avait de l’électricité dans l’air et les brebis y sont très sensibles – plus que les humains, en tout cas. Il les avait entraînées au loin, accompagné de ses deux chiens, dans un pré où il assista, impuissant et trempé, au démembrement de sa ferme. Les éclairs illuminaient le paysage par saccades, comme lorsque ses grands-parents lui montraient des diapositives de leur pays natal, l’Espagne.
    Il avait l’impression que c’était hier. Un début de céphalée le ramena de force dans le présent.

  3. #23
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    Je suis en train de me payer un fou rire comme jamais.
    Désolé, mais je ne peux pas dire pourquoi, haha

  4. #24
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    Quote Originally Posted by Irmah Vacharde View Post
    Je suis en train de me payer un fou rire comme jamais.
    Désolé, mais je ne peux pas dire pourquoi, haha
    J'adore aussi la bernache nonnette !

  5. #25
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    Quote Originally Posted by Irmah Vacharde View Post
    Je suis en train de me payer un fou rire comme jamais.
    Désolé, mais je ne peux pas dire pourquoi, haha
    Ca ne fait rien, ne cherchez pas, ne vous excusez pas, un bon fou rire est toujours bon à prendre quelle qu'en soit la cause. Ne vous retenez pas, surtout. Et ce n'est pas forcément un signe d'hystérie.

  6. #26
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    Quote Originally Posted by The Fierce Rabbit View Post
    [/FONT][/COLOR]

    En tous cas, et sauf erreur de transcription, on peut chercher du côté d'auteurs qui, bien que de langue française, semblent la connaître suffisamment mal pour faire du mot féminin 'bernache' un masculin.
    [COLOR=#000000]
    TFR
    Sur ce coup je rejoins l'avis de Thierry, et vous trouve bien sévère
    De très grands écrivains ont pu commettre des fautes de français bien plus graves qu'une erreur de genre comme celle-ci (d'autant qu'il ne s'agit quand même pas d'un mot si répandu ) : regardez par exemple ceci : http://francais-verite.skynetblogs.be/post/6316812/nbsp et en particulier le point 3.4.1, c'est révélateur - mais ça ne remet pas en cause leur talent (enfin, selon moi) !

    Sinon pour l'auteur ... je sèche ...

  7. #27
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    C'est vrai, dès qu'on se montre exigeant, on devient 'sévère' ...
    Il faut faire ce que de plus de plus de gens prônent : simplifier en supprimant tout ce qui n'a aucune utilité pratique. Si on se met à supprimer tout ce/ceux qui est/sont inutiles, ça va faire un sacré ménage !
    That'll be all, folks !

  8. #28
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    Quote Originally Posted by Philippe View Post
    TFR
    Sur ce coup je rejoins l'avis de Thierry, et vous trouve bien sévère
    De très grands écrivains ont pu commettre des fautes de français bien plus graves qu'une erreur de genre comme celle-ci (d'autant qu'il ne s'agit quand même pas d'un mot si répandu ) : regardez par exemple ceci : http://francais-verite.skynetblogs.be/post/6316812/nbsp et en particulier le point 3.4.1, c'est révélateur - mais ça ne remet pas en cause leur talent (enfin, selon moi) !

    Sinon pour l'auteur ... je sèche ...
    Non, Philippe, l'erreur vient de moi. Sachant Thierry féru d'animaux et d'oiseaux en particulier, j'ai voulu changer la phrase en incorporant un oiseau qui ne survole jamais la France. Alors, c'est pour ça que l'intervention du lapin pointilleux est aussi inutile que ridicule, pour ne pas dire autre chose. J'ai un tel respect de la charte

    L'auteur de cet extrait de roman est fort talentueux. Je peux vous mettre sur la voie : c'est le tout début du chapitre I.
    L'autre piège a été souverainementdéniché par le sieur Mah + 2 chiffres.
    J'aurais peut-être dû en incorporer un troisième, mais bon, le masculin à la place du féminin, grave faute qui mérite que l'on rétablisse la peine de mort... on dira que c'était la troisième. Bravo le lapin !

