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Discussion: Quand l'interprète rivalise avec le compositeur

  1. #1
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    juin 2011
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    Quand l'interprète rivalise avec le compositeur

    Je me permets de répéter ici quelque chose que j'ai déjà dit sur le fil Compositeurs/François Devienne :

    Sonate pour flûte avec accompagnement de basse en Ut majeur, op.68 n° 3.

    Francois Devienne (1759-1803): Sonate en Ut majeur op.68 n° 3. Tirée de Six sonates pour flûte avec accompagnement de basse, op.68, livre 4. Paris 1799.
    Vera Balogh - traverso; Bálint Maróth - violoncello
    0:11 à : 0:53 : Prélude; 0:55 à 10:59 : 1. Allegro poco moderato; 11:00 à 15:38 : 2. Pastorella. Larghetto; 15:58 à 22:30 :3. Allegro non troppo

    Le Larghetto (11:00 à 15:38) me semble vraiment, dans la présente version où la partie de la basse est presque une seconde voix, un très beau morceau, d'une grande noblesse de ton (même si on peut trouver que l'interprétation est un peu trop appuyée), mais il y a un problème. Si je comprends bien, ce qu'on entend ici :


    (Sonata No. 3 in B flat major Op. 70 No. 3, II Pastorella: Larghetto, Peter Bree, Roderick Shaw)
    est à peu près la même musique que la "Pastorella: Larghetto" de l'op. 68, n° 3 pour flûte, sauf que la flûte est remplacée par le hautbois. Seulement, cela me semble beaucoup plus anodin. La basse ne dialogue pas avec l'instrument principal comme c'est le cas dans la version précédente. Faut-il en conclure que la partie de violoncelle qui me semble donner tant de beauté au morceau n'a pas été écrite par Devienne, qui se serait contenté d'indiquer une basse chiffrée ?
    La même chose m'est arrivée avec une autre oeuvre de Devienne, sa Sonate Op. 24 pour basson, violoncelle et pianoforte op. 24, n° 2, troisième mouvement, Rondo moderato.

    Dans cette version :

    (Mathieu Lussier, fagotto; Benoît Loiselle, violoncello; Richard Paré, pianoforte)

    le passage qui va de 18:06 à 18:57 est d'une rythmique très piquante, qui m'avait fait me dire : "Vraiment, Devienne est parfois exquis !"
    Mais dans cette version :

    Sonata No. 2 G Major, G Dur, Sol Majeur, III Rondo moderato
    par Jesse Read et Glen Wilson,

    où ces sonates sont d'ailleurs présentées comme écrites pour basson et piano, et non pour basson, violoncelle et piano, le même passage, de 1:30 à 2:10, est joué avec une basse qui me semble un peu moins élaborée et un peu moins piquante. Je suppose que la différence vient du violoncelle, présent dans la première version et non dans la seconde. Peut-être faut-il, ici aussi, supposer que la partie de violoncelle n'est pas due, ou pas entièrement, à Devienne ?
    Je voudrais vous demander s'il vous est arrivé de trouver qu'une oeuvre était hissée à un niveau supérieur par l'intervention (ornements, réalisation de basse...) d'un interprète.
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  2. #2
    Membre Avatar de Niccolo
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    Citation Envoyé par InnocentParadis Voir le message
    Je me permets de répéter ici quelque chose que j'ai déjà dit sur le fil Compositeurs/François Devienne :

    Je voudrais vous demander s'il vous est arrivé de trouver qu'une oeuvre était hissée à un niveau supérieur par l'intervention (ornements, réalisation de basse...) d'un interprète.
    IP
    N'est-ce pas le lot de nombreux compositeurs-interprètes dont les oeuvres ne leur ont pas survécu ou presque...

