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Henze
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Results 1 to 13 of 13

Thread: Henze

  1. #1
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    Henze

    Vous avez vu ? http://www.lemonde.fr/culture/articl...#xtor=RSS-3208




    Après Tishchenko, cité lui aussi, notre thread sur les compositeurs vivants les plus importants s'alourdit ... bah c'est notre destin à tous, mais pour ce qui concerne Henze (tout comme pour Tishchenko) j'avoue que la nouvelle m'a secoué.

    La perte de Henze est une perte immense pour l'humanité. Heureusement ses oeuvres lui survivront, car je suis convaincu qu'il est déjà et restera, l'un des tout grands "classiques" de ce siècle (ou du siècle dernier, la chronologie décidera).

    Respect total, H.W.

  2. #2
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    [Edit : Oh, et puis non, à quoi bon ...]

  3. #3
    Bonjour Philippe

    la vie n'est qu’éphémère , aime tu son œuvre ?
    Personnellement non mais je respecte l'homme

  4. #4
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    Et comment !!! je faisais allusion à Tishchenko et à la discussion sur "les compositeurs vivants les plus importants" car - à l'époque de la discussion - Tishchenko et Henze étaient sans doute les deux compositeurs vivants pour lesquels j'avais le plus d'admiration.

    Tous deux sont aujourd'hui disparus.

    J'ai entamé l'écoute de son oeuvre par le célèbre Requiem, mais ce n'est certainement pas son oeuvre que je préfère. Il faut creuser un peu, et découvrir, outre ses symphonies et son oeuvre concertante, au minimum deux de ses opéras (Les Bassarides et Boulevard Solitude - par exemple) et quelques pépites beaucoup moins connues comme El Cimarron, Sechs Gesänge aus dem Arabischen, ou cette magnifique composition pour guitare qu'est Royal Winter Music ... d'autres encore sans doute car l'oeuvre est pléthorique et je suis très, très loin d'avoir tout entendu ...





    PS TFR
    Vous avez raison évidemment, c'était complètement déplacé. Excès d'amertume sans doute ... J'ai d'ailleurs édité mon message initial.

  5. #5
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    @ Philippe :


  6. #6
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    oui, je suis très triste.
    Gogo ne eikon était un de mes opéras préférés, et il était sans doute le dernier grand symphoniste allemand du 20è siècle. A Rihm et Eggert de nous prouver le contraire maintenant.

  7. #7
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    Bonjour.

    Presque à chaque annonce de décès je me dis la même chose, je me propose de l'écrire puis je me dis "à quoi bon". Aujourd'hui je franchis le pas, dusse ce courage immense pour contrer l'avis général me valoir l'exclusion de ce site :

    86 ans est un âge des plus respectables pour mourir. J'aimerais beaucoup être certain de l'atteindre. Comme à cet âge il ne reste généralement plus guère de puissance créatrice nous pouvons regretter l'homme mais pas trop le compositeur, il me semble. Compositeur dont, au surplus, les œuvres nous restent.


  8. #8
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    dusse ce courage immense me valoir
    3° personne : dût.
    "dût ce courage", rare - "ce courage dût-il", un peu moins rare.
    [SIZE=1]

  9. #9
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    La mort est toujours tragique, quel que soit l'âge auquel elle survient. On a évoqué avec un immense respect, et tristesse justifiée, celle de Christophe Bertrand, alors qu'il n'avait que 29 ans. C'est une tragédie sans nom. Que l'on me permette de rappeler que j'ai récemment perdu ma mère, alors qu'elle avait 88 ans. Nous nous étions préparé à sa disparition. Froidement. Logiquement. Cela n'a rien changé au chagrin que nous avons éprouvé. HWH avait 86 ans, c'est effectivement un âge respectable, mais faut-il pour autant comprendre par là que sa disparition nous touche moins pour cette simple raison ? Hommage peut être rendu, il me semble, à cet homme, qui en effet fut aussi compositeur, - et quel compositeur ! la postérité en décidera, mais je n'ai pas énormément de doutes sur le fait qu'elle y verra, peut-être, l'un des compositeurs les plus doués de sa génération et de son époque, un de ceux dont la personnalité, la force et l'originalité de son oeuvre fait d'un compositeurs un "classique" alors que tant d'autres sont relégués, assez rapidement à mon sens, dans les oubliettes de l'Histoire. Mon approche de la création artistique pourra paraître paradoxale, voire contradictoire. Je l'assume (la contradiction doit faire partie de ma personnalité ) : j'écoute (ou je lis) une oeuvre quel que soit l'enracinement idéologique de son auteur. Je ne refuse d'écouter ni Wagner, ni Schmitt, ni Pfitzner, ni Orff ; je lis Louis-Ferdinand Céline ; il m'arrive d'apprécier leurs oeuvres, et ça ne me dérange pas. Qu'un homme meure, quel qu'ait pu être son ancrage idéologique, et c'est toute la tragédie de la vie et de la mort qui resurgit à la surface.
    Pour Henze l'ancrage était certainement BEAUCOUP plus à gauche ; mais ça ne change rien. Je n'ai aucune sympathie pour la politique en général, peu m'importe si le disparu était de gauche ou de droite, ou d'un de leurs extrêmes. La mort d'un homme dont l'oeuvre (humaine) touche à l'universel me touche toujours.
    Je ne suis pas certain d'atteindre cet âge honorable, et je ne suis même pas sûr d'en avoir envie. Mais HWH laisse derrière lui une oeuvre à revendiquer. C'est pourquoi je pense qu'un hommage à l'homme qu'il a pu être, ne me semble pas déplacé


