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Le Groupe des Six
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Thread: Le Groupe des Six

  1. #1
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    Le Groupe des Six

    Je reconnais qu'ouvrir un fil général de discussion sur le Groupe des Six, alors que Poulenc, Milhaud et Honegger, ses trois membres les plus connus (sinon les plus populaires), ont déjà chacun le sien, n'était peut-être pas très utile ()...

    J'y tenais toutefois quand même, pensant qu'il pourrait servir d'emplacement commode pour évoquer aussi les trois autres musiciens du groupe, à savoir Germaine Tailleferre, Georges Auric et Louis Durey, qui pour diverses raisons, sans doute souvent injustes, ne bénificient pas des mêmes faveurs (public et interprètes).

    Quoi qu'il en soit, je propose ci-dessous, pour commencer, une vidéo se composant de larges extraits d'une émission réalisée en juin 1990 par une chaîne de télévision française, à laquelle étaient invités Madeleine Milhaud (veuve de Darius), Manuel Rosenthal (compositeur et chef d'orchestre), Irène Joachim (la "légendaire Mélisande" de 1941), Pascale Honegger (fille d'Arthur), Jean Roy (musicologue) et Ornella Volta (biographe).

    Elle est certes un peu longue. Mais à quiconque s'intéresse au sujet (et n'est pas totalement allergique au présentateur de l'émission ), je recommande vivement de la regarder en entier : on y apprend quantité de choses intéressantes ().


    Le Groupe des Six - Une évocation par diverses personnalités - YouTube[/URL]


    Jacques

  2. #2
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    En complément de la vidéo du post précédent, une petite constatation relative à Irène Joachim, depuis lors décédée (tout comme Madeleine Milhaud, Manuel Rosenthal et Jean Roy) : je viens de voir qu'elle était née le 13 mars 1913, soit il y aura exactement cent ans demain ().

    Avec un jour d'avance, je lui rends donc un petit hommage en la montrant, pour changer, non pas dans le grand répertoire auquel on l'associe généralement mais à 23 ans en chanteuse de cabaret dans Les Bas-fonds, un film tourné par Jean Renoir en 1936 (on est certes aux antipodes de la "Mélisande" qu'elle incarnera et enregistrera avec succès cinq ans plus tard sous la baguette de Roger Désormière, mais le timbre et la diction de cette remarquable soprano d'origine allemande, qui adhéra au PC français et prit une part active à la Résistance, sont tout de même bien reconnaissables, je crois ) :


    Les Bas Fonds - Irène Joachim - YouTube[/URL]

    Jacques

  3. #3
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    La chanson "Les bas-fonds"
    Musique de Jean Wiener
    Paroles de Charles Spaak

    C'est Irène Joachim qui chante la célèbre chanson de Prévert et Kosma : "Les Feuilles Mortes " dans le film "Les Portes de la nuit" (1946) de Marcel Carné. Elle double l'actrice Nathalie Nattier.

    La chanson sera popularisée par Yves Montand.

    La célèbre Mélisande était la petite-fille du violoniste, chef d'orchestre et
    compositeur Joseph Joachim et du peintre de l'école de Barbizon Ferdinand Chaigneau.

    On peut aussi la voir et l'entendre chanter dans

    La Marseillaise (1938) de Jean Renoir
    Romance de Chateaubriand : S'accompagne au clavecin

    Les Anges du péché (1943) de Robert Bresson
    Interprète le "Salve Regina" sur une musique de Jean-Jacques Grünenwald

    Des rares musiques dans un coffret de Yves Nat
    Yves Nat : Mélodies (5), pour voix et piano (CD 15 Pistes 8-12)

    Enregistrements 1930-1956
    Coffret du 50è anniversaire (15 CDs)
    EMI Classics 0946 347826 2 3
    Enregistré Studio Albert à Paris le 1er juin 1943 (78t : AFAA AA 31)

    - Dans vos viviers, dans vos étangs (Guillaume Apollinaire)
    - Chanson pour un officier de marine (Théophile Briant)
    - Chanson de la nageuse nue d'août (Théophile Briant)
    Irène Joachim, soprano
    Yves Nat, Piano

    - Que lentement passent les heures (Guillaume Apollinaire)
    - L'enfant à la poule aux oeufs d'or (Yves Nat)
    Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
    Charles Munch, direction

    Livre conseillé
    Brigitte Massin
    Les Joachim
    Une famille de musiciens
    Fayard (1999)
    ISBN: 2-213-60418-5



    Claude Torres

  4. #4
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    Un grand merci, Claude (), pour toutes ces informations et références fournies à propos d'Irène Joachim.