  3. #3
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    juin 2011
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    Peut-être, mais je serais intéressé par le cas où un interprète différent du compositeur (ou encore le rédacteur d'une cadence, d'ornements ou d'une basse, qui ne devrait pas forcément être un interprète, mais qui serait différent du compositeur) aurait considérablement embelli l'oeuvre laissée par le compositeur. Dans la première oeuvre de Devienne que j'ai citée ci-dessus, la partie de violoncelle me semble conférer au morceau une beauté digne des maîtres baroques; or, comme cette partie de basse est absente d'une version de la même oeuvre pour hautbois, je me demande si elle a été écrite explicitement par Devienne ou s'il s'est contenté d'une basses chiffrée. Dans la seconde hypothèse, nous aurions, à mon avis, un exemple d'oeuvre magnifiée par le rédacteur de la basse.
    On pourrait d'ailleurs aborder une autre question voisine : est-il souhaitable d'ajouter des ornements quand on joue une oeuvre pour piano de Mozart ? Guy Sacre conseille de supprimer certains ornements indiqués par Mozart quand on joue le Rondo pour piano en la mineur K 511 sur piano moderne...
    IP

  4. #4
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    A l'intention de qui ignore qui est Guy Sacre : c'est un pianiste mondialement connu, doublé d'un compositeur universellement reconnu, et d'un musicologue dont l'autorité en matière d'interprétation du piano mozartien est également mondialement reconnue.
    Dernière modification par The Fierce Rabbit ; 02/07/2017 à 13h39. Motif: Un d baladeur qui s'était échappé ...

  5. #5
    Modérateur Avatar de lebewohl
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    Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, la partie de basse peut ne pas être écrite ; c'est la basse continue, le continuo, le Generalbass ; dans les cas extrêmes, il y a une seule note, dans les cas extrêmes une note avec un chiffrage. Un musicien était censé savoir improviser sa partie à partir de cette note (je précise : une note à la fois, hein, il y en avait plus d'une en tout), a fortiori à partir de la note et du chiffrage. Pour une oeuvre donnée, la "réalisation", comme on dit, peut fortement changer ; les instruments eux-mêmes changent : on peut passer, par exemple dans Monteverdi, d'un seul clavier, clavecin en général, à clavecin alternant avec orgue positif plus théorbe plus violone, voire plus.
    AInsi ce début de sonate en trio de Bach, où on voit qu'il n'y a que la ligne de basse (le support de l'harmonie, donc), chiffrée en l'occurrence. Quand on entend, il y a au moins un clavecin, en général clavecin et violoncelle (les sonates en trio se jouent à 4)
    J'ai pris le premier exemple venu sous ma souris, même si cette sonate semble d'attribution incertaine, ça ne change rien au propos.

    http://hz.imslp.info/files/imglnks/u...-_BWV_1038.pdf
    Il s'engendre beaucoup d'abus au monde ou, pour le dire plus hardiment, tous les abus du monde s'engendrent de ce qu'on nous apprend à craindre de faire profession de notre ignorance.

    Montaigne

  6. #6
    Membre Avatar de Niccolo
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    Citation Envoyé par InnocentParadis Voir le message
    Peut-être, mais je serais intéressé par le cas où un interprète différent du compositeur (ou encore le rédacteur d'une cadence, d'ornements ou d'une basse, qui ne devrait pas forcément être un interprète, mais qui serait différent du compositeur) aurait considérablement embelli l'oeuvre laissée par le compositeur.
    IP
    Cela doit exister mais c'est assez difficile à trouver rapidement. Par contre, je pense qu'une interprétation exceptionnelle d'une oeuvre somme toute banale peut effectivement en transcender le contenu.

  7. #7
    Etant donné que, jusqu'à la fin du 18ème siècle (en gros) la musique portée sur le papier était incomplète, car la plupart du temps écrite par le compositeur pour son utilisation personnelle -et ce jusqu'aux concertos de piano de Mozart, dans lesquels la partie de piano est souvent réduite à l'état de squelette et se doit d'être complétée par l'interprète- on comprend aisément que la position de l'interprète est fondamentale pour la restitution des intentions du compositeur, et pas seulement pour la restitution du texte écrit. C'est avec le développement de l'édition musicale imprimée au 19ème siècle que la notation se fera de plus en plus précise. De plus, il ne vous aura pas échappé que la musique est un des seuls arts nécessitant impérativement des interprètes sans quoi elle ne resterait qu'un amas de notes sur du papier. Pas d'interprète => pas de musique (et pas de mélomanes, et pas de forum mqcd etc etc...), alors par conséquent il est à espérer que les interprètes rivalisent avec les compositeurs afin de faire vivre, de rendre sensible la musique qu'ils ont composé.
    Oh vous savez, moi, ce que j'en dis, hein...

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