    PS.
    J'ai encore répondu à côté de la plaque, comme d'hab mais j'avais envie salut à tous

  10. #10
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    [Destinataire atteint avant suppression, peut-être ...]

  11. #11
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    Quote Originally Posted by mah70 View Post
    86 ans est un âge des plus respectables pour mourir. J'aimerais beaucoup être certain de l'atteindre. Comme à cet âge il ne reste généralement plus guère de puissance créatrice nous pouvons regretter l'homme mais pas trop le compositeur, il me semble.
    Pas sûr, Dutilleux, plus âgé compose toujours, Le Flem a écrit au-delà de ses 90 ans, Eliott Carter continue à plus de 100 -quoi qu'on en pense...

  12. #12
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    eh oui, entre-temps Carter ne continue plus... c'est bien triste.

    Voilà qu'en relisant mon article sur Mozart et La pierre du philosophe, je retrouve ce que j'écrivais à l'époque de ma découverte de Boulevard Solitude, je ne crois pas que ce soit apparu ici:
    Boulevard Solitude, pour un coup d’essai est une œuvre étonnamment maîtrisée : l’opéra commence là où finit Jonny Spielt auf de Krenek, dans une gare française, avec un train qui part pour Paris, comme le souligne le sample d’annonce de la SNCF, plongeant immédiatement l’auditeur dans l’ambiance. Le rapport avec Krenek est évident aussi, ce mélange de monde de l’opéra et de demi-monde, la référence à cette métropole du vice que représente la capitale française, les emprunts au jazz : thème et atmosphère font de multiples références décalées au répertoire d’opéra, l’histoire de Manon, mais aussi La Bohème et ses mansardes pauvres, Lulu bien sûr, plus à travers la thématique originelle de Wedeking que le traitement de Berg, dont l’influence serait plutôt à rechercher dans la structure s’apparentant à Wozzeck (les tableaux paraissent décalqués sur des formes fixes, l’interlude tonal de la fin du II rappelle le très bel intermezzo sur une tonalité) mais aussi, la lettre de Werther ou d’Oneguin, jusqu’à des chants d’étudiant ouvrant la scène de la bibliothèque qui ne sont pas sans évoquer les même allusions dans les différents Faust.
    On sent aussi l’ambiance des romans berlinois d’Isherwood, (Mr Norris takes the train) le cabaret décadent des cocaïnomanes à la sexualité trouble. L’habillage musical du drame est très habile, la musique est plus immédiatement accessible et évidente que dans beaucoup d’œuvres de musique pure de Henze, sans grosse machine, plutôt à l’aide de percussions discrètes et d’’interventions mesurées d’instruments solistes, formant en arrière plan de petites structures comparables à des concertos-minutes qui parodieraient la construction par numero de l’opéra italien.
    « Dies aber ist Bedeutunglos » dit le héros au centre de la grande scène du V qui hésite entre le déhanchement de la danse de faubourg et des remontées de souvenirs de paradis artificiels et enfantins. Ah quel beau moment cette lettre parlée comme au mégaphone, où revient la merveilleuse mélodie du deuxième tableau et « l’apparition » de Manon sur fond de choral angélique, l’idée si originale que constitue le changement de point de vue avec la répétition du même texte de la lettre : la répétition obsessionnelle que forme au milieu de l’opéra ce rêve d’opiomane, au bord du cauchemard, l’interpolation d’un adagio de concerto grosso pour trompette et flûte, traversé par des échos de menuet et des sonorités pêchées aussi bien chez Hartmann que chez Zimmermann.
    Et voici que le 6ème tableau culmine dans un mélange de théâtre romantique, de vaudeville avec amants cachés dans les placards, de comédie misérabiliste mettant en scène de petits malfrats dignes des Valseuses, de licence sexuelle proches de Sade, le tout virant au mélodrame le plus noir sur fond de critique d’art (vol d’un Picasso), alors que la musique affecte un détachement forain, une ironie qui se moque ouvertement du sérieux guindé du post-sérialisme officiel : cette musique de chambre (le décors principal est un lit défait où l’héroïne s’est successivement livrée à tous les protagonistes, moins un peut-être, son frère, et encore finit-on par se le demander) plus stravinskienne qu’autre chose, se décompose après le coup de feu dans une marche funèbre grotesque sur un thème de comptine, dont la conclusion syncopée ressemble au blues qui sous-tend certains polars en noir et blanc.
    La scène ultime présente certains rapports avec le conclusion de Lady Macbeth de Chostakovitch, (Wozzeck bien sûr, mais même le Faust de Gounod, en creux) inscrivant l’ouvrage dans la ligne des plus belles réussites du siècle. Cela s’éteind comme un lied, en un monologue qui tire le rideau avec montreur de cirque et chœur d’enfants !
    Sur un autre forum où la discussion s'était orientée sur les divergences Henze-Boulez j'avais écrit quelques lignes pour préciser le problème. So, to whom it may concern (je reproduis car ça recoupe la demande de Philippe sur la définition d'une musique contemporaine d'après les années 50 sur le fil Carter, demande que je ne me sens pas en mesure de traiter)

