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Thread: Arnold Bax

  1. #1
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    Arnold Bax

    Débuter un fil sur Arnold Bax (1883-1953) n'est pas une mince affaire. Car même s'il ne fait pour moi plus l'ombre d'un doute que c'est un très grand compositeur, qui se définissait lui-même comme "a brazen romantic" ("un romantique éhonté") et qui fut profondément marqué par la culture celte, le "chromatisme wagnérien", la musique de compositeurs russes comme Glazounov et l' "impressionnisme français", il reste encore très méconnu, même en Grande Bretagne. Si je le fais maintenant, c'est dans l'excitation d'avoir reçu aujourd'hui un enregistrement rare datant de juin 1949, où il s'exprime à la BBC (bien sûr en anglais) pendant dix minutes sur sa vie, son oeuvre et les influences qu'il a reçues.

    Inutile de dire que j'ai aussitôt placé cet enregistrement dans ma liste Simplify Media, où la voix de Bax figure désormais aux côtés de celles d'autres compositeurs, notamment celle de son grand ami Ralph Vaughan Williams. Je précise que les enregistrements de ces voix figurent tout à la fin de ma liste, sous la rubrique "ZZZ -- Voix de" .

    Sur les sept symphonies d'Arnold Bax, ses nombreux poèmes symphoniques, sa musique de chambre, son oeuvre pour piano, je ne dirai rien pour l'instant. Et bien sûr pas davantage sur sa vie sentimentale assez tumultueuse, notamment sa longue liaison avec la très belle pianiste anglaise Harriet Cohen, créatrice notamment du Concerto pour piano et orchestre de Vaughan Williams. Je ne le ferai que si se sujet éveille quelque intérêt, et dans la mesure de mes faibles moyens. Car je suis certain que quelqu'un comme Tahar (à qui je dois tant depuis l'époque où je visitais sans mot dire le forum des Abeilles) serait bien mieux à même que moi de traiter un si vaste sujet.

    Une anecdote quand même, partiellement relatée en pages 396 et 397 du "Debussy" d'Edward Lockspeiser (Fayard). Bien que souffrant et terriblement mal à l'aise en pareilles situations, Debussy avait été subjugué de voir, lors d'une tournée de concerts qu'il donna à Londres en 1908 ou 1909, un jeune musicien anglais à la mine réservée remplacer au pied levé et à merveille, tout cela apparemment sans connaître à l'avance une seule note des oeuvres à jouer, le (ou la) pianiste qui devait accompagner une interprétation, notamment, de ses "Ariettes oubliées". Or, ce jeune musicien anglais n'était autre qu'Arnold Bax. Se souvenant de cette rencontre des décennies plus tard, Bax a lui-même donné de Debussy, dans ses mémoires ("Farewell, my Youth"), l'un des portraits les plus saisissants qui soient :

    "Le grand compositeur [Debussy], homme d'une timidité peu commune, était planté sur une chaise au centre exact de l'estrade, face au public. Manifestement désemparé, il ne pouvait tenter de se tirer d'affaire qu'en se levant pour esquisser avec raideur une petite courbette, chaque fois qu'il reconnaissait son propre nom parmi le bredouillis guttural de Kalish [l'organisateur anglais du concert]. Ce fragment de son épreuve achevé, il put gagner en titubant le fond de la salle où il confia à Edwin Evans qu'il aimerait mieux écrire une symphonie sur commande que de revivre de telles minutes. (...) Jamais je n'oublierai l'impression que me fit cette silhouette gauche, trapue, l'énorme face verdâtre, presque mauresque, sous l'épais fourré de cheveux noirs, et les sombres yeux rêveurs qui semblaient regarder à travers moi. Tandis qu'il s'avançait, lourd, vague, tendant une main rembourrée, il avait l'air de quelque triton sorti des 'cavernes glauques du Vieil Océan'. Un survivant de la mythologie ! me dis-je."

    Je rappelle toutefois que le sujet du fil n'est pas Debussy, mais Arnold Bax .

    Jacques

  2. #2
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    Re : Arnold Bax

    Je suis bien loin de Bax ici, mais c'est un compositeur dont j'ai quasiment tous les disques disponibles et qui heureusement pour moi ne me fait jamais penser au chromatisme wagnérien ou à Debussy. Les symphonies, la musique de chambre, le piano, que du beau !

  3. #3
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    Re : Arnold Bax

    Jacques


    Il faut bien reconnaître que cette musique anglaise du XXe siècle a une sacrée personnalité et qu'elle est bien séduisante, en tout cas les morceaux que j'écoute en ce moment, - des poèmes symphoniques par Vernon Handley (sur SM) sont vraiment formidables.

    J'avais écouté voici deux ou trois années quelques symphonies de Bax par Bryden Thomson, - et je n'avais pas accroché

    Conclusion : et un coffret de plus à réécouter d'urgence
    Les journées sont trop courtes, vraiment

  4. #4
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    Re : Arnold Bax

    Quote Originally Posted by Philippe View Post

    J'avais écouté voici deux ou trois années quelques symphonies de Bax par Bryden Thomson, - et je n'avais pas accroché

    Conclusion : et un coffret de plus à réécouter d'urgence
    Les journées sont trop courtes, vraiment


    Moi aussi, Je n'accroche pas beaucoup avec Thomson! En revanche je marche beaucoup avec Vernon Handley qui y est aussi formidable que dans les poèmes symphoniques!

