En écho au sujet lancé par Bertrand (hélas peu prisé jusqu'ici!) sur la D 568, je donne suite à l'idée de "coupler" ces deux sonates en Mi mineur extrêmement semblables et que j'affectionne particulièrement - caressant l'espoir de les apprendre quand j'aurai le temps..
J'espère que ce sujet un peu spécial ne générera pas une discussion trop bordélique.
L'opus 90 est composée en 1814.
La D 566 est composée en 1817.
Les sonates partagent les caractéristiques suivantes.
Premier mouvement en Mi mineur, à la gravité ambigü. L'opposition thème 1/thème 2 est claire, mais inversée d'une sonate à l'autre. Beethoven place l'élément viril et allant en première position et le fait suivre par un thème d'une grande mélancolie, sans consolation immédiate possible, et qui concluera le mouvement.
Schubert plonge immédiatement dans une angoisse assez fébrile avec un chromatisme oppressant surprenant qui annonce la D 959. Le second thème emploi contrairement à Beethoven la modulation immédiate en majeur, et semble empli de ferveur consolatrice. Mais c'est le premier sujet qui emportera la décision provisoire.
Ces deux pages sont d'une grande richesse thématique et harmonique (celle de Beethoven étant plus complexe sur le plan formel, avançant par énoncés fragmentaires et transitions énigmatiques caractéristiques du Beethoven évolutif des opus 78, 79, 81, 90). Elles ouvrent toutes les deux sur la nécessité d'une résolution spirituelle immédiate.
Beethoven a assumé celle-ci en se contentant de deux mouvements, alors que Schubert a projeté d'en écrire quatre, mais comme pour la D 840 Reliquie le scherzo est partiellement inachevé et le finale totalement fragmentaire. Il arrive qu'on enregistre le scherzo à la suite du I, ce qui à mon sens est une erreur, car l'andante a clairement une fonction identique à celui de Beethoven.
Considérons donc que les deux sonates sont conclues par ces mouvements "mi-lents" (personnellement, je ne vois pas l'utilité de jouer le scherzo de Schubert, même en 3e position...)
Et dans ces seconds mouvements, la similitude est totalement flagrante. Les deux sont en Mi majeur, les deux pourraient être un Lied - Beethoven demande explicitement de chanter. Les thèmes semblent être deux versions d'une même idée musicale, la forme est cyclique dans les deux cas et joue essentiellement sur les modifications par petites touches des fonctions de chaque main: tout y passe, thème main droite avec accompagnement main droite et basse main gauche, thème à droite et accompagnement à gauche, puis l'inverse...
Les deux, naturellement, sont la consolation résignée et souriante malgré la peine appelée par ce qui a précédé.


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Théo
) de ce DVD
. Je pense que dans les mouvements avec cantabile, c'est difficile de faire mieux que Kempff.