    Plusieurs d'entre elles m'étaient totalement inconnues.

    Jacques

  5. #5
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    Voici les 5 mélodies tirées du coffret Yves Nat
    Le son est très moyen

    Yves NAT Cinq mélodies (1-5) Irene Joachim, Charles Munch, 1943 - YouTube

    Yves NAT (29.XII.1890-31.VIII.1956) : Cinq mélodies (1943)
    0:10 / I. Dans vos viviers, dans vos étangs (Guillaume Apollinaire) [0'50'']
    0:59 / II. Chanson pour un officier de marine (Théophile Brabant) [1'13'']
    2:12 / III. Chanson de la nageuse nue (Théophile Brabant) [0'57'']
    3:13 / IV. Que lentement passent les heures (Guillaume Apollinaire) [0'58'']
    4:11 / V. L'enfant à la poule aux oeufs d'or (Yves Nat) [1'46'']

    Irène Joachim, soprano
    Yves NAT, piano (I, II, III)
    Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (IV, V)
    Charles MUNCH, conductor
    (Rec: Paris, Studio Albert, 1.VI.1943)


    Claude Torres

  6. #6
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    Ma première intégrale des sonates pour piano de Beethoven, que mon père m'avait offerte sur disques vinyle en récompense d'un modeste "succès scolaire" (), c'était celle enregistrée dans les années 50' par Yves Nat ().
    Je ne disposais alors que de très peu d'informations sur ce prodigieux pianiste, et ce n'est que bien plus tard que j'ai appris qu'il avait aussi composé; notamment des mélodies comme celles que permet d'entendre la vidéo ci-dessus. Merci beaucoup de l'avoir montrée.

    Cela étant, comme elle le dit elle-même dans la vidéo du post initial (émission télévisée de 1990), Irène Joachim a bien sûr aussi chanté bon nombre de mélodies composées par les musiciens du Groupe des Six.

    La voici, par exemple, interprétant en 1953 le cycle Catalogue de fleurs [1920] de Darius Milhaud :


    Darius MILHAUD - CATALOGUE DE FLEURS - IRENE JOACHIM ( 1953 ) VINYL - YouTube[/URL]

    Jacques

  7. #7
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    Pendant l'occuppation allemande de 1940 à 1944, le Groupe des Six à, sauf Durey, continué à composer.

    Louis Durey rejoint le parti communiste français et participe activement à la résistance (avec Irène Joachim, Elsa Barraine et Roger Desormière). Durant cette période, il réalise un important travail musicologique de reconstitution de chants anciens de Clément Janequin, Orlando Lassus et autres compositeurs. En 1945 il compose la musique pour le film Oradour-sur-Glane Op.48 (Direction Pierre Céria)

    Georges Auric travaille intensément pendant la période 1940 - 1944
    Après la libération, il compose : 3 poèmes de Max Jacob


    Pour le concert
    • 1940, 3 Impromptus pour piano
    • 1940-1941, 6 poèmes, textes de P. Eluard
    • 1940, 3 poèmes, textes de Louise de Vilmorin
    • 1940, 3 poèmes, textes de L. P. Fargue
    • 1941, 5 chansons françaises, choeur
    • 1941, 9 pièces brèves pour piano
    • 1943, 4 chants de la France malheureuse, textes de Louis Aragon, Paul Eluard, Jean Supervielle, mezzo soprano, piano ou orchestre
    Pour le cinéma
    • 1940 : De la ferraille à l'acier victorieux
    • 1942 : Opéra-Musette de René Lefèvre et Claude Renoir aîné
    • 1942 : Macao, l'enfer du jeu de Jean Delannoy
    • 1942 : L'assassin a peur la nuit de Jean Delannoy
    • 1942 : Monsieur La Souris de Raymond Leboursier
    • 1942 : Les Petits Riens de Raymond Leboursier
    • 1942 : La Belle aventure
    • 1943 : L'Éternel Retour de Jean Cocteau & Jean Delannoy
    • 1944 : Le Bossu de Jean Delannoy
    Francis Poulenc est le plus prolifique (env 25 oeuvres)
    Il faut retenir les compositions engagées comme
    • (1943) Poème de Louis Aragon FP 122/1
    • Figure humaine, cantate pour 12 voix (1943) 8 Poèmes de Paul Eluard (FP 120) dont le célèbre "Liberté"
    • Un soir de neige, petite cantate de chambre pour 6 Voix ou Choeur (1944) Poèmes de Paul Eluard : FP 126
    • Les Animaux modèles (ballet intégral) (1940-1942), FP 111
      La musique intègre l'air de "Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine"
      comme un acte de résistance
    Germaine Tailleferre et Darius Milhaud sont partis en exil.