    Entre Boulez et Henze le problème résulte de ce que Henze a tout de suite voulu sortir du ponctualisme de l'école de Darmstad et s'est rangé sous l'égide de Fortner et Leibowitz à la tendance du lyrisme éclectique. A partir de 1953 il quitte définitivement l'Allemagne pour l'Italie alors que Boulez fait paraître Penser la musique d'aujourd'hui en allemand!
    Dans ses souvenirs, Henze rappelle que tout ce qui n'était pas jugé strictement "webernien" par Boulez et Stockhausen était rejeté, moqué et ridiculisé. Il raconte que les jeunes compositeurs réécrivaient leurs partitions dans le train qui les conduisait à Darmstadt pour essayer de complaire aux attentes de Boulez.
    Dans son essai d'autobiographie, il va plus loin, accusant les ponctualistes d'avoir mis en place une bureaucratie et un système dictatorial qui représente un nouveau glissement vers le nazisme, que l'Allemagne aurait puisé dans le fond de son idéologie collective. Il ajoute que ses confrères cèdent en cela à un réflexe de classe qui tend à placer l'art pour l'art au dessus de toute autre activité sociale, tendance qu'il attribue à l'influence du catholicisme.

    Ces divergences ont donné lieu à une séries de mesquineries ridicules, comme Boulez et Stockhausen quittant brusquement la salle en 1958 à l'audition de Nachstücke und arien, parce qu'il y avait des citations de chansons de café napolitain et espagnol dedans. Malheur, ça dérida plutôt la critique! Ou la fois où Scherchen à Berlin dirigeant König Hirsch, retrouva les quatre pneus de sa voiture crevés dans le parking à l'issue du concert...

    A partir de 1959, Henze définit son esthétique comme privilégiant le rapport aux siècles passés et au romantisme et revendique une libre succession des sons, faisant de la tension des intervalles la base d'un système de variations libres, et restaurant un équilibre entre texte et musique en ce qui concerne le domaine de l'opéra.
    "Même si la musique est approchée avec le plus grand ensemble de connaissance et d'habileté, et truffée de sonorités et de paroles progressistes et raffinées, elle respire le même air... que dans les siècles précédents et ne peut se décider dans ces vieilles idées essentielles, sans imagination et excitation. A cet égard, ce n'est pas différent de la musique antérieure dont le but était de décrire, de représenter et de communiquer."

  13. #13
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    Merci aussi pour ces informations particulièrement intéressantes et développées pas trop le temps de répondre pour le moment, je pars au taf. J'espère qu'on pourra continuer à discuter de tout cela plus tard, en tout cas personnellement, ce genre d'analyse, ça me passionne

    Bonne journée à tous

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