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Vieux 22/11/2009, 07h42   #31
Irmah Vacharde
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"Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles, quelquefois oeuvrait pour qu’elles empirassent ou se clonassent."

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Vieux 22/11/2009, 18h17
Irmah Vacharde
Ce message a été supprimé par Irmah Vacharde.
Vieux 22/11/2009, 18h21   #32
Irmah Vacharde
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Un troisième extrait ?
Non, je plaisante

(la réponse figurait dans le post supprimé, c'est bête, hein ?)
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Vieux 22/11/2009, 19h05   #33
The Fierce Rabbit
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ce masculin ... machistes.
Je sais : c'est ridicule, pour ne pas dire autre chose. J'ai honte.
Et là aussi le talent, pour ne pas dire autre chose, excuse tout.
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Vieux 22/11/2009, 23h14   #34
Philippe
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Envoyé par The Fierce Rabbit Voir le message
C'est vrai, dès qu'on se montre exigeant, on devient 'sévère' ...
Il faut faire ce que de plus de plus de gens prônent : simplifier en supprimant tout ce qui n'a aucune utilité pratique. Si on se met à supprimer tout ce/ceux qui est/sont inutiles, ça va faire un sacré ménage !
That'll be all, folks !
Mais non, voyons
Ce que je voulais dire, c'est que pour ce qui était d'identifier l'auteur des lignes proposées, un jugement tel que celui-ci

Citation:
Envoyé par The Fierce Rabbit Voir le message
(...) on peut chercher du côté d'auteurs qui, bien que de langue française, semblent la connaître suffisamment mal pour faire du mot féminin 'bernache' un masculin.
me paraissait en effet sévère et, puisque vous rebondissez sur ce terme (que je maintiens), injuste ! Injustice et jugements hâtifs faisant partie des aléas de notre quotidien contre lesquels j'ai la fâcheuse tendance de m'insurger, j'ai voulu signaler que selon moi les propos tenus étaient excessifs

Il n'est de même pas forcément obligatoire d'être sévère pour être exigeant ! sinon, que ferait-on de la pédagogie ? j'ai la prétention d'apparaître (dans mon activité professionnelle) comme quelqu'un d'exigeant, mais il ne viendrait (je crois ) à l'idée de personne de me juger comme qqun de "sévère". Ce sont deux choses différentes
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Vieux 22/11/2009, 23h16   #35
Philippe
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Envoyé par Irmah Vacharde Voir le message
Non, Philippe, l'erreur vient de moi. Sachant Thierry féru d'animaux et d'oiseaux en particulier, j'ai voulu changer la phrase en incorporant un oiseau qui ne survole jamais la France. (...)
Cela étant dit, je prends évidemment bonne note de cette information
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Vieux 23/11/2009, 04h40   #36
Irmah Vacharde
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Envoyé par Philippe Voir le message
Cela étant dit, je prends évidemment bonne note de cette information
Je pense qu'il est plus important de savoir que ces magnifiques oiseaux ne survolent jamais la France que d'ergoter sur une faute de frappe qui transforme le sexe d'un mot. Franchement, la maniaquerie, parfois, c'est d'un ridicule !
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Vieux 23/11/2009, 04h42   #37
Irmah Vacharde
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YouTube - Michel Delpech Les Oies Sauvages
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Vieux 23/11/2009, 04h51   #38
Irmah Vacharde
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Envoyé par Philippe Voir le message
Cela étant dit, je prends évidemment bonne note de cette information
C'est comme si j'avais écrit "un foulque macroule", haha
Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !
Mais comment vont faire ces braves bêtes pour continuer de (continuer de... continuer à...) se reproduire si on les met au masculin sur un forum de musique ?



Philippe, Thierry, z'avez vu, ces (ses ?) grosses papattes ?
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Vieux 23/11/2009, 05h30   #39
Irmah Vacharde
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Envoyé par Irmah Vacharde Voir le message
"Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles, quelquefois oeuvrait pour qu’elles empirassent ou se clonassent."

L'auteur aurait pu contourner le subjonctif s'il y avait eu lieu, mais comme il n'est pas nécessaire dans cette phrase...

Il était celui qui apportait les mauvaises nouvelles ; il lui arrivait même d’œuvrer pour les voir empirer ou se cloner.
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Vieux 23/11/2009, 05h42   #40
Irmah Vacharde
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Et puisque tout le monde insiste pour avoir un troisième extrait :

