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Sidérant.
Bonjour. Je viens à l'instant de découvrir ce forum et de m'y inscrire. J'ai lu ici de très belles choses sur Monsieur Lilamand, et d'autres auxquelles je veux réagir, dire QUI était aussi cet homme, ce pianiste, cet artiste dans toute l'amplitude du mot.
Au début des années soixante, ma mère nous a inscrits, mon frère et moi, au Conservatoire de Poitiers. J'avais pour professeur Magdeleine Servant, une charmante vieille demoiselle un peu comme ceci et pas mal comme cela, que j'aimais bien, mais à cette époque, le piano et moi... Bof, bof, bof... Bon élève, mon frère avait Monsieur Lilamand que j'ai croisé un jour dans les escaliers de la rue du Puygarault. " Ah ! Vous êtes la sœur de P... Vous ressemblez à votre frère, c'est sidérant !... " C'était la première fois que j'entendais la véritable voix du grand homme, si grand, si brun, si sombre, aux yeux si noirs. Les fois précėdentes, c'était quand nous étions terrorisés dans la salle des pas perdus du Conservatoire, les éclats tonitruants et colériques derrière les portes de la salle de cours. Il nous terrifiait, c'est vrai. Lorsqu'il arrivait, nous rasions les murs. Pourtant, un jour d'examen, j'avais totalement échoué à mon épreuve de violon, et j'étais toute misérable dans mon coin. Il est venu vers moi. " Qu'y a-t-il ? " Entre morve, sanglots et larmes, j'ai bafouillė je ne sais quoi. Il m'a gentiment prise par l'épaule - Dieu, j'étais très grande pour mon âge, mais qu'il était grand, immense ! - et emmenée dans sa salle, installée doucement sur une chaise près de lui, et il a joué pour moi, pour moi toute seule, durant plus d'une heure, jusqu'à ce que j'ai cessé de pleurer. Je crois que ce jour là, je suis tombée amoureuse...
Fin de la première époque. Déménagement. La vie... Les enfants... Les années qui passent... Toutes ces années... Et Monsieur Lilamand toujours présent dans un petit coin de mes souvenirs...
En 1997, mon fils a 17 ans. Il est la prunelle de mes yeux. Il est fou de musique, mais bute depuis cinq ans sur la seconde page de la Méthode Rose. Je décide de passer aux choses sėrieuses, prends mon courage à deux mains, trouve les numėros qu'il me faut et appelle... Monsieur Lilamand, dans son appartement sur les quais. Rendez vous est pris. " Jouez moi quelque chose !" Mon cher enfant réussi à monter un octave de la game de do, à la main droite. Hhhum-hummm. " Je le prends parce Ue c'est votre fils, et parce qu'il a une bonne main. Qu'il travaille la Première Invention et revienne quand il en tirera un petit quelque chose. " Il avait un tel magnétisme... En un an, mon enfant chéri pouvait jouer à peu prës n'importe quoi, et pas n'importe comment. Et puis la vie nous a de nouveau emportés...
Alors ceux qui osent dire dire ici et ailleurs que Charles Lilamand était... je ne veux pas relire ces propos insultants, ceux là n'ont RIEN compris, ni à l'homme, généreux, fragile, bouleversant, ni à l'artiste, immense, dont les tragédies personnelles ont détruit la carrière qui l'attendait. Charles Lilamand était un grand, un seigneur, et il le restera à jamais. Qu'il repose en paix auprès de ses pairs.
P.S.. J'ai des disques. Je sais qu'il faisait des enregistrements chez lui. Serait-il possible de les trouver un jour ?
Madeleine Isaëlle Bigot, admiratrice inconditionnelle.
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Oui mais non, non mais oui...
Bonjour,
Pour avoir été son élève plusieurs années et avoir un peu côtoyé Charles LILAMAND à l'extérieur du conservatoire (du côté de Rouziers-de-Touraine...), je tiens à réagir aux propos tenus au travers de cette discussion, même si mon intervention est tardive... Oui, il était un grand mélomane, il était capable de ne faire qu'un avec son piano. Oui, il avait cette dimension artistique qui permet de faire passer ses émotions par l'expression de son instrument; il le faisait parler, chanter, pleurer... de façon poignante en se dédouanant de la technique, en la faisant oublier (je me souviens de son interprétation de la suite bergamasque de DEBUSSY et de son " Clair de lune", renversante...)...
C'était un Personnage (avec un "p" majuscule), un grand pianiste, un homme au charisme énorme aussi.
Je ne m'attarderai pas sur ma perception de ses capacités pédagogiques... Souvent minables, parfois surprenantes (positivement)... Je ne pense pas que son avenir eut été dans l'enseignement, il n'y trouvait pas la pleine satisfaction que l’artiste recherchait... mais cultivait et développait (bien involontairement je pense) autour de cette activité l'image de son personnage aérien... chaque cours était un acte de théâtre avec lui
. Cet homme ne pouvait laisser indifférent et rencontrer une telle personne, forge indiscutablement le tempérament et marque à vie.
Il faut cependant bien reconnaitre qu'il était condescendant avec nombreux de ses semblables et qu'il faisait preuve d'un irrespect total en de multiples circonstances, voire de manque d'éducation; la disparition ne doit pas empêcher l'objectivité (il était tout de même souvent cuistre)
.
Mille fois oui à l'artiste, mille fois oui au personnage, mille fois non au comportement irrespectueux de l'homme. Un professeur décalé, parfois inapproprié et à l'esprit dispersé (ou parti) selon moi... mais quel souvenir pour un jeune élève !
RIP Monsieur Lilamand.
Mikaël
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