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Discussion: Diwar an ero

  1. #1
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    octobre 2007
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    Diwar an ero

    Notre (ré)édition sur 2 CD de sept disques analogiques enregistrés entre 1949 et les années 60 vient de paraître. Elle est exclusivement consacrée au chant, plus précisément aux récits chantés, tous en breton. L'ouvrage se présente sous forme d'un livret à la taille d'une pochette de 25cm, soit 26x26. Il comporte les transcriptions et traductions (en français!) et plusieurs photos inédites. Malheureusement je ne parviens pas à charger l'une d'entre elles.
    Si par extraordinaire l'un d'entre vous est intéressé par un document qui n'est pas tant destiné aux amateurs de musique qu'à des amateurs d'ethnologie, je le prie de me contacter directement.
    Peut-être qu'un certain Béla...

  2. #2
    Modérateur Avatar de lebewohl
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    octobre 2007
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    Paris
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    Bravo!
    Il s'engendre beaucoup d'abus au monde ou, pour le dire plus hardiment, tous les abus du monde s'engendrent de ce qu'on nous apprend à craindre de faire profession de notre ignorance.

    Montaigne

  3. #3
    Membre Avatar de The Fierce Rabbit
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    février 2008
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    s'Elsass
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    Félicitations !
    N’etant pas du tout tendance ethnologie, mais surtout amateur de musique, et étant dûment averti que c’est un document ciblant les ethnologues et pas les musiciens, je reviens sur mon intention première d’éventuelle acquisition.
    Pourtant, à avoir pendant si longtemps, si souvent et à tout bout de champ, entendu parler ici de kan ha diskant et tant d’autres choses, j’avais cru qu’il s’agissait de musique !
    Comme quoi, à quoi tient l’erreur ...
    Congratulations all the same !
    I'd rather be hated for who I am than be loved for who I am not (K.C.)

  4. #4
    Membre
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    octobre 2007
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    783

    Précisions

    Merci pour ces encouragements!
    Kan a la meme origine que le français chant, de même sens. Il en dérive le terme kentel, qui a le sens de leçon, et qu'on pense remonter à l'enseignement druidique qui était exclusivement oral pour des raisons... d'exclusivité!


    Diskan signale ici une alternance. Le diskaner "dit"la même chose que le kaner en se raccrochant aux dernières notes d'icelui, qui en fait de même à son tour. On chante à deux (contrairement à ce qu'on voit dans le revivalisme), ce qui a permis le développement de variations propres à chaque chanteur. Du coup quand, par accident, les deux chantent toute une partie de la phrase musicale en même temps, ça peut dissonner sec!
    Je m'en vions essayer de vous transmettre un article du plus grand spécialiste actuel de la question, extrait du livret.

  5. #5
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    Date d'inscription
    octobre 2007
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    Rien à faire! 'a pas moy', cré nom de nom!

  6. #6
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    octobre 2007
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    783

