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Discussion: Cadences napolitaines

  1. #1
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    juin 2011
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    Cadences napolitaines

    Bonsoir. J'ai déjà ouvert un fil sur ce sujet, mais le titre était "Cadences napolitaines au dix-neuvième siècle", or j'aimerais qu'il y ait un fil qui soit une sorte d'anthologie de cadences napolitaines, quelle que soit leur époque. En particulier, si quelqu'un pouvait mettre un lien vers une vidéo faisant entendre une cadence napolitaine d'Alessandro Scarlatti, cela m'intéresserait. (Je n'en connais pas.)

    L'article de la Wikipédia française sur l'air "Der Hölle Rache" de la Reine de la Nuit, dans la Flûte enchantée :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Der_H%C..._meinem_Herzen
    dit ceci : "une longue et puissante note, chantée à la troisième répétition du Hört !, sur un inattendu accord de sixte napolitaine à l'orchestre". Cela m'a donné envie de chercher des cadences napolitaines, des sixtes napolitaines et des degrés napolitains dans la Flûte enchantée. Soyez tranquilles, je ne me fie pas à mon oreille, j'ai toujours vérifié sur la partition.

    Tout d'abord l'air "Der Hölle Rache" en question, que je vous propose chanté par Rita Streich (même si elle est trop gentille pour une Reine de la Nuit) :
    [/COLOR][/URL]

    - Seconde occurrence du mot "Tod" à 0:11 et "um" de "um mich her" à 0:15 (mi bémol majeur dans un contexte de rémineur), mais le premier me semble plutôt une modulation en sol mineur, car il n'amène pas une conclusion en ré mineur; le second amène une septième de la, dont les notes appartiennent à ré mineur et qui, d'habitude, préparerait un accord de rémineur, mais on passe en fait à fa majeur. Donc, je ne sais pas s'il faut parler de degré napolitain pour ces deux premiers passages.
    - "al" dans la seconde occurrence de "alle Bande der Natur", à 2:17 : encore un mi bémol majeur dans un contexte de ré mineur, mais encore une fois, il mène à une septième de la plutôt qu'à l'accord de ré mineur. Mais comme, cette fois, la septième de la nous ramène en ré mineur, on est plus près d'un véritable degré napolitain.
    - le passage dont parle l'article de Wikipédia : l'orchestre joue en mi bémol majeur (après et avant du ré mineur) pendant que la chanteuse tient son troisième "Hört", à 2:39 : j'avoue qu'à l'oreille, je ne perçois pas de saveur napolitaine dans ce passage.

    L'autre air de la Reine de la Nuit, "O zittre nicht", de nouveau par la trop gentille Rita Streich :
    [/COLOR][/URL]

    - "tief" dans "tief bedrübte Mutter", à 0:55 (la bémol majeur amenant sol mineur) : cela me semble une cadence napolitaine caractérisée.

    Mais la plus belle cadence napolitaine que j'aie remarquée dans la Flûte enchantée est dans l'air "Ach ich füll's" de Pamina, air qui, par parenthèse, me semble beaucoup plus beau que ceux de la Reine de la Nuit et que je vous propose chanté par Elisabeth Grümmer :
    [/COLOR][/URL]
    - "Ruh' " dans la 4e occurrence de "so wird Ruhe" à 3:18 (la bémol majeur amenant sol mineur)

    Si vous avez vous aussi remarqué des cadences napolitaines chez des compositeurs de n'importe quelle époque, je serai toujours intéressé. Je les aime bien, contrairement à Berlioz, qui, paraît-il, se les interdisait.
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  2. #2
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    Il serait étonnant qu'il n'y eût pas de degrés napolitains chez Domenico Scarlatti, fils de (celui qui passe pour être ?) leur inventeur. En voici un dans une des dernières mesures de sa sonate K 466. Dans cette interprétation de Paul Barton (pourquoi ne pas témoigner notre reconnaissance à ceux qui publient des vidéos musicales en toute légalité, surtout quand leur jeu est d'une qualité très honorable ?) c'est à 7:43-44 (sol bémol dans un contexte de fa mineur :


