2ème de MAHLER
En premier lieu, je profite pour soumettre mes impressions du disque qui va bientôt sortir chez DG [mise à jour 2007, c'est sortie] : Abbado/Orchestre de Lucerne:
- J'ai la chance de posséder une copie de l'audio du 2ème concert (20 août 2003) enregistré par le Festival de Lucerne, et c'est excellent. L’orchestre est spécialement composé par Abbado. Prestigieux invités sont Kolja Blacher, Renaud Capucon, Lukas Hagen et Rainer Kußmaul (violons), Wolfram Christ, Veronika Hagen et Diemut Poppe (violas), Georg Faust, Natalia Gutmann et Clemens Hagen (violoncelles), Alois Posch (contre basse), Albrecht Mayer (hautbois), L'orchestre me rappelle beaucoup de l'Orchestre Symphonique de Tchèque dans son meilleur jour, c.-à-d. pendant la période dirigée par Karen Ancerl. C’est une approche chambriste, évitant les effets théâtraux faciles de cette partition, un peu comme ci c'était un bon bordeaux et non une vodka. Les solos des bois sont excellents, d’une sonorité très fruitée. Écoutez par exemple la longue introduction où les voix des bois et des cordes sont remarquablement dosés, ou bien la trompette bouchée d’une finesse surréaliste, ou bien l’interlude chambriste entre flûte et violon avant le première grand climat du 1èr mouvement, ou encore l’incroyable virtuosité de l’échange entre la flûte et la trompette (joué de loin derrière la scène) dans la Finale juste avant l’intervention du chœur, etc.… En ce qui concerne la précision de l’ensemble, écoutez par exemple comment Abbado dirige le deuxième grand climat du premier mouvement. Normalement, les chefs tendent à utiliser les artifices du type : ralentissement avec du poids dans des attaques (Rattle), ou bien accélération à fond (Stokowski, Klemperer, Mehta), ou bien abuser la dynamique de la percussion (Haitink). Abbado est plus musical dans ce passage : les cuivres jouent en premier avec une progressive ralentissement, puis les cordes sont rentrés, tout en étant sur un tout autre tempo, mais à la fin des phrases respectives, les deux sections finissent au exact moment ! Je ne sais pas combien de temps ils ont répété pour arriver à ce résultat ! Je vous garantie qu'il n'y a pas un autre enregistrement de la Résurrection avec l'orgue dans le coda du Finale aussi puissante que chez Abbado/Lucerne, vraiment impressionnant. Le seul point faible (relativement) est la soprano Gvazava. Par contre le contralto (la plus importante des deux chanteuses dans la Résurrection) Larsson est admirable. Je considère que c'est le meilleur concert dans le monde de cette symphonie depuis les dix dernières années, et l’audience ne trompe pas : il y avait une applaudissement enthousiasmée pendant au moins 12 minutes. Notons que le disque publié par DG est une mélange des deux concerts et la séance de répétition. Il est donc un peu différent de ma version. Je me demande si cette démarche est préférable. Je ne peux détecter aucun défaut ou faute note du dernier concert, et je préfère la cohésion lorsque l’on rapporte le même concert sur disque.
Revenons à notre discographie. Les autres versions que je choisi sont :
- Scherchen / VSOO. C’est le meilleur des Mahler par Scherchen. C’est une version studio, mais qui donne vraiment l’impression d’être enregistré Live. La remastérisation (son stéréo) de la dernière publication chez MCA est nettement supérieure aux autres.
- Klemperer/BRSO bien sûr. Quelques petits défauts comme une prise de son trop près de Janet Baker et un manque de finition dans la coda ne suffit certainement pas à enlever l’incroyable tension qu’insuffle Klemperer de ce concert. Un concert justement célèbre, unanimement salué par la presse dans le monde entier.
