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Discussion: Gavril Popov et le premier documentaire sonore du cinéma soviétique

  1. #1
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    mars 2008
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    Gavril Popov et le premier documentaire sonore du cinéma soviétique

    En faisant des recherches sur Gavriil Popov dans le but d’améliorer le texte obscur écrit il y a quelques années sur les premières symphonies, et dans la foulée de l’article sur la sortie de la 2ème symphonie accompagnée de deux musiques de cinéma inédites jusqu’alors,
    http://classiqueinfo-disque.com/spip...php?article969
    je suis tombé par hasard sur YouTube sur la séquence initiale du film dont la musique servit à la composition de la Suite n°1, Le Komsomol chef de l’électrification : plusieurs surprises en résultent, au-delà du fait qu’il existe encore des copies de ce document de 1932.

    Les commentaires qui accompagnent cette séquence, présentée à la gloire de l’utilisation du theremin (qui n’apparaît pas dans la seule version enregistrée de la Suite mais a été restauré lors de la version de concert que Botstein donna aux Etats-Unis) nous apprennent :
    -que le theremin avait été utilisé une première fois en 1931 dans la bande originale d’Odna (Alone) musique de Chostakovich : on peut entendre à nouveau dans l’enregistrement récent de la musique de Podrugi (les Amies 1934, toujours Chostakovich, ) un theremin solo auquel est confié une curieuse version de l’Internationale.
    -que le réalisateur Esfir Schub était une femme, et même une assez jolie jeune fille à l’époque si comme on peut le supposer c’est bien elle qui apparaît pendant que l’orchestre s’accorde pour appuyer sur les interrupteurs électriques. KCoE était son premier film sonore et elle n’a réalisé que des documentaires, inventant un système de montage de documents d’archives mêlés à des images nouvellement tournés. Dans ce film elle utilise à la fois des cartons mais s’adresse aux spectateurs en allemand, en anglais et en français en plus des discours en russe. Esfir Schub (Esther pour l’occident) vécut jusqu’en 1959, trouvant difficilement du travail car en plus de son sexe, les campagnes antisémites à la veille de la mort de Staline faillirent lui coûter la vie (son second mari disparut mystérieusement dans l’Extrême-Orient par suite, croit-on, de plaisanteries déplacées sur le Chef et Maître.)
    -qu’il ne s’agit pas au premier chef d’un film sur l’électrification des campagnes comme le bruit courait, mais plutôt sur l’utilisation de l’électricité dans tous les domaines de l’art et de l’industrie, ce qui permet la mise en abime du début où l’on voit les collaborateurs se préparer à la réalisation du documentaire.

    La plus grande surprise de ces images est d’y voir apparaître, environ trois secondes (vers 3’50) Gavriil Popov lui-même tournant les pages de sa partition. Or, il y a quelques mois encore, il était impossible de trouver d’autre photographies de Gavriil Popov qu’une minuscule vignette datant probablement du début des années 60

    La plupart des documents iconographiques concernant Popov ont été détruits par ceux qui les possédaient à la suite de Congrès de 1948, donc on pouvait difficilement imaginer voir surgir des images en mouvement :


  2. #2
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    mars 2008
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    Mieux encore, l’intégralité du film se trouve en ligne, découpé en 6 fragments, et, malgré un son très pauvre, et par moments absent, on peut mesurer quel travail sépare la composition de la musique originale et sa réfection ultérieure pour le concert. On voit de plus toutes sortes de choses tout à fait intéressantes ; je n’ai pas pu identifier le chef d’orchestre, ni le ténor, pas plus que la chanson qu’il entonne, mais on a la surprise, dans une atmosphère proche de celle que montrait la mise en scène de l’Acte II de la Glace et l’Acier de Deshevov de voir une visite d’usine par des ouvriers chinois, à l’occasion de laquelle un marin russe danse la fameuse « danse de la pomme » tirée du Pavot Rouge de Reinhold Glière (dans le 3ème fichier), accompagné par l’accordéon (le ballet de Glière, dont c’est à peu près le seul extrait demeuré célèbre date de 1926). Le passage de la fanfare qui succède permet d’entrevoir de curieux cuivres à quatre pavillons qui ont dû tomber en désuétude.