    Il faut dire que c'est très fugace, et comme Scarlatti module beaucoup, cela ne se fait guère sentir. (Je ne suis pas sûr que je l'aurais identifié comme degré napolitain sans voir la partition.)
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  3. #3
    Hmmm... ce n'est pas vraiment une "cadence napolitaine", dans le sens où l'accord dit napolitain n'est pas vraiment énoncé intégralement... il y a certes une couleur napolitaine qui est donnée par le solb en note de passage à la main droite, mais c'est très fugace, et donc ce n'est pas, harmoniquement parlant, une cadence napolitaine.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  4. #4
    Citation Envoyé par InnocentParadis Voir le message
    - "tief" dans "tief bedrübte Mutter", à 0:55 (la bémol majeur amenant sol mineur) : cela me semble une cadence napolitaine caractérisée.
    Attention, un accord napolitain ne doit pas être considéré comme un "accord de telle tonalité", vu qu'en fait il s'agit d'un accord du second degré d'une tonalité donnée, qui a été abaissé d'un demi-ton, et mis sous l'état de premier renversement. Un accord dit de sixte, donc, d'où l'appellation exacte de "sixte napolitaine", qui la plupart du temps dans l'harmonie classique amène vers un accord du cinquième degré (dominante) puis vers la tonique. D'ailleurs la plupart des analystes classiques le considèrent comme faisant partie de la "région de la sous-dominante", un reste des anciens modes pré-tonalité (Schoenberg notamment), et très pratique pour moduler de façon très expressive.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  5. #5
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    Puisque la vidéo de l'air "O Zittre nicht" de la Reine de la Nuit (Flûte enchantée) que j'avais postée plus haut a été supprimée, je mets un lien vers une autre vidéo, où cet air est toujours chanté par Rita Streich :


    Rita Streich; "O zittre nicht"; Die Zauberflöte; Wolfgang Amadeus Mozart. Rita Streich--Soprano; Ferenc Fricsay--Conductor; RIAS-Symphonie-Orchester Berlin;1955

    C'est le même minutage que l'autre vidéo : "tief" dans "tief bedrübte Mutter", à 0:55 (la bémol majeur amenant sol mineur). Comme je le disais plus haut, la saveur napolitaine me semble plus prononcée ici que dans l'autre air de la Reine de la Nuit.

    Je vais mettre dans le présent fil quelques exemples de cadences ou degrés napolitains dont il a déjà été question sur d'autres fils.

    Je commence par "Sind es Schmerzen", de Brahms (Magelonne) :


    Dietrich Fischer-Dieskau "Sind es Schmerzen, sind es Freuden" Brahms. Hermann Reutter, piano, 1952.

    La cadence napolitaine, très caractérisée (on dirait presque une citation de Mozart) est à 2:56 ("Zu" de Zukunft) et à 3:46 ("Le" de "Leben") : notes de l'accord de sol majeur avant de conclure en fa dièse mineur. (Pour les tonalités, je me fie à l'édition Peters.)
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    Dernière modification par InnocentParadis ; 24/05/2017 à 17h36.

  6. #6
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    Schubert, Der Hirt auf dem Felsen.


    Schubert "Der Hirt auf dem Felsen" (Part I ) Elly Ameling soprano; Jörg Demus piano; Hans Deinzer clarinette.

    Cadence napolitaine caractérisée à 6:34/35 : le "ein" de "einsam" dessine l'arpège de si bémol majeur en sortant de la mineur et en y rentrant.
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  7. #7
    Citation Envoyé par InnocentParadis Voir le message
    Cadence napolitaine caractérisée à 6:34/35 : le "ein" de "einsam" dessine l'arpège de si bémol majeur en sortant de la mineur et en y rentrant.
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    C'est du charabia!