    Bon dimanche.

    PS : Il se murmure chez les athées qu'il y a 666 fautes de frappe dans la Bible

  9. #29
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    Un autre extrait de cette oeuvre impérissable :

    Le démon du rail avait encore frappé, paraît-il.
    Depuis quelque temps, il accumulait les agressions, prenant un malin plaisir à attirer l’attention des médias. Une porte de l’Enfer avait bâillé le temps d’un pet et il avait profité de la fuite de gaz pour s’engouffrer dans la faille béante. Des spéléologues avaient ramené des profondeurs de la planète moult photos de statues de lave sculptées à son effigie par les doigts du feu. L’un d’eux prétendit même l’avoir vu s’admirer, monstre narcissique, dans l’eau bouillonnante d’un lac souterrain ; mais il avait soudain giflé l’onde en poussant un hurlement de damné. Son ombre se désolidarisait parfois de son corps et, gantées de ténèbres, ses mains de lutteur de foire amélioraient en tâtonnant les bustes destinés à baliser l’itinéraire vers la surface. Le miroir mouvant lui avait renvoyé la fantomatique image d’un cyclope au regard mort et dont le front était surmonté d’une double paire de disgracieuses cornes de bouc. Le démon du rail était aveugle et il ne pouvait que deviner (et subir) cette terrible réalité. Il avait été éperonné en songe par une licorne dont la blancheur immaculée irradiait encore dans sa mémoire ; à son réveil, son œil unique avait déserté son orbite, crevé par le rostre torsadé du cheval de légende.
    Les volcans de la Chaîne des Puys avaient certes été secoués, larguant quelques rots de soufre avant de replonger dans leur séculaire état catatonique, mais rien qui n’ébranlât le Massif Central, du cœur aux contreforts. Le « messager de Satan » s’était pointé sur le plancher des vaches afin d’y semer les graines de la terreur – il n’assistait jamais à leur vénéneuse germination. Lorsqu’il survolait le Styx, ses ailes membraneuses largement déployées et claquant au-dessus des bouffées de chaleur, il se rappelait avec fierté le jour où il avait été marqué au fer rouge, au bas du dos, à la naissance de son moignon de queue. Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles, quelquefois oeuvrait pour qu’elles empirassent ou se clonassent. A la fois facteur malchance et distributeur de mauvais points. Son haleine puait la haine, ses yeux crachaient le napalm. Il avait l’esprit du mal dans la peau et son cœur ne battait que pour se nourrir des infarctus d’autrui.
    Mais là, il avait désobéi à son méphistophélique maître qui avait signé, pour une obscure raison, une soixantaine d’années plus tôt, un pacte de paix avec Celui qui trône dans les nuages. Il aimait tellement revêtir la panoplie de l’ennemi public numéro un… La dernière fois qu’il avait « pris l’air », ç’avait été dans le but de catapulter des avions sur des cibles stratégiques américaines. Puissant comme mille mistrals, son souffle de forge avait imposé ses turbulences aux grands ptéranodons d’acier. Il avait toutefois raté son coup car on avait préféré montrer du doigt une ethnie que les Occidentaux avaient dans le nez depuis que les sources de l’or noir se tarissaient. Horriblement déçu, il s’était cantonné dans les accidents dont se repaissaient les fans de faits divers. En France, on adhérait plus volontiers aux déraillements de trains qu’aux crashes d’avions, car ces derniers squattaient toujours la Une, et les chasseurs d’infos franchouillardes ne prisaient guère les gros caractères. A la suite de son séjour aux States, il était retourné prendre des bains de magma car la température extérieure avait jeté un froid au sein de ses entrailles de lave. Et il était revenu, sur un autre continent, s’exposant une fois de plus aux frissons viscéraux. Maintenant, les journalistes du quotidien La Montagne auraient enfin du grain à moudre ; ils n’allaient pas laisser filer pareil filon, hein ? Les meuniers de la plume allaient s’en donner à cœur joie. Et puis, c’était l’occasion de parler de façon moins angélique d’une région qui semblait n’intéresser le bon peuple que lorsqu’il était question de pêche à la truite ou de cueillette de champignons ! A la rubrique des chiens écrasés, il y avait eu, le mois dernier, une chèvre hachée menu par le « Cévenol » alors qu’elle traversait la voie ferrée, dans un tournant, entre deux tunnels – le berger était occupé à renseigner des randonneurs égarés. Mais rien qui ne vaille la peine d’être signalé au-delà des monts d’Auvergne !

