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Thread: Déodat de Séverac

  1. #61
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    Deux images intéressantes, une photo floue et un joli tableau, remontant aux années 1880 :



    Sur la photo, on voit (debout) le peintre Gilbert de Séverac dans son atelier, donnant des conseils à un élève. Mais on distingue aussi à l'arrière-plan un gamin de 11 ou 12 ans, qui réapparaît sagement assis à droite sur le tableau, oeuvre du même artiste. Or, ce gamin n'est autre que Déodat, fils du peintre, en compagnie - sur le tableau - de ses trois soeurs, Jeanne, Alix et Marthe, cette dernière portant sur ses genoux le gentil chat de la maison ().

    Ces touchants souvenirs m'incitent à revenir sur ce disque rare, enregistré au début de l'ère du CD par un petit label établi à Toulouse :



    Rédigé en juin 1984 par le compositeur Henri Sauguet, le texte de la brochure qui l'accompagne dit notamment ceci :

    "Dans les nombreux manuscrits épars trouvés à Saint-Félix de Lauragais après la mort de Déodat de Séverac, on chercha en vain les pages concernant les œuvres qu'il avait lui-même souvent interprétées au piano devant ses amis et celles de l'opéra qu'il préparait depuis des années sur les Antibel d'Emile Pouvillon et dont ceux qui avaient eu le privilège de les entendre jouer par l'auteur lui-même assuraient qu'il devait être son chef-d'œuvre.

    Par contre, on retrouva plusieurs pièces de sa jeunesse qu'il avait mises «en cave» (comme il disait), soit pour les parfaire, soit parce qu'il voulait en différer l'édition. Parmi ces pages, plus ou moins importantes, se trouvait une Sonate, datée de 1901, alors qu'il était encore élève à la Schola Cantorum où il se pliait à la discipline exigeante de Vincent d'Indy. A la lecture de cette œuvre achevée, bien davantage qu'un devoir scolaire, émerge toute la jeune personnalité de celui qui devait un peu plus tard écrire Le chant de la terre, En Languedoc et Cerdaña. Un bouillonnement d'idées fraîches, spontanées, une vivacité de tons, un sens inné du mouvement de la vie sonore, un parfum intense se dégagent de cette Sonate (peu conforme au type beethovenien qui était alors le moule formel préconisé dans l'illustre maison). (...) C'est elle qui est gravée sur ce disque, qu'interprète Isabelle Legoux-Laboureau avec fougue et délicatesse, en virtuose sensible, avec un juste sentiment de nuances contrastées, de la vivacité du ton d'une œuvre riche d'éléments si divers qu'elle semble improvisée par la fantaisie du musicien : cependant très structurée, presque cyclique et toujours contrôlée. Ceux qui aiment la musique de Déodat de Séverac vont avoir de nouvelles raisons d'admirer la profonde nature d'un artiste exceptionnel dans une œuvre qui dévoile tout un aspect inexploré de son attachante personnalité.

    (...) Avec cette oeuvre importante, sont gravées plusieurs pièces brèves, retrouvées elles aussi parmi les manuscrits laissés «en cave» par Déodat de Séverac, où s'exprime le musicien dans sa nostalgie, sa fantaisie volubile, sa rêverie tendre : chacune d'elles a un ton qui lui est propre. (...)"


    Alors voici deux des plages de ce disque, mises en vidéo, d'abord un Impromptu, puis le premier mouvement de la longue Sonate pour piano en si bémol majeur (NB : il est vrai qu'en écoutant cette dernière, on sent que Séverac se préoccupait déjà bien davantage des sonorités de son cher Languedoc natal que des "formes classiques" que son bon maître d'Indy s'efforçait de lui inculquer ) :

    YouTube - ‪Déodat de Séverac : Impromptu pour piano (inédit)‬‏[/URL]
    YouTube - ‪Déodat de Séverac : Sonate pour piano (inédite), premier mouvement‬‏[/URL]


    Jacques






  2. #62
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    1/ Ci-dessous, deux illustrations tirées du livre de Mme Buser Picard (à gauche, Déodat de Séverac au piano [droit], représenté en 1912 par Pablo Picasso; à droite, le compositeur au piano [à queue], phographié en 1910) :



    Picasso était un génie. Ses portraits ne donnent cependant pas toujours, de leurs sujets, une image facilement reconnaissable (). D'où la présence de la photo de droite ().


