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Thread: Hugo Wolf

  1. #1
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    Hugo Wolf

    Dans le fil Ecoutes comparées / Richter perdant ? , Philippe a écrit :
    "Quant au lied de Wolf, dsl mais je n'ai jamais pu écouter ce compositeur. Ça viendra un jour, peut-être."

    Je vais essayer de dire ce que j'aime chez Hugo Wolf et ce qu'à mon avis, il est possible d'aimer de lui sans faire de grands efforts. En fait, ce n'est pas là où il est le plus lui-même que je le préfère. Ce qu'il a en propre par rapport à Schubert et à Schumann, c'est (me semble-t-il) une déclamation peu mélodique et un piano acerbe. Ce Wolf-là ne me dit pas grand-chose. Mais il y a un autre Wolf, plus proche de Schubert et de Schumann, et néanmoins très personnel. Ce Wolf, qui n'est pas uniquement le jeune Wolf, car il voisine avec l'autre jusqu'à la fin, me semble très séduisant.

    Il trouve par exemple des formules féeriques pour le piano. Je ne parlerai d'ailleurs que de cet aspect de son art.

    Ici ("Schon streckt ich aus dem Bett", de l'Italienisches Liederbuch) :
    "Schon streckt ich aus dem Bett"..." Hugo Wolf, Theater Basel - YouTube[/COLOR][/URL]
    écoutez l'évocation du "luth").à partir de 1:10 .

    Autre évocation du "luth" : Das Ständchen, d'après Eichendorff, ici
    A Radio Portrait of the Baritone Barry McDaniel - Part 4 / 7 - YouTube[/COLOR][/URL]
    de 7:56 à la fin.

    Evocation d'une maison de verre : "O wär' dein Haus durchsichtig", de lItalienisches Liederbuch' : ici,
    Hermann Prey & Lucia Popp: Italienisches Liederbuch 37-42 - YouTube[/COLOR][/URL]
    de 5:07 à 6:39 .

    A propos d'accompagnements poétiques, je note que Wolf était wagnérien (bien que sa musique le soit très peu) et qu'à ce titre, il affichait une grande hostilité envers Brahms, et que pourtant "Auf dem grünen Balkon" de Wolf :
    Christopher Herbert sings Auf dem grunen balkon - Hugo Wolf - YouTube[/COLOR][/URL]
    ne me semble pas appartenir à un univers tellement différent de celui de la Serenade op. 58 n° 8 de Brahms :
    A Radio Portrait of the Baritone Barry McDaniel - Part 6 / 7 - YouTube[/COLOR][/URL]
    de 3:15 à 6:45 . (Même si le lied de Wolf rend évidemment le sens moqueur du texte.)

    Dans "Mein Liebster singt am Haus" (Italienisches Liederbuch) :
    Wolf Lieder- "Mein Liebster singt" (Italienisches Liederbuch) - YouTube[/COLOR][/URL]
    le piano évoque la sérénade donnée par l'amoureux et le chant exprime le sentiment de révolte de la jeune fille que ses parents forcent à rester dans sa chambre. Claude Rostand (que je cite de mémoire) compare le piano à une mazurka de Chopin et voit dans le contraste entre les deux parties un magistal "contrepoint de sentiments".

    Je ne sais pas s'il y avait déjà eu auparavant un tel "contrepoint de sentiments" entre chant et piano. Peut-être dans le n° 9 du Dichterliebe de Schumann ("Das ist ein Flöten und Geigen") :
    Dichterliebe no. 9 - Das ist ein Flöten und Geigen - Christopher S. Pedersen - YouTube[/COLOR][/URL]
    où le piano évoque une noce où le chanteur se désespère de ne pas être le marié ?

    Ou, toujours de Schumann, et illustrant à peu près la même situation, "Der Spielmann", d'après Andersen :
    Der Spielmann - YouTube[/COLOR][/URL]
    ?

    Si j'ai donné à certains le désir de se familiariser avec l'oeuvre de Wolf, je signale que j'en ai fait une petite anthologie sous forme de playlist de You Tube :
    http://www.youtube.com/playlist?list...eature=mh_lolz
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  2. #2
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    Après avoir écouté avec beaucoup de plaisir et d'intérêt les lieder des vidéos présentées au premier post (), j'ai dû constater que ma collection ne contenait à ce jour, malheureusement, que ce seul album - enregistré à Londres en septembre 1986 - consacré entièrement à Hugo Wolf (je suis donc très loin d'avoir les connaissances d'InnocentParadis pour évoquer l'oeuvre de ce compositeur) :



    Cela étant, j'ai bien sûr réécouté ce disque et trouvé beaux aussi, pour la plupart, les lieder qui y sont enregistrés. Et j'apprécie leurs deux interprètes, l'un et l'autre me paraissant remarquables dans ce répertoire.