  3. #3
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    mars 2008
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    La séquence consacrée au barrage sur le Dniepr (habilement introduite par des images d’églises en ruines) rappelle évidemment d’autres moments de cinéma (Jivago) et d’autres musiques disparues (Meytius dont une séquence de Barrage sur le Dniepr figurait au dos de la face 2 du 78t enregistré à Paris de Zavod de Mosolov) ; la séquence de la plage au bord du lac évoque aussi le chef d’œuvre muet de Siodmak, Les Hommes le Dimanche.
    On sent combien le constructivisme a marqué le cadrage et l’enshaînement des plans abstraits sur le matériel électrique, jusqu’à la séquence finale qui fait avec la réalité contemporaine allusion aux films de science-fiction (les films de Lang qu’Esfir Schub « éditait » pour les firmes de cinéma russe avant de passer à la réalisation).






  4. 25/05/2010 22h37

    Motif
    bye bye

  5. #4
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    Quelqu'un pourrait-il m'aider à identifier la chanson qui chevauche les sections 1 et 2 de KCE ci-dessus?

  6. #5
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    Je trouve que ça sonne beaucoup comme du Hanns Eisler (je dis ça au pif). Ce n'est pas le texte qui va aider: ce que j'en comprends est plein de "en avant prolétaires" et "à bas les fascistes", ce qui n'est pas d'une folle originalité.
    La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute. (Pierre Desproges)

  7. #6
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    merci en tout cas, Eisler pourrait être une piste intéressante étant donné le texte allemand qui précède, assez rigolo d'ailleurs, "unser Führer, Vladimir Illych"... enfin rigolo, je m'entends

  8. #7
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    La partition du film de Schub a été réorganisée pour devenir la Suite N°1, qui a connu une certaine popularité dans les salles de concert jusqu'en 1936 où elle a été retirée au moment où elle était sous presse.
    L'ordre des séquences diffère, le theremin est remplacé par un violoncelle. Dans les concerts de la première américaine (vers 2004 si ma mémoire est bonne) Botstein a remis le theremin, mais il n'a pas enregistré la Suite, au contraire de la 1ère symphonie.
    La discussion est toujours ouverte quant à déterminer s'il s'agit ou non de la première utilisation du theremin dans une musique de cinéma. Chostakovich (qui fait jouer à cet instrument l'Internationale dans Les Amies en 1934) semble l'avoir utilisé juste avant dans la partition d'Odna, version sonore.

    Là, l'image est fixe, mais le son est enfin audible, et c'est à mon avis, un choc si on ne l'a jamais entendue. La version est -a priori la seule existante- celle qui accompagne la 5ème symphonie dans le vieux pressage Olympia, Eduard Chivzey à la tête de l'orchestre radio symphonique de Moscou:

    Gavriil Popov (1904-1972)
    - Suite from "Komsomol is the Chief of Electrification" (Symphonic Suite No. 1).
    · I. Largo cantabile
    · II. Grave
    · III. Intermezzo, valse and finale




  9. #8
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    Comme, sauf erreur c'est à peu près le seul sujet sur ce compositeur, je signale -nouvelle parution 2011, enregistrement 2009- que j'ai reçu ça ce matin:

  10. #9
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    Alors, qu'est-ce que ça donne ?

    (NB : je viens de commander le disque... )

    C'est un bon signe après l'enregistrement des 2 & 3 dans le cadre de la collection "Wartime Music". J'espère que Titov prend le chemin d'une intégrale et qu'on entendra enfin la n°4 !

  11. #10
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    j'espère aussi, mais si mes renseignements sont bons la symphonie 4 est une symphonie chorale a capella, donc ce n'est peut-être pas tout à fait le domaine de Titov. J'attends aussi la symphonie pour quatuor à cordes avec impatience, que joue Danel mais toujours ni disque ni bande des concerts.
    Le nouveau disque est très bien, un peu perturbant quand on a dans l'oreille les autres versions car c'est très différent. Je ne pensais pas que j'allais écouter tant de fois cette première symphonie à nouveau! je n'ai même pas encore jeté une oreille sur la 9ème de Polovinkin reçue en même temps!