Parsemé de tessons de bouteilles, un mur d’enceinte de trois mètres de haut en faisait le tour, embrassant un parc en demi-lune étrangement mal entretenu, comme si le jardinier craignait d’abîmer un peu plus les moignons de sculpture qui le « saupoudraient ». Il lui aurait fallu slalomer, un balai dans une main, un arrosoir dans l’autre, pour épousseter les « épaves » et donner à boire aux œillets d’Inde.
C’est lui qui avait engendré ces métaphores, un soir de beuverie au bar du village le plus proche, celui qui n’avait pas de nom.
– On dirait que la terre a été saupoudrée de détritus largués par un OVNI. Ou mieux, des extraterrestres sont venus voler nos œuvres d’art et, constatant qu’elles alourdissaient l’astronef, les ont finalement jetées par-dessus bord, pour retrouver de l’altitude et retourner au pays. Maintenant, je dois éviter de saborder les épaves si j’arrose trop près, car la terre devenue meuble pourrait bien les avaler et je n’ai pas envie d’enfoncer mes bras dans les sables mouvants pour les récupérer.
Tout le monde riait beaucoup. Tout le monde savait que cet homme avait été une pointure, jadis, quand la région sentait bon le thym et le romarin. A l’époque, il venait y déterrer des os de dinosaures.
Les fleurs avaient poussé de façon anarchique, certaines encerclant les héros grecs, d’autres préférant s’épanouir entre les jambes de déesses romaines aux gros seins racoleurs. Une sorte de cimetière de bustes arborant des visages zébrés de vilaines cicatrices, de statues mutilées. Quelqu’un – sûrement un Barbare – avait sabré quelques figures célèbres, non sans leur avoir fait, au préalable, un pied de nez. Il était aisé de visualiser la scène, car qui n’avait jamais agi de la sorte devant un portrait ? C’est ainsi que l’on eût pu décrire le saboteur, laid et grimaçant, maudissant le monde, les génies, les enfants, terroriste au service du néant cérébral qui commandait son corps. Un communiste sans doute, qui profitait de la désolation ambiante pour afficher ses opinions négationnistes sur l’utilité des artistes et de la culture dont ils étaient les messagers.
Une pâle copie de La Vénus de Milo semblait enterrée debout jusqu’au nombril ; elle était en réalité cul-de-jatte ; tout près, on avait planté dans le sol aride des jambes de mannequin de cire. On avait l’impression que c’étaient ses béquilles. Le malfaiteur ne manquait pas d’humour noir, ni de cynisme. C’était désormais pathétique. Le spectacle était totalement surréaliste. On aurait dit un tableau de Dali. Les pieds faisant office de racines, on s’attendait presque à voir grandir la poupée, qui deviendrait marionnette, avec les bras, la tête, le nez, au point de devenir le plus beau des épouvantails. Un épouvantail femelle capable de désorienter les nuisibles volants et rampants. Quelques bourgeons apparaîtraient çà et là, mais ce serait soit un miracle, soit un mirage. Les rares corbeaux viendraient ensuite picorer ses yeux et ce simple contact les foudroierait, leur plumant les ailes et le croupion. Les fils seraient invisibles et celui qui manipulerait le pantin sexy, un géant aux mains d’or, serait assis sur un nuage bizarrement immobile, se penchant quelquefois, à l’instar d’un pêcheur intrigué par l’absence de poissons.
A moins de dix mètres, un crocodile en bronze avait été « repiqué » à la verticale, comme un tuteur, un cactus, un tiers de sa queue s’enfonçant sous la surface du parc. Ainsi évoquait-il un menhir dont la couleur olivâtre ne détonait guère dans le décor. Pour sûr, le monolithe était en train de muer et s’apprêtait à se métamorphoser en reptile ! Une malédiction aura condamné l’animal sacré à changer de peau toutes les dix minutes, jusqu’au siècle prochain. Bientôt recouvrerait-il sa vraie nature et s’enfuirait-il grâce à quatre pattes enfin aptes à mouvoir cet énorme corps en forme de sarcophage égyptien.
L’ex-paléontologue se régalait de colporter ces « petites histoires de pays » qui voyaient le jour dans son esprit quand son foie débordait d’enthousiasme. Le bouche à oreille apportait de l’eau au moulin des curieux et elles se changeaient, courant sur les lèvres, en légendes qui, au fil des décennies, devenaient contes dans la bouche des papets. Elles survolaient les montagnes et se posaient, tel un nuage de sauterelles, sur les places des villages où elles revivaient en prenant du poids, à l’image d’une truite grossissant dans l’imaginaire d’un pêcheur. Les femmes n’étaient pas les dernières à participer à la communication d’infos car, singulièrement, leurs maris ne leur cachaient jamais rien. Certains s’ingéniaient même à broder, à rajouter des épices sur le plat, pour appâter ces « verbeuses » dont la langue fonctionnait à la manière d’un témoin lors d’un relais, quand ce n’était pas d’un galet ricochant à la surface d’un lac. Ensuite, il y avait toujours un manieur de plume pour écrire un bouquin où les choses étaient affirmées solennellement ; mais il n’y avait (presque) plus personne pour les lire. Les intellectuels s’étaient tous réfugiés dans le nord, bien au-delà du Tertre du Diable.
Villa-sans-nom nourrissait le répertoire des baladins.
On murmurait aussi que la terre y était squameuse parce qu’un lézard monstrueux s’était assoupi là, sa peau se fossilisant à cause d’une hibernation dont la durée s’éternisait. Dès lors vivait-il prisonnier de cette armure d’écailles, se nourrissant de sa propre queue qui repoussait aussitôt. Lorsque le jardinier arrosait les œillets, la bête sortait de sa léthargie et de la gangue dans laquelle elle mijotait, croyant à une averse et se préparant à arpenter le pays de son pas de mammouth. Elle était bipède et pataude. Mais il n’en était pas question, non, et elle fantasmait donc, rêvant d’une évasion, de sa libération. Durant combien de siècles avait-elle végété ? En tout cas, elle avait eu le temps de fusionner avec le terrain qui l’avait séquestrée, et maintenant, la terre affichait un aspect de mue d’anaconda. Epidermique communion entre l’animal et sa cage dont les barreaux ne s’ouvraient que par la pensée. Elle avait quelque chose de tristement humain, nonobstant les mensurations et la couleur. C’était un songe de dinosaure au cours duquel elle ouvrait un œil puis l’autre, lâchait un soupir rauque, s’ébrouait, ébranlant le sol, avant de secouer sa face cornue, taureau sur le point de charger l’homme à la muleta. Et la voilà en fuite alors que rien ne la menace… que rien ne peut la menacer, tant elle est monumentale ! Affolée, elle se cogne aux collines ; son souffle couche les forêts ; sa course réveille les volcans éteints et des séismes démantibulent la contrée, tel un puzzle trituré par des mains maladroites. Sur un boulevard, sa tête frôlerait le quatrième étage d’un immeuble et la chaussée s’ouvrirait, béante, labourée par les énormes griffes de ses pattes postérieures. Désorientée, elle stoppe enfin sa course, pour jouer au Mikado avec les arbres déracinés. C’est comme si la main d’un drogué en manque s’aventurait à manipuler les javelots miniatures de ce passe-temps d’adeptes du yoga.
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Vieux 02/12/2009, 06h36   #41
Irmah Vacharde
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Au gré de mon surf sur les vaguelettes du Net, je cueille quelques lignes de prose de qualité honnête :o)