    Au début de 1942, Tailleferre complète ses Trois Études pour piano et orchestre dédiées à Marguerite Long. L'Occupation allemande l'incite à quitter la France avec sa sœur. Elles gagnent l'Espagne puis le Portugal d'où elles embarquent pour les États-Unis. Elles passeront les années de guerre à Philadelphie. Elle compose peu pendant cette période, s'occupant surtout de sa fille. Elle écrit néanmoins un Ave Maria pour voix de femmes a cappella créé au Swarthmore College (aujourd'hui perdu).
    Elle revient en France en 1946 et se réinstalle à Grasse, près de Nice.

    Darius Milhaud n'arrêtera jamais de composer que ce soit en France ou après son exil aus Etats-Unis. (env 35 oeuvres de l'opus 211 à l'opus 247)
    Il cumule : comme juif et comme compositeur d'"art dégénéré".
    En 1940, il part pour les États-Unis, où le chef d'orchestre Pierre Monteux l'aide à trouver un poste de professeur de composition au Mills College d’Oakland (Californie). Milhaud y aura notamment comme élèves le pianiste de jazz Dave Brubeck, le compositeur de variétés Burt Bacharach, et les fondateurs du minimalisme américain Steve Reich et Philip Glass.
    Après la guerre, il retourne en France en 1947


    De ses comositions, on peut retenir
    • Cantate de la guerre, for chorus, Op. 213 (1940)
    • Moïse, ballet symphonique for orchestra (Opus Americanum No. 2), Op. 219 (1940)
    • Prières (5), for voice & organ (or piano), Op. 231c (1942)
    • La libération des Antilles (2), song cycle for voice & piano (in Creole French), Op. 246 (1944)
    Reste Arthur Honegger dont le cas est un peu particulier.
    Tout d'abord il est Suisse et se sent peu concerné par l'occupation allemande. Cependant il reste en France dit-il par solidarité. Il est dès le début de la formation du Front National des Musiciens, intégré dans le groupe. Cependant, son attitude est trouvée ambiguë par le P.C., et il est exclus du mouvement en 1943.

    Dans ce mouvement de résistance à l'activité assez "modérée", on peut ajouter Roger Désormière, Manuel Rosenthal (dans la clandestinité), Charles Munch, Paul Paray, Elsa Barraine (parfois sous les pseudos de Catherine Bonnard ou Triolet), Henri Dutilleux, Claude Delvincourt, Alexis Roland-Manuel, Irène Joachim et quelques rares autres.

    Claude Torres

  8. #8
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    Merci, Claude, pour ces nouvelles - et très intéressantes () - informations.

    En ce qui concerne le cas particulier d'Arthur Honegger, je me souviens que l'un de mes oncles (qui s'était débrouillé, à l'époque où il étudiait la théologie protestante à Paris, pour rencontrer personnellement Francis Poulenc à l'occasion d'une "soirée mondaine", ce dont je fus fort épaté quand je l'appris ) avait beaucoup heurté et peiné Pascale Honegger (qui ne tarda pas à le lui faire savoir par écrit) en rédigeant à propos du père de cette dernière un article paru dans un journal local où il évoquait précisément l'attitude "ambiguë" () signalée...

    Mais bon... Voici quand même trois amusantes photos montrant Pascale quand elle était enfant, les deux premières en compagnie de son papa, la troisième tenant sagement Charles Munch par la main ) :





    Jacques

  9. #9
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    ... lequel Charles Munch avait, à l'époque, le même tailleur qu'un nommé Tintin, grand reporter belge...



    Charmantes photos.


  10. #10
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    On a reproché à Honegger, essentiellement 2 choses.

    D'avoir été le critique musical attitré de l'hebdomadaire Comoedia, revue collaborationiste (Jean-Paul Sartre y avait écrit : "nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’Occupation") et d'avoir participé au voyage du 150e anniversaire de Mozart en 1941.

