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Thread: Quinze que j'en pense - Le trio "millionnaire"

  1. #1
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    Cool Quinze que j'en pense - Le trio "millionnaire"

    Il n’est pas si inusité de voir des artistes de renom faire équipe sur des projets. Que ce soit au cinéma ou en musique populaire (Crosby, Stills, Nash et Young, ou les Traveling Wilburys, et j’en passe…). La musique classique ne fait pas exception.

    Le folklore de la musique classique moderne se rappellera de rencontres fortuites, comme Barenboim-DuPré-Perlman-Zukerman et Mehta (à la contrebasse) et leur version-concert de la truite de Schubert en 1969,

    Schubert: The Trout - du Pre, Barenboim, Zukerman, Perlman - YouTube

    Et les couplages comme Argerich et Kremer, Perahia et Lupu comme duettistes et tant, tant d’autres.

    Mais sans doute l'ensemble toutes-étoiles le plus notoire dans les annales du disque classique est le trio formé par Jascha Heifitz au violon, Gregor Piatigorsky au violoncelle et Artur Rubenstein au piano, que la maison RCA a coiffé du surnom Million Dollar Trio (ou, sous ma traduction personnelle, le trio millionnaire) compte tenu de la valeur contractuelle de ses trois membres.

    Fait à noter, Heifitz et Rubenstein ont également collaboré avec le violoncelliste Emanuel Feuermann. Cette formation a également été sacrée «trio millionaire», mais c’est l’autre ensemble qui est plus souvent lié à l’appellation…

    Le trio Rubenstein-Heifitz-Feuermann endisque en 1941 des trios de Beethoven (dont l’Archiduc), Schubert, et Brahms.

    Beethoven: Piano Trio No 7 "Archduke" (Rubinstein, Heifetz, Feuermann) - I - YouTube

    Plus tard, le trio Rubenstein-Heifitz-Piatigorsky endisquera Ravel, Tchaikovsky et Felix Mendelssohn.

    On trouve sur YouTube un bon nombre de ces enregistrements, que ce soit par l’un ou l’autre des alignements. Allons-y avec trois sélections avec le second alignement …

    http://www.youtube.com/playlist?list=PL7AAA43DE32B0917C


    Comme c’est le cas avec tous les groupes de méga-stars, celui-ci a ses parts de problèmes internes. Par exemple, lequel des trois artistes verra son nom présenté le premier sur la pochette? Rubenstein croyait que l’honneur devait lui revenir, car il est le pianiste. Heifetz insista pour que son nom vienne en premier, ce qui suscita la célèbre citation de Rubenstein: «Jascha, même si Dieu le Père jouait le violon à votre place sur ce disque, la pochette devrait lire: joué par le trio formé de Rubinstein, Dieu, Piatigorsky».

    On peut imaginer les conflits d’ego qui étaient sûrement la norme pendant les répétitions et les exécutions finales… Je crois que l’histoire de «qui mène» a pour effet de prouver que l’union d’artistes qui doivent subjuguer leur persoonalité «alpha» pour obtenir un résultat plus homogène résulte en un produit parfois inférieur. Comparons, par exemple, le trio de Mendelssohn endisqué par nos millionnaires au même trio endisqué en Union Soviétique à peu près au même moment par le trio Oistrakh, qui démontre une plus grande cohésion et une lecture beaucoup plus homogène à mon avis:

    Felix Mendelssohn: Trio No. 1 in d minor Op. 49 / David Oistrakh Trio (3/4) - YouTube
    [Performance intégrale]
    Et vous, quinze que vous pensez de ces réunions toutes étoiles sur disque?

    Blogue à part: En avril, mon blog Blogspot et ma chaîne de baladodiffusions font l'intégrale des concerti de Johannes Brahms. Apràs des interprétations signées Glenn Gould et Rudolf Serkin, ce sera au tour de Joshua Bell vendredi prochain, avec en complément de programme, la sonate pour violon en sol majeur et un extrait de la version pour piano du concerto pour violon réalisée par le pianiste Dejan Lazic. A lire et entendre le 20 avril. @+

  2. #2
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    Je pense que c'est l'idée du trio à cordes qui a évolué: aujourd'hui on considère la formation comme un ensemble et non plus comme la réunion de personnalités et il y a de plus en plus de musiciens qui font une carrière en trio sans toujours être des solistes reconnus.
    Rubinstein avait peut-être raison d'un point de vue historique le trio n'étant au 18ème siècle qu'une sonate pour piano avec accompagnement de violon et une basse (plus ou moins continue), la place du violoncelle étant effectivement la cinquième roue du carrosse.
    Il est intéressant de constater que le trio Heifetz n'a pas de nom justement, et que d'ailleurs sa formation est mobile. Au contraire le trio Oïstrakh porte officiellement le nom du violoniste qui est remarquablement discret dans les enregistrements de cette formation (Oïstrakh a participé à d'autres "trios" depuis celui avec Goldenweiser jusqu'à la mort de Knushewitzky en 1963 qui mettait fin de fait au trio Oïstrakh).

    A propos de Joshua Bell (dont je crois finalement que je déteste le son pincé), une récente version du Trio de Ravel avec Isserlis et Thibaudet montre l'écueil principal des réunions de "stars". Tout le monde cabotine de son côté et tire la couverture à soi pour un résultat finalement raté par une vision incompatible des différents participants.

  3. #3
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    C'est en gros ce que Richter reproche à la version du triple concerto de Beethoven à laquelle il a contribué, avec Oistrakh, Rostropovitch et Karajan. Moi j'aime bien, mais bon... il doit mieux savoir, et/ou être décidément TRES cabotin.

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