+
Results 1 to 2 of 2

Thread: Alan Hovhaness

  1. #1

    Alan Hovhaness

    Il fallait bien qu’un jour ou l’autre je découvre Alan Hovhaness, puisqu’il était un grand admirateur de Sibelius, qu’il a rencontré et avec qui il est resté en contact épistolier pendant des années. Leurs musiques ont-elles pour autant des points communs ? A l’écoute, je dirais qu’elles en ont à peu près autant qu’en ont entre elles celles du grand Finlandais et de son compatriote Rautavaara. J’y retrouve en tout cas ce qui m’est quasi-indispensable en musique, le sens de la mélodie. Avec cette différence tout de même que la mélodie d’Hovhaness ne produit pas nécessairement (en tout cas sur moi) l’effet dramatique de celle de Sibelius. Elle coule comme une rivière, trace son chemin dans les airs comme un vol de bernaches, grimpe et redescend des pentes montagneuses, s’étale sur des lacs limpides et de sombres forêts, mais le paysage mélodique de Hovhaness n’impose pas sa tragédie intime à l’auditeur comme le fait celui de Sibelius. Leurs démarches respectives sont tout à fait opposées. L’auteur de Lemminkaïnen suit un programme bien défini et compose en fonction d’une “histoire”, avec des personnages, des aventures, des passions, et sa musique est censée traduire les émotions qui traversent tout cela (sauf dans ses symphonies, qui sont plus de la musique pure). Celui de la “Mysterious Mountain” Symphony n’a généralement aucun programme en tête lorsqu’il compose et ne donne le titre qu’après coup, une fois sa partition achevée. Il se laisse plus guider par l’inspiration du moment que par un projet bien défini. Concernant son mode de composition, le texte de présentation d’une de ses œuvres dit : « Il écrit chaque nuit, de plus en plus inspiré comme la nuit avance. Lorsque l’aube point il est terriblement créatif ; composant d’une traite, il laisse les corrections et les révisions pour plus tard. Très souvent la partition entière, complète avec orchestration, vient en une seule fois. » De là vient sans doute cette impression que sa musique est souvent comme une longue improvisation, qu’elle se déroule au gré de son inspiration. Le compositeur américain Virgil Thomson écrivait en 1947 : « Chaque partition est comme un long rouleau de papier peint fait à la main. Sa nature immobile est un peu hypnotique. » De là vient aussi, en tout cas pour ce qui me concerne, l’impression de nombreuses redites, de phrases qu’on retrouve (ou croit retrouver) identiques dans de nombreuses pièces. Par exemple, je viens d’écouter le disque où figurent les symphonies n° 4, 20 et 53, plus Return and Rebuilt the Desolate Places et Prayer of Saint Gregory (Naxos, "American Classics"). Eh bien j’ai l’impression d’être resté d’un bout à l’autre dans une seule et même symphonie en 11 mouvements et d’une durée de 70 minutes.

    Sur cet aspect j’ai envie de le comparer à l’allemand Klaus Schultze, le maître du synthétiseur, auteur de longues pièces “planantes” quasi-improvisées. Lui aussi compose d’une seule traite, avec cette différence qu’il travaille directement sur le son alors qu’Hovhaness, tributaire de l’orchestre symphonique, était obligé de passer par la partition écrite. En tout cas, le défaut du procédé est le même pour les deux, à savoir des mélodies qui sont rarement spécifiques à une seule pièce mais qu’on retrouve presque inchangées d’une pièce à l’autre. Disons à l’avantage d’Hovhaness que chez lui c’est peut-être plus une impression qu’une certitude, mais dans l’ensemble ses mélodies sont relativement interchangeables et n’ont pas ce caractère bien marqué qui nous fait reconnaître à coup sûr tel ou tel morceau. Aucun thème ne ressort particulièrement, ni à l’intérieur d’une même symphonie, ni d’une symphonie à l’autre. Aucun motif n’est vraiment dessiné, ne revient ne serait-ce que deux fois, ne s’imprime dans notre mémoire. Je ne sais pas si l’on connaît la manière de travailler d’autres compositeurs mais je crois que pour beaucoup c’est un labeur long et pénible, et ils sont sans doute peu nombreux ceux capables, comme Hovhaness — ou Klaus Schulze —, de pondre une symphonie en une nuit. C’est sans doute aussi la raison pour laquelle sont également peu nombreux ceux qui ont pu composer plus de 60 symphonies (et des centaines de partitions) dans toute leur vie. Et c’est encore un point de ressemblance entre Alan Hovhaness et Klaus Schulze : une production absolument phénoménale en quantité, et forcément assez inégale en qualité. Mais pour ne pas finir sur un jugement trop négatif, alors que j’aime assez sa musique dans l’ensemble (pour ce que j’ai pu en écouter), il est indéniable que celle-ci révèle, tout-à-fait comme celles de Sibelius et de Klaus Schulze, des mondes de beauté pure, envoutants et hypnotiques.

  2. #2
    Membre
    Join Date
    Mar 2012
    Location
    Losheim am See
    Posts
    404
    Merci de mettre en lumière cet oublié. Je vous conseille d'écouter ce disque qui est magnifique!


    Suivi d'icelui, tout aussi bien!


    Un rien orientalisant, peut-être un peu plus loin de Sibelius. Ce dernier est un peu plus diversifié et l'on sent beaucoup plus le passage d'un morceau à l'autre que dans le premier qui est sur un même registre (ce qui ne me dérange nullement).
    La comparaison avec Shultze est amusante et certes juste, mais il me semble que la musique de Hohvaness soit un tantinet plus riche!

    Bonne soirée

+

     

Posting Permissions

  • You may not post new threads
  • You may not post replies
  • You may not post attachments
  • You may not edit your posts