    "Du 28 novembre au 5 décembre 1941 s’est tenue à Vienne la Mozart-Woche des Deutschen Reiches, une semaine Mozart célébrant le 150e anniversaire du décès du compositeur. Ce festival d’une très grande envergure (plus d’une soixantaine de manifestations musicales réunissant les musiciens allemands les plus réputés) n’était pas simplement un événement culturel : ses principaux organisateurs, le Reichsstatthalter Baldur von Schirach et le Ministre de la propagande Joseph Goebbels, y voyaient d’abord et avant tout un vecteur de propagande politique. L’objectif de la Mozart-Woche était triple : rassurer le peuple allemand, fédérer le peuple autrichien (annexé par l’Allemagne en 1938) et séduire le reste de l’Europe pour mieux l’asservir."

    Honegger y était en bonne compagnie puisque tout les membres du "Groupe Collaboration étaient présents" à Vienne (42 283 adhérents en 1944). Pour en citer quelques uns.

    Quelques journalistes :
    Eugene Gerber (
    Paris soir), Louise Humbert (La Gerbe), Lucien Rebatet (Je suis partout), Dominique Sordet (Candide et Je suis partout)


    Quelques musiciens
    Alfred Bachelet (membre de l’Institut), Robert Bernard, Marcel Delannoy, Arthur Honegger, Marcel Labey (accompagne de sa femme), Gustave Samazeuilh, Florent Schmitt (membre de l’Institut).
    [SIZE=3]

    Pour ses 50 ans (1942), Charles Münch dirige la Seconde Symphonie et Jeanne d'Arc au bûcher.

    D'un autre côté, en 1946, Honegger a composé un chant pour voix de basse et piano (ou orchestre) sur le début du psaume 130 en hébreu : MiMaamaquim Kérati'ha (Des profondeurs, je T'implore). C'est une très belle mélodie.
    Bien entendu elle était dédiée aux victimes de la guerre, et le fait d'avoir utilisé le texte hébraïque originel, laisse entrevoir à qui il dédiait cette oeuvre.

    Ce texte complet (sur une autre musique) est chanté de nos jours lors de toutes les cérémonies synagogales commémorant la Shoah en complément
    du célèbre et émouvant "El Maleh Ra'hamim" (Dieu Miséricordieux). Il en existe de nombreux exemples sur YouTube.

    Nuances de gris...

    Claude Torres

  11. #11
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    ... lequel Charles Munch avait, à l'époque, le même tailleur qu'un nommé Tintin, grand reporter belge...
    L'idée ne m'était pas venue à l'esprit, mais c'est exactement ce qu'on peut penser !

    Le pantalon golf me rappelle que mes parents m'en avaient acheté un tout pareil quand j'avais neuf ou dix ans. Mais je l'ai très vite pris en grippe car c'était déjà complètement passé de mode et mes copains d'école, qui presque tous avaient des jeans, se moquaient de moi chaque fois que je le portais (... ).


    Quote Originally Posted by Claude Torres View Post
    On a reproché à Honegger, essentiellement 2 choses.
    Je n'ai jamais vu l'article ayant fait réagir Pascale Honegger, ni d'ailleurs la réponse de celle-ci. Mais si je me souviens bien de ce que m'avait raconté mon oncle, auteur de cet article, c'est le premier des deux reproches indiqués (l'existence de critiques musicales parues sous la signature d'Honegger dans la revue Comoedia) qu'il avait mentionné.


    Jacques

  12. #12
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    Quote Originally Posted by Claude Torres View Post

    D'un autre côté, en 1946, Honegger a composé un chant pour voix de basse et piano (ou orchestre) sur le début du psaume 130 en hébreu : MiMaamaquim Kérati'ha (Des profondeurs, je T'implore). C'est une très belle mélodie. Bien entendu elle était dédiée aux victimes de la guerre, et le fait d'avoir utilisé le texte hébraïque originel, laisse entrevoir à qui il dédiait cette oeuvre.

    Ce texte complet (sur une autre musique) est chanté de nos jours lors de toutes les cérémonies synagogales commémorant la Shoah en complément du célèbre et émouvant "El Maleh Ra'hamim" (Dieu Miséricordieux). Il en existe de nombreux exemples sur YouTube.

