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Thread: Chemins de traverse

  1. #1
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    Chemins de traverse

    Bonjour.

    J'aurais bien mis ça dans le fil "Qui souhaitez-vous voir réévalué" mais je ne demande pas la réévaluation du compositeur suédois Ludvig Norman (1831-1885). Par contre, je m'en voudrais de ne pas signaler cette découverte agréable. Ouvrir un fil rien que pour lui serait peut-être un peu exagéré, donc je vous propose de mettre ici vos messages éventuels sur des compositeurs un peu oubliés et pas forcément essentiels. J'avais pensé appeler ça "seconds couteaux", sans aucune connotation péjorative, puis je ne suis souvenu qu'un fil avait déjà porté cet intitulé, fil très polémique que je vous laisse rechercher seuls si vous voulez vous plonger dans des souvenirs pas forcément glorieux.

    J'ai donc écouté ce disque:



    avec les symphonies N°1 et 3 (c'est chez Sterling). Si vous ne détestez pas un compositeur qui, pour finir sa 3e symphonie (1881) vous fait une quasi copie conforme de la 1ère symphonie de Schumann (1841), tout va bien.

    Norman avait étudié à Leipzig de 1848 à 1852, et avait rencontré Schumann. C'est donc un hommage, même si Norman n'a pas beaucoup changé sa manière au cours de sa vie: la 1ère symphonie (1857) utilise le même langage. Une fois accepté le côté un peu épigonal, c'est très agréable, avec des thèmes francs et des développements compétents sinon originaux. Le petit problème de Norman est son sens de la durée: 14' pour le premier mouvement de la 3e, c'est quand même un peu long pour le contenu.

    Le label Sterling, suédois, a bénéficié d'aides publiques suédoises pour cet enregistrement (bonne utilisation des fonds publics si vous voulez mon avis) et a trouvé moyen, au milieu de la pléthore d'orchestre locaux, d'aller enregistrer ça en Afrique du Sud . L'orchestre national du lieu est vaillant et capable, mais il manque quand même un peu de raffinement et de couleurs, et une direction un peu trop vigoureuse n'aide pas.

    Pour se faire une idée (je ne sais pas s'il s'agit du même enregistrement):

    YouTube - ‪Ludvig Norman - Symphony No.3 in D-minor, Op.58 (1/4)‬‏


  2. #2
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    Merci, Mah70 , d'avoir signalé ce compositeur suédois que je ne connaissais pas et dont l'oeuvre qu'on entend sur la vidéo est pour moi aussi une agréable découverte.

    Quant à l'idée d'ouvrir ce fil de discussion intitulé "Chemins de traverse", elle me paraît excellente .

    Il se pourrait bien que j'y ajoute une ou deux choses de temps à autre ().

    Jacques

  3. #3
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    Nombreux sont les compositeurs occidentaux ayant introduit dans leur oeuvres des éléments tirés (plus ou moins directement) de la tradition musicale populaire de leurs pays.

    Après avoir assimilé les techniques (intrumentales, orchestrales, etc.) de la musique occidentale, plusieurs compositeurs japonais en firent de même au XXème siècle, comme le montre l'intéressante série Naxos intitulée "Japanese Classics" .

    J'ai choisi deux oeuvres présentées par cette série (le texte est de Morihide Katayarna, traduit en français par Pierre-Martin Juban), écrites par des compositeurs nippons sans doute fort peu connus dans nos contrées : Yuzo Toyama [né en 1931] et Hidemaro Konoye [1898-1973]. Elles sont jouées par l'Orchestre Symphonique de Tokyo Metropolitan, dirigé par Ryusuke Numajiri. La seconde, Etenraku, est très "zen" d'un bout à l'autre ().


