Tout cela me donne le tournis. Je me demande s'il ne serait pas plus commode de consacrer un fil à chacun des membres de l'illustre famille.
Ma discothèque personnelle paraîtra étique à côté de certaines autres, mais je note tout de même qu'elle contient le beau coffret des concertos pour clavier de Johann Christian (Cpo, 6 CDs) ainsi que son opus 17 (Naxos, sur piano moderne), et trois volumes d'œuvres pour clavier de Wilhelm Friedemann, dont les deux parus chez Naxos, que je ne saurais trop recommander.
De Carl Philipp Emanuel, je ne possède - honte à moi - que le coffret de sonates pour clavecin enregistré par Bob van Asperen, qui certes me ravit, mais me fait désirer d'autant plus un enregistrement plus complet de ce corpus.
Tout cela me donne le tournis. Je me demande s'il ne serait pas plus commode de consacrer un fil à chacun des membres de l'illustre famille.
Bonsoir Gustave .
Vous n'avez sans doute pas tort... En lançant ce fil de discussion, j'ai d'abord estimé judicieux de traiter ensemble les quatre membres de cette "illustre famille", imaginant qu'il y aurait relativement peu de choses à dire sur eux. Or, à la réflexion, ça revenait à vouloir "avaler un trop gros morceau à la fois" ().
Je ne crois toutefois pas avoir été spécialement incohérent dans mes précédents posts sur ce fil. De sorte que je me permets de poursuivre (avant de faire une longue pause ), en évoquant maintenant ce que je connais de l'oeuvre pour clavier de C.P.E. Bach.
Avec un peu moins d'images, mais notamment celle d'un coffret de quatre disques d'une durée totale de plus de 4 h 45 (!) réunissant les Six Recueils de Sonates, Fantaisies et Rondos destinés aux Amateurs ("Für Kenner und Liebhaber, Sechs Sammlungen von Sonaten, Freien Fantasien und Rondos") Wq 55 à 60, que C.P.E. Bach publia en 1788, quelques mois avant sa mort. Ce "monument du clavier du XVIIIe siècle" est interprété par le claveciniste hongrois Gabor Antallfy sur trois clavecins différents (dont deux sont des copies d'instruments de Christian Zell von Sassmann, d'une part, et de Wittmayer, d'autre part) ainsi que sur une copie d'un pianoforte de Matthaeus Heilmann von Sassmann.
Le texte très détaillé de la brochure qui l'accompagne se termine sur les remarques suivantes : "Les Sonates destinées aux Amateurs de Carl Philipp Emanuel Bach valent la peine d'être redécouvertes et d'acquérir un peu de la fascination des dernières sonates de Beethoven. Elles présentent un style tardif qui résume, autant qu'il la surpasse, la musique pour clavier en Allemagne du Nord au XVIIIe siècle".
Voici l'aspect qu'a ce coffret :
Les autres albums ci-dessous sont des anthologies ou séries d'oeuvres apparentées, interprétées au clavecin, au pianoforte et au clavicorde par Gustav Leonhardt [1], au clavecin et au pianoforte par Andreas Staier [2], au pianoforte par Ludger Rémy [3] et par Evelyn Garvey [4], au clavicorde par Armin Thalheim [5] et à l'orgue par Kei Koïto [6] (j'espère que Nicolas me pardonnera de montrer à nouveau le très beau disque qu'il a déjà présenté au post 7) :
Il fait sur Lausanne un temps à ne pas mettre le nez dehors (tous les jardins sont sous la pluie, mais elle est glacée ).
Pause plus courte que prévu, donc, avec une brève visite au dernier des quatre fils musiciens du Cantor .
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Une personne capable de reconnaître à l'oreille ce qui distingue la musique de Johann Sebastian Bach de celle de J. Haydn ou de Mozart mais ignorant jusqu'à l'existence de Johann Christian Bach (parfois appelé "le Bach de Londres", ou "le Bach anglais") attribuerait probablement à Haydn ou - surtout - à Mozart les oeuvres enregistrées sur les quatre albums ci-dessous si on les lui faisait découvrir "en aveugle" :
Et on ne saurait le lui reprocher... Dans sa présentation du deuxième album (Symphonies Op. 6, 9 et 18), Peter Branscombe remarque en effet ce qui suit à propos de J.C. Bach :
"(...) plus décisif encore pour l'histoire de la musique (...) fut sa rencontre avec Mozart, âgé de 8 ans; ils firent de la musique ensemble au clavecin (les auditeurs ne pouvaient dire à la simple écoute quand l'un cédait la place à l'autre); plus important, une profonde amitié s'établit entre eux. Le style de la musique du jeune Mozart fut fortement influencé par cette fusion, propre à J.C. Bach, d'une mélodie italianisante, d'un sens harmonique et instrumental chaud et sensible, et d'un sûr instinct de la forme. Mozart et Bach se rencontrèrent encore à Paris à la fin de l'été 1778. Lorsque le jeune compositeur apprit en 1782 la mort de son ami, il lui rendit un émouvant hommage en utilisant le thème de l'Andante de l'ouverture de La Calamità de' cuori (1763) de Bach, incluse dans cet enregistrement, pour le mouvement lent de son nouveau Concerto pour piano en la majeur K 414. Mais il y a encore d'innombrables emprunts, probablement inconscients, qui indiquent la nature profonde et durable de l'influence du Bach anglais sur Mozart. (...)"
Ce qui en dit long sur tout ce qui sépare le Cantor du dernier de ses fils compositeurs, du moins dans le domaine de l'orchestre.