  10. #30
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    Je viens d'être contacté par l'Association des bernaches à cous roux de France, se déclarant humiliées par ce masculin qu'elles jugent machistes. Elles pensent réclamer la fermeture du forum au Ministre des oies sous tutelle, monsieur Cygnol.
    Le moins que l'on puisse dire, c'est que leur courroux leur monte au bec, haha

    Va falloir que je vérifie très vite si le démon du rail ne serait pas plutôt une démone de la raillerie, tssssss tsssssss

  11. #31
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    "Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles, quelquefois oeuvrait pour qu’elles empirassent ou se clonassent."
    [COLOR=#000000]

  12. 22/11/2009 19h17

  13. #32
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    Un troisième extrait ?
    Non, je plaisante
    [FONT=Times New Roman]
    (la réponse figurait dans le post supprimé, c'est bête, hein ?)

  14. #33
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    ce masculin ... machistes.
    Je sais : c'est ridicule, pour ne pas dire autre chose. J'ai honte.
    Et là aussi le talent, pour ne pas dire autre chose, excuse tout.

  15. #34
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    Quote Originally Posted by The Fierce Rabbit View Post
    C'est vrai, dès qu'on se montre exigeant, on devient 'sévère' ...
    Il faut faire ce que de plus de plus de gens prônent : simplifier en supprimant tout ce qui n'a aucune utilité pratique. Si on se met à supprimer tout ce/ceux qui est/sont inutiles, ça va faire un sacré ménage !
    That'll be all, folks !
    Mais non, voyons
    Ce que je voulais dire, c'est que pour ce qui était d'identifier l'auteur des lignes proposées, un jugement tel que celui-ci

    Quote Originally Posted by The Fierce Rabbit View Post
    (...) on peut chercher du côté d'auteurs qui, bien que de langue française, semblent la connaître suffisamment mal pour faire du mot féminin 'bernache' un masculin.
    me paraissait en effet sévère et, puisque vous rebondissez sur ce terme (que je maintiens), injuste ! Injustice et jugements hâtifs faisant partie des aléas de notre quotidien contre lesquels j'ai la fâcheuse tendance de m'insurger, j'ai voulu signaler que selon moi les propos tenus étaient excessifs

    Il n'est de même pas forcément obligatoire d'être sévère pour être exigeant ! sinon, que ferait-on de la pédagogie ? j'ai la prétention d'apparaître (dans mon activité professionnelle) comme quelqu'un d'exigeant, mais il ne viendrait (je crois ) à l'idée de personne de me juger comme qqun de "sévère". Ce sont deux choses différentes

  16. #35
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    Quote Originally Posted by Irmah Vacharde View Post
    Non, Philippe, l'erreur vient de moi. Sachant Thierry féru d'animaux et d'oiseaux en particulier, j'ai voulu changer la phrase en incorporant un oiseau qui ne survole jamais la France. (...)
    Cela étant dit, je prends évidemment bonne note de cette information

  17. #36
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    Quote Originally Posted by Philippe View Post
    Cela étant dit, je prends évidemment bonne note de cette information
    Je pense qu'il est plus important de savoir que ces magnifiques oiseaux ne survolent jamais la France que d'ergoter sur une faute de frappe qui transforme le sexe d'un mot. Franchement, la maniaquerie, parfois, c'est d'un ridicule !

  18. #37

  19. #38
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    Quote Originally Posted by Philippe View Post
    Cela étant dit, je prends évidemment bonne note de cette information
    C'est comme si j'avais écrit "un foulque macroule", haha
    Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !
    Mais comment vont faire ces braves bêtes pour continuer de (continuer de... continuer à...) se reproduire si on les met au masculin sur un forum de musique ?