Le passager clandestin s’est caché derrière La Vénus de Milo – demain, peut-être choisira-t-il Le Penseur de Rodin. Il y attendait le crissement métallique de la dernière grille que l’on ferme. Le moment venu, baignant dans une mer de silence, il se démasquera enfin, désertant son poste d’observation, sentinelle dont la patience a des limites – la relève n’avait qu’à se pointer à l’heure !
Dès lors se jettera-t-il à corps perdu dans cette nuit culturelle au cœur de laquelle, délesté de ses contours, il ne sera plus qu’un pur esprit. Une soudaine nyctalopie n’a pas pris possession de ses yeux, non, juste sa vue s’adapte-t-elle désormais de façon… mécanique. Il ne fonctionne même pas comme un radar – il a horreur des chauves-souris. Une main invisible le téléguide et il se laisse aller, obéissant, soumis. Il a acquis le don des aveugles, ou le pouvoir des chats. Dehors, il doit faire encore jour, mais sortir serait suicidaire, car sa rétine ne supporterait pas tant de luminosité. Il y aurait un court-circuit et son nerf optique en pâtirait. Il aura beau se protéger avec les moyens du bord, bras ou mains en visière, les ultraviolets le mitrailleraient à bout portant. Un sniper embusqué sur le toit de cet immeuble, là, n’aurait pas « tapé dans l’œil » de sa victime avec autant de précision !
Il déambulera à pas feutrés le long des couloirs, cerné par le ballet des ombres, des rats détalant à son approche. Il progressera mollement, tel un fantôme, ou un vigile faisant sa ronde à l’aveuglette. Arrivé à la hauteur des toiles, dont il devine plus qu’il ne voit les coups de pinceau, il en murmurera le titre, s’appliquant à articuler les syllabes après s’être dressé sur la pointe des pieds pour être mieux perçu. Il a quelquefois l’impression qu’elles se décrivent dans sa tête, annonçant la couleur de peur qu’il ne les reconnaisse pas. Sont-elles télépathes ? A moins que ce ne soit l’auteur, dont l’âme sera restée scotchée à son œuvre ? Non, l’enfant ne prendra pas le risque d’en oublier une ; elle pourrait se fâcher. En devenant opaque, par exemple… ou transparente. En jouant à le tromper, en changeant de place, en permutant avec celle qui s’affiche juste en face. Il en attraperait le tournis.
S’enorgueillissent-elles de l’entendre les nommer ? Lui se dit que c’est là une grande preuve d’amour et qu’elles seront bientôt siennes… gratuitement. Elles ne seront pas insensibles au charme de sa voix de crooner de l’ombre. Ainsi ne pourra-t-on pas l’accuser de viol d’œuvres d’Art. Il ne fera que dérober leur essence par la reconnaissance.
Oui, il agira comme un voleur, mais un voleur d’instants inestimables, chaque seconde durant une heure, chaque heure s’éternisant dé-li-ci-eu-se-ment.
Les frôler, c’est les kidnapper un peu, n’est-ce pas ?
A leur contact, il tutoiera l’immortalité. Et si quelqu’un venait à rallumer la lumière, pour sûr, il en mourait, là, debout, statufié par le néon ! Tout d’un coup, il serait parachuté sur une île déserte, privé de mémoire, de lumière. Il serait aveugle.

