Je pense que l'on va, concernant la musique enregistrée, vers une division en deux modes bien distincts (pour autant des gens pratiqueront les deux, sans doute).
Un mode "surfing-zapping" via musicme, youtube, la VOD avec Medici, Arte, etc: un bout de disque par ci, une vidéo de concert par là, une écoute comparée par playlist, etc... sans parler du téléchargement qui devrait quand même se développer avec les sites de partages de fichiers (je suis réac et paresseux là-dessus mais ne suis sûrement pas représentatif, au moins pour les mélomanes de 20-35 ans).
Sans parler du fait que, après avoir créé leurs propres labels, les orchestres par exemple créent leurs radios virtuelles, leurs télés virtuelles, à l'exemple des Berliner. Etc, etc.
Et puis, un mode "culte/vintage/cérémonial": écoute de disques plutôt tendance grands interprètes disparus dans LE live hyper rare payé 80 euros sur e-bay après une lutte féroce avec des enchérisseurs taiwanais, ce qui décuple le plaisir de pouvoir l'écouter, à volume réel bien sûr, sur son lecteur-convertisseur à 2000 euros, son ensemble ampli-préampli-bloc de puissance à 5000 euros et ses enceintes à 12000 euros, évidemment dans une pièce d'au moins 35 m2 dédiée uniquement à cet effet.
C'est marrant ce que vous dites, parce que j'ai deux amis mélomanes (on est devenus amis parce que mélomanes) qui ont évolué chacun strictement dans chacun des deux modes que vous décrivez.
Moi, je n'arrive toujours pas à me décider.
Krivine parlait de Berlioz en disant, ce compositeur est génial machin bidule puis il dit j'aurais bien aimé connaitre le bonhomme (qui devait être interessant pour avoir commis des pièces comme ça). Et là il se reprend en disant, en fait non, ça ne sert à rien de toujours vouloir connaitre le compositeur et donc sous entendu, que le compositeur soit aussi génial et interessant que son oeuvre: c'est l'oeuvre d'art qui est plus importante et qui reste parce qu'elle dépasse ce que nous sommes. Et d'embrayer sur: quand j'écoute sa musique, je n'en ai rien à foutre que Strauss fût nazi ou Wagner antisémite car ce n'est pas ça que je juge. Je ne juge pas le fait que ces mecs puissent avoir été des salauds mais quelque chose qu'ils ont créé et qui est une oeuvre d'art. Voilà en gros ce que j'en ai retenu.
C'est rigolo, parce que je connais surtout des gens qui écoutent des disques comme dans le temps, des disques parfois normaux, pas rares, pas trop chers, et qui n'utilisent youtube et le reste que fort occasionnellement. Mais je dois être un dinosaure...
(la crise économique pour expliquer la chute des ventes, je n'y crois que modérément, même si cela accentue les choses ; on trouve de bons, très bons et même excellents disques à 6 ou 7 euros sans trop chercher ; c'est le prix qu'on payait un 33t en 1970, depuis les prix en général ont sextuplé et même plus) (et en 1973 il y a eu aussi une crise économique).
C'est ce que je vois aussi, lebewohl, y compris sur les forums de "spécialistes" que je fréquente, notamment aux USA.
Pour la crise, je suis d'accord, même si je ne sais pas si tant de monde que ça a accès aux disques pas chers (il faut chercher un minimum). Ce qui explique la baisse c'est plutôt la dispersion des dépenses culturelles & autres (dvds, cinéma, matériel, téléphones, conneries en tout genres...).
Effectivement, de façon générale il n'a sans doute jamais été aussi facile et peu coûteux à la fois de se procurer des disques, et avec un choix démesurément plus grand qu'avant. Je ne sais pas trop ce qu'il en est pour les autres musiques, mais je pense que maintenant la part des mélomanes classiques qui payent un disque, même une nouveauté, plus de 10 euros, est devenue minoritaire. Et d'ailleurs, c'est sans doute un autre facteur important de l'affaissement des ventes: l'explosion de la revente.
D'un autre côté, il y a une question qui m'intrigue et à laquelle je n'ai aucun début de réponse: les habitués des plateformes amazon voient bien qu'il y a 5-6 gros revendeurs qui se partagent le gâteau (le crocodile floridien, le classique dans le ciel bleu, le film sur la planète des ET, etc., pour ne pas les nommer directement). Or, on n'y prête plus forcément attention à force de commander chez eux, mais ces gens revendent bien des disques neufs, souvent un cran moins cher que les particuliers qui essayent (on imagine péniblement) de refourguer leurs doublons ou disques mal-aimés. Or, le crocodile, le ciel bleu, etc., si j'ai bien compris, rachètent des stocks non écoulés aux distributeurs. (mais p'têt' j'ai rien compris en fait, hein).