    1/


    "Yuzo Toyama est né à Tokyo en 1931. Il étudia la composition auprès de Kan'-ichi Shimofusa, un élève de Hindemith qui étudia la direction d'orchestre avec Kurt Wöss et Wilhelm Loibner, lesquels dirigèrent tous deux l'Orchestre Symphonique de la NHK dans les années cinquante. Toyama a été le chef principal de nombreuses formations orchestrales au Japon. En tant que compositeur, il a subi l'influence de Bartók et de Chostakovitch en particulier et, tout comme Kodály avant lui, attache une grande importance à l'utilisation de mélodies folkloriques dans ses œuvres. Figurent notamment à son catalogue deux symphonies, trois concertos pour piano et deux concertos pour violon.

    Sa Rhapsodie pour orchestre fut composée en 1960 comme bis pour la tournée européenne de l'Orchestre Symphonique de la NHK à laquelle il prit part comme chef d'orchestre. Elle débute par le son répété du hyoshigi - deux blocs de bois utilisés dans le théâtre kabuki - puis est suivie par les mélodies de célèbres chansons populaires japonaises. L'air d'Antagato dokosa (D'où viens-tu ?) est énoncé à la trompette, le chant des pêcheurs d'Hokkaido Soran-bushi est interprété par les cuivres, la chanson de banquet de Kyushu Tankou-bushi (le chant des mineurs) par les cordes, et une autre chanson de banquet de la région du Kansai Kushimoto-bushi par la flûte. Le chant du meneur de chevaux de somme Oiwake-bushi de la région de Nagano, dans le centre montagneux du Japon, interprété discrètement par la flûte, constitue la section centrale de l'œuvre qui se termine par Yagi-bushi, une chanson de festival de la région du Kanto, qui fournit la matière à un finale énergique."

    YouTube - ‪Japon - Yuzo Toyama : Rhapsodie pour orchestre (1960)‬‏[/URL]


    2/


    "Hidemaro Konoye est né en 1898 au sein d'une famille de la haute aristocratie - son frère devint d'ailleurs premier ministre du Japon en 1937-39 et 1940-41. Il étudia la composition auprès de Kósçak Yamada à Tokyo, puis en Europe auprès de Vincent d'Indy et Max von Schillings, et la direction d'orchestre avec Erich Kleiber. Il fut non seulement un chef important au Japon mais dirigea également des orchestres à l'étranger, dont le Philharmonique de Berlin, l'Orchestre de la Scala de Milan et l'Orchestre Symphonique de la NBC. Il réalisa le premier enregistrement de la Symphonie No 4 de Mahler et fréquenta Furtwängler et Richard Strauss. Il mourut en 1973. Konoye écrivit des compositions originales mais préférait orchestrer des musiques existantes, dont, par exemple, les Tableaux d'une exposition de Moussorgsky et le Quintette en ut majeur de Schubert.

    Etenraku est un arrangement d'une pièce de gagaku du même nom. Le gagaku est la musique traditionnelle de la cour impériale japonaise, remontant aux temps anciens, interprétée par un orchestre à vent, instruments à cordes pincées et percussion. Cette musique arriva de Chine, de la Corée et du Vietnam entre le cinquième et le huitième siècle et fut adaptée au goût du peuple japonais de l'époque, avant que son répertoire ne s'enrichisse de musique japonaise originale. L'Etenraku est d'origine incertaine, mais l'on suppose qu'il fut introduit au Japon à partir de la Chine. Toutefois, sa mélodie est familière aux Japonais depuis bien longtemps, adaptée dans des chansons populaires et utilisée fréquemment de nos jours à l'occasion de mariages. L'arrangement qu'en a fait Konoye pour orchestre de gagaku reproduit avec beaucoup d'habileté les effets d'un orchestre occidental. De forme ternaire, l'arrangement fut créé à Moscou en 1931 sous la direction du compositeur avant d'être joué par la suite dans plus d'une cinquantaine de villes à travers le monde. Leopold Stokowski intégra l'oeuvre à son répertoire et, en Europe, cette oeuvre fut souvent associée à Debussy. À chaque fois qu'il eut vent de ce commentaire, Konoye prit soin de le réfuter en faisant remarquer qu'en réalité c'est Debussy qui avait subi l'influence du gagaku qui avait été introduit en Europe lors de l'Exposition universelle de Paris en 1889."