- Rattle/CBSO. Une très bonne prise de son, un excellent orchestre qui sonne plein. Écoutez la puissance dégagée par les contrebasses à l’ouverture de la symphonie, on n’a jamais fait mieux, tout au moins dans le même optique interprétif. Certaines personnes ne supportent pas les phrases volontairement lentes et lourdes du premier mouvement. Mais à mon avis c’est plus dramatique comme ça. L’une des meilleures conclusions dans la page finale.
- Mehta/VPO est passionnante, très énergétique en général, mais imparfait dans les détails (les cuivres et percussion qui manquent de finition, et le coda du page finale moins bien préparé que chez les autres).
- Haitink maintenant. C’est toujours un dilemme pour moi quand on parle de ses enregistrements de Mahler, car j’ai du mal à faire une sélection. Dans la Résurrection, je possède pas moins de 7 enregistrements par Haitink ! Pour ceux qui cherchent une bonne version pas trop difficile à dénicher, je voudrais recommander son tout premier enregistrement (sous estimé) en 1968 avec le Concergebouw. Une prise de son très équilibré, qui ne donne pas forcément les meilleurs des détails, mais qui correspond bien à la palette de la sonorité chaude de cet orchestre et du choeur. C’est un coup de maître pour le sens architectural. Mais le meilleur de Haitink et pour moi sans aucune doute la meilleure de TOUTES les Résurrection est l’enregistrement Haitink en *concert* avec BPO en 1993. ATTENTION, ce n’est pas sa deuxième version studio bien connue chez Philips, mais c’est une version Live prochement réalisée, toujours avec les mêmes solistes (McNair et van Nes), mais cent coudés supérieur à la version studio. C’est la version qui me fait couler les larmes systématiquement à chaque écoute. Des débordements torrentiels dignes de Mravinsky dans le premier mouvement, une conception émouvante, une propulsion insoutenable, une élévation quasi spirituelle dans les huit dernières minutes font la qualité de ce concert inapprochable. Il faut absolument importer ce DVD depuis le Japon.
- Gielen/SWRSO. Excellente version pour ceux qui aiment une lecture propre et analytique. Un peu froid et pour certains.
Quelques commentaires. En ce qui concerne Bernstein, j’aime bien sa première version avec NYPO chez Sony. Par contre je déteste sa version chez DG. Je ne peux pas supporter sans cesse les accélérations, les ralentissements, notamment dans le premier mouvement. Par exemple Lenny exagère tellement le passage lente dans le premier mouvement que je m’endorme, puis il fonce à fond à fond quand les climats arrivent. L'auditeur va sursauter, mais les effets sont lassants. Question de goût donc.
À éviter aussi les versions surestimés par la presse et par quelques professionnelles de la critique musicale. Les divers enregistrements de Barbirolli. L’orchestre de BPO (Testament) qui réussit à plonger dans l’horreur de l’exécution dans le Finale avec une soprano qui crie comme si on lui égorgeait. Plus tard, le chef britannique est très fatigué en dirigeant le concert avec Stuggard (EMI). Chailly, avec une prise de son qui compresse la dynamique (surprenant de la part de Decca), c’est mou, mou, mou. Ozawa/Saito Kinen (Sony) : une faute de goût sans pareil dans la page Finale (des accélérations hors propos). Kaplan/VPO ne fait pas de la musique mais une simple lecture de la partition (OK, avec pleines de petites corrections, mais à peine remarquables). Les mezzos de Kaplan et Ozawa ne sont pas bons du tout. Reste que Kaplan a bénéficie une prise de son fabuleuse et la prestation luxueuse de l’orchestre de Vienne.
Au moment où il faut établir un classement, je vais peut être classer dans l’ordre croissant de préférence : Mehta/VPO, Gielen/SWRSO, Rattle/CBSO, Scherchen/VSOO, Haitink/COA, Abbado/Lucerne, Klemperer/BRSO, Haitink/BPO 93’ Live.
Bruno


Le son en est moins flatteur, mais l'iPod permet-il de faire la diférence?
.

)