Et ma question est: ne verra-t-on pas un jour les distributeurs réduire encore les ventes en gros qu'ils font aux vendeurs traditionnels (FNUK, Virzim...) pour arroser directement le crocodile et Cie, dont la clientèle potentielle grossit sans cesse proportionnellement à celle de FNUK et Cie? Financièrement, même en tenant compte du fait que le croco revend 50% moins cher que la FNUK, ça ne me paraitrait pas irrationnel.
Edit: pour être plus clair, on parle de revendeur aujourd'hui pour le croco, et de vendeur pour la FNUK, mais en fait ils font à peu près le même métier, non?
Dernière modification par Theo B ; 04/03/2010 à 14h45.
Naxos, c'est assez facile à trouver, tout de même!
Naxos qui est le plus gros label de musique classique, d'ailleurs, ce dont on tirera les conclusions que l'on voudra.
Théo tu es en retard : Caïman n'existe plus (ou en tout cas ne vend plus sur amazon). Et le choix semble s'être réduit chez ces "revendeurs/vendeurs" (à une époque on trouvait à peu près tout, aujourd'hui c'est plus difficile, même si entre les différentes vendeurs on s'y retrouve).
Deuxième point qui m'a semblé interessant: le silence est important en musique. Dans l'oeuvre bien sur, mais autour de l'oeuvre. Avant, on entendait de la musique une fois de temps en temps et puis le reste du temps: silence. Silence qui permet l'attente et le désir. Maintenant, on baigne dans la soupe sonore.
Bon Théo, tu me vois venir avec mon esprit chaffouin et mes gros sabots. Je me suis demandé si le fait d'aller à trop de concerts ne nuisait pas un peu gravement à la santé. A force d'à force, on veut toujours dire des trucs sur ce qu'on vient d'entendre mais comme on a la tête pleine de plein de choses qu'on ne digère pas complètement, le jugement change parfois jusqu'à l'outrance.
Au fait, je ne réagis que maintenant à cette partie: pour contester ton analyse, beau blond, bien évidemment.
Effectivement, du temps où le disque n'existait pas, on allait au concert, et basta jusqu'au concert suivant. Mais je souligne deux aspects:
Ben, c'est un peu ce que je fais, surtout depuis que j'ai une existence normale, métro-boulot-dodo, sauf que j'intercale deux jours sur trois au moins un concert entre le boulot et le dodo. Mais je ne peux évidemment pas intercaler d'écoute de disques en plus, ou très rarement. C'est plutôt réservé au week-end, et le week-end, j'essaye aussi de jouer du piano. Par ailleurs, contrairement à ce que mon activité ici peut laisser penser, j'essaye de faire sérieusement mon boulot, donc je m'abstiens de ramener des enceintes au bureau, et c'est donc contraint et forcé que j'ai développé l'art de juger des interprétations filmées sans le son. J'ajoute que je n'ai ni ne souhaite avoir aucun appareil permettant d'écouter de la musique dans les transports, et pourtant j'y passe au minimum deux heures par jour.
Du temps ou le disque n'existait pas, en gros, il n'y avait guère d'autre musique que celle que l'on appelle classique. En plus, les gens qui pouvaient s'y intéresser et s'y investir de près n'avaient en général que ça à faire de la journée, c'était le bon temps. Donc, ils n'écoutaient pas de disques certes, mais je ne suis vraiment pas convaincu que le mordu moyen vivant à Paris, ou a fortiori à Vienne il y a 100 ou 200 ans, passait moins d'heures par jour à écouter de la musique et en disposait de davantage pour jouir du silence entre les concerts...
c'est super les puces, je n'avais jamais remarqué qu'on en avait...
Théo tu es en retard : Caïman n'existe plus (ou en tout cas ne vend plus sur amazon). Et le choix semble s'être réduit chez ces "revendeurs/vendeurs" (à une époque on trouvait à peu près tout, aujourd'hui c'est plus difficile, même si entre les différentes vendeurs on s'y retrouve).
Quand je disais que je me déconnectais progressivement du disque...
Du temps ou le disque n'existait pas, en gros, il n'y avait guère d'autre musique que celle que l'on appelle classique. c'est super les puces, je n'avais jamais remarqué qu'on en avait...
Je ne sais pas de quelles puces il s'agit, mais cela me démange de dire qu'il m'avait semblé lire que les gens chantaient, dansaient, berçaient, jouaient de la musique non classique dans les chants, les maisons, les tavernes. On n'a pas toujours de trace, car, précisément, le disque n'existait pas, mais tout de même... enfin bon j'ai peut-être tort de croire ce que racontent les romans.