S’il est de bonne humeur, elles auront droit à des mots doux, accompagnés de caresses, du bout des doigts. Taquin, il tambourinera sur le front de Beethoven, dont le buste en plâtre semble le narguer, l’air sévère, dans la pénombre. Il soufflera sur la perruque frisée de Louis XIV, soulevant un nuage de poussière, et constatera que l’hygiène des portraits a été négligée. Il tirera la langue à La Victoire de Samothrace, fera un pied de nez au Radeau de La Méduse… Les mauvais jours, ceux à l’aube desquels son pied gauche a été pressé de devancer son alter ego, il leur fera la gueule ou prendra un air méprisant en passant devant elles. Il lui arrivera même de siffloter « Vous qui passez sans me voir… », au risque de réveiller le fantôme du Belphégor local.
Certaines lui sont devenues si familières qu’il les embrassera parfois, délicatement, comme on baise la main d’une soeur cadette, singeant un marquis, un homme du monde. Il ne peut toutefois s’empêcher de songer à quoi ressembleraient ses lèvres s’il lui prenait l’envie subite de les poser sur un tableau dont la peinture est encore fraîche. Cette évocation le déride et l’effraie tout à la fois. Il arborerait la bouche d’un clown, d’une vieille **** après une fellation, d’un mérou. Heureusement, le long de cette galerie, les œuvres sont achevées… et le sont depuis des lustres.
Ici, ce n’est pas la rue, avec ces artistes aux craies baladeuses qui maquillent les trottoirs afin de les rendre plus présentables aux touristes, ou de hurler à la face du monde :
– Regardez, mais regardez donc, bande de connards, comme je dessine bien !
Il suffirait pourtant d’un simple coup de chiffon, geste vulgaire et définitif, pour rendre l’asphalte à ces piétons incultes aux semelles barbares. Et puis, comment imaginer un musée où les créations seraient inabouties… où l’on pourrait les retoucher sans cesse… où le visiteur lui-même deviendrait un vandale, perdant ainsi son label d’amateur d’Art !
Ces fenêtres qui s’ouvrent sur un extérieur figé, figures géométriques encadrant des « vues de l’esprit », le fascinent tout autant que les filles, ces bêcheuses dont la jupette danse sous le soleil et les joues s’empourprent lorsqu’elles se sentent reluquées.

Dilatées, les pupilles de l’enfant évoqueront celles d’un matou rôdant par une nuit sans lune, en quête de nourriture trotte-menu. Il n’y en a pas ici, mais s’il venait à croiser une souris, sa réaction serait plus humaine que féline : il penserait à celle qui hante sa chambre quand les lumières de la maisonnée se sont éteintes. A sa vue, il serait tout juste bon à simuler un feulement de surprise. Il en postillonnerait, d’ailleurs. Il déteste le côté prédateur du chat, qu’il préfèrerait herbivore… comme les vaches ! Un greffier avec des cornes qui, au lieu de roupiller, rumine en ronronnant…
Il a souvent du mal à contrôler ses pulsions. Il patauge dans un marigot de gluantes certitudes. Savoir que rien n’est réel le stresse. Mais il avance, avance obstinément, profitant au maximum de l’instant qui passe (tel un ange ?). S’il pouvait le saisir au vol, puis mettre en cage cet oisillon tombé du nid… Si l’on pouvait immobiliser les aiguilles du temps… Et pourquoi pas une paralysie de l’espace, ou une grève du mouvement, comme sur une photo, hein ? Les jours seraient bloqués au passage à niveau, à minuit, tandis que le train de la vie…
« Vous qui passez sans me voir… Sans même me dire bonsoir… »