    2/ J'avais appris, il y a déjà quelques mois, que l'excellent pianiste catalan Jordi Masó ne se contenterait finalement pas du seul disque consacré à de Séverac qu'il avait enregistré en octobre 2001 (parution en 2005) pour le label Naxos (cf. la deuxième image du post 4, vers le bas). C'était une heureuse nouvelle, car j'avais beaucoup aimé cet enregistrement, proche de la perfection (style, prise de son), mais pensais qu'il serait sans lendemain (aucun indice, sur la boîte ou dans la brochure, ne laissait en tout cas prévoir qu'il y en aurait d'autres).

    Ce nouvel album (enregistré en janvier 2011) vient ainsi de paraître, avec cette fois-ci l'indication "2" au dos de la boîte :



    Il présente des qualités au moins égales à celles du premier, offrant même, de la très belle pièce (dédiée à Cortot) intitulée Baigneuses au soleil, la meilleure interprétation qu'il m'ait été donné d'entendre à ce jour (). Et la brochure jointe ne laisse désormais guère de doute quant au fait que Masó s'achemine vers une intégrale.

    Quand on sait que ce pianiste, pour le moins (cf. son intégrale Mompou), n'est pas avare en "inédits" (en plus de ceux déjà révélés - avec une prise de son hélas un peu ingrate - par Isabelle Legoux-Laboureau, il en existe encore plusieurs autres, semble-t-il, car de Séverac, selon sa propre expresion, "mettait en cave" - rangeait dans des tiroirs - les partitions qu'il ne trouvait pas encore parfaites et envisageait de retravailler plus tard), on ne peut qu'attendre la suite avec impatience ().


    Jacques

  3. #63
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    SimplifyMedia nous manque, vraiment ...

  4. #64
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    Je partage tout à fait ce sentiment et regrette beaucoup l'époque où SM était en usage sur le forum ()...

    Jacques

  5. #65
    J'espère qu'il va enregistrer la sonate de jeunesse de Séverac, si ce n'est déjà fait!

  6. #66
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    Quote Originally Posted by Amitiou View Post
    J'espère qu'il va enregistrer la sonate de jeunesse de Séverac, si ce n'est déjà fait!
    Vu la tendance que semble avoir Jordi Masó à être le plus exhaustif possible quand il a la charge d'une intégrale, l'enregistrement de cette sonate de jeunesse me paraît probable ().

    J'espère seulement qu'il ne faudra pas attendre, avant que ne soient disponibles les volumes restant à paraître (il devrait y en avoir au moins deux encore), un temps aussi long qu'entre la publication du premier et celle du deuxième.

    J'en profite pour reproduire ci-dessous ce que Catherine Buser Picard écrit dans son livre (pp. 52 et 53) à propos de cette Sonate en si bémol majeur, composée entre 1899 et 1901 :


    "Devoir de composition, cette Sonate est sans conteste l'oeuvre la plus structurée de l'auteur. De forme cyclique, elle se développe en quatre parties. Dans le premier mouvement, un Adagio mélancolique, solennel, introduit un Allegro brillant d'une grande fantaisie, qui regorge d'idées thématiques au parfum souvent modal.

    Le second mouvement est une élégie recueillie qui annonce les pages douloureuses à venir telles que le «Coin de cimetière au Printemps» d'En Languedoc ou les «Muletiers devant le Christ de Llivia» de Cerdaña. Il adopte la forme d'un Lied varié. Lui succède un bref Allegro scherzando, serein, qui fait office de menuet. Le Finale ramène les deux thèmes principaux de l'Allegro initial et les développe au travers d'une virtuosité éclatante, ponctuée de soupirs mélancoliques.

    «Ce finale m'a donné beaucoup de mal, vu le plan que je m'étais imposé de synthétiser en lui les trois autres pièces de la Sonate», écrit Déodat de Séverac à sa mère. «D'Indy l'a en ce moment et va me le rendre au prochain cours de lundi; je vous dirai son avis après les cours.»