    Dîtes plutôt que Schubert attaque sa cadence parfaite en la mineur par une sixte napolitaine (accord du IInd degré abaissé d'un demi-ton, en position de sixte, faisant office de sous-dominante) qui mène vers un accord de 7ème de dominante (Vème degré de la) avant d'arriver sur un accord de tonique (la mineur).

    A aucun moment nous n'avons quitté la tonalité de la mineur. En fait nous y sommes depuis 6:27 (sur le mot "hier"), par la modulation par enharmonie de lab mineur vers la mineur, modulation d'une incroyable audace pour l'époque - et à mon humble avis le trait le plus remarquable de ce passage, plutôt que cette somme toute banale sixte napolitaine.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  8. #8
    Un exemple remarquable d'utilisation de sixte napolitaine existe dans la Passacaille et Fugue de JS Bach:

    J'attire votre attention sur la séquence qui débute à 12:20, qui marque le retour à do mineur (la tonalité principale de l'oeuvre), après moults pérégrinations.
    Cette assez longue séquence reste en do mineur malgré quelques courts emprunts dans les tonalités voisines (et une belle marche d'harmonie), et le tout se résout, à 12:59, sur... surprise... un point d'orgue (je vous laisse deviner le nom de l'accord)!

    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  9. #9
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    Citation Envoyé par nico Voir le message
    C'est du charabia!
    Ce n'est du charabia que pour les gens qui ne veulent pas comprendre. J'aurais pu dire, en étant un peu plus lourd : "Cadence napolitaine caractérisée à 6:34/35 : le "ein" de "einsam" dessine l'arpège de si bémol majeur en sortant de la mineur non altéré et en y rentrant."
    IP

  10. #10
    Citation Envoyé par InnocentParadis Voir le message
    Ce n'est du charabia que pour les gens qui ne veulent pas comprendre. J'aurais pu dire, en étant un peu plus lourd : "Cadence napolitaine caractérisée à 6:34/35 : le "ein" de "einsam" dessine l'arpège de si bémol majeur en sortant de la mineur non altéré et en y rentrant."
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    Ça aussi c'est du charabia d'amateur façon grenouille qui veut être plus grosse que le boeuf.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  11. #11
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    Par parenthèse, Olivier Miquel, qui se présente comme ayant enseigné la théorie musicale pendant des années, écrit :
    "Un emprunt est une modulation si brève qu'elle ne remet pas en cause la tonalité établie", puis il définit l'accord de sixte napolitaine comme un emprunt et il ajoute "il n'y a pas de véritable modulation".
    http://e-harmonie.e-monsite.com/page...-emprunts.html

    Donc il y a une modulation, mais il n'y a pas de véritable modulation. Ils ont les idées bien claires, les théoriciens de la musique.
    IP

  12. #12
    Citation Envoyé par InnocentParadis Voir le message
    Par parenthèse, Olivier Miquel, qui se présente comme ayant enseigné la théorie musicale pendant des années, écrit :
    "Un emprunt est une modulation si brève qu'elle ne remet pas en cause la tonalité établie", puis il définit l'accord de sixte napolitaine comme un emprunt et il ajoute "il n'y a pas de véritable modulation".
    http://e-harmonie.e-monsite.com/page...-emprunts.html

    Donc il y a une modulation, mais il n'y a pas de véritable modulation. Ils ont les idées bien claires, les théoriciens de la musique.
    IP
    Je viens de lire intégralement la page que vous citez, et suis en accord (haha) avec ce monsieur que je ne connais pas.
    On peut juste chipoter sur la définition de l'emprunt qui, en effet et comme son nom l'indique, n'est pas une modulation.
    En effet, pour qu'il y ait modulation -et M. Miquel l'indique bien- il faut attendre la succession dominante/tonique. Tant que cette succession n’apparaît pas, tout accord étranger à la tonalité principale ne peut être que considéré comme un emprunt ou une altération de la tonalité principale.
    Il y a donc trois niveaux:
    -la tonalité principale pure
    -l'emprunt à des tonalités voisines ou des altérations des accords de la tonalité principale
    -la modulation avec la succession dominante/tonique de la nouvelle tonalité.