    YouTube - ‪Japon - Hidemaro Konoye : Etenraku (1931)‬‏[/URL]


    Jacques

  4. #4
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    Belle série Naxos. Je conseille également la symphonie n°5 " hiroshima" de Masao Ohki ! Moins folklo... c'est le cas de le dire !
    Sinon dans une optique plus ouvertement post romantique on peut jeter une oreille sur la Première symphonie de Qunihico Hashimoto, composée en 1940 pour fêter les 2600 ans du Japon. C'est pas un sublime chef d'oeuvre mais ça s'écoute pas trop mal.

    Rappel : Takemitsu et Hosokawa !

  5. #5
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    Bonsoir Thierry .

    Voici quelques-uns des volumes de cette intéressante série Naxos vouée à des compositeurs japonais (c'est du cinquième montré ci-dessous qu'ont été tirées les vidéos du post 3) :




    En ce qui concerne Takemitsu, compositeur d'importance majeure, je rappelle à toutes fins utiles qu'un fil général de discussion lui est consacré sur ce forum . Il débute ici.

    Jacques

  6. #6
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    Bonsoir.

    Décidément, je manque de vivacité d'esprit: j'ai ce volume "Japanese Orchestral Favorites" et je n'avais pas fait le rapprochement entre le Konoye de Entenraku et le chef d'orchestre pionnier de Mahler . Il faut que j'avais acheté le CD à cause d'Akira Ifukube, compositeur dont la musique accompagna les aventures de ce beau bébé :



    Dans le disque, ce qui m'avait le plus botté était la Musique pour orchestre symphonique d'Akutagawa, avec sa fin à la Nino Rota.

    Pour en revenir à Konoye, je signale que l'excellent site Pristine Classical a réédité l'intégrale de ses enregistrements avec le Philharmonique de Berlin.
    http://www.pristineclassical.com/Lar...al/PASC288.php
    Le répertoire (pas de Mahler: Haydn, Mozart, Moussorgsky, les hymnes allemands et japonais et... le Horst Wessel Lied ) comme l'époque (1937 et 1938) nous rappellent les joies mitigées de l'axe Berlin-Tokyo. Tristes temps, mais la musique peut être belle quand même...


  7. #7
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    Le répertoire (...) comme l'époque (1937 et 1938) nous rappellent les joies mitigées de l'axe Berlin-Tokyo. Tristes temps, mais la musique peut être belle quand même...
    Bonsoir Mah70 .

    Ce n'est qu'en relisant la brochure jointe au disque dont sont tirées les précédentes vidéos que je me suis rappelé que le frère du compositeur Hidemaro Konoye (ou Konoe), le premier ministre de l'Empire du Japon Fumimaro Konoye (ou Konoe), fut un assez sinistre personnage. Surtout quand on pense à l'épouvantable massacre de Nankin (), sur lequel j'ai lu récemment un bouquin détaillé, et à "l'axe" dont vous avez rappelé l'existence.

    Pour plus de détails à son sujet, on peut lire l'article Wikipédia figurant ici, qui nous apprend notamment qu'il se suicida en décembre 1945. Seule "consolation", si j'ose dire : il y eut semble-t-il encore pire que lui, en la personne de son successeur Hideki Tojo (qui fut quant à lui condamné en 1948 pour crimes de guerre par le Tribunal de Tokyo, équivalent pour le Japon de celui de Nuremberg, puis pendu en décembre de la même année).

    Jacques

  8. #8
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Bonsoir Thierry .



    Jacques
    Ce cd que vous commentez au post #3 est magnifique, tout y est beau et je crois que c'est le meilleur de la série. La musique entraînante et chatoyante d'Akutagawa, la Rhapsodie d'inspiration traditionnelle aux flûtes éclatantes de Toyama, et la Rhapsodie Japonaise d'Ifukube en forme de procession qui est tout simplement un chef-d'oeuvre. Sa musique est rarement décevante (et oui il a écrit d'autres choses que de la musique de film : sa symphonie Tapkaara sortie chez Naxos est une splendeur).