Le petit Camille dissimule avec peine les symptômes que l’on aperçoit d’ordinaire sur le visage d’une pucelle le soir de son premier bal. Souvent masque-t-il son trouble derrière une arrogance de façade qui, s’il y avait des témoins, ne duperait personne. Lorsqu’il est aimable, il ne peut s’empêcher de rougir, et il en a honte car il est fier comme Artaban. De toute façon, l’obscurité l’empêcherait de constater les dégâts dans les grandes glaces dont le regard réfléchissant le suit pas à pas. Les femmes les utilisaient pour pomponner leur image, mais elles n’osaient cependant pas se repoudrer le nez en public. Elles se contentaient d’y dompter une mèche rebelle, d’y traquer la ride sauvage et de la localiser si elle s’avérait vagabonde…
La noirceur des lieux l’écrasera sans doute, mais il ne s’en plaindra pas : il aime trop s’allonger sur le parquet, les membres en vrac, le nez frôlé par des cafards en vadrouille ! De soudaines vibrations y ébranlent ses entrailles ; il leur répond en pianotant nerveusement le bois ciré à la manière d’un virtuose en pleine exécution d’une sonate de Beethoven (encore lui). Ses doigts incarnent les pattes d’un couple d’araignées mutantes sur le point de copuler. Il fait corps avec le bâtiment, nageur frénétique buriné par la tempête, à l’issue d’un naufrage sur une mer d’ébène. Moult fois, une oreille collée au sol, cherchera-t-il à capter la lente reptation des racines de ces vieux arbres pétrifiés qui, prisonniers de leurs miroirs aux alouettes, n’intéressent plus personne, hormis quelques écolos désœuvrés. Les amateurs d’Art culpabiliseraient-ils au sein même des musées ? Il s’attendait toujours à ce que l’une d’elles crevât le parquet, tentacule fouisseur plus aventureux que ses congénères rampants. Elle fouetterait l’espace, frappant au hasard, pour tâter le terrain, avant de débusquer ses cibles, défigurant bustes et portraits… Elle lacèrerait les natures mortes dans le but de libérer les fleurs et les fruits de la croûte où ils pourrissaient.
Le petit Camille cherche à se rassurer :
« Pourquoi délaisser ces chefs d’œuvre, si ce n’est parce qu’on préfère les admirer pendant une randonnée ? Quand le feuillage bruisse malgré l’absence de vent ; quand on pose son front contre le tronc et qu’on entend frémir la sève, craquer l’écorce… Quand la nature n’est pas morte et que c’est POUR DE VRAI ! Les gens les aiment mieux en photos, parce qu’ils peuvent les prendre eux-mêmes et qu’on ne leur demande pas d’avoir du génie ! »
Titubant, il simulera les gestes d’un aveugle ; précédé de ses bras tendus à l’horizontale, il palpera le vide, mimant un funambule perché sur son fil, dompteur de vertige. Paradoxalement, lorsqu’il cesse d’avancer, c’est comme s’il traversait une forêt en marche. Le long des murs, chênes, saules, bouleaux et pins se penchent afin de gratter la toile où ils ont grandi au moyen de leurs branches noueuses, ensuite saluent le curieux qui leur redonne vie en les imaginant plantés à mille lieues de ce cimetière glacé.

Hanté par son obsession, voilà que le petit Camille se laisse phagocyter par ce labyrinthe cérébral, pendant que ses camarades d’école s’égosillent, dehors, à l’autre bout du monde… sous le préau !
Ceux-là, outre le tsunami de décibels, leurs jeux – qu’il juge primaires – ne lui inspirent que l’art de la fugue ou de l’esquive !
Ces suées inutiles, cette perte de temps, alors que des devoirs ne demandent qu’à être revus et corrigés, Dieu que c’est… enfantin !
Malgré son jeune âge, intraitable, il méprise déjà ces gnomes mal fagotés. D’ailleurs, il les toise comme si c’étaient des petits monstres, ou des extraterrestres. Il lui arrive également de les observer à la dérobée, et il revêt immédiatement, à la vue de ce spectacle dégradant, le costume de l’intello de service. Dès lors se classe-t-il dans la catégorie des Grands Romantiques, à l’instar de Rimbaud… Il se dit qu’à leur contact, un psy y perdrait son latin (et peut-être la raison) et un pédiatre déciderait illico de se recycler dans la gérontologie. Et puis, ont-ils besoin de couiner de la sorte, dans la cour de récréation, tels des macaques se disputant une poignée de cacahuètes, hein ?
Lui, rêveur au visage sculpté par le vent dans la glaise des nuages, préfère naviguer au gré de son cher océan de chimères, parfois toisant le soleil, dérive visuelle risquée mais dont l’aura lui fait voir la vie en… bleu !
Certes, de bonnes âmes s’évertuent à le mettre en garde contre les problèmes ophtalmiques qui le menacent, mais il s’en fout royalement et reste sourd au feu nourri des avertissements.
« Ces adultes, ils se prennent tous pour des docteurs, mais quand ils pratiquent l’automédication, ils sont plus malades après qu’avant ! »
Le dos plus ou moins bien calé contre le tronc du vieux platane, les yeux se ranimant enfin, il replonge dans la réalité, hors du songe éveillé. On dirait un fantôme de bois, tant il fait corps avec l’arbre – ses mains en caressent amoureusement l’écorce.