    Attention là nous parlons de l'harmonie classique, à la période romantique cela se complexifie quelque peu avec des modulations par note commune, par enharmonie, par tierces etc... jusqu'à Wagner et ses successions d'accords de dominantes et d'accords altérés...
    Dernière modification par nico ; 26/05/2017 à 23h05.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  13. #13
    Belle sixte napolitaine dans ce fameux mouvement mozartien, exactement à 6:42:

    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  14. #14
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    Citation Envoyé par nico Voir le message
    Belle sixte napolitaine dans ce fameux mouvement mozartien, exactement à 6:
    Je comptais y venir. Dans le premier message du fil "Cadences napolitaines au dix-neuvième siècle"
    http://www.mqcd-musique-classique.co...ead.php?t=5881

    j'avais écrit : "Il y a beaucoup de cadences napolitaines chez Mozart, par exemple l'arpège de sol majeur avant une conclusion en fa dièse mineur dans le mouvement lent du concerto pour piano en La majeur K 488."

    Je compte donner encore quelques exemples pris chez Mozart.
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  15. #15
    Il y a aussi des choses plus "osées", comme par exemple les modulations au ton de la sixte napolitaine. Par exemple chez Chopin: la partie centrale de cette mazurka est en réb majeur, ton napolitain du ton principal (do majeur):



    la modulation est à 1:04.
    Et notons la subtilité du retour vers do majeur, utilisant l’ambiguïté de la septième diminuée et les enharmonies.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  16. #16
    Il y a une belle sixte napolitaine bien cachée dans ce passage du Finale des Etudes Symphoniques de Schumann.

    Notons l'utilisation ambiguë de la tonalité de réb mineur, d'abord dans une forme modale (mode de la puis de mi sur réb) avant ladite sixte napolitaine puis sous sa forme tonale (accord de dominante après la sixte napolitaine). On touche ici à ce que je signalais plus haut, à savoir la sixte napolitaine comme reste des modes pré-tonalité, et c'est d'ailleurs ce qui donne son caractère archaïque et très expressif à ce court passage (5 mesures) débutant à 31:50. La sixte napolitaine apparait à la 4ème mesure (31:56), annoncée par le mibb de la mesure précédente.

    Dernière modification par nico ; 01/06/2017 à 13h21.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  17. #17
    Toujours chez Schumann, une sixte napolitaine "choc" et fort peu commune au niveau de la résolution.

    A la fin de la troisième pièce des Kreisleriana.

    Elle apparaît 2 fois, à 12:58 et 13:03.



    Originalité de la résolution:
    si la succession des accords est "classique" - en sol mineur: tonique, sixte napolitaine, 9ème de dominante, tonique - la ligne mélodique l'est nettement moins.
    En effet, en suivant la ligne de "soprano", on voit sol - lab - la bécarre. Le lab (sixte napolitaine) étant particulièrement accentué.
    Normalement, la résolution classique aurait du amener la ligne suivante: sol - lab - fa# - sol. Or, ici le lab menant au la est tellement accentué qu'il sonne plus comme une appogiature du la. Et en plus, avec le chaos des syncopes, les trois accords se chevauchent.
    Le chaos selon Schumann. Impressionnant.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  18. #18
    Sinon, plus proche de nous dans le temps, une sixte napolitaine que tous les gamins connaissent (mais sans le savoir):

    Dernière modification par nico ; 05/06/2017 à 14h51.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  19. #19
    Tiens Philippe (lebewohl) ça va te rappeler des souvenirs, ça:



    à 21'33, sixte napolitaine
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

  20. #20
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    février 2008
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    Avec toutes ces sixtes, on s'en paye une bonne tranche.
    Par ces chaudes journées, c'est agréable.

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