    Victime de l'imagination débordante de l'auteur et de son goût pour l'improvisation, la Sonate se perd un peu dans le foisonnement de ses idées; elle respire néanmoins la fraîcheur et la spontanéité, et témoigne d'une vie sonore débordante tout en dégageant un parfum intense.

    La Sonate aurait dû être éditée par Durand. Elle restera néanmoins à l'état de manuscrit jusqu'en 1990, date à laquelle elle sera publiée par les éditions du Marais."


    Jacques

  7. #67
    Je l'ai déchiffrée, et cela fait partie des coups de coeur que j'ai eu en lisant une partition, auxquelles se joignent quelques études de Henri Bertini, quelques pièces de Stephen Heller, quelques sonates de Mozart, de C.P. E. Bach, d'une suite pour piano de Pierre Gilson, d'une autre de Grovlez, des pièces brèves d'Ibert, d'une sonatine de Kabalevsky, j'en passe et des meilleures.

  8. #68
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    Bonsoir Amitiou .

    Votre message ci-dessus m'a beaucoup intéressé et frappé. Car je ne pratique plus moi-même le piano depuis dix ans et n'ai pas, de loin, déchiffré des partitions aussi diverses que celles que vous avez mentionnées.

    À propos de Déodat de Séverac, un fait m'est resté en mémoire... Quand, il y a une vingtaine d'années, je me suis rendu dans le principal magasin de musique lausannois pour y acheter la partition de la suite En Languedoc, ne se trouvait en rayon que celle de la Sonate, en trois magnifiques exemplaires (l'oeuvre avait été éditée pour la première fois peu de temps auparavant). Très intrigué, car je découvrais ainsi l'existence même de cette oeuvre (que Ciccolini n'a pas enregistrée), j'ai longuement parcouru sa partition, y trouvant - ou plutôt y devinant - beaucoup de belles choses. Mais je ne l'ai finalement pas achetée, préférant en rester à En Languedoc, que j'ai dû commander.

    Je n'ai par la suite rien étudié d'autre de ce compositeur. C'est maintenant trop tard, mais je le regrette.

    Jacques

  9. #69
    Pourquoi serait-ce trop tard? Je ne suis pas pianiste et pourtant je m'en sors pas trop mal; Certaines partitions (Debussy) sont vraiment difficiles mais Mozart Beethoven, Haydn, certaines oeuvres de Chopin sont tout à fait abordables. Il ne vous faudrait pas beaucoup de temps pour pouvoir vous pencher dessus Par ailleurs, d'après mon expérience, les partitions aux titres évocateurs (et encore plus ceux liés à une certaine placidité) sont souvent moins difficiles que les sonates ou autres morceaux dont le genre incite déjà plus ou moins à de la difficulté technique, voire virtuose.

    J'ai déchiffré pas mal de choses, mais encore rien de Déodat à part cette sonate! Il y a beaucoup d'oeuvres majeures que je n'ai pas fréquenté. Par exemple, les sonates de Beethoven, je n'ai commencé qu'hier...Mais il y a deux trois ans j'étais encore trop frais sur le piano pour réussir à à peu près me tirer des difficultés du Maître de Bonn! j'ai cependant regardé toutes celles de Mozart, et une partie de celles de Schubert, dont certaines m'ont proprement stupéfiées. (D'ailleurs, à l'époque où, heureux hasard, on avait mis l'intégrale sur la playlist du mois, j'étais précisément en train d'en déchiffrer)!

  10. #70
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    Merci, Amitiou , d'avoir fait état de votre propre expérience en matière de déchiffrement (ou déchiffrage) de partitions. Je vais aussi réfléchir à votre aimable conseil.

    Je viens pour ma part de jeter un coup d'oeil aux partitions conservées dans mes tiroirs. Et j'en ai retrouvé quand même pas mal ()... Le piano français y est certes un peu surreprésenté (), mais quelques "bons vieux" cahiers Mozart, Haydn et Beethoven (pour ne citer que ces grands noms) y figurent bien sûr aussi, défraîchis et constellés de notes au crayon.