Une fois de plus, l’illusion d’avoir été gobé par un anaconda géant le tenaillera longtemps après avoir émergé de ces couloirs organiques où moult fenêtres béent sur le génie de bipèdes inspirés.
Car ce musée, justement, en était-il vraiment un ? N’était-ce pas plutôt un système digestif ? Et cette galerie sans fin… un œsophage ?
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Vieux 02/12/2009, 06h43   #42
Irmah Vacharde
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A propos des astérisques (et péril).
La charte est, ma foi, fort pointilleuse :o)

Alors, on peut traduire le mot en question, si vous ne l'avez pas déjà fait vous-mêmes, petits canaillous, par la façon d'un golfeur de mettre la balle dans le trou mais au féminin.
Comme disait un jockey de mes amis : "C'est un peu tiré par les chevaux !"
Mais bon...
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Vieux 02/12/2009, 10h15   #43
thierry h
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Joli texte !
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Vieux 02/12/2009, 10h29   #44
Irmah Vacharde
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Chaque fois que la corne de brume le hèle, le petit Camille s’empresse de lui répondre.
Elle réclame sa présence et il se fera un plaisir de lui obéir. Mais il sait que sa voix ne porte pas assez loin pour être entendue là-bas… et que son message sera mieux transmis en mains propres.
Il lui faudra d’abord localiser le nuage de mouettes rieuses, dont les cris stridents vrillent les tympans, puis s’orienter de façon à les rejoindre, si possible sans se retourner, tel Orphée au seuil du monde des vivants.
A pareille distance, il est le seul à capter le bavardage de ces joyeuses commères – il ESPERE être le seul. Il n’a heureusement rien à décoder, redoutant des propos obscènes ou guerriers. Traduire ce langage lui hérisserait le duvet, transformant la peau de ses avant-bras en bambouseraie, il en est certain. Elles sont la garde rapprochée de la jeune femme (fée, sirène ou magicienne) qui s’époumone dans la trompe, sentinelle musicienne du bout du monde. Il eût cependant préféré se mesurer à une meute de gros toutous à trois têtes ; il les aurait leurrés en leur lançant des os en caoutchouc ; les gueules siamoises se seraient entredévorées. Il craint moins les aboiements sporadiques d’un bouledogue que les « rafales de mitraillette » d’un chihuahua. Ces drôles d’oiseaux ont la prise de bec digressive, à son goût. Mais il doit les affronter sans se protéger les oreilles, au risque de souffrir plus tard d’acouphènes, essaim d’abeilles ou ruche bourdonnante, selon l’évolution du mal. Et il lui est interdit de mettre des boules Quies, sinon ces harpies lui crèveraient les yeux. C’est une épreuve qu’il doit endurer sous peine d’être aveugle à l’occasion des prochaines traversées. Oui, pour avoir le droit de rendre visite à la soliste du grand large, il est impératif de franchir ce mur du son ! Mais il est indispensable à cet horizon qui l’attend et qu’il doit atteindre, et il sait que c’est une mascarade, un rituel, et qu’il est intouchable, comme immunisé.
Lorsqu’il arrive enfin sur le lieu du rendez-vous, il ignore encore si c’est une île ou un continent. Tout juste est-il persuadé que la source sonore émane bien du centre exact de ce bouquet de cocotiers, là, au-delà de la brume du souvenir. Sans même l’avoir survolé, ni parcouru à la manière d’un randonneur, il semble en connaître la superficie, le périmètre.
– Si c’est au milieu, c’est donc une île ! Que je suis intelligent ! Je comprends mieux pourquoi M’man est si fière de moi ! s’exclame-t-il d’un ton guilleret.
C’est pourtant inutile de faire tous ces calculs de probabilité car l’amnésie éteint son cerveau lorsqu’il est l’heure de remonter à la surface. Par la pensée, vous visitez une énième fois le grenier de vos grands-parents, mais quelqu’un coupe la lumière et ferme la porte, dans votre dos. Peu vous chaut, vous poursuivez la promenade à l’aveuglette, la tête droite, les bras le long du corps, comme un somnambule. Deux minutes plus tard, vous reprenez vos esprits avec, dans le nez, quelques relents de poussière qui ne vous font même pas éternuer. Vous avez tout oublié mais vous serez trop content d’y retourner si l’occasion se présente à nouveau. Le signal émanera peut-être du centre exact de la grande toile d’araignée dans laquelle vous avez failli vous emberlificoter. Et vous éluderez la question qui néanmoins s’impose : que serait-il arrivé si j’étais resté prisonnier du piège arachnéen, tel un vulgaire moustique ?
Oui, que serait-il arrivé, hein ?