    Voici la version par Jean-François Gardeil (baryton) et Billy Eidi (piano) de cette mélodie, la dernière composée par Arthur Honegger et que Harry Halbreich considère comme "l'une des cimes de toute son oeuvre", "avec des accents d'une émotion bouleversante en raison de leur sobriété même" :


    Arthur Honegger - 'Mimaamaquim' - YouTube


    Dans son texte de présentation, Harry Halbreich précise encore ce qui suit :

    " (...) Honegger a dû se documenter sur le chant de synagogue, peut-être avec l'aide de son ami Milhaud, car déjà le récitatif initial (la pièce adopte une forme Lied très simple en cinq sections, A-B-A-B-A) y fait irrésistiblement penser. L'oeuvre fut écrite pour la voix de contralto exceptionnellement grave de Madeleine Martinetti, et descend peu avant la fin jusqu'au fa dièse, ce qui ne la met certes pas à la portée de beaucoup de voix ! Mais il s'agit, sans doute, de la plus grande de toutes les mélodies d'Honegger."


    Jacques

  13. #13
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    Marci Jacques,

    C'est une très belle interprétation.

    Pour ceux qui seraient un peu perdu, il s'agit de la 2ème phrase du psaume 129 de la Vulgate (130 dans la tradition Juive) : De profundis clamavi ad te, Domine.

    La phrase hébraïque est précédée de 2 mots omis dans le chant : Chir HaMaaloth. (remplacés chez Honegger par des vocalises)
    C'était une indication liturgique destinée aux Lévites alors qu'ils montaient les marches (degrès) de la cour des Prêtres vers le Temple pour indiquer le mode sur lequel chanter le psaume et signifiant "Cantique des degrès".

    La première phrase musicale de Honegger (après les vocalises) est une copie conforme de la version traditionnelle hébraïque chantée dans les synagogues. Ensuite ce sont des variations.

    Claude Torres

  14. #14
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    Comme le rappelle Jean Roy au début de la vidéo initiale, c'est Henri Collet (1885-1951) qui, au travers de deux retentissants articles écrits pour Comoedia et parus en janvier 1920, se fit "l'inventeur" de l'expression "Groupe des Six". Ces articles avaient pour titres : "Un livre de Cocteau. Les cinq Russes, les six Français et Erik Satie" (16 janvier), et "Les six Français : Darius Milhaud, Louis Durey, Georges Auric, Arthur Honegger, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre (23 janvier).

    Mais Henri Collet - ce qu'on oublie parfois - était avant tout un savant musicologue et un compositeur de talent.

    Voici deux albums consacrés à quelques-unes de ses oeuvres, publiés en 1995 (mélodies) et 1998 (orchestre) sous le label Claves :







    Au début de la brochure jointe au disque de mélodies, Jean Gallois présente en ces termes Henri Collet et son étonnante fascination pour l'Espagne :

    "Enfin, voici Henri Collet reconnu, remis à l'honneur, tiré d'un trop injuste ostracisme ! «Ma gloire à moi, ce sera d'avoir révélé au monde la musique des autres» disait-il, trop modeste. Et «les autres» en profitèrent – quand ils ne le pillèrent pas... On l'enferma trop vite, et sans y regarder de près, dans le rôle de savant – comme Maurice Emmanuel – pour avoir publié une (remarquable) thèse consacrée au Mysticisme musical espagnol au XVIe siècle ou - sous une étiquette commode, voire dédaigneuse, de journaliste – pour avoir lancé en deux célèbres articles de Comoedia (16 et 23 janvier 1920) quelques jeunes compositeurs baptisés «Groupe des Six». Parce qu'on n'aime pas les gens trop doués, on lui reprocha d'écrire autre chose que de la musique : par exemple un roman – L'Île de Barataria – qui obtint en 1929 le Prix national de littérature. Mais quand il écrivait de la musique, alors on brocardait ses partitions parce qu'à l'exception d'une Messe, d'un opéra-comique (La Chèvre d'or, 1943) et de quelques mélodies (Cinq poèmes de Francis Jammes, 1920, ou Godefroy pour orchestre ou piano, écrit – en 1943 – sur un sketch de Courteline), toutes portaient un incipit espagnol : depuis le Poème de Burgos pour violon et orchestre de 1912 jusqu'à la Symphonie de l'Alhambra (de 1947), en passant par la Sonate castillane pour violon et piano (1921), le Trio castillan (1921, dédié à Manuel de Falla), les deux recueils pianistiques de Recuerdos (1923), le dixtuor La Perra mora de 1926, le ballet Los Toreros de 1932 ou les deux admirables Concertos flamencos de 1946 et 47, le premier dédié au piano, le second au violon...