    Revoir tout ça me rend un peu nostalgique ().

    Cela dit, voici une image scannée de la première page de ma partition de la suite En Languedoc, très évocatrice (et pleine de bémols ), la seule que j'ai pour l'instant de Déodat de Séverac :



    Jacques

  11. #71
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Ce nouvel album (enregistré en janvier 2011) vient ainsi de paraître, avec cette fois-ci l'indication "2" au dos de la boîte :



    Il présente des qualités au moins égales à celles du premier, offrant même, de la très belle pièce intitulée Baigneuses au soleil (...), la meilleure interprétation qu'il m'ait été donné d'entendre à ce jour.

    J'ai donc mis hier sur YouTube la version par Jordi Masó de cette pièce (1908), initialement prévue pour faire partie de la suite Cerdaña ().

    Son titre complet, Baigneuses au soleil - Souvenir de Banyuls-sur-Mer, explique que se succèdent à gauche du portrait du compositeur quatre images montrant des statues d'Aristide Maillol (1861-1944) sises à Banyuls-sur-Mer.

    Ce célèbre sculpteur et peintre français d'origine catalane (cf. ici), spécialiste du nu féminin, était en effet natif de cette petite ville balnéaire des Pyrénées-Orientales, où l'on peut visiter depuis 1994 un musée portant son nom.


    Déodat de Séverac - Baigneuses au soleil (1908) - YouTube[/URL]


    Jacques

  12. #72
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    Le musée Maillol de Banyuls est très agréable ; je recommande aussi celui de Paris, et dans les deux on peut admirer non seulement ses sculptures mais aussi ses peintures, peut-être moins connues (à tort à mon avis).





    Mais à paris on peut moins facilement déguster du vin doux naturel en admirant les vignobles...

  13. #73
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    Quote Originally Posted by Amitiou View Post
    J'espère qu'il va enregistrer la sonate de jeunesse de Séverac, si ce n'est déjà fait!
    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Vu la tendance que semble avoir Jordi Masó à être le plus exhaustif possible quand il a la charge d'une intégrale, l'enregistrement de cette sonate de jeunesse me paraît probable.

    C'est désormais une certitude :




    Ce troisième volume de la série paraîtra le 15 novembre prochain.

    "I can't wait!"

    Jacques

  14. #74
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    Un exemplaire du disque que j'annonçais le 16 octobre dernier vient de m'être livré, "tout frais, tout beau" () :





    Deux petites remarques préliminaires...

    Je n'ai rien contre l'écologie moderne (), mais ne suis pas certain que les éoliennes qu'on voit sur la face avant de la boîte, même si l'image se veut bucolique, conviennent très bien à la musique enregistrée ()... J'aurais pour ma part préféré un paysage comme celui ornant le premier volume (un tableau représentant les murailles d'Aigues-Mortes, peint en 1867 par Frédéric Bazille). Surtout que le compositeur réalisa lui-même plusieurs jolies aquarelles et que son père, Gilbert de Séverac, était à son époque un peintre réputé. Mais bon... On ne peut pas tout avoir ()...

    Dans la plupart des cas, les brochures jointes aux albums du label Naxos ignorent superbement le français. En l'occurrence, cependant, vu sans doute la nationalité du compositeur, un texte français - succint mais intéressant - est heureusement présent (comme d'ailleurs dans la brochure du deuxième volume) .


    Cela dit, aucune des oeuvres figurant sur ce nouvel album n'est une "première mondiale". Les sept pièces formant Le Chant de la terre (suite inspirée des Géorgiques de Virgile et achevée en février 1900), tout comme Pippermint-Get ("joyeuse valse" composée en 1907 et tirant son nom d'une liqueur de menthe créée en 1796 par les Frères Get) et les Stances à Madame de Pompadour (pièce publiée en 1909, prévue pour faire partie d'une "Suite pour piano à la manière du XVIIIe siècle" qui ne vit jamais le jour), ont en effet déjà été enregistrées, notamment par Aldo Ciccolini et par Izumi Tateno (ce dernier omettant toutefois Pippermint-Get). Quant à la Sonate pour piano en mi bémol mineur (d'une durée totale de presque 40 minutes dans sa version par Jordi Masó), c'est à Isabelle Legoux-Laboureau que revient le mérite de l'avoir enregistrée pour la première fois, en 1984 (mais pour un modeste label toulousain, et son disque est actuellement très difficile à trouver).

