Merci Claude pour cette information

Un total inconnu pour moi jusqu'à la lecture de votre message et les deux liens que vous avez mis.
Dans le texte de ce lien, si vous le permettez, je vais reproduire ici, en toutes lettres, deux paragraphes complets:
"
Qu’il ait fallu attendre 65 ans après sa disparition pour qu’il réapparaisse en dit long sur l’efficacité de la politique culturelle nazie, qui survécut longtemps après l’effondrement du Reich de mille ans. Elle était implicite dès 1924, lors la publication de
Mein Kampf. Hitler, reprend dans son programme les termes d’un débat qui secouait le débat culturel germanique depuis l’armistice de 1918, celui de la disparition annoncée de l’identité culturelle allemande. La vague révolutionnaire consécutive à la défaite, l’humiliation du Traité de Versailles et la crise économique qui s’ensuivit, l’occupation de la Ruhr par les troupes françaises, développèrent dans les couches les plus conservatrices de la population le sentiment qu’en étant ouverte par la force aux influences étrangères, l’Allemagne était sur le point de perdre son âme. Sur ce terreau paranoïaque, un nouveau nationalisme se développa qui trouva des échos dans le domaine musical chez Hans Pfitzner, lequel dénonçait en 1919 l’influence du bolchevisme et de l’américanisme, mais également la « dégénérescence » de la modernité dans l’Art.
Le nazisme saisit au vol le débat en cours, comme le montre les lignes que consacre Hitler dans
Mein Kampf à l’art moderne, décrit comme « bolchevique » et dégénéré. Mais ces deux derniers concepts sont alors passés au crible de l’antisémitisme : le bolchevisme est ainsi l’arme par laquelle les juifs veulent dominer le monde, et la dégénérescence est avant tout l’apanage de la « race » juive « destructrice de culture ». Sur ces bases théoriques fut mise en place la politique musicale nazie après l’arrivée de Hitler au pouvoir, qui se traduira dès la fin 1933 par la mise en place d’un apartheid culturel avec la création du Jüdischer Kulturbund à Berlin, qui s’étendra rapidement dans toute l’Allemagne. Cette organisation culturelle était réservée aux seuls juifs qui, devenus des citoyens de second rang après les lois de Nuremberg en 1935, se virent peu à peu interdire l’accès aux salles de spectacle allemandes. En mai/juin 1938, année de la radicalisation antisémite du régime, l’exposition « Entartete Musik » (Musique dégénérée), organisée par des proches d’Alfred Rosenberg sur le modèle de l’exposition « Entartete Kunst » (Art dégénéré) de Munich de 1937, conspuait l’influence des juifs dans la musique allemande."
J'ai mis en gras la première des phrases de ces deux paragraphes, car c'est pour moi une évidence, et un rappel à tous ceux qui font une confiance aveugle au "filtre" de l'histoire pour trier ce qui est premier couteau, et ce qui est second couteau, ce qui est "grand compositeur" et ce qui est "musique anectodique".
Le procédé de filtration ne s'opère pas toujours d'une manière "physiquement et chimiquement parfaite": il suffit par exemple que l'oeuvre, l'artiste et toutes leurs traces soient détruites avant l'entrée dans le filtre, car déclarés résidus a priori.
L'art détruit par l'idéologie nazie est un bon exemple de ces processus, utilisés de si nombreuses fois par les "vainqueurs", même éphémères: une autre trace plus ancienne, et bien vivante, étant le martelage des hiéroglyphes sur les temples égyptiens par les coptes, par exemple.
Mais l'art détruit par l'idéologie nazie est un bon exemple pour une deuxième autre raison: le temps de l'action n'est pas mort, et on est encore en plein dedans.
Grâce à des gens comme Bernard Goué et sa famille, à des bénévoles comme vous même, à des musicologues comme Francesco Lotoro, grâce à des mécènes ou tout simplement à des gens qui n'ont pas envie qu'on leur impose le "goût officiel", quelques petits pans de ce qu'on a voulu détruire pour toujours, sans même passer dans le "filtre du temps et de l'histoire", sont sauvés
Bien à vous et un grand merci pour ce message