La personne qui l’appelle doit vivre ici et s’y ennuyer. Il sait que c’est une femme car de longs cheveux roux s’étalent mollement sur la plage ceignant l’île, avant de se mélanger aux algues échouées, à moins de deux mètres des premières vagues mourantes. L’ensemble évoque un disque géant et lorsqu’une brise se lève, la chevelure ondule comme si des bébés tortues luths fraîchement nés se déplaçaient sous les interminables mèches. Le sable semble respirer, parcouru de courants d’air souterrains provoqués par les taupinières parsemant la plage, cet anneau d’or. Aucun animal ne s’y aventure pourtant, craignant sans doute de s’enliser dans le piège tissé par l’étrange créature qui squatte cette prison à ciel ouvert. Les oiseaux évitent de survoler cette coulée capillaire ; de toute façon, ils n’auraient pas osé la bombarder de guano ; ils se seraient exposés aux ricochets ou à la DCA des singes, très adroits pour déquiller les escadrilles ennemies à coups de noix de coco.
Un jour, juste avant de partir à l’école, l’enfant a crayonné la scène sur une feuille volante, pour s’en faire une idée de visu. Surpris par son père, il a dû exposer son œuvre.
– C’est pour le cours de dessin de… de mademoiselle Lesage…
– On dirait un vieux bédouin décédé dans son sommeil au cœur d’une oasis et dont la barbe continue de pousser, pousser, pousser jusqu’à recouvrir toute la surface du désert. Ça fera comme une moquette de poils que même le simoun aura du mal à raser.
Il ignorait ce qu’était un bédouin mais la comparaison paternelle l’avait fait sourire.
Le mois dernier, un jeudi matin, pour être plus précis, l’institutrice, l’incontournable mademoiselle Lesage, leur a fait un cours sur les légendes médiévales et il avait été question d’une certaine Mélisande dont la toison fauve dévalait du haut d’une tour. Le nom de Maeterlinck lui était désormais familier… et cet auteur n’avait jamais rien écrit sur les bédouins.
Le petit Camille est un bon élève et sa mémoire « revient au pays » lors de leçons apprises par cœur, d’abord pour mettre en chantier un avenir favorable, ensuite pour être agréable à sa ravissante maîtresse. Mais il doit absolument tout oublier pour recommencer sa vie, le temps d’un soupir, sur cet îlot perdu au sommet d’une dune de sable aussi haute que les falaises d’Etretat. Il ne craignait qu’une seule chose : que Mélisande, l’îlienne, ressemblât un peu trop à mademoiselle Lesage. Il lui fallait cesser d’en faire le portrait car, à force de l’esquisser, il apparaîtrait dans sa pleine et lumineuse évidence. Plutôt laisser planer le doute, au gré du vent marin, dans les senteurs iodées…
La présence du petit Camille sur la plage était-elle vitale pour quelqu’un ? Pour une entité capricieuse dont il sera devenu, au fil du temps, la mascotte ? Etait-il un jouet dont un autre enfant (pourquoi pas une fillette ?) aux pouvoirs surnaturels se servait pour occuper ses journées ? La jeune femme à la crinière sans fin, gardienne de l’île, n’était-elle pas qu’un simple appât ? Peut-être même arborait-elle un visage fidèle, trait pour trait, à celui de sa douce et tendre maman, qui sait ?
Il a l’impression que le soleil s’effacerait du paysage marin s’il déclinait cette ixième invitation au voyage. Et qu’arriverait-il s’il venait à se perdre en route, hein ? A l’instar du Petit Poucet, il sèmera quelques galets, histoire de baliser sa traversée, car il devra rentrer prestissimo, au premier son de cloche. Et comme il n’a pas envie de faire le plein tous les jours, il essaiera de ne pas oublier de récupérer les précieux cailloux. Il n’y a pas si longtemps, à l’occasion de son dixième anniversaire, il a jalonné son itinéraire de coquillages joliment nacrés ; mais ils ont pris la poudre d’escampette et son retour au bercail s’est plutôt mal passé. C’étaient des bernard-l’ermite. Seuls quelques bigorneaux traînaient encore dans les flaques, accompagnés de crabes aux pinces menaçantes. Il a d’ailleurs failli s’égarer, malgré une boussole interne fonctionnant au maximum de son rayonnement. S’il était rentré en retard, il se serait fait engueuler par M’man, aussi avait-il dû prendre des raccourcis jonchés d’oursins plus épineux que des châtaignes, zigzaguer entre des trous d’eau peuplés de méduses vénéneuses. Il en a pleuré de rage. Mais l’océan est si gentil, qui se retire sans faire le gros dos quand le petit Camille se pointe, déterminé. Bien sûr, il lui arrive parfois de rester en place, moquette liquide que nul vent n’ose souiller, et l’enfant devra faire alors avec les moyens du bord, crawl et brasse au menu ! De ce fait, galets et coquillages revêtiront la consistance de bouées immobiles, comme agrafées sur la peau de l’onde, pin’s flottants. N’avait-il pas appris à nager dans le ventre de sa mère, en regrettant toutefois l’absence de poissons souriants aux écailles multicolores ? C’est en fonction de l’humeur de madame la marée, souvent espiègle mais surtout très réceptive à la motivation du gosse. Elle aime le taquiner, retarder son départ, son cheminement, l’énerver. Il la soupçonne même de lui chouraver ses « balises », simplement pour jouer, pour se moquer de son air de chien battu quand il est contrarié. Il existerait bien un moyen d’éviter cela, mais il est hors de question de marcher sur les eaux, car le plus célèbre des hommes s’est servi de la Bible pour tenter l’expérience et réussir cet exploit.
La plupart du temps, il repart en oubliant de transmettre son fameux message. Il lui faut juste dire à l’entité capricieuse qu’elle est bien plus jolie que Mélisande, et que ses cheveux sont plus longs, plus soyeux, et tellement plus roux.
Puis, du bout des doigts, il devra écrire sur le sable chaud de la plage noyée de soleil, un prénom, mais pas le sien, en lettres majuscules. Son regard foudroiera le nuage de mouettes rieuses, qui deviendront subitement immobiles et muettes, avant de disparaître, comme avalées par l’azur.
Jusqu’à la prochaine fois où tout recommencera.
Mais il n’est pas PELLEAS et il ne comprend que partiellement le motif de ses visites à répétition.
A son âge, même en songe, on ne déclare pas sa flamme à une adulte dont on n’a vu que la crinière de feu.