    Je n'irai pas jusqu'à prétendre que Jordi Masó, bien qu'excellent et très à l'aise dans ce répertoire, soit dans tous les cas meilleur que ses devanciers. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il bénéficie d'une prise de son surpassant nettement celles des autres en qualité.

    Je ne puis donc que recommander vivement ce CD (), compte tenu surtout de la présence de la Sonate, oeuvre "demeurée inédite jusqu'en 1990" et au "langage musical caractéristique, avec des éléments pentatoniques et l'utilisation occasionnelle de la gamme par tons, éléments de plus en plus typiques de la palette musicale française de l'époque" (extrême fin du XIXème siècle et début du XXème). Elle est certes imparfaite, mais tellement pleine de charme et de touchantes beautés qu'on se demande pourquoi elle est si peu fréquentée.

    Quelques mots encore à propos de cette Sonate, tirés de la traduction en français (par David Ylla-Somers) du texte anglais de Keith Anderson :

    "(...) L'un des premiers devoirs que Vincent d'Indy donnait à ses élèves de la Schola Cantorum était la composition d'une sonate fondée sur les principes révélés par une étude approfondie de Beethoven. En 1898, Séverac se consacra à une composition de ce type, achevant sa Sonate en si bémol mineur au début de l'été de l'année suivante; manifestement, celle-ci donna entière satisfaction au professeur. Elle fut exécutée à la Schola Cantorum en janvier 1901 par le jeune pianiste belge Maurice Bastin, qui en reprit l'Allegro deux mois plus tard à la Libre esthétique de Bruxelles. La Sonate est unifiée par le principe cyclique prôné par d'Indy, même s'il observa qu'à cette occasion, Séverac avait trop usé de ce procédé. (...)"


    Jacques


  15. #75
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    Jusqu'à la parution récente des deuxième et troisième volumes de l'intégrale pianistique Jordi Masó, j'avais toujours vu orthographier le patronyme du compositeur avec un seul accent aigu ("Séverac"), y compris par Catherine Buser Picard dans son livre publié en 2007. Et j'avais même attribué à une éventuelle erreur typographique la double accentuation ("Sévérac") visible sur les volumes en question. Or, le label Naxos et ses collaborateurs étaient bien mieux informés que moi ()...

    Comme les brochures jointes à ces albums renvoyaient à "l'ouvrage de Pierre Guillot Déodat de Sévérac: musicien français, L'Harmattan, Paris, 2010", j'ai finalement commandé ce livre (352 pages), que j'ai reçu avant-hier et qui s'avère être une véritable mine d'informations souvent très érudites :



    Et en effet, dès la page 9, après avoir indiqué que le nom complet du compositeur était "Marie Joseph Alexandre Déodat, baron de Beauville, baron de Sévérac", Pierre Guillot précise ce qui suit dans sa note 4 :

    "L'exacte orthographe du patronyme de Sévérac exige la double accentuation, comme celle de la ville, berceau de la famille. Toutes les pièces d'état civil l'attestent sans conteste. Les généalogistes la respectèrent toujours et le compositeur lui-même, mais irrégulièrement. Nous la rétablissons donc malgré l'habitude acquise à laquelle nous avions nous-même cédé dans nos publications antérieures".

    Cela dit, je n'ai encore lu qu'une faible partie de ce livre passionnant. J'ai toutefois déjà parcouru certains chapitres traitant de sujets m'intéressant plus que d'autres, en particulier celui consacré à Héliogabale (opéra représenté triomphalement, devant quinze mille spectateurs médusés, les 21 et 23 août 1910 dans les arènes de Béziers et ayant pour cadre historique le court règne de "cet empereur débauché, assassiné à dix-huit ans dans les latrines, dépecé puis enfin jeté au Tibre par les égouts de Rome avec sa mère Julia Soemias").