    Rédigé par William Mann et traduit par Arlette de Grouchy, le texte de présentation ne manque pas d'intérêt non plus, il me semble. Je me permets donc d'en reproduire ci-après de larges extraits :


    "Hugo Wolf [1860-1903] avait vingt-huit ans lorsqu'il mit en musique cinquante-trois poèmes de Mörike. Il avait commencé dès sa première jeunesse à composer, des pièces instrumentales aussi bien que vocales, mais personne ne les considérait comme intéressantes, pas même sa mélodie Mausfallensprüchlein (petit couplet du piège à souris). Celle-ci, avec quelques autres lieder, trouva cependant un éditeur vers la fin de 1887; ce fut son premier succès et il en fut éperdu de joie. En janvier 1888 il accomplit un séjour chez des amis dans les environs de Vienne et le 15 février, en feuilletant par hasard un volume des poèmes de Mörike, il sentit soudain le déclic de l'inspiration et entreprit aussitôt la composition de ses mélodies. Quarante-trois d'entre elles étaient achevées à la date du 18 mai et les autres vers la fin novembre. Il était alors saisi d'une véritable boulimie de création : bien que sa journée de travail ne fût pas ordinairement très longue, il lui arrivait à cette époque de composer deux mélodies - et une fois même trois - en un jour. Cette concentration a toujours été caractéristique de Wolf durant sa trop brève carrière (plus tard il devait perdre la raison et terminer ses jours misérablement dans un asile). Étrangement, cette façon intensive de travailler était aussi celle de Mörike.

    Eduard Mörike [1804-1875] était, après Goethe, sans doute le plus grand poète lyrique allemand, un ardent romantique (...). La fidélité de Wolf à sa poésie n'était peut-être pas à la mode du jour, mais elle était fermement affirmée depuis 1888 (...).

    La fertilité de son invention dans ses lieder n'est que plus remarquable si l'on considère combien chacun d'eux est condensé et combien il est fidèle à chaque inflexion ou tension de la poésie. Wolf ne jugeait pas utile de répéter des mots ou des phrases comme d'autres compositeurs le font souvent. Ses Mörike-Lieder nous donnent un bon aperçu de la qualité et de la palette de son oeuvre, ainsi que de son approche personnelle de ce poète (...).

    Longtemps, seules de rares mélodies de Wolf figurèrent dans les programmes de récitals. Mais dans les années plus récentes, nos chanteurs exercèrent leur talent d'interprète en donnant davantage d'importance au texte et à l'intonation, et ainsi Wolf a-t-il trouvé la place qu'il mérite dans le répertoire du lied allemand."


    Jacques

  3. #3
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    Olaf Bär n'a pas, je trouve, tenu toutes les promesses que laissait entrevoir, ou entrentendre, sa voix, mais j'avais trouvé, au milieu des années 80, qu'il avait une bien belle voix et un bien beau style (son enregistrement des Amours du poète et du cycle de lieder opus 39 de Schumann m'avait beaucoup séduit, et mon professeur de chant de l'époque aussi) (avait été séduit, pas m'avait séduit, hein).



    C'était une digression, pardon!

  4. #4
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    Merci, Lebewohl .

    Vu le sujet du fil, votre "digression" n'en était pas vraiment une, à mon avis, et m'a en tout cas beaucoup intéressé.

    Jacques

  5. #5
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    Si je me souviens bien, ce premier disque de Baer avait été salué dans Diapason par un "Mr. Baer ne sait pas chanter" de Tubeuf. De telles âneries peuvent nuire à une carrière. Quand on pense que le même Tubeuf portait aux nues les Schubert de Barbara Hendrickx...
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  6. #6
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    Quote Originally Posted by InnocentParadis View Post
    Si je me souviens bien, ce premier disque de Baer avait été salué dans Diapason par un "Mr. Baer ne sait pas chanter" de Tubeuf. De telles âneries peuvent nuire à une carrière. Quand on pense que le même Tubeuf portait aux nues les Schubert de Barbara Hendrickx...
    Très judicieux et opportun, ce rappel ...

    Pour ma part en tout cas (mais je ne suis pas un spécialiste de la voix), il ne m'a vraiment pas semblé, à l'écoute de son beau récital Hugo Wolf, qu'Olaf Baer "ne savait pas chanter".

    Quant à Barbara Hendricks, malgré tout le respect que j'ai pour elle, il y a longtemps que j'ai relégué au "second rayon" (allez savoir pourquoi... ) la plupart des enregistrements que j'avais d'elle.

    Jacques

  7. #7
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    Eh oui André Tubeuf avait dit beaucoup de mal d'Olaf Bär ; son deuxième disque Schumann et celui de Brahms étaient, à dire vrai, assez décevants à mes oreilles, avec une voix très voilée (adjectif utilisé faute de mieux) et m'avaient fait me demander si André Tubeuf n'avait pas entendu dans la voix de Bär des choses que je n'avais pas entendues (il dit beaucoup de bêtises, comme nous tous, mais pas seulement des bêtises, comme certains d'entre nous, et il connaît la voix, je crois, plus que beaucoup de nous ; et son style oscille entre l'exaspérant et le fun, si vous me passez l'anglicisme).