Ses camarades de classe l’ont surnommé « le moussaillon d’eau douce », mais il n’a pourtant aucun penchant avéré pour la flotte qui coule de source ou tombe du ciel.
Il ne devrait pas tout raconter de ses voyages, dans ses rédactions, car mademoiselle Delage les lit à haute voix puisqu’il obtient régulièrement la meilleure note ! Il lui en veut d’ailleurs un peu de fonctionner à la manière d’une lectrice. C’est sa méthode, et peut-être espère-t-elle ainsi motiver l’ego des autres élèves dont la prose serait impudiquement dévoilée, attirant l’attention de l’auditoire d’ordinaire somnolent. Mais la classe est comme un bateau ivre et des tensions naissent de ces narrations. Les gamins ne sont pas sots, ils ont deviné que leur maîtresse a hissé la grand-voile, assise sur son bureau, sa jupe relevée sur des genoux cagneux, et ils préfèrent baisser les yeux, simulant une profonde écoute, à l’image des mélomanes au concert. Certains s’endormiront, le nez aplati contre le pupitre, mais d’amicales bourrades sortiront les incultes de leur léthargie avant que la matelote d’opérette n’ait achevé son voyage immobile. Quelques billes récompenseront de leur zèle les sentinelles du sommeil.
Le petit Camille les observe en douce et les plaint en silence. Il n’éprouve aucun sentiment de fierté à dominer ces freluquets. Ils écrivent comme ils parlent, par onomatopées, et leur imaginaire vole si bas qu’une truite en train de moucher le confondrait avec une larve d’éphémère. S’il était un albatros, il ne prendrait même pas la peine de les arroser de sa suffisance, en planant au-dessus d’eux : il se contenterait de leur faire de l’ombre.
Paradoxalement, l’eau que l’on boit à table lui inspire un profond dégoût. Lorsqu’il oublie ses principes, victime d’une soif intense, le hoquet ne tarde guère à monter dans sa gorge. Il a l’impression d’être étranglé de l’intérieur par un parasite aux grandes mains. Il s’expose alors à une interminable toux dont il réchappe plus cramoisi qu’un méchoui. Une autre fois, une nausée d’hépatique lui soulèvera le cœur et il sera à deux doigts de vomir de la bile dans son verre. Sans doute une larme de sirop s’imposait-elle, mais il est trop jeune, paraît-il, pour consommer du vin. La plupart du temps, sur le coup des nerfs, il se jure de ne jamais mettre les pieds dans une station thermale. Et pour se défouler, il utilise à des fins sportives ou guerrières des bouteilles d’eau minérale qu’il a, au préalable, remplies de sable. Il les déquille ensuite au moyen de boules de pétanque chouravées à son père. Il ne rate ses cibles – qu’il cabosse avec délectation – que très rarement. Il s’y emploie quelquefois les yeux fermés et il fait également mouche en nocturne.

Le petit Camille se réjouit toujours de batifoler avec les pétrels, les albatros, les fous de Bassan, ces oiseaux de grande envergure pour lesquels les étendues salées sont des territoires de chasse. Ciel, comme il les préfère aux râles et aux bergeronnettes, dont les minuscules pattes arpentent les prés où serpentent les ruisseaux et stagnent les étangs !
Ce qu’il reproche à la campagne, par rapport aux océans, c’est le manque d’espace, donc de vertige, d’évasion…
Mais il existe mille et une autres raisons, et il s’empresse d’en noter de nouvelles lorsqu’elles viennent le titiller. La dernière en date concernait la gastronomie.
– Les poissons de rivière sont fades et même les chats refusent d’en manger !affirma-t-il en faisant la grimace.
« Sans compter qu’ils ont un goût de vase et se nourrissent d’asticots, de mouches et de vers de terre ! Pouah ! Le poisson de mer est plus noble, lui, car il vit dans un milieu où tant d’hommes ont péri ! Vive la Marine ! A bas les pêcheurs de truites, qui sont bottés comme des putes ou des mousquetaires d’opérette ! »

Dernière modification par Irmah Vacharde ; 02/12/2009 à 10h42.
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Vieux 02/12/2009, 11h38   #45
Irmah Vacharde
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Date d'inscription: novembre 2007
Messages: 2 959
Je voudrais juste préciser à l'ami Thierry qu'il ne s'agit point d'un texte mais d'un extrait de roman - en l'occurrence, devant l'insistance du public, de deux extraits :o)
Voilà, voilà.
Sinon, monsieur a du goût, haha
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