    À titre d'exemple, voici comment Pierre Guillot évoque la reprise de l'oeuvre à Paris l'année suivante :


    "(...) Profondément attaché autant que dévoué à la musique déodatienne, le chef d'orchestre Louis Hasselmans révèle Héliogabale aux parisiens le 4 février 1911. Le poème est résumé à l'indispensable intelligence de la tragédie et, bien que privée de mise en scène, mais surtout faussée par le manque d'éclat et de résonance de la trop petite salle Gaveau, elle connaît un grand et franc succès. Comme à Béziers l'année précédente, la cobla catalane emporte l'adhésion de la salle tout entière. Dans sa chronique musicale du Temps (18 avril 1911), Pierre Lalo écrit :

    «Un groupe de musiciens catalans [la cobla Manyach-Mattes de Céret], dont M. de Sévérac a employé les instruments, sorte de hautbois rustiques, au timbre plein, rude et fort, ont eu un succès énorme et mérité. Le rythme a chez eux une intensité et une énergie admirables. Dans Héliogabale, ils alternaient avec les "bois" ordinaires de l'orchestre, les uns disant tour à tour les mêmes phrases ou les mêmes fragments de phrases. Chaque fois que c'était aux Catalans de jouer, le rythme prenait une netteté, un accent, un mordant incisifs et superbes. Chaque fois que c'était à nos instrumentistes, tout s'émoussait, s'amollissait, devenait faible et comme savonneux. Le sens du rythme serait-il une vertu musicale primitive qui dégénère chez les civilisés ?»

    Gabriel Fauré aussi ne tarit pas d'éloges. Canteloube, son voisin de fauteuil, racontera : «Lorsqu'à la mascarade du troisième acte résonnèrent les tiples [ou primes] et les tanors de la cobla roussillonnaise introduits par D. de Sévérac dans l'orchestre, l'enthousiasme de Fauré ne connut plus de retenue. Il criait de toute sa force avec le public : "Bis ! Bis !" Et, après le bis, scandant le rythme avec les pieds, il demandait : Encore ! Encore !» Démonstration sans doute exagérée, avouons-le, venant d'un compositeur mondain de soixante-six ans, qui plus est directeur du Conservatoire ! Henri Vuillemin - entre autres - confirme bien les applaudissements frénétiques de l'assistance, qui obtinrent la présence de l'auteur sur scène. Mais il souligne aussi avec raison que le mérite de l'oeuvre qui prend, même passagèrement, «les allures d'un concours d'orphéons» produisant «un sûr et gros effet» ne doit pas être réduit et mesuré aux trépignements d'enthousiasme et aux «acclamations dont le public de cette "première" [parisienne] se montra prodigue». (...)"


    By the way, combien d'années faudra-t-il encore attendre avant que cette musique soit enfin enregistrée pour la première fois () ?

    Jacques

  16. #76
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    l'enthousiasme de Fauré ne connut plus de retenue. Il criait de toute sa force avec le public : "Bis ! Bis !" Et, après le bis, scandant le rythme avec les pieds, il demandait : Encore ! Encore

    Qui l'eût cru? Un monsieur si respectable?

    (comme quoi... )

  17. #77
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    il existe une très mauvaise version en italien d'une reprise d'Heliogabale dans les années 50 (pirate évidemment)... je ne sais plus où je l'ai mise...
    je ne pense pas qu'on en aura une de si tôt à cause de l'effectif, orchestre symphonique, cobla, double choeur, solistes, personne ne mettra un sou pour l'enregistrer, déjà Le Coeur du Moulin était plutôt inattendu... et je ne crois pas que ça ait marché outre mesure.

  18. #78
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    nico, si tu nous lis!!!

  19. #79
    vi vi je lis... plutôt que moi je pense que ce serait plus accessible à Ossonce à Tours ou Jean à Avignon...

  20. #80
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    Pour plus de détails sur Sextus Varius Avitus Bassianus [v. 203 - 222], dit Héliogabale, devenu empereur de Rome en 218, on peut se référer à l'article que lui consacre Wikipédia, avec notamment un buste du personnage (cf. ici).