Du temps ou le disque n'existait pas, en gros, il n'y avait guère d'autre musique que celle que l'on appelle classique.
Celle-là, je vais l'encadrer et la mettre au-dessus de mon lit. Il parait que le rire aide à s'endormir
Du temps où il n'y avait pas de disque, il y avait des tas de chanteurs de rues qui vendaient des partitions de quatre sous, des orgues de barbarie qui allaient dans les cours récolter quelques pièces, des cabarets où on se prenait une verte bien tassée en écoutant des chansons, des caf' conc' où Dranem et autres rigolos chantaient des trucs navrants, des bals et des foires, et on n'y jouait pas grand chose de classique.
Si j'en crois un conte d'Alphonse Allais, c'est aussi l'époque où l'on pouvait se pointer le bec en l'air à l'opéra de Paris et y acheter une place pour la représentation en cours.
Il faudrait voir à ne pas confondre la vie des 1% de rentiers qui avaient effectivement le loisir, le temps et le goût d'aller au concert avec celle des 99% de gens qui bossaient 48 heures par semaine et avaient pour principal écoute les goualantes réalistes, les chansons rigolotes et le quadrille des lanciers, et dont l'âme s'élevait à l'écoute de la chanson des blés d'or ou du Crédo du paysan (toutes choses qui ont leur charme, entre nous soit dit).
Edit: caramba, m'sieur Leb m'a coupé l'herbe sous le pied alors qu'il me doit le respect en tant que vieux birbe de la modération.
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La seule certitude que j'ai, c'est d'être dans le doute. (Pierre Desproges)
Grâce à vos commentaires, je viens de réécouter "le trou de mon quai" par Dranem en 33 tours à prix économique consacré au Music-Hall "des années folles" acheté dans une grande surface quand j'habitais en Belgique :
Je demeure dans une rue près d'la Seine
Où l'on fait depuis trois s'maines
Des fouilles et des travaux
Pour faire passer le métro
De ma fenêtre, tout en fumant des pipes
Je regarde les équipes
Dont les hommes sont occupés
A faire un trou dans mon quai
Et si vous voulez mon adresse
C'est pas difficile à trouver
Afin que chacun la connaisse
En deux mots, j'vais vous renseigner :
Y a un quai dans ma rue
Et y a un trou dans mon quai
Ça fait que sans m’déranger
J’ai la vue
Du quai de ma rue
Et celle du trou de mon quai !
L'autre jour, j'rencontre un vieil ami d'province
Qui m’dit : "Tu tombes bien, mon prince
Tu vas me faire visiter
D’Paris les curiosités
J'voudrais d'abord voir la galerie des machines"
J’lui réponds : "Tu t'imagines
Qu'à Paris il n'y a qu'celle-là ?
J'en ai une plus chouette que ça
Accepte à dîner, je t'en prie
Chez moi, sans trop nous fatiguer
Je te ferai voir une galerie
Qui certainement va t'épater"
Y a un quai dans ma rue
Et y a un trou dans mon quai
Tu pourras donc contempler
Et la vue
Du quai de ma rue
Et celle du trou de mon quai
Quand le soir il m’arrive de faire une conquête
Que la belle cause de galette
J’lui dis : "Je suis, mon bébé
Comme un pied d’cochon, pané !
Voulez-vous t-y m’faire crédit d’un p’tit quart d’heure
J’vous emmène dans ma demeure
Vous y verrez un décor
Qui vaut mieux qu’une pièce en or
Amène-toi donc, ma jolie brune
Après tu me remercieras
De te faire voir au clair de lune
Un tableau qu’tu n’connais pas"
Y a un quai dans ma rue
Et y a un trou dans mon quai
Tu pourras donc t’envoyer
Et la vue
Du quai de ma rue
Et celle du trou de mon quai
Mais hélas, la joie ici-bas est un leurre
Et l'on m'a dit tout à l'heure
Que les travaux d'terrassement
Vont s'terminer prochainement.
J’en ai l’cœur gros, car ça change mes habitudes
Et ça va m'paraître rude
D’plus avoir à contempler
Les tranchées qu’l’on va combler
Adieu ! Paix des rêveries nocturnes
Adieu ! Journées d'activité
Comme autrefois, seul dans ma turne
Hélas ! J’n’aurai plus qu’à chanter :
"Y a un quai dans ma rue
Mais y a plus d'trou dans mon quai
Et j’n’ai pour me consoler
Que la vue
Du quai de ma rue…
Le trou d'mon quai est bouché"