Au sujet de ce compositeur voici ce qu'on peut lire dans la fameuse Description autobiographique d'un voyage à l'étranger en 1888 de Tchaïkovsky (publication posthume de cet article dans la revue Le Messager Russe en 1894 avec une introduction de son frère Modest) :
"Je fis connaissance chez Reinecke avec le compositeur français G[ouvy], qui passe tous ses hivers à Leipzig. M.G[ouvy] s'est complètement germanisé, parle parfaitement l'allemand, a des attitudes plutôt hostiles envers son propre pays (en matière musicale, s'entend) et donne l'impression générale affligeante d'un homme déçu, froissé, humilié, incompris de ses compatriotes et ayant de ce fait tendance à surestimer les mérites et les qualités d'une nation étrangère. Il est fort probable que M. Gouvy a suffisamment de raisons d'en vouloir à la France musicale, mais il m'était assez pénible de l'entendre louer tout ce qui était allemand, au détriment de la France. Je n'avais encore jamais vu un Français comme lui."
(traduction André Lischke, Tchaïkovsky au miroir de ses écrits, Fayard, 1996)
Dernière modification par Philippe ; 22/02/2010 à 22h08.
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Bonsoir,
Je suis peut-être injuste. Mais je connais le Requiem, enregistré il y a quelques années, qui est fort ennuyeux, et très éloigné du style de Verdi. Les deux oeuvres ont été écrites quasiment en même temps, ce qui interdit de dire qu'il "l'annonce". A la limite, si on voulait comparer Gouvy à un compositeur (et pas en sa faveur, je reconnais) ce serait Brahms.
Je ne comprends pas cette comparaison, si vous voulez bien l'expliciter, ce sera un plaisir de vous lire.
Je trouve aussi un peu injuste le jugement de Vincent - même si en effet j'hésiterais à placer le Requiem de Gouvy parmi le top ten de mes requiems favoris Le fait est que je viens de réécouter ce requiem, que je n'avais pas entendu depuis plusieurs années à l'époque de sa parution chez K617, et que ma foi cette réécoute ne m'a certainement pas "ennuyé" ; je n'irais pas non plus jusqu'à dire qu'elle m'a enthousiasmé. Mais j'en ai trouvé l'écoute agréable, in fine. Comme quoi les goûts ...
L'auteur du livret (très complet, la partition du Requiem y est analysée partie par partie) mentionne en effet la contemporanéité exacte des deux requiems, et signale de même quelques rares points de contact entre ce requiem et celui de Verdi (sans mentionner lesquels).
Les "défauts" de l'oeuvre sont également passés en revue :
on constate de curieuses omissions, ou plutôt des raccourcis, des "télescopages", créant certains déséquilibres formels, surtout vers la fin
l'absence d'un Lux aeterna indépendant (seule figure une simple allusion), comme pour le Kyrie, et de même l'In Paradisum et le Libera me, qui eux aussi font défaut, le tout donnant à l'ouvrage une conclusion à la fois sombre et quelque peu écourtée
abus des périodes symétriques de huit mesures
une certaine brièveté de souffle fragmentant parfois le discours
quelques erreurs d'accentuation dans la prosodie latine
Malgré cela l'auteur conclut que ce sont là des détails de peu de poids, face aux nombreuses beautés d'une partition qui mérite absolument de revivre.
Après cela, à chacun évidemment de se faire sa propre opinion
(Toutes ces informations provenant du booklet du CD, je m'excuse auprès des lecteurs qui posséderaient déjà ce dernier )
Je possède également deux autres albums de Gouvy parus chez K617 (j'ignore s'il en existe d'autres) : Quatuor à cordes et Quintette, et Quintette pour piano et cordes, Quatuor à cordes n°5 et Mélodies sur des textes de Ronsard et Desportes, dont je pourrai revenir dire qqs mots après les avoir réécoutés
En fait, cela fait un bon bout de temps que je n'ai pas réécouté le Requiem, mais à l'époque de sa redécouverte, il m'avait vraiment enthousiasmé, dans sa sobriété toute allemande trempée dans un lyrisme italien. Curieux mélange, qu'on retrouve aussi dans le Stabat Mater qui m'avait également plu. J'avais acheté et écouté aussi à peu près tout ce qui était sorti en musique de chambre : une musique très honnête, mais peut-être un peu terne dans l'ensemble. Mes deux derniers disques de Gouvy sont plus récents : d'une part les symphonies 3 et 5, très agréables, très claires, une très heureuse découverte et la semaine dernière, la symphonie 6 et sinfonietta qui m'ont paru pour le coup un peu décevantes et ennuyeuses.