    Mais rien ne vaut ce qu'en dit Lucien Jerphagnon, l'un des plus grands spécialistes en France de l'Antiquité romaine. Car nul autre historien, je crois, ne sait le faire d'aussi originale façon et, surtout, avec autant d'humour ().

    C'est pourquoi je me permets cette longue digression consistant à reproduire ci-après l'essentiel des pages 401 à 404 du précis de Jerphagnon intitulé "Histoire de la Rome antique - Les armes et les mots" (Hachette Littératures, Tallandier éditions, 2002). Personne, au demeurant, n'est obligé de la lire ()...


    "(...) Mieux valait, décidément, qu'Octave Auguste goûtât en paix le repos dans l'Olympe, pour ne rien dire des Cicéron, des Brutus et des Caton. Car enfin, quand on vit débarquer triomphalement dans Rome, avec son aérolithe dont il n'avait jamais voulu se séparer, ce gamin grassouillet et fardé, accoutré à l'orientale et marchant à reculons dans la fumée de l'encens, soutenu par ses acolytes, on eut un choc. Ce n'était pas que ce genre de pompe déconcertât la Rome de ce temps, où depuis bel âge on était habitué à voir défiler les prêtres d'Isis et d'Osiris, les châtrés de la Grande Mère et tous les cortèges des dieux venus de l'Orient. En ce IIIe siècle, Rome était bien le point de rencontre de tous les dieux comme de l'humanité tout entière. Mais ce qui étonnait, c'était de voir dans cet équipage un empereur «romain». En dépit du nom qu'il portait officiellement, cet individu qui se contorsionnait au son des flûtes avec un regard bizarre n'avait rien qui de près ou de loin rappelât les Antonins.

    Il avait pris tout son temps pour arriver de là-bas, car il avait fallu trimballer à grands frais la divine pierre noire - qui pesait un fameux poids - depuis la Syrie jusqu'à Rome en passant par l'Asie Mineure, le Bosphore et toute l'Europe centrale. Tant et si bien qu'Héliogabale n'était arrivé dans Rome qu'un an et trois mois après les mémorables événements d'Émèse. Son premier soin sera d'installer en grande pompe la nouvelle divinité au Palatin et de l'imposer comme culte universel. Il avait en effet dans l'idée de lui subordonner tous les cultes existants : la Grande Mère, le feu de Vesta, le dieu juif même, et le dieu chrétien. Le clergé du dieu Élagabal détiendrait les mystères de tous les cultes à la fois. Voilà qui allait dans le sens du syncrétisme religieux de la dynastie, soucieuse toujours d'une unité politico-mystique dont le princeps, ou plutôt le dominus, le Seigneur des seigneurs, serait le monarque sacerdotal et en quelque sorte le centre divin.

    Sur un registre plus pratique, la vieille Maesa exultait enfin : elle prenait sa revanche sur sa sœur défunte Julia Domna ! On pense bien que pendant tout le temps du transfert, elle avait pris les mesures d'épuration qui lui paraissaient s'imposer dans l'administration et dans l'armée. La grand-mère n'était pas à quelques morts près. On avait pourtant vaguement respecté les formes, et les formes seulement. Le jeune homme avait récité devant le Sénat un petit compliment préparé par la grand-mère, dans lequel il promettait de gouverner comme le vrai petit Marc Aurèle qu'il était, etc. Ce qui ne l'avait nullement empêché de se pourvoir lui-même de tous les titres impériaux, sans attendre qu'on les lui ait offerts. À vrai dire, le Sénat ne méritait pas mieux. Et c'est ainsi que le nouvel empereur ne se rendait jamais aux séances sans sa grand-mère, bombardée «mère du Sénat», et qui se prélassait au banc des consuls. On vit s'installer dans l'entourage une faune inquiétante. Un ancien acteur comique prit la direction des cohortes prétoriennes. On vit se hisser aux plus hauts postes des eunuques, des travestis, des coiffeurs, des cochers de cirque. Héliogabale méditait même de faire César un mignon assez crapuleux, un esclave qui répondait au nom de Hiéroclès.