Et des interprétations sur "instruments d'époque", comme c'est le cas des concertos enregistrés sur les deux albums qui suivent, n'y changent évidemment rien (Haydn et Mozart aussi sont souvent joués de cette manière) :
Quelques exemples enregistrés de la musique de chambre de Johann Christian Bach (les Six Quintettes pour flûte, hautbois, violon, alto et basse continue Op. 11 [le continuo de la version du Winterthurer Barock-Quintett associe un basson au clavecin], les Trios pour violon, violoncelle et clavecin ou pianoforte Op. 2 et 15 et Deux Sonates pour flûte et clavecin Op. 16) :
Sur le compositeur, l'un des livrets rapporte les anecdotes suivantes :
"(...) Carl Philipp Emanuel dira de son demi-frère Johann Christian : «Mon frère vit pour composer, tandis que je compose pour vivre». En mai 1781, Johann Christian Bach dirigea encore à Londres le dernier concert Bach-Abel de la saison. Après quoi, il s'écroula psychiquement et physiquement. Il mourut le 1er janvier 1782, âgé de 46 ans seulement. A sa veuve il laissait moins que Johann Sebastian à son Anna Magdalena, et à ses créanciers une montagne de dettes totalisant 4'000 livres sterling. La maison royale anglaise se montra toutefois plus généreuse que les avares édiles de Leipzig. La reine paya l'enterrement de son maître de musique, fit cadeau à sa veuve de 100 livres sterling pour lui permettre de rentrer en Italie, et lui alloua à vie une rente annuelle de 200 livres."
Ce qui frappe à l'écoute de cette musique, d'un grand charme et toujours très élégante, c'est bien sûr son évidente parenté avec celle de Mozart à ses débuts. Pour nos oreilles actuelles, c'est d'autant plus troublant que l'habitude s'est prise, avec le temps, d'associer aussitôt le nom de "Bach" au prénom du génial "Johann Sebastian". On peut dès lors se demander si un tel nom, porté pas ses fils, ne leur a pas été finalement bien plus préjudiciable que bénéfique (ce n'était certes pas le cas durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, mais les choses, comme on le sait, ont par la suite beaucoup changé).
A l'intention de ceux qui ne seraient toujours pas convaincus de l'influence considérable qu'eut Johann Christian Bach sur Mozart, voici trois vidéos avec des extraits, successivement, de l'une de ses symphonies, de l'un de ses concertos pour pianoforte et de son opéra Temistocle (aria "Chi mai d'iniqua stella") :
NB : pour voir la troisième vidéo, il faut cliquer sur "Watch on YouTube" après l'avoir lancée, et on est emmené sur le site où elle démarre toute seule (problème déjà rencontré).
De l'oeuvre pour clavier de Johann Christian Bach je n'ai que ces deux albums, le premier par Virginia Black jouant sur un clavecin deux Sonates de l'Op. 5 et trois de l'Op. 17 (ce disque avait été acclamé par la critique à sa parution en 1988), le second par Robert Woolley interprétant au pianoforte les Six Sonates Op. 17 (l'enregistrement remonte à 1993) :
A propos de cette musique, on peut faire, je crois, les mêmes constatations que précédemment ("Mozart n'est pas loin"). Encore que plusieurs des oeuvres enregistrées, du moins les plus simples, évoquent aussi les premières sonates de Haydn.
Dans sa présentation du second album, Richard Maunder remarque ce qui suit :
"(...) D'un point de vue musical, l'Opus 17 marque un progrès considérable par rapport à l'Opus 5 antérieur et supporte d'être comparé aux six premières sonates pour piano (KV 279-284) que Mozart écrivit vers la même époque. A l'exception peut-être de la Sonate No 1, dont la facilité relative paraît destinée à encourager les amateurs, les premiers mouvements se caractérisent par leur ampleur symphonique, et les Sonates No 2 et No6 renferment des mouvements lents entièrement développés, tous deux dans le ton de mi bémol majeur qui était le favori du compositeur. Mais c'est dans les finales que réside la plus grande originalité : à l'exception, une fois encore, du finale de la Sonate No 1, ceux-ci renferment des passages virtuoses fougueux en 3/8 ou en 12/8 dont le style rappelle parfois Scarlatti tout en demeurant très moderne. Une bonne partie de cette musique est techniquement difficile - plus encore que la plupart des concertos pour piano du compositeur - et ne mérite certainement pas la remarque condescendante de Burney, selon lequel «ses compositions pour le pianoforte peuvent être exécutées par des dames, sans grande difficulté»."
Ce corpus, en tout cas, est d'un très grand intérêt (je viens de réécouter ces deux albums et j'y ai pris beaucoup de plaisir -- le clavecin sur lequel joue Virginia Black est en outre superbe, ce qui renforce encore cette impression).
Cela dit, plutôt que de montrer pour finir une vidéo avec une pièce de Johann Christian Bach interprétée au clavecin ou au pianoforte, j'en ai trouvé une sur YouTube où l'on peut entendre, au début, un extrait du dernier mouvement de la Sonate en si bémol majeur No 6 de l' Op. 17 (le reste, à partir de 2'30'', c'est du Pergolèse) et qui me paraît sortir de l'ordinaire .
Et cela pour deux raisons :
1/ la pièce est jouée sur piano moderne...
2/ par un tout jeune musicien alors âgé de 12 ans seulement, qui devait plus tard faire une brillante carrière sous le nom de... Daniel Barenboim !