Par un hasard qui me laisse pantois, je suis en train de relire Soixante ans d'adolescence, les mémoires inachevés de Henri Jeanson. A un moment, il raconte comment il avait écrit une revue avec Suzanne Dehelly
Laissons la parole à Jeanson (il écrit beaucoup mieux que moi)
Dans cette revue, entre autres personnages, Suzanne incarnait Dranem, Dranem le célèbre comique de « l'Eldorado », créateur de ce chef-d'œuvre de subtilité :
« Ah ! les p'tits pois, les p'tits pois, les p'tits pois C'est un légume bien tendre Ah ! les p'tits pois, les p'tits pois, les p'tits pois Ça n’se mange pas avec les doigts. »
Dranem faisait ainsi l'éducation de son public. Il lui enseignait la manière de bien se tenir à table.
On lui doit aussi ce parfait morceau d'anthologie :
« Je suis le fils d'un gnaf ! gnaf ! gnaf ! Qui fait des ribouis, Moi je n'fais que des gaffes J'en ferai toute ma vie. »
Et ce ravissant bijou (en arrière, les enfants !)
« J'ai un trou dans mon quai, J'ai un quai dans mon trou Le trou de mon quai est bouché. »
Poésie allusive...
Sans parler de « J'ai deux quetschiers dans mon jardin ». Vous voyez où je veux en venir !
Dranem, coiffé d'un petit chapeau, vêtu, comme nous le rappelle Jacques Charles dans ses souvenirs, « d'une petite veste étriquée, d'un pantalon en toile à matelas trop large et trop court découvrant d'immenses godasses sans lacets », chantait les yeux fermés, sans doute par pudeur, pour ne pas voir les mots qui tombaient de sa bouche.
Ayant abandonné cet exaltant tour de chant pour se consacrer au théâtre, Dranem, dont l'intelligence n'était pas le fort, fit une conférence pour dénoncer la bêtise, l'ineptie, la grossièreté des chansons de café-concert.
J'écrivis donc une scène — comment ne pas sauter sur l'occasion ? -- une scène au cours de laquelle Suzanne Dehelly incarnant Dranem se lançait dans un grand réquisitoire moralisateur contre l'obscénité des paroliers et de leurs interprètes, s'interrompant ici et là pour chanter quelques-uns des refrains de Dranem puis reprenant, avec plus de véhémence encore, le cours de ses diatribes.
Je rencontrai Dranem sur les boulevards.
— Alors c'est vrai ce qu'on me dit ?
— Qu'est-ce qu'on te dit ?
— Que l'on répète une revue de toi où Dehelly fait une imitation de moi ?
— Oui. Viens donc aux répétitions, tu lui donneras des indications.
— Oh ! ça ce serait chouette !
— Quand tu voudras.
Le lendemain il était là. Il fit son tour de chant devant Suzanne et lui régla sa scène avec infiniment de soin :
— Ici tu t'interromps... Tu hésites... Et hop... En traînant tes godasses tu fais le tour de la scène en chantant, et tu t'arrêtes pile devant le public : « J'ai un trou dans mon quai, j'ai un quai dans mon trou. » Et tu les attends. Tu ramasses tout.
Il poussa l'innocence jusqu'à nous prêter le costume et les chaussures qu'il avait depuis longtemps abandonnés pour se produire dans les opérettes de Maurice Yvain et de Christine.
Le soir de la générale il se précipita dans la loge de Suzanne pour la féliciter :
— J'aurais jamais cru que j'étais si marrant, lui dit-il. Et il fredonna :
« J'ai mis du papier collant Pour qu'ça tienne, pour qu'ça tienne, J'ai mis du papier collant Pour qu'ça tienne en attendant. »
Puis avec mélancolie :
— On a beau rigoler, mais à « l'Eldorado » on savait écrire pour les comiques.
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La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute. (Pierre Desproges)
J
Un mode "surfing-zapping" via musicme, youtube, la VOD avec Medici, Arte,
A la louche certainement, mais pour moi et beaucoup de mélomanes fauchés Musicme par exemple peut être un formidable truc pour découvrir des oeuvres et des interprétations, sans que cela se transforme en papiers jetables musicaux... Je veux dire par là qu'il y a des enregistrements que j'écoute souvent sur ce site (comme s'il s'agissait de mes propres disques) et que je n'ai pas forcément envie d'acheter !
Par ailleurs, contrairement à ce que mon activité ici peut laisser penser, j'essaye de faire sérieusement mon boulot, donc je m'abstiens de ramener des enceintes au bureau, et c'est donc contraint et forcé que j'ai développé l'art de juger des interprétations filmées sans le son. J'
Ah bien, je comprend maintenant la raison de la polémique sur le phrasé à la con...