    Pour surprenant que soit le personnage, avec ses obsessions et ses folies surréalistes qui ont tenté Antonin Artaud, Freud et quelques autres, je ne pense pas qu'on ait toujours correctement interprété le comportement d'Héliogabale, dont les débauches ont été décrites par le menu avec une louche complaisance. Point n'est besoin d'en remettre : les liturgies de son dieu solaire suffisent à en expliquer le plus gros. Et c'est de bonne foi, soyons-en sûrs, que le dieu-roi-prêtre, transféré sur les rives du Tibre, se livra à corps perdu - c'est bien le mot - aux extases d'un culte où la vie sexuelle tenait une place envahissante. Ici comme là-bas, il entendait présider aux rites naturistes par lesquels les foules célébraient les hiérogamies, les mariages sacrés du Soleil et de ses épouses terrestres - et sa mère Julia Soaemias n'hésitait pas à y payer de sa personne -, cérémonies envoûtantes de rythmes et de parfums, qui s'achevaient chaque fois en fureurs génésiques. L'empereur s'y livrait à l'improvisation, et on peut le voir sur un camée, nu - et dans quelles triomphantes dispositions intimes ! -, conduisant un char tiré par des femmes nues à quatre pattes. Le plus drôle est que ce bijou contestable, visible au cabinet des Médailles, confirme une assertion à peine croyable de l'Histoire Auguste ! On comprend la perplexité des milieux romains de bonne souche. Néron était largement surclassé par cet individu qui entrait en transes au son des flûtes et des tambourins, et se déhanchait en chantant des cantilènes exotiques. Il avait même manigancé des épousailles mystiques avec la grande vestale, dont il voulait absolument avoir des enfants divins. Et j'en passe. Pour cet enfant de chœur pervers, le pouvoir était, dit Robert Turcan, comme un gros jouet. Il jouissait de voir tant de gens entre ses mains, dont il pouvait faire ce qu'il voulait, y compris les briser, et il ne s'en privait pas. Sa table même, excédant tout luxe concevable, évoquait le cauchemar d'un cuisinier saoul.

    Ces espiègleries sinistres ne sont drôles que pour nous, et avec le recul. Et si l'impératrice mère, Julia Soaemias, semble s'y être associée de bon cœur, voire avec une ferveur un peu gênante, la grand-mère était loin d'y prendre le même plaisir. Certes, toutes ces choses n'étaient plus de son âge, mais de plus, elle avait de la situation une vue plus froide. La haine grandissante de l'armée, le mépris de l'aristocratie, tout cela ne lui disait rien de bon pour l'avenir de la dynastie. Avec le soin qu'elle avait toujours apporté à ne jamais mettre ses œufs dans le même panier, la vieille Maesa contraignit Héliogabale, qui n'y tenait pas du tout, à adopter son cousin Alexianos, le fils de Julia Mammaea. L'empereur tenta bien une fois ou l'autre de se défaire de ce César qu'on lui imposait, en qui il avait deviné un compétiteur, mais de son côté, Julia Mammaea veillait : l'idée de gouverner à son tour par Alexianos interposé lui plaisait bien. On a dit qu'Héliogabale avait mis le comble à ses extravagances le jour où il avait prétendu exiler carrément le Sénat tout entier. Toujours est-il que le 13 mars 222, une émeute éclata dans une caserne de prétoriens où l'empereur s'était rendu; c'était, à vrai dire, un guet-apens, probablement manigancé par Julia Mammaea. Fidèle au genre littéraire antique, qui inflige aux mauvais sujets une mort indigne, l'Histoire Auguste nous fait voir l'empereur massacré dans les toilettes où il s'était placardé, et son corps balancé dans un égout qui le régurgita dans un renvoi d'eaux putrides. Manière de dire, en somme, que ce cadavre était plus pollué que les effluents de la Ville... Ainsi finit celui que l'empereur Julien, cent cinquante ans plus tard, appellera à peu près «le play-boy d'Émèse». On en profita d'ailleurs pour tuer Julia Soaemias. Julia Maesa, la bonne grand-mère, eut toutefois la consolation dans son deuil de voir accéder à l'Empire son autre petit-fils, Alexianos, plus connu dans l'Histoire sous le nom de Sévère Alexandre. (...)"


    Jacques


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