    David Lloyd-Jones a aussi gravé une belle intégrale chez Naxos avec l'Orchestre National d'Ecosse , je connais un poil moins bien...

    Bref je peux mettre les symphonies par Handley sur SM...

    thierry

  5. #5
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    Re : Arnold Bax

    Merci, Dominique et Philippe.

    Comme vous, Dominique, j'ai quasiment tous les disques disponibles de Bax. Je ne dirais toutefois pas comme vous heureusement, dans la mesure où lorsque tel passage, tel "climat" d'une oeuvre d'un compositeur aussi original que Bax me rappellent des tournures ou procédés utilisés par Wagner (chromatisme) ou Debussy (impressionnisme), ça ne me gêne absolument pas.

    Cela dit, le "chromatisme excessif" de Bax, son "peu de souci de la forme", sont des reproches que lui font tous ses détracteurs (ils ne sont heureusement plus très nombreux). Vernon Handley, dans le disque d'entretien compris dans le coffret Chandos des sept symphonies montre parfaitement à quel point ces reproches sont infondés.

    Quant à son impressionnisme, celui de ses poèmes symphoniques et de ses premières oeuvres pour piano (années 1910-1920, en gros), il est quand même suffisamment patent pour que Bax occupe, après Debussy et Ravel, la troisième place parmi les compositeurs cités par Michel Fleury dans son bouquin "L'impressionnisme et la musique". Mais on peut utiliser des techniques impressionnistes sans forcément faire penser à Debussy. Et sur ce point je suis parfaitement d'accord avec vous : je ne pense pas à Debussy, et encore moins à Ravel, quand j'écoute ces oeuvres de Bax, pas plus d'ailleurs qu'à Wagner (même si je ne dis pas heureusement quant à moi).

    Bax est un compositeur à part, doté d'une forte personnalité, et sa musique se suffit à elle-même .

    Jacques

  6. #6
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    Re : Arnold Bax

    Je suis aussi d'accord avec vous, Thierry . Même si je serais moins sévère pour Thomson, dont les enregistrements (chez Chandos également, mais celui de la "première époque", années 80) pèchent surtout par une réverbération excessive.

    Jacques

  7. #7
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    Re : Arnold Bax

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Je suis aussi d'accord avec vous, Thierry . Même si je serais moins sévère pour Thomson, dont les enregistrements (chez Chandos également, mais celui de la "première époque", années 80) pèchent surtout par une réverbération excessive.

    Jacques
    C'est vrai que les prises de son de cette époque sont parfois redoutables! Si je n'accroche pas avec Thomson c'est qu'à mon goût il donne de ces oeuvres un cachet trop ouvertement romantique! il est parfait par exemple dans la première symphonie, en revanche je préfère Handley dans les symphonies n°5 et 6... Après, Thomson tient quand même la route!!! il a gravé merveilleusement bien beaucoup d'autres oeuvres orchestrales rééditées d'ailleurs ces dernières années par Chandos ( on doit en être au volume 9 ou 10!) ou l'on retrouve aussi Handley!

    Vous dites plus haut qu'il y a de moins en moins de détracteurs de la musique de Bax : Si je puis me permettre, pour qu'il y aient des détracteurs encore faut il qu'il y aient des connaisseurs au sens stricte du terme et je ne suis pas sûr qu'en France par exemple Bax soit particulièrement connu aujourd'hui!

    D'ailleurs mais on va pas lancer le sujet ici, dans nos contrées fort cultivées et curieuses intellectuellement dès que vous parlez de Bax, ou Vaughan Williams ou Britten, ou Bridge soit on vous regarde avec des yeux de merlans frits, soit on vous balance : A oui! c'est de la musique anglaise! Faudra m'expliquer un jour ce qu'elle a de si louche la musique anglaise ?! ( la cuisine je dis pas...! )

    thierry

  8. #8
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    Re : Arnold Bax

    Il est terriblement tard (je devrais dire terriblement tôt), mais "demain" matin je ne travaille pas ... Alors je remonte dès maintenant sur la caisse à savon ("soapbox", expression tout ce qu'il y a de plus londonienne !) ...

    Thierry, votre post ci-dessus m'enchante, car vous dites exactement tout ce que je ressens .

    Mon intérêt pour Bax était déjà tel vers la fin de 2004 que j'ai eu le culot, à cette époque, de m'inscrire à un forum "Yahoo" consacré uniquement à ce compositeur (oui, ça existe). Il fallait bien sûr s'y exprimer en anglais, et les membres de ce forum étaient presque tous des Anglais et des Américains. Mon gros problème fut d'y avoir déclenché dès mon premier post, mais tout à fait involontairement, une de ces engueulades dignes des pires moments du défunt forum des Abeilles (je n'ai donc plus osé y remettre les pieds, sauf évidemment comme simple lecteur). Mais c'est une autre histoire, que je raconterai peut-être un jour .

    Cela dit, j'ai pu voir en parlant de mon expérience à plusieurs amis mélomanes que la situation était parfois encore bien pire en Suisse. L'un d'eux, un spécialiste du chant grégorien qui ne va pas plus loin en fait de modernité que Henry Purcell (Haendel semble déjà le "déranger" un peu ), se moque depuis lors toujours de moi si je me risque à évoquer Bax, comme si j'étais un martien. Car le nom même de ce compositeur (qu'il ne connaît évidemment pas et dont il n'écoutera jamais une note) lui paraît ridