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Heinrich Kaminski (4 juillet 1886 - 21 juin 1946)
Heinrich Kaminski (4 juillet 1886 - 21 juin 1946)

Connaissez-vous la musique de Heinrich Kaminski, qui à l’époque de la République de Weimar – dans les années 1920 – passait à bon droit comme un grand-maître parmi les compositeurs allemands ? Et le travail de ses élèves et partisans, parmi lesquels Reinhard Schwarz-Schilling et Heinz Schubert sont particulièrement éminents ? Qui a conscience que l’oubli des ces maîtres a fait disparaître de nos concerts un courant indépendant et essentiel de la musique allemande, une musique d’une qualité intemporelle ?
Il parait nécessaire d'apporter une contribution décisive à la revivification d’un courant de l’histoire spirituelle allemande, qui fut d’abord violemment amputé par le régime nazi, puis refoulé par les limitations esthétiques de l’après-guerre. A une époque charnière débouchant sur le modernisme, Heinrich Kaminski (1886-1946) réalise l’ambition de créer une musique intemporelle, qui ne soit attachée à rien d’extérieur. Ses oeuvres sont un appel aux forces de l’esprit dans l’homme. La religiosité qui traverse sa production est fondamentale, libre de toute confession et de toute convention. Kaminski se rattache à la tradition contrapuntique allemande qui va de Jean-Sébastien Bach à Anton Bruckner en passant par les oeuvres ultimes de Beethoven. Son élève le plus célèbre, Carl Orff, témoigne : « Issu du post-romantisme, Kaminski était un compositeur hymnique, toute sa musique était prédication annonciatrice. La polyphonie était pour lui une vision du monde. … Il travaillait avec une concentration extrême. J’admirais son absolue maîtrise. »
Kaminski est né à Tiengen dans la Forêt-Noire, fils de Paul Kaminski, un prêtre de l'Église catholique polonaise mais d'ascendance juive (Il quitte la prêtrise et la Pologne après le concile Vatican I en 1869/70) et de Mathilde Barro, chanteuse d'opéra. Il fait ses études dans une école catholique de Bonn. Après avoir travaillé pendant une courte période dans une banque à Offenbach-sur-le-Main, Il obtient un diplôme en économie politique à Heidelberg. Il prend des cours de musique avec Martha Elspermann (Piano) und Phlipp Wolfrum (Théorie)
Heureusement, il a eu la chance de rencontrer Martha Warburg à Hambourg, qui a changé son destin; elle a reconnu ses dons musicaux. En 1909, il va à Berlin et entreprend des études de musique au Conservatoire Stern, et étudie avec Severin Eisenberger (Piano), Willhelm Klatte (Théorie) und Paul Juon (Composition)
En 1912 il compose le "Psaume 130 pour chœur et soprano et un quatuor pour piano, clarinette alto et violoncelle".
Après un court séjour à Munich, Kaminski se rend à Ried (Benediktbeuern) au printemps 1914 afin de trouver des conditions de travail idéales. Quelques jours après le déclenchement de la guerre, il termine le "Psaume 69 pour ténor, chœur d'enfants, chœur mixte et orchestre" dont la première est donnée en 1919 à Munich. Bruno Walter le dirige pour la 51e Tonkünstlerfest 1921 à Nuremberg. L'oeuvre est saluée comme un "chef-d'oeuvre".
En 1914, il commence à enseigner le piano à Benediktbeuern.
Durant la Première guerre mondiale, Kaminski a été chef de chœur et a enseigné la composition. Par la suite, il a été nommé professeur à la Académie Prussienne des Arts de Berlin, et il est devenu directeur de la classe de composition de Ried (prenant la suite de Hans Pfitzner). Ses élèves les plus connus sont le musicologue Erich Doflein, les compositeurs Carl Orff, Heinz Schubert et Reinhard Schwarz-Schilling.
En 1916, il épouse Elfriede Jopp, chanteuse dans l'un des chœurs qu'il dirige à Munich. La même année il termine le "Quintette à cordes en fa dièse mineur". L'oeuvre a été donnée en première mondiale en mars 1917. La revue "Dernières Nouvelles de Munich" titrera "la révélation d'un génie." (En 1928, Reinhard Schwarz-Schilling accomplit son travail de fin d’apprentissage en réalisant un arrangement du quintette de 1916, qui devient alors "Werk für Streichorchester", dont la monumentalité rappelle Bruckner.)
Parmi ses amis du moment, on trouve le peintre Emil Nolde, Franz von Hoesslin, le compositeur Walter Braunfels et Franz Marc, dont l'épouse était une de ses élèves de piano. En outre Werner Reinhart, marchand en gros de Winterthur, sera un ami généreux.
Après 1918, la vie musicale s'intensifie. Il compose, "Introitus et Hymnus" le "Concerto Grosso pour double orchestre", le "Magnificat" et le motet "Der Mensch".
Une longue lutte pour le renouvellement du théâtre musical porte ses fruits avec, fin 1929, la première à Dresde du drame "Jürg Jenatsch", dirigée par Fritz Busch. Cependant, l'accueil a été mitigé.
En 1930, Kaminski est nommé professeur et directeur de l'Académie des Arts de Prusse à Berlin. Cette même année, il a été nommé directeur de la Musique Municipale de Bielefeld. Pendant cette période il compose le motet "Die Erde", le "Triptyque pour alto et orgue", "Prélude et Fugue pour quatuor à cordes sur le nom Abegg" et "Musique pour deux violons et clavecin". En début de 1934, Hermann Scherchen dirige "Musique Dorienne" à Winterthur. Ce sera le point culminant de la musique orchestrale contemporaine.
Son contrat à Berlin qui se terminait en 1933, n'a pas été renouvelé à cause de ses "opinions politiques" et il est retourné à Benediktbeuern. Plusieurs tentatives pour retrouver son poste ont échoué. En Juin 1934, il a également été contraint de démissionner de la direction du Musikverein. En réaction à la "Nuit des longs couteaux" ( putsch de 1934*) la composition (inachevée) d'une "Messe allemande" est un témoignage de sa résistance interieure. Suite à une vérification de son ascendance - il a été catalogué en 1938 comme "demi-juif", et en 1941 déclaré "quart de juif" - il a été contraint à une interdiction permanente de l'exécution de ses œuvres en Allemagne. Il a été amené à fuir en France puis en Suisse (grâce à la Princesse Hélène de Croy) entre autres lieux.
Peu de temps après le déclenchement de la guerre, il a perdu sa fille aînée, Gabriele. Il a essayé de surmonter sa douleur en composant "In Memoriam Gabrielae".
A la fin 1942, il a commencé à travailler sur le drame musical "Le Jeu du roi Aphelius", alors qu'il était atteint d'une maladie grave. Son travail devenait de plus en plus à une course contre la mort.
En Mars 1943, a cherché et trouvé Alexander Schmorell, un membre de la "Rose blanche", dans son repaire. Son fils Donat était mort en 1943 à la guerre, sa Bettina fille est morte en 1944. Dans une extase de la création, il a complété le 22 mai 1946, son dernier ouvrage, "Le Jeu du roi Aphelius".
Entre 1939 et 1945, il aura perdu trois enfants Il décéde en 1946 à Ried (Bavière).
* Début 1934, Adolf Hitler, devenu chancelier, décide de se séparer de la direction S.A. et de la liquider afin d'unifier politiquement le parti. C’est pourquoi, dans la nuit du 29 au 30 juin 1934, appelée "la nuit des longs couteaux", il lance les S.S. d'Heinrich Himmler, avec le soutien de l'armée, dans une opération d'envergure; de Berlin à Munich, plusieurs centaines de S.A. et d'opposants devront être arrêtés ou assassinés. Pour ce faire, Himmler et son adjoint direct, Reinhard Heydrich, chef du service de sécurité de la S.S., fabriquent un dossier de fausses preuves prétendant que Ernst Röhm, fondateur des S.A. avait été payé douze millions de marks par la France pour renverser Hitler, dossier que les principaux dirigeants de la S.S. découvrent le 24 juin, ce qui fonde l'accusation contre Röhm suspecté de fomenter un complot contre le gouvernement (le Röhm-Putsch).
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Œuvres
Opéras
Jürg Jenatsch, ("Le Jeu du Roi Aphelius") opéra en 3 actes (1927, UA Dresden 1929)
Das Spiel vom König Aphelius, opéra en 5 scènes, un prélude et un épilogue (1946, UA Göttingen 1950)
Musique chorale
Psaume 130, motet pour chœur mixte a cappella (1912)
Psaume 69 pour ténor, chœur d'enfants, chœur mixte et orchestre (1914, révisé en 1930)
6 Choräle für chœur mixte a cappella (1915)
O Herre Gott, motet pour chœur mixte et orgue ad libitum (1918, révisé en 1936)
Introitus et Hymnus pour soprano, alto, baryton, violon, alto, violoncelle, petit chœur mixte et orchestre (1920)
Musik zur Passion pour chœur mixte a cappella (1920)
3 Gedichte von Joseph von Eichendorff pour chœur d’hommes et instruments (1924)
Magnificat pour soprano, alto, petit chœur et orchestre (1925)
Der Mensch, motet d’après Matthias Claudius pour alto et chœur mixte a cappella (1926)
Der Mensch, prologue pour récitant, chœur mixte et orchestre (1926)
Die Erde, motet d’après Zarathustra pour chœur mixte a cappella (1929)
Die Messe deutsch pour chœur mixte a cappella (1934, inachevée)
Lieder
3 Cantiques Bretons pour voix et clavier (1923)
3 geistliche Lieder pour voix, violon et clarinette (1923)
Triptychon pour alto ou baryton et orgue (1930)
Orchestre
Concerto grosso pour 2 orchestres (1923)
Werk pour orchestre à cordes (Arrangement du quintette à cordes par Reinhard Schwarz-Schilling, 1927)
Dorische Musik (1934)
Orchestrekonzert avec clavier (1936)
In Memoriam Gabrielae avec violon et Alto-Solo (1940)
Tanzdrama (1942)
Musique de chambre
Quatuor en la-mineur pour clavier, clarinette, alto et violoncelle op. 1b (1912)
Quatuor fa-majeur (1913)
Quintette à cordes fa dièse-mineur (1916)
Canzona pour violon et orgue (1916)
Quintette pour clarinette, cor, violon, alto et violoncelle (1925)
Präludium und Fuge pour violon et orgue (1929)
Musik pour 2 violons et clavecin (1930)
Canon pour violon et orgue (1931)
Präludium und Fuge pour alto (1932)
Musik für 2 Violinen und Cembalo (1932)
Klavierbuch in 3 Teilen (1935)
Musik pour violoncelle et clavier (1935)
Hauskonzert pour violon et clavier (1940)
Ballade pour cor et clavier (1941)
Orgue
Toccata über den Choral "Wie schön leucht uns der Morgenstern" (1923)
Choralsonate (1925)
3 Choralvorspiele (1930)
Toccata und Fuge ut-majeur (1939)
Andante mi bémol-mineur (1939)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Heinrich_Kaminski
http://www.heinrich-kaminski.de/
Claude Torres
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Une merveilleuse découverte pour moi
Dresdner Kreuzchor - YouTube
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Carl Orff, témoigne : « Issu du post-romantisme, Kaminski était un compositeur hymnique, toute sa musique était prédication annonciatrice. La polyphonie était pour lui une vision du monde. … Il travaillait avec une concentration extrême. J’admirais son absolue maîtrise. »
Ah? j'admire l'absolue maîtrise de Carl Orff! j'ai tort sans doute. Prévert n'en dit pas autant. Il a tort aussi... Ce monde est pourri, et nous allons tous mourir...
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Hermann Scherchen semblait faire grand cas de la musique de Kaminsky: il a utilisé un nombre non négligeable d'extraits d’œuvres de ce compositeur dans son traité de direction d'orchestre.
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