    Aux yeux du grand public, le kanha diskan* est une façon particulière de chanter pour la danse. La danse,c'est la dañs tro – improprementappelée "gavotte". Une telle définition du kan ha diskan est très réductrice : la danse n'est qu'un deses emplois parmi d'autres. Car le kan hadiskan est un chant à toutes fins. Il a servi à raconter, à marcher et à serépondre d'un champ à un autre – voire d'un village à un autre –, auquelcas il fait l'économie de paroles et s'octroie une grande liberté mélodique etrythmique.
    Le kan ha diskantraditionnel de Haute-Cornouaille se distingue du chant "à répondre" desautres terroirs en ceci qu'il nécessite deux chanteurs, le kaner et le diskaner,dont chacun a toute latitude de renouveler à son gré ce qu'a fait entendre soncompère. Car il faut savoir que dans "la montagne" (monts d'Arrée,montagne noire) une mélodie (ton, enbreton) n'est jamais fixée une fois pour toutes. On la façonne en chantant, parapproches et remaniements successifs entre deux chanteurs, jusqu'à lui conférerun profil d'équilibre, provisoire mais suffisant, sur lequel s'entendre. Celas'appelle "chercher l'air" (klaskan ton). Le ton n'est donc pasdonné au départ : il est une idée mélodique encore floue, en attented'incarnation.
    Le klask an tondisparaît vers la guerre de quatorze, avec l'apparition de chanteurs plusjeunes habitués à considérer toute mélodie comme définie au départ : on al'air en tête avant de commencer à chanter. Cette mélodie accueille certes desvariantes, mais celles-ci ne doivent plus rien à une variation libre liée àl'instant. On entre alors dans les problématiques chansonnières familières aux francophones.
    La fixation des airs, en enlevant son ancienne liberté au diskaner, permet d'associer désormaisplusieurs répondeurs qui chantent alors la même chose à l'unisson (sœursGoadeg, frères Morvan) et fonctionnent plus comme des répétiteurs que comme desrecréateurs ("on rechante", disaient les frères Morvan). Là encore lekan ha diskan devient simple chant àrépondre conventionnel, adoptant un visage qu'on retrouve par ailleurs enBretagne – dans le pays de Vannes ou en pays gallo – et au-delà dans toute la France,des Ardennes au Béarn, en passant par la Normandie, la Vendée, le Berry et lesLandes de Gascogne. A terme, il ne subsiste du kan ha diskan que le "tuilage" des voix, inconnu (ououblié) ailleurs.
    Contrairement encore au chant à répondre, le kan ha diskan ignore pour une bonne part la notion de chanson, quiassocie tel air avec tel texte. Kaneret diskaner mettent les paroles deleur choix sur n'importe quel air, pourvu que leur coupe s'y prête. Il suffitde s'entendre au départ. Que le kan hadiskan serve à raconter, à rythmer la marche ou à danser, les textes regroupentles vers en distiques à rimes plates, que le pas de la danse réduit à unepulsation de huit temps. A date ancienne, ces textes sont volontiersdramatiques, voire tragiques (récits d'assassinats, de sorcellerie,d'événements surnaturels, de guerre, d'amours contrariés), mais ils peuventaussi être facétieux. A date plus récente, beaucoup d'entre eux sont redevablesà la feuille volante ou à des compositions d'auteurs. Il est rare de rencontrerdes chanteurs disposant simultanément des deux répertoires. Le premier n'estconnu que des anciens, le second des plus jeunes. C'est donc une question degénération.
    Là où le kan ha diskanse fait chant à danser, il accompagne la dañstro (rebaptisée "gavotte" par un regard francophone). La dañs tro est une ronde fermée, chantéepar deux des danseurs. Elle ne s'ouvre jamais en farandole serpentine,n'accueille nul mouvement d'avance-recul et les chanteurs ne sont jamaisextérieurs à la danse, à se tenir par les épaules ou à gloser les paroles pardes gestes. Dans cette société paysanne d'autrefois où tout le monde chante,chacun apprécie en connaisseur la prestation d'un kaner et d'un diskaner.Ce qu'on apprécie d'abord c'est leurs voix et ce qu'ils en font. Ensuite lamélodie et la manière dont ils la servent et la renouvellent. Notamment dans leklask an ton. C'est aussil'inventivité – ou tout au moins l'apparente nouveauté – des parolesdont ils meublent l'appel chanté à la danse, adressé aux assistants (galv). Et enfin, le récit que dévideleur chant, dès lors qu'on commence à danser. Les visages sont concentrés,souvent graves, le même pas fond les danseurs dans un organisme collectif oùtoute expression individuelle s'abolit – elle y serait incongrue. La dañs tro est un acte total, à la foischant, mélodie, récit, mouvement accordé, solidarité éprouvée. Son monolithismeen fait une forme unifiante, qui rend chacun semblable à tous les autres et quia quelque chose à nous dire sur la communauté qui s'exprime à travers elle.
    Le pas de la danse – jamais enseigné, jamais analysé –est le même pour tous, hommes et femmes, jeunes et vieux. Il consiste en unesuccession d'appuis impulsés du pied gauche vers la gauche, avec un"changement de pas" en cours de phrasé. Partout où la dañs tro est chantée, ce changement depas intervient en principe aux temps 4 et 5, même si au XXe siècleon l'a vu se déplacer par endroits aux temps 3 et 4 (par influence des"gavottes" sonnées) et end'autres lieux aux temps 5 et 6 – voire en 6 et 7, comme c'était déjà lecas dans le trihory de Bretagne, telqu'il nous est décrit à la Renaissance. Il fonctionne alors comme un curseur,dont l'emplacement ne change pas grand chose à ce qu'éprouvent les danseurs.
    Comme le suggère peut-être déjà le nom de trihory, la dañs tro estune danse en trois parties. On invite une fille pour trois danses successives :d'abord une ronde fermée chantée sur un ton simple (un "ouvert" et un"fermé" de huit temps chacun) ; ensuite un tamm kreiz ou bal dañsqui regroupe les danseurs par couples dans sa partie B ; enfin à nouveau laronde fermée, mais cette fois sur un ton double (une phrase de huit suivied'une phrase de seize temps, entrecoupée d'un passage sans paroles).

  7. #7
    Membre
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    octobre 2007
    Messages
    783
    Bon, j'ai réussi à faire ce copié-collé de l'article le plus important du livret, écrit par Yves Guilcher, ethnologue et fils de l'ethnologue Jean-Michel Guilcher, auteur de deux thèses, l'une sur la danse en Basse-Bretagne, l'autre sur le Pays Basque et le Béarn.
    Pour ceux qui auraient l'occasion de consulter ces ouvrages, il y a moult transcriptions d'airs, qu'il n'est pas interdit de jouer avec des instruments autres que le biniou et la bombarde. Au reste, la clarinette* fut très populaire dans la partie du Poher située dans les côtes-d'Armor, et l'accordéon s'est invité dans la danse au XXe siècle.


    Les plus aventureux pourront écouter un disque des Sonerien Du. Y'a divers z'instruments, ce n'est pas orchestré par Berlioz, mais bon...


    * On m'a dit qu'un "sonneur" très côté dans le pays avait une Böhm ( mais chais pas s'il l'avait subtilisée à un prussien!).

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