"Je fis connaissance chez Reinecke avec le compositeur français G[ouvy], qui passe tous ses hivers à Leipzig. M.G[ouvy] s'est complètement germanisé, parle parfaitement l'allemand, a des attitudes plutôt hostiles envers son propre pays (en matière musicale, s'entend) et donne l'impression générale affligeante d'un homme déçu, froissé, humilié, incompris de ses compatriotes et ayant de ce fait tendance à surestimer les mérites et les qualités d'une nation étrangère. Il est fort probable que M. Gouvy a suffisamment de raisons d'en vouloir à la France musicale, mais il m'était assez pénible de l'entendre louer tout ce qui était allemand, au détriment de la France. Je n'avais encore jamais vu un Français comme lui."
Merci pour cette citation très intéressante et qui dément complètement la thèse actuelle qui veut faire passer Gouvy pour le premier exemple de musicien européen. Il faut d'ailleurs rappeler qu'il était né prussien.
Je ne vois pas de rapport avec Brahms, ses symphonies imitent plutôt maladroitement Mendelssohn, avec moins d'originalité que Bristow et de fraîcheur que Chadwick.
Il est toujours intéressant d'entendre un compositeur tombé dans l'oubli: on se rend compte souvent que cet oubli est injustifié. Là, il y a plus d'intérêt à redécouvrir Reinecke, Jadassohn ou même Rheinberger.
Il est toujours intéressant d'entendre un compositeur tombé dans l'oubli: on se rend compte souvent que cet oubli est injustifié. Là, il y a plus d'intérêt à redécouvrir Reinecke, Jadassohn ou même Rheinberger.
Rheinberger a fait l'objet depuis plusieurs années de nombreuses parutions discographiques. Reinecke est aussi assez bien représenté. Mais pour Jadassohn, en dehors de ses deux concertos pour piano récemment parus et fort agréables, je ne connais pas grand chose à se mettre sous la dent. Ses symphonies sont-elles enregistrées ? Ses partitions pour piano sont assez plaisantes aussi, mais je en crois pas qu'elles se trouvent en disque facilement.
je citais le nom de Jadassohn parce que j'avais été favorablement impressionné par un disque de musique de chambre (4ème trio, quatuor et quintette avec piano) paru en 2003, mais il semble qu'il ne soit plus disponible.
La première symphonie est sortie chez Cameo classics (couplée avec le 1er concerto pour piano et des pièces de Brüll dont le concerto pour violon) en janvier 2009: voir ici http://cameo-classics.com/product_in...77903df18a18d0
En fait, ce qui est surtout pénible à entendre chez Gouvy, c'est sa musique...
Est-ce que Vincent H est chanteur, instrumentiste, mélomane ?
Quand on a interprété Gouvy on ne peut que constater que c'est assez génial.
c'est pourquoi j'ai du mal à comprendre qu'il vous ennuie..
c'est surtout moi qui ai lancé ce débat.
Je ne vois pas ce que ça change qu'on soit ou non instrumentiste. Les concertos de Paganini représentent sans doute un défit intéressant et techniquement "génial" pour un violoniste: pour l'auditeur, c'est moins amusant.
Des centaines de compositeurs ont rédigé des partitions intelligentes, astucieuses, conformes aux règles académiques sans que la moindre étincelle de talent les anime. Je préfère Minkus ou Adolphe Adam à Gouvy, même si je n'en écouterai pas tous les jours. Question de goût simplement.
Pour Gouvy c'est plus qu'une étincelle de talent. Chaque page est une découverte...son Stabat Mater est touchant. C'est aussi une période précise du Romantisme qu'on n'est pas obligé d' apprécier.
on ne peut pas aimer tout en musique effectivement : question de goût.
Pour Gouvy c'est plus qu'une étincelle de talent. Chaque page est une découverte...son Stabat Mater est touchant. C'est aussi une période précise du Romantisme qu'on n'est pas obligé d' apprécier.
on ne peut pas aimer tout en musique effectivement : question de goût.
Je trouve également qu'il y a de belles choses chez Gouvy, comme son quintette pour piano et cordes.
Son problème, c'est qu'il est considéré (plutôt déconsidéré) comme un épigone (bien tardif) de Mendelssohn, de Schumann, de Burgmüller ou je ne sais quel compositeur de la mouvance de Leipzig du début du XIXe siècle. Si un Madoff musicologue nous disait que Gouvy était né quarante plus tôt et donc que ces oeuvres avaient été écrites quarante ans plutôt, ou avant celles de Mendelssohn, on accorderait beaucoup d'intérêt aux mêmes partitions.
Remember l'Adagio d'Albinoni, ou le concerto "Adélaïde" de Mozart