il ne faut pas trop nous inquiéter! Brendel était plutôt une locomotive du catalogue Philips. Ses enregistrements ne disparaitrons pas et ressortirons dans des collections que nous espérons... économiques ( mais c'est déjà fait pour beaucoup d'entre eux!)
Le petit père Brendel est né en janvier 1931, il va donc sur ses 77ans...et n'a rien enregistré depuis les concertos 12 et 17 de Mozart en 2005. Je crois qu'il a de plus en plus mal au dos, ce qui explique qu'il ait renoncé à toute une partie de son répertoire (Liszt notamment).
C'est une époque qui va se terminer, tant ce pianiste a marqué les années 1970 à 1990 de son talent...
Si je pense à Brendel, immédiatement me vient à l'idée: école lisztienne. Beaucoup l'ignorent, à vrai dire il est un des plus purs représentants et héritiers de cette école, stylistiquement et techniquement. Liszt qui est si souvent mal compris, mal joué, réduit à une image qu'il n'a jamais revendiquée. Bon nombre des détracteurs de Brendel mettent en avant une soi-disant tendance à intellectualiser (?), à empeser parfois. Déjà entendu ce type de commentaires!
Hormis un enregistrement de la sonate de Liszt que nous devons oublier vite et qui devrait être retiré des catalogues sans tarder, je n'arrive pas à comprendre le pourquoi de ces critiques. Si le fait de faire oublier les marteaux équivaut à "intellectualiser" les choses, soit. Si ce souffle épique, narratif, si présent dans ses interprétations équivaut à chercher de midi à quatorze heures, soit.
Je n'ai jamais entendu un deuxième concerto de Liszt aussi épique, aussi grand, aussi spontané (eh oui). Jamais entendu Schubert joué de façon tellement sincère, nue, sans artifices, et terriblement vocal! Quant aux sonates de Beethoven, elles sont pour moi la référence avec celles de Kempff lorsque j'étudie les différentes interprétations dans le but de peaufiner la mienne, passage obligé de tout interprète (peut-on interpréter sans écouter les interprètes, philosopher sans lire les philosophes? NON. A moins de se prendre pour un génie).
Les quelques détracteurs de Brendel que l'on trouve çà et là, bien souvent, parlent avec beaucoup d'aplomb, de choses qu'ils ne connaissent pas. Et ça a le don de m'énerver.
Je souhaite à cet immense artiste un repos bien mérité, avec l'assurance de mon admiration.
Ce qui me frappe c'est le peu de déchet dans une si vaste discographie. On lui a parfois reproché de jouer toujours les mêmes oeuvres. Mais ça concerne un répertoire considérable. Il y a bien des disques un peu décevants, dans lesquels on a des accentuations bizarres ( les sonates de Mozart de la fin). Mais à côté de cela le nombre des réussites est considérable et souvent dans des conditions techniques remarquables ; comme Arrau, Brendel a bénéficié des prises de son Philips dès les années 70.
De surcroit le bonhomme a l'air sympathique, gentiment dépressif, comme le montrait un reportage passé sur Arte où on le voyait retourner dans un pays natal qu'il ne semble pas trop regretter.
Si je pense à Brendel, immédiatement me vient à l'idée: école lisztienne. Beaucoup l'ignorent, à vrai dire il est un des plus purs représentants et héritiers de cette école, stylistiquement et techniquement.
Pourriez-vous en dire davantage sur ce que vous appelez "école lisztienne"? S'agit-il d'une tradition de jeu (mais Brendel ne s'est-il pas formé son jeu de façon largement autonome?), ou du fait qu'il a dès le début beaucoup joué Liszt?
On va croire que c'est mon mauvais quart d'heure et que je prends un malin plaisir à aller à l'encontre de l'opinion majoritaire, voire unanime.
Pour moi, Brendel n'aura jamais été un grand, au sens où il faut mettre des Serkin, Richter, Michelangeli, Arrau, plus récemment, Pollini, Lupu.
Je vais apparaître dur mais, à mon sens, c'est un pianiste qui n'a cessé de régresser musicalement.
Ses premiers Beethoven chez Vox, de même que ses Liszt, ses Mozart, chez le même éditeur, sont remarquables, à garder vraiment au premier rang des discothèques de piano.
Ses productions chez Philips m'ont toujours ennuyé, à part la première intégrale des sonates de Beethoven (celle des années 70) et son intégrale des concertos avec Rattle et Vienne, à nouveau vivante, dynamique, heureuse.
Tout le reste, je suis désolé de le dire, n'a que peu d'intérêt pour moi : des Schubert à mourir d'ennui quand on les écoute à coté de Richter, Serkin ou Kempff, des Mozart plombés de lourdeurs et d'un manque de ligne de chant, et quelques erreurs manifestes de casting, comme ses rares Schumann où la Fantäsie est totalement absente.
J'ai dû l'entendre une quinzaine de fois en récitals et, à part 2 récitals Beethoven en seconde partie des années 70, aucun d'entre eux ne reste dans mes grands souvenirs de piano.
Franchement, ses derniers disques parus ne l'auraient jamais été sans son nom. Les Mozart sont épouvantables.
Désolé pour cette note discordante.
Dernière modification par Philippe95 ; 22/11/2007 à 18h15.
Je suis d'accord pour placer ses premiers Beethoven chez Vox très au-dessus des autres. Ces enregistrements Vox font partie de mes préférés pour les sonates de Beethoven, notamment pour l'op 28, l'op 90, l'op 109... (ce n'est qu'une coïncidence, ce recoupement avec J. Biss!)
Les Philips, y compris 70's, m'ont toujours ennuyé.
Le bilan schubertien doit à mon avis aussi être partagé. Globalement, je n'aime pas ce qu'il fait dans la plupart des sonates en studio chez Philips.
Deux cas sont pour moi irratrapables: la d960 et la d894, totalement hos-sujets pour moi que ce soit en studio ou en concert.
En revanche, les autre sonates prises sur le vif qui ont récemment été rééditées par Philips (d784, d840, d959) sont absolument admirables de mon point de vue.
Le finale de la 784 est d'une tension beethovenienne ravageuse;
la 840 est d'une poésie toute de rubato supérieurement intelligent, mêlée à une rare dimension symphonique, une merveille.
Le finale de la d959 est très particulier, assez lent, emprunt d'un indicible mélange de chaleur et de mélancolie: une vision qui complète idéalement le sommet de souffrance émaciée que propose Serkin ici.
Enfin, j'aime beaucoup ses impromptus et klavierstücke (quoique je préfère Arrau dans les d946). Il y a un naturel et une spontanéité dans les d899 et 935 fort rareS et attachantS: une forme d'évidence plus...évidente que chez Lupu par exemple. Et le d935/4 est unique!
J'ajoute que je connais pas ses versions studio des d566, 568, 664 notamment, et que cela m'intéresse beaucoup.
Enfin, si je ne connais pas non plus ses Beethoven avec Rattle, j'apprécie beaucoup ceux avec Levine. Toujours engagé et juste, avec une prise de risque toujours intelligente, et un accompagnement royal. Les moments passionants sont légions, par exemple le début du rondo du 3e Concerto...
J'oubliais: comme pour les impromptus et les sonates prises sur le vif d784, 840 et 959, sa Wandererfantasie doit pour moi être considérée comme une grande référence.