  9. #9
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    Oui .

    En ce qui concerne Ifukube, le texte de la brochure jointe au CD fournit les précisions suivantes, qui m'ont beaucoup intrigué :

    "Akira Ifukube est né en 1914 à Hokkaido, l'île la plus septentrionale du Japon, et décida d'étudier la musique après avoir entendu le Sacre du Printemps de Stravinsky. Autodidacte, il acheva sa Rhapsodie japonaise en 1935. L'oeuvre reçut le prix institué par l'émigré russe Alexandre Tchérépnine, qui s'était établi à Shanghaï afin d'étudier la musique asiatique et qui cherchait à mieux faire connaître la musique japonaise à travers le monde. Le jury, qui réunissait Roussel, Ibert, Honegger, Tansman, Harsány, Ferroud et Gil-Marchex, fut unanime. L'oeuvre fut créée en 1936 par l'Orchestre Populaire de Boston sous la direction de Febian Sevitsky, puis fut accueillie avec enthousiasme par Sibelius à l'issue de sa première exécution à Helsinki en 1939, ce qui représenta un encouragement considérable pour les compositeurs japonais dont on entendait encore peu les oeuvres à l'étranger. (...) À la suite du prix Tchérépnine, Ifukube devint l'élève d'Alexandre Tchérépnine. Ses oeuvres ultérieures comprennent Ode symphonique à Buddha, Sinfonia Tapkaara, deux concertos pour violon, un concerto pour marimba et environ trois cents musiques de film, dont celle de Godzilla."

    Jacques

  10. #10
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    Bonsoir.

    Je ne sais pas si vous avez vu mais nous avons tout plein de Taneyev dans la grrrrrrande Bibliothèque Musicale du site ([URL="http://www.mqcd-musique-classique.com/forum/forumdisplay.php?f=232"]http://www.mqcd-musique-classique.co...play.php?f=232) dont trois symphonies. Comme je suis quelqu'un de contrariant, je vais vous parler de celle qui n'y est pas, la numéro 2

    Le texte de présentation de mon 33 tours passe plus de temps a discuter de la grande question "Taneyev sonne-t-il russe ou pas" (et à répondre "non", ce que je conteste) plutôt que d'expliquer pourquoi cette symphonie N°2 est donnée dans une version due à Vladimir Bolk. Heureusement Internet est là pour nous le dire: seule la 4e symphonie de l'auteur a été publiée de son vivant, pour les autres il s'agit de partitions à mettre au propre. Ici, par exemple, manque un 4e mouvement mais ça ne se sent pas trop. Création en 1977, date de l'enregistrement écouté (que d'émotion).

    Impossible de savoir si Vladimir Blok est parti de trois mesures griffonnées sur un bout de papier d'emballage pour élaborer plus de 30 minutes de musique ou bien s'il a juste fait quelques aménagements cosmétiques; ça pourrait toutefois expliquer le côté "à fond tout le temps" du premier mouvement, où il n'est guère de passages calmes une fois passée l'introduction. Ça manque un peu d'épouillage, gageons que le compositeur, ayant entendu ça en concert, aurait un peu coupé, ou bien aurait calmé certaines ardeurs - par ailleurs c'est Vladimir Fedosseyev, un chef assez rentre-dedans et pas trop subtil qui s'y colle, ceci pouvant expliquer cela.

    L'une des caractéristiques de Taneyev est de prendre des thèmes plus intéressants par leurs potentialités de triturations diverses que par leur valeur propre. Je ne saurais vous dire si le thème principal du premier mouvement est travaillé en augmentation, en renversement, en miroir, en écrevisse ou en lotte à l'armoricaine mais il lui arrive plein de choses, on le reconnait de loin en loin et l'instrumentation en varie à l'infini. Loin d'être un simple jeu de virtuosité, ça m'a semblé plein d'imagination et de d'inventivité.