    Philippe, Thierry, z'avez vu, ces (ses ?) grosses papattes ?

  20. #39
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    Quote Originally Posted by Irmah Vacharde View Post
    "Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles, quelquefois oeuvrait pour qu’elles empirassent ou se clonassent."

    L'auteur aurait pu contourner le subjonctif s'il y avait eu lieu, mais comme il n'est pas nécessaire dans cette phrase...

    Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles ; il lui arrivait même d’œuvrer pour les voir empirer ou se cloner.

  21. #40
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    Et puisque tout le monde insiste pour avoir un troisième extrait :

    Parsemé de tessons de bouteilles, un mur d’enceinte de trois mètres de haut en faisait le tour, embrassant un parc en demi-lune étrangement mal entretenu, comme si le jardinier craignait d’abîmer un peu plus les moignons de sculpture qui le « saupoudraient ». Il lui aurait fallu slalomer, un balai dans une main, un arrosoir dans l’autre, pour épousseter les « épaves » et donner à boire aux œillets d’Inde.
    C’est lui qui avait engendré ces métaphores, un soir de beuverie au bar du village le plus proche, celui qui n’avait pas de nom.
    – On dirait que la terre a été saupoudrée de détritus largués par un OVNI. Ou mieux, des extraterrestres sont venus voler nos œuvres d’art et, constatant qu’elles alourdissaient l’astronef, les ont finalement jetées par-dessus bord, pour retrouver de l’altitude et retourner au pays. Maintenant, je dois éviter de saborder les épaves si j’arrose trop près, car la terre devenue meuble pourrait bien les avaler et je n’ai pas envie d’enfoncer mes bras dans les sables mouvants pour les récupérer.
    Tout le monde riait beaucoup. Tout le monde savait que cet homme avait été une pointure, jadis, quand la région sentait bon le thym et le romarin. A l’époque, il venait y déterrer des os de dinosaures.
    Les fleurs avaient poussé de façon anarchique, certaines encerclant les héros grecs, d’autres préférant s’épanouir entre les jambes de déesses romaines aux gros seins racoleurs. Une sorte de cimetière de bustes arborant des visages zébrés de vilaines cicatrices, de statues mutilées. Quelqu’un – sûrement un Barbare – avait sabré quelques figures célèbres, non sans leur avoir fait, au préalable, un pied de nez. Il était aisé de visualiser la scène, car qui n’avait jamais agi de la sorte devant un portrait ? C’est ainsi que l’on eût pu décrire le saboteur, laid et grimaçant, maudissant le monde, les génies, les enfants, terroriste au service du néant cérébral qui commandait son corps. Un communiste sans doute, qui profitait de la désolation ambiante pour afficher ses opinions négationnistes sur l’utilité des artistes et de la culture dont ils étaient les messagers.
    Une pâle copie de La Vénus de Milo semblait enterrée debout jusqu’au nombril ; elle était en réalité cul-de-jatte ; tout près, on avait planté dans le sol aride des jambes de mannequin de cire. On avait l’impression que c’étaient ses béquilles. Le malfaiteur ne manquait pas d’humour noir, ni de cynisme. C’était désormais pathétique. Le spectacle était totalement surréaliste. On aurait dit un tableau de Dali. Les pieds faisant office de racines, on s’attendait presque à voir grandir la poupée, qui deviendrait marionnette, avec les bras, la tête, le nez, au point de devenir le plus beau des épouvantails. Un épouvantail femelle capable de désorienter les nuisibles volants et rampants. Quelques bourgeons apparaîtraient çà et là, mais ce serait soit un miracle, soit un mirage. Les rares corbeaux viendraient ensuite picorer ses yeux et ce simple contact les foudroierait, leur plumant les ailes et le croupion. Les fils seraient invisibles et celui qui manipulerait le pantin sexy, un géant aux mains d’or, serait assis sur un nuage bizarrement immobile, se penchant quelquefois, à l’instar d’un pêcheur intrigué par l’absence de poissons.
