Dans la masse des compositeurs allemands atonaux et nostalgiques des années Darmstadt, il y en a un qui, à mon avis, se distingue nettement du lot, c'est Lachenmann.
Disons-le tout net : il n'a pas un air spécialement sympa.
Il n'a pas écrit que des chefs-d'oeuvres, mais il me semble difficile de contester qu'il en a écrit. L'esthétique de Lachenmann se rapproche un peu du bruitisme dans la mesure où il utilise toutes les possibilités accoustiques des instruments, et surtout les plus intattendues, laissant complètement de côté tout ce qui relève du thème mélodique. Je le trouve très proche de Sciarrino et de Francesconi, et tous sont sans doute possible des héritiers de Nono. D'ailleurs Lachenmann a été l'un des rares (ou même le seul, je ne sais plus) élève de Nono.
Ce qui distingue Lachenmann de beaucoup de post-sériels ou post-atonaux c'est son sens de la beauté du son pour lui-même, ce qui finalement le rapprocherait plutôt de Feldman. Les meilleures oeuvres de Lachenmann sont du pur esthétisme, et c'est très impressionnant à entendre. Il parle souvent de ce souci esthétique dans ses interviews, et considère l'art comme "a medium of aesthetic adventure for the spirit", et c'est tout à fait le sentiment que produit sa musique.
Kairos, le label des germains austères, a sorti beaucoup de cd de Lachenmann, et pour une fois on aurait tort de s'en plaindre :
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J'y reviendrai plus en détail à l'occasion, mais il me semble d'emblée que le plus urgent à entendre est le second (les quatuors), et en particulier son Gran Torso (1971). Ce n'est pas une musique facile, mais je dois avouer que ça m'a laissé sur le Q. Aucun intellectualisme gratuit, aucun discours métaphysique, de la pure sensation auditive, qui exprime en l'occurrence de façon quasi-tactile l'effet d'une gigantesque torsion de cordes. Sublime.
Dans la série des Kairos, le 1er cd ci-dessus contient une autre merveille, les Concertini (2005), où Lachenmann se révèle encore une fois être un véritable génie du son, avec des effets de timbres, de frottements et d'explosions sonores absolument magnifiques.
Un autre cd me semble également essentiel, pas chez Kairos mais chez Wergo :
Il comprend 2 autres merveilles : Pression (pour violoncelle seul) : Les sons qu'il parvient à tirer d'un violoncelle sont proprement hallucinants; on se croirait dans un sous-marin perdu dans les abysses et qui craque de toutes ses tôles. Et une très courte mais saisissante Toccatina pour violon seul, jouée intégralement sur des pizzicati de suraigus.







... indépendamment du fait que le langage m'avait alors semblé (et à mon très humble avis) complètement novateur.

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