    Cette attirance pour l'Espagne, Henri Collet l'avait reçue comme un coup de foudre. Né à Paris le 5 novembre 1885, il avait, à quatorze ans et demi – grâce à une dispense du Président de la République -, passé son baccalauréat. Étant en même temps élève du pianiste Joseph Thibaud – frère du violoniste Jacques -, il devient, en un temps record, un remarquable instrumentiste du clavier, mais aussi des vents – dont le cor. Alors, rêvant d'Espagne, le jeune Henri, trois ans plus tard, découvre la patrie de Zurbarán et Saint Jean de la Croix, sillonnant la Castille à dos d'âne, à la recherche du folklore. Période bénie, qui le voit affirmer sa riche personnalité, approfondir son mysticisme intérieur, faire la connaissance de maîtres vite devenus ses amis : Pedrell et Olmeda. Tout jeune agrégé, le voilà promu professeur à la Casa Velasquez; c'est l'époque où il se lie avec de nouveaux compositeurs : de Falla, Granados, Turina, Nin, Rodrigo, Mompou... Dès lors, cet homme de haute culture va «devenir ce qu'il est» : un compositeur à part entière, tout dévoué à son art qu'il entend faire rayonner. De là, son combat pour la jeune musique, pour les cénacles qui la soutiennent et la propagent – le Salon de la Princesse de Polignac, notamment. De là, cette volonté de se dépasser sans cesse, de toujour faire mieux, tant un idéal de beauté, de perfection l'habite. Ce contact avec l'austérité espagnole, alliée avec la lumière hispanique, ne manque pas d'influencer Collet : nulle part on ne peut le surprendre en flagrant délit de facilité. À l'instar de l'Espagne, sa musique est drue, d'une inaltérable noblesse, d'une poignante vérité humaine, habitée d'harmonies claires, de rythmes incisifs, de mélodies admirablement sculptées dans leur âpreté même.

    Mais derrière chaque note, l'on sent aussi l'homme de haute culture, de foi profonde; son message finalement est une leçon d'altitude – rien de mesquin, de terre à terre chez lui -, mais également de beauté rayonnante, roborative : il a la joie des esprits forts. De son oeuvre, il pourra dire, au soir de sa vie, qu'elle «est ensoleillée, faite pour des jours et des gens heureux». C'est dire si l'on en a besoin aujourd'hui. (...)"


    Jacques

  15. #15
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    Je devais être un peu fatigué la nuit dernière car je constate maintenant (mea culpa ) que j'ai omis dans mon post précédent les cinq premiers mots, très importants, du titre du premier article d'Henri Collet; son intitulé exact était en effet : "Un livre de Rimski et un livre de Cocteau. Les cinq Russes, les six Français et Erik Satie".

    Cela dit, j'en profite pour relever que les articles en question sont reproduits in extenso en pages 192 à 203 du livre que Jean Roy a écrit sur le Groupe des Six pour la collection "Solfèges" (Seuil, mars 1994).

    Abondamment illustré, ce petit ouvrage est très riche en renseignements et anecdotes de toutes sortes.

    À propos de Cocteau, par exemple, Jean Roy fournit divers indices donnant à penser qu'il y avait entre lui et Collet "une sorte de complicité et que l'article du 16 janvier 1920 avait été prémédité". Autrement dit, "le poète a bel et bien prévu et préparé la naissance du Groupe des Six", les jeunes musiciens concernés étant quant à eux "avertis que quelque chose se préparait."

    Et ces derniers (tout comme le "malin" Cocteau ), une fois les articles parus, s'en déclarèrent fort satisfaits ainsi que le montre ce passage du livre :

    "(...) Chacun des Six remercia chaleureusement Henri Collet. Darius Milhaud lui écrivit : «C'est la première fois qu'il y a un article complet, sérieux, étudié et si gentil sur notre groupe.» Francis Poulenc eut ce mot d'une exquise modestie : «Je ne souhaite qu'une chose : que nous ne décevions pas vos espoirs.» Arthur Honegger, après avoir exprimé sa reconnaissance, félicita Henri Collet «d'avoir bien fait comprendre que, tout en poursuivant une tendance générale semblable, chacun de nous cherche sa personnalité dans un sens différent

    Jean Cocteau exulta : «Mon cher Collet, Je suis profondément touché par votre article. Les uns écument de rage, les autres se réjouissent. Je vous remercie au nom de ces autres et de moi-même. En tapant toujours à la même place, on arrive à ce qu'on veut.» (...)"


    Jacques

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