    A moins de dix mètres, un crocodile en bronze avait été « repiqué » à la verticale, comme un tuteur, un cactus, un tiers de sa queue s’enfonçant sous la surface du parc. Ainsi évoquait-il un menhir dont la couleur olivâtre ne détonait guère dans le décor. Pour sûr, le monolithe était en train de muer et s’apprêtait à se métamorphoser en reptile ! Une malédiction aura condamné l’animal sacré à changer de peau toutes les dix minutes, jusqu’au siècle prochain. Bientôt recouvrerait-il sa vraie nature et s’enfuirait-il grâce à quatre pattes enfin aptes à mouvoir cet énorme corps en forme de sarcophage égyptien.
    L’ex-paléontologue se régalait de colporter ces « petites histoires de pays » qui voyaient le jour dans son esprit quand son foie débordait d’enthousiasme. Le bouche à oreille apportait de l’eau au moulin des curieux et elles se changeaient, courant sur les lèvres, en légendes qui, au fil des décennies, devenaient contes dans la bouche des papets. Elles survolaient les montagnes et se posaient, tel un nuage de sauterelles, sur les places des villages où elles revivaient en prenant du poids, à l’image d’une truite grossissant dans l’imaginaire d’un pêcheur. Les femmes n’étaient pas les dernières à participer à la communication d’infos car, singulièrement, leurs maris ne leur cachaient jamais rien. Certains s’ingéniaient même à broder, à rajouter des épices sur le plat, pour appâter ces « verbeuses » dont la langue fonctionnait à la manière d’un témoin lors d’un relais, quand ce n’était pas d’un galet ricochant à la surface d’un lac. Ensuite, il y avait toujours un manieur de plume pour écrire un bouquin où les choses étaient affirmées solennellement ; mais il n’y avait (presque) plus personne pour les lire. Les intellectuels s’étaient tous réfugiés dans le nord, bien au-delà du Tertre du Diable.
    Villa-sans-nom nourrissait le répertoire des baladins.
    On murmurait aussi que la terre y était squameuse parce qu’un lézard monstrueux s’était assoupi là, sa peau se fossilisant à cause d’une hibernation dont la durée s’éternisait. Dès lors vivait-il prisonnier de cette armure d’écailles, se nourrissant de sa propre queue qui repoussait aussitôt. Lorsque le jardinier arrosait les œillets, la bête sortait de sa léthargie et de la gangue dans laquelle elle mijotait, croyant à une averse et se préparant à arpenter le pays de son pas de mammouth. Elle était bipède et pataude. Mais il n’en était pas question, non, et elle fantasmait donc, rêvant d’une évasion, de sa libération. Durant combien de siècles avait-elle végété ? En tout cas, elle avait eu le temps de fusionner avec le terrain qui l’avait séquestrée, et maintenant, la terre affichait un aspect de mue d’anaconda. Epidermique communion entre l’animal et sa cage dont les barreaux ne s’ouvraient que par la pensée. Elle avait quelque chose de tristement humain, nonobstant les mensurations et la couleur. C’était un songe de dinosaure au cours duquel elle ouvrait un œil puis l’autre, lâchait un soupir rauque, s’ébrouait, ébranlant le sol, avant de secouer sa face cornue, taureau sur le point de charger l’homme à la muleta. Et la voilà en fuite alors que rien ne la menace… que rien ne peut la menacer, tant elle est monumentale ! Affolée, elle se cogne aux collines ; son souffle couche les forêts ; sa course réveille les volcans éteints et des séismes démantibulent la contrée, tel un puzzle trituré par des mains maladroites. Sur un boulevard, sa tête frôlerait le quatrième étage d’un immeuble et la chaussée s’ouvrirait, béante, labourée par les énormes griffes de ses pattes postérieures. Désorientée, elle stoppe enfin sa course, pour jouer au Mikado avec les arbres déracinés. C’est comme si la main d’un drogué en manque s’aventurait à manipuler les javelots miniatures de ce passe-temps d’adeptes du yoga.

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