    Même jeu pour un second mouvement, lent, assez lyrique, et pour un troisième mouvement, moins passionnant en raison d'un thème vraiment pas génial (le seul apprécié par l'auteur du texte de la pochette, on n'a vraiment pas les mêmes goûts ) et d'une fin tournant un peu court (eh oui, c'est inachevé). Pas une raison suffisante pour ne pas découvrir selon moi.

    Thomas Sanderling a enregistré les quatre symphonies en 2 CDs pour Naxos; je ne connais pas mais j'imagine le prix d'ami. Mon enregistrement à moi a existé chez Russian Disc Canada (en occasion chez amazon.com) et il existe un pirate Vista Vera, assez facilement disponible sur le net, d'un autre enregistrement par Fedosseyev daté de 1989 ou 1990. Vu mon peu de confiance dans la fiabilité des informations venues de Russie, je me demande si ce n'est pas mon enregistrement de 1977 sous une fausse date.

    Voici de quoi se mettre en bouche avec ce premier mouvement quelque peu priapique:

    YouTube - ‪S.Taneyev - Symphony No. 2 (Unfinished), Mvt. 1 (1/2)‬‏

    YouTube - ‪S.Taneyev - Symphony No. 2 (Unfinished), Mvt. 1 (2/2)‬‏


  11. #11
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    Beaucoup le savent probablement : c'est à Henri Collet (1885-1951), non à Jean Cocteau comme j'ai entendu un jour quelqu'un le dire dans une conversation, que revient la paternité de l'expression "Groupe des Six" ().

    De ce singulier personnage, voici deux photos...





    ... et ce qu'en dit Jean Gallois dans la brochure jointe à un CD que je viens d'exhumer :

    "Non ! Henri Collet n'est pas seulement le critique musical qui, en deux célèbres articles de Comoedia (16 et 23 janvier 1920), lança quelques jeunes compositeurs baptisés «Groupe des Six». Et l'on ne saurait pas davantage en faire un savant austère (un peu comme on fait - aussi faussement d'ailleurs - de Maurice Emmanuel) pour avoir écrit une thèse consacrée au Mysticisme musical espagnol au XVIème siècle et des livres sur Albéniz et Granados - voire sur Manuel de Falla, ce dernier ouvrage demeurant inachevé. D'avoir été jeune bachelier - à quatorze ans et demi, sur dispense du Président de la République - puis agrégé d'espagnol et professeur à la Casa Velasquez n'enlevait rien à Henri Collet de sa joie de vivre, de son humour feutré, de son enthousiasme pour tout ce qui touchait aux domaines de l'art et de la pensée : toute sa vie, il lutta pour la «jeune musique» et pour le Beau sous toutes ses formes. Il fut, au sens le plus évident, le plus plein du terme, un artiste de haute exigence et par là-même de haute qualité. Son catalogue le prouve, qui aborde tous les genres - du simple piano à la mélodie (une soixantaine, espagnoles et françaises); de la musique de chambre au théâtre lyrique, en passant par le ballet, la musique religieuse et filmique. Et aussi en passant par l'orchestre, qu'il fait flamber de sonorités riches et gourmandes, de rythmes en constant devenir, de mélodies dessinées avec le plus grand soin. Ainsi du brelan de chefs-d'oeuvre regroupés sur ce disque et qui, en «première mondiale», forment un superbe hommage à l'Espagne de toujours.