  12. #11
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    Titov donne une version très analytique et donc passionnante, même si parfois on a l'impression de ne pas entendre la même oeuvre (que la version Provatorov, la version Botstein ayant également ses atouts même s'il me semble que la symphonie paraît moins ambitieuse sous sa baguette, mais les structures sont clairement définies chez Botstein, peut-être trop clairement).

    D'une part on a la curieuse impression que Titov est moins rapide que ses prédécesseurs, ce qui est une illusion car le minutage montre qu'il est à peu près une minute en dessous de Provatorov (pour le 1er mouvement) et plus de 3 en avance sur Botstein.
    Il me semble que l'essentiel de la démonstration vise à tirer l'oeuvre vers ce qu'elle contient de plus moderne: Titov insiste sur les voix médianes (quitte à noyer le splendide thème tonal de cuivres vers 10'30), les percussions -splendides-, les polytonalités et les polythmies (vers la fin après la reprise de l'intro, on entend un flottement rythmique qu'il est le premier à souligner). Contrairement aux autres, la musique ne crie jamais, et pourtant les déchirements sont beaucoup plus présents.
    J'entends dans le premier mouvement des allusions à Berg (l'introduction est-elle orthodoxement dodécaphonique? il faudrait avoir la partition pour le savoir, -on rappelle que l'opus 1 de Popov est dédié à Schönberg-) une citation de la trompette de la 5ème de Mahler, qui est peut-être la citation du thème "du destin" de la 5ème de Beethoven, des effets de percussions directement empruntés à la 1ère Kammermusik d'Hindemith (mais c'est peut-être moi parce que je la voie partout cette oeuvre), des motifs proches de certaines tournures de Stravinsky. Or je n'avais jamais entendu tout cela précédemment.
    Je me demande aussi si le thème secondaire du 2ème mouvement n'est pas directement repris dans la 5ème de Prokofiev?

  13. #12
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    Merci pour toutes ces précisions, j'allais justement te demander d'éclairer ma lanterne (cf. "très bien... un peu perturbant... très différent")

    Je ne connais que la version Provatorov de cette symphonie, je me méfie toujours un peu de Botstein même s'il a le mérite de s'intéresser à des oeuvres très intéressantes et rarement, voire jamais, enregistrées (sa Herbstsymphonie de Marx est vraiment ratée et j'ai lu des critiques très négatives sur son "Ilya Muromets", j'ai bien aimé son Ariane et Barbe Bleue mais je n'avais pas de point de comparaison à l'époque)

  14. #13
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    J'ai reçu le disque hier et j'ai aussitôt écouté la première symphonie. Titov souligne en effet la modernité de l'oeuvre, les dissonances et les aspects agressifs sont particulièrement mis en valeur. La prise de son est moins chaleureuse que chez Provatorov et j'ai eu l'impression que la symphonie m'était plus distante. Mais bien des passages sont bluffants et l'apothéose finale est proprement cataclysmique, plus que chez Provatorov (les xylophones sonnent un peu de manière ridicule chez ce dernier).

  15. #14
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    Je signale un évènement colossal: un amateur propose sur YT le premier enregistrement de la Grande suite pour piano opus 6 une des partitions les plus importantes de Popov (totalement inédite mais dont on trouve encore difficilement la partition). C'est un peu raide quoique mécaniquement très exact. On reconnaitra à la reprise de l'invention le thème cité dans la 10ème symphonie de Chostakovich une trentaine d'années plus tard.



    (on trouve aussi par un autre amateur un petit bout de l'opus 1 dédié à Schönberg, sous le titre Expression -trouvable dans la colonne de droite sur le même page-: attention, si la prestation est moins mécanique, le piano est cette fois complètement désacordé :no . Pourquoi n'avoir pas poursuivi avec l'autre pièce op1n°2 Mélodie, beaucoup plus courte et beaucoup plus facile reste un mystère.)




    Dernière modification par sud273 ; 19/11/2011 à 15h59.

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