    Bref je continue à beaucoup aimer ce premier disque de Bär, à penser qu'il sait chanter, mais je ne suis plus aussi enthousiastes. Je n'ai pas suivi toute sa carrière, au début on pouvait s'attendre à un autre de ces chanteurs est-allemands qui n'avaient pas suivi les tentations du star system et du coup n'avaient pas cassé leur voix et chantaient encore à un âge avancé. Comme Schreier ou Adam, il a fait ses débuts au Kreuzchor de Dresde!

  8. #8
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    "On craignait, on l'avoue, de ces chanteurs de poche, incapables de phrasés, dont la volonté d'être au goût du jour les rendait out of date avant même d'avoir été up to date. Une époque revivait pourtant dans les disques indispensables, même si introuvables, d'une jeune Schwarzkopf dans la mélodie galloise "Dw i ddim yn gwybod. Ydw. Mae’n ddrwg gen i.", une rareté même à l'époque, captée live sur magnétophone à sabots lors de son unique concert à la salle des fêtes de Saint Julien Molin Molette. Et, portée par un public tout de dévotion, elle y osait des filés et des ports de voix dont Olaf Bär, malgré sa tessiture et ses poses n'a pas même l'idée, manquant à jamais de ce drive unique qui est la marque d'un passé révolu............................. ..............."

    Pour revenir à Wolf, je suis un peu perplexe: c'est un compositeur que j'aime beaucoup, mais que je ne réécoute pas souvent. Un peu comme pour Loewe (moins talentueux à mon goût), j'ai un peu l'impression d'être face à un art très discret, un peu trop peut-être, et référent d'une époque et d'un lieu un peu trop étranger pour moi - le choix de Mörike, totalement inconnu de ce côté-ci du Rhin, n'aide pas. Dans le lied allemand, j'ai tendance à préférer les compositeurs dont le style s'affirme immédiatement (ceux que l'on reconnait en deux mesures, comme Schubert ou Brahms). Mais j'imagine la perplexité d'un allemand face à Duparc ou Chausson...


  9. #9
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    "On craignait, on l'avoue, de ces chanteurs de poche, incapables de phrasés, dont la volonté d'être au goût du jour les rendait out of date avant même d'avoir été up to date. Une époque revivait pourtant dans les disques indispensables, même si introuvables, d'une jeune Schwarzkopf dans la mélodie galloise "Dw i ddim yn gwybod. Ydw. Mae’n ddrwg gen i.", une rareté même à l'époque, captée live sur magnétophone à sabots lors de son unique concert à la salle des fêtes de Saint Julien Molin Molette. Et, portée par un public tout de dévotion, elle y osait des filés et des ports de voix dont Olaf Bär, malgré sa tessiture et ses poses n'a pas même l'idée, manquant à jamais de ce drive unique qui est la marque d'un passé révolu
    C'est de Tubeuf, je suppose : affirmations péremptoires, style extravagant et fureur parce que tout le monde ne chante pas avec autant de maniérisme que Schwarzkopf...
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  10. #10
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    Non, c'est de moi, mais j'aime bien imiter Tubeuf.

  11. #11
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    Non, c'est de moi, mais j'aime bien imiter Tubeuf.
    Bravo ! Je m'y suis laissé prendre, mais je n'aurais pas dû : la toute jeune Schwarzkopf qui chantait de la musique celte, ça m'avait bien semblé un peu bizarre...
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  12. #12
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    Il y avait cet indice en effet un peu troublant, et aussi le lieu du concert, peut-être, et l'outil d'enregistrement ; mais surtout, ce qui montrait infailliblement que ce n'était pas du Tubeuf dans son jus, c'est qu'il n'y avait pas le mot ligne ; il est vrai que les points de suspension le laissaient espérer : "un passé révolu, quand la ligne, le soutien d'une Lemnitz ou d'une Ivogün, résonnaient d'une immarcescible pureté".

  13. #13
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    Bel accent tubeufien

  14. #14
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    Quote Originally Posted by lebewohl View Post
    Il y avait cet indice en effet un peu troublant, et aussi le lieu du concert, peut-être, et l'outil d'enregistrement.
    Oui, je suis impardonnable. Cela montre que, contrairement à ce qu'affirment mes détracteurs, je suis d'une innocence paradisiaque. Je dois dire aussi que j'avais lu très vite. En tout cas, bravo aux deux pasticheurs.
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  15. #15
    Moi j'aime beaucoup le pastiche, surtout le 51 xD

  16. #16
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  17. #17
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    Bon on se moque, mais Tubeuf, quelque ampoulé que soit son style (ce doit être son côté smyrniote, et quel!), quelque facile qu'en soit le pastiche, et quelles que soient ses occasionnelles exagérations (à moins qu'elles ne soient que volontaires hyperboles) est quelqu'un qui ne se prend pas réellement au sérieux - et qui n'est pas totalement inculte, et qui aime ce dont il parle.

  18. #18
    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    (l'abus d'alcool est dangereux pour la santé; a consommer avec la modération)
    Lebewohl, Philippe, quand est-ce qu'on se fait un apéro?? ^^

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