    L'Espagne ! Ce fut le coup de cœur pour Henri Collet, né à Paris le 5 novembre 1885, parti tras los montes au tout début du XXème siècle et découvrant avec ravissement la vieille terre de Zurbaran et Saint Jean de La Croix, sillonnant la Castille à dos d'âne, à la recherche du folklore - démarche qui l'apparentait à Bartók ou Kodály en Hongrie, à Grieg en Norvège, à Bourgault-Ducouvray ou Maurice Emmanuel en France, à de Falla en Espagne. Quête fructueuse, qui nourrit à la fois son mysticisme et sa palette orchestrale; qui l'amène à recevoir l'amitié du maître de L'Amour Sorcier certes, mais aussi de Granados, de Turina, de Joaquín Nin, de Rodrigo ou de Mompou; qui le pousse à toujours aller plus loin - et plus haut - dans sa quête d'absolu.

    En témoignent les deux Concertos flamencos de 1946 et la Symphonie de l'Alhambra - sa dernière œuvre, écrite en 1947, sous une ardente poussée intérieure, comme si Henri Collet voulait une dernière fois honorer les rudes harmonies hispaniques, avant que la Camarde vienne chercher son tribut (le musicien mourra effectivement quatre ans plus tard, le 23 novembre 1951 à Paris). (...)"


    Le CD se présente ainsi :



    Il est intéressant, les oeuvres enregistrées ne sont pas dépourvues de charme (désuet), mais j'ai peine à me débarrasser de l'impression de "cartes postales en couleurs" qu'elles m'évoquent avant tout.

    Quant à l' "authenticité ibérique", c'est sans doute chez les compositeurs espagnols cités par Gallois qu'il faut la rechercher.

    Quoi qu'il en soit, voici un extrait du disque en question, soit le premier mouvement ("Malagueña" - Allegro vivo), du Concerto flamenco pour piano et orchestre d'Henri Collet :

    Henri Collet : Concerto Flamenco pour piano et orchestre (1946) 1/2 - YouTube[/URL]

    Mais les Noches en los jardines de España de "Don Manuel" (), c'est quand même autre chose...


    Jacques

  12. #12
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Mais les Noches en los jardines de España de "Don Manuel" (), c'est quand même autre chose...
    Surtout au regard du "Choc de Classica" [octobre 2011] qu'évoque la vidéo ci-dessous (une pub Harmonia Mundi en espagnol avec sous-titres en anglais) et que je n'ai pas pu m'empêcher de commander tout à l'heure :


    Video Manuel de Falla: Noches en los jardines de Espana by Javier Perianes - YouTube[/URL]

    Jacques


  13. #13
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    Pardon de m'aventurer cette fois-ci très loin au-delà de certaines limites (), sur un fil qui reste quand même prévu pour des compositeurs tout à fait classiques.

    Mais comment faire autrement avec un musicien aussi "hors norme" que William Russo, à propos duquel j'ai péniblement - et très librement - traduit quelques renseignements glanés sur l'Internet (il y en a très peu et ils sont presque tous en anglais ou en allemand) ?

    Quoi qu'il en soit, voici les données en question (il s'agit en fait d'une sorte de résumé) :


    "Né à Chicago le 25 juin 1928 et décédé dans cette même ville le 11 janvier 2003, William Russo (dit "Bill" Russo) était un musicien de jazz, un compositeur et un arrangeur américain.

    Parallèlement à des études de droit, il reçut une formation musicale auprès de Lennie Tristano, puis se produisit avec Billie Rogers et Clyde McCoy avant de fonder, en 1947, l'ensemble Experiments in Jazz. Entre 1950 et 1955, il travailla comme tromboniste et arrangeur pour Stan Kenton, enregistrant un album intitulé «New Concepts of Artistry in Rythm». Puis il partit pour l'Europe où il forma un quintette avec, notamment, Hans Koller et Kurt Edelhagen. Revenu aux Etats-Unis, il exerça à New York, de 1959 à 1961, une intense activité pédagogique au sein de la Lennox School of Jazz, puis de la Manhattan School of Music. Comme exécutant, il collabora avec des formations locales, puis fonda un vaste ensemble en 1958.

    À partir du début des années «60», Russo se consacra de plus en plus à la composition d'oeuvres classiques, y compris des opéras et des ballets, encouragé par le Prix Koussevitsky reçu pour sa Deuxième Symphonie (1959) donnée en première audition par le New York Symphony Orchestra dirigé par Leonard Bernstein. Et il se lança dans divers projets auxquels devaient collaborer des musiciens comme Yehudi Menuhin, Leonard Bernstein, Duke Ellington (son «idole»), Dizzy Gillespie, Benny Carter, Maynard Ferguson et Billie Holiday. En tant que compositeur, il s'inspira du courant «Third Stream» (un terme forgé en 1957 par le compositeur américain Gunther Schuller pour décrire un genre musical qui synthétise le jazz et la musique classique européenne) et eut recours, pour le jazz, à certaines techniques classiques (notamment le contrepoint) et, pour le classique, à des éléments caractéristiques du jazz. En 1965, Russo retourna à Chicago où, au Columbia College, en qualité de directeur du Contemporary American Music Program, il insuffla une «vie nouvelle» au Chicago Jazz Ensemble, lequel devint, entre 1968 et 1991, l'une des meilleures formations vouées au jazz. Entre 1975 et 1979, il interrompit ses activités précitées pour travailler dans le domaine du cinéma (musique de film). En 1990, il abandonna définitivement la charge de directeur qu'il exerçait à Chicago.

    Le disque, paru en 1973, incluant ses Three Pieces for Blues Band and Symphony Orchestra Op. 50 (1968), interprétées par le San Francisco Symphony Orchestra et le Siegel-Schwall Band, dirigés par Seiji Ozawa, fut un énorme bestseller du label Deutsche Gramophon. Un succès qui conduisit ce dernier à enregistrer et à publier en 1979 une autre composition de Russo : A Blues Concerto, avec Corky Siegel à l'harmonica et au piano. (...)"


    Mais passons aux choses "concrètes" (attention quand même : cette musique peut surprendre ceux qui l'entendent pour la première fois !).

    Voici donc la vidéo YouTube que j'ai fabriquée aujourd'hui avec la première et la troisième des Three Pieces for Blues Band and Symphony Orchestra Op. 50 de "Bill" Russo (sur l'unique image, en haut : Russo à gauche et Ozawa à droite; en bas : le Siegel-Schwall Band) :


    William Russo - Three Pieces for Blues Band and Symphony Orchestra Op. 50 (1968), Parts 1 & 3 - YouTube[/URL]


    Jacques





  14. #14
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    N'étant pas le plus grand amateur d'opéras italiens qui soit au monde, même de ceux de Puccini qui souvent me touchent (Ravel, par exemple, admirait La Fanciulla del West alors que Debussy rejetait tout ce répertoire avec dédain), je ne me souvenais plus il y a encore quelques semaines que c'était Franco Alfano (1875-1954) qui, à la demande de Toscanini, avait terminé Turandot. Ce qui contribua à la fois à sa gloire et à son "malheur", en occultant fâcheusement le reste de sa production qui ne se limite pas à l'opéra (quelques fils de ce forum le montrent d'ailleurs déjà, où certains posts invoquent avantageusement la Deuxième symphonie d'Alfano).

    Or, de ces compositions restées dans l'ombre, l'infatigable label Naxos a récemment mis en lumière quelques oeuvres de musique de chambre fort peu "pucciniennes" mais étonnamment "françaises" (dans le meilleur sens du terme), en publiant l'album suivant :



    Pour s'en faire une idée, on peut se reporter à la fine analyse de Michel Fleury figurant en page 88 du numéro d'octobre 2011 de la revue Classica (il n'évite pas, comme on pouvait s'y attendre, le mot "impressionnisme" ), ou à l'article un peu plus ancien de David Le Marrec qu'on trouve ici (il qualifie ce disque de "jalon particulièrement enthousiasmant de la littérature chambriste européenne [et en tout cas «française»] du premier vingtième siècle").

    Mais on peut tout aussi bien acheter (pour pas cher) l'album en question, comme je l'ai fait, et y trouver beaucoup d'agrément .

    Jacques

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