Non, je ne crois pas du tout que la transversalité soit un équilibre entre verticalité et horizontalité, attention portée à la polyphonie et attention portée à la forme!
Je pense plutôt que c'est une question de point de départ: une fois encore, "partir de" l'harmonie, laisser le flot dicter l'émergence de la forme, la forme n'étant rien d'autre que le cheminement harmonique, si on va à la réduction maximale. C'est la raison pour laquelle chez les plus grands le jeu le plus spontané, littéralement bestial, peut procurer la gratification intellectuelle la plus forte: c'est en fait là un phénomène physique parfaitement rationnalisable.
Si tu veux. C'est toi qui emploies ce mot de transversalité, donc tu as ta propre définition (même si elle n'est pas évidente à saisir!). Quand je parle d'équilibre, cela ne veut pas forcément dire égalité, ou traitement similaire, l'harmonie est pratiquement toujours sous-entendue, cela va de soi.
Même s'il y a des oeuvres où la forme, la structure ne sont pas ce qu'il y a de plus important à faire émerger.
Citation:
Sinon, je suis à peu près certain que si tu m'accompagnais pendant deux mois à tous les concerts de ou avec piano, tu admettrais qu'il y a des constantes chez ceux qui ne vont pas, des constantes extrêmement évidentes et qu'on voit de très loin au point qu'à partir d'un certain point du programme, la façon dont un passage va sonner devient totalement prévisible compte tenu des défauts et crispations obersvés.
Oui, probablement. Je ne mets absolument pas en doute ton oreille, ton expérience et tes connaissances, j'émettais ces réserves d'abord pour expliquer le fait que peu de critiques s'aventurent sur ce terrain, réservé effectivement plus naturellement aux profs ou aux jurys.
Et je pense que la technique instrumentale est trop complexe pour être réduite à quelques observations, même s'il y a des constantes.
Lugansky, par exemple, a un jeu que je continue à trouver visuellement laid. Et pourtant, ça sonne bien...
Et des gens souples qui jouent mal, il y en a aussi !
Tu parais intransigeant à beaucoup, mais tu sais aussi apprécier ceux qui n'ont pas une technique top, mais donnent le change parce qu'ils ont quand même de la rigueur, des idées, ou de l'engagement.
Une question hypothétique : et si l'on a affaire à une musique qui ne se plie pas aux exigences de l'harmonie, ou qui joue avec ? Une forme non réductible à l'harmonie.
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Cela m'a beaucoup fait réfléchir quand j'ai lu cette déclaration de Barenboim (en substance): les trois composantes essentielles de la musique tonale sont le rythme, la mélodie et l'harmonie. A propos de l'interprétation des symphonies de Beethoven, il reproche aux courants de ne s'occuper que de la mise en valeur du rythme et de la mélodie, par la diminution des effectifs et les choix stylistiques qui vont avec, alors que c'est l'harmonie qui est l'élément unificateur (on pourrait ajouter: ou dynamiteur).
Je me sens évidemment en plein accord avec lui. Mais ce sur quoi je me suis interrogé, c'est: et si on enlève "tonal", le raisonnement ne tiens plus? J'ai tendance à penser que si, parce que dans la plupart des cas, du moins si l'on parle du piano, la relation entre forme (au sens le plus large) et disons caractéristiques harmoniques de la musique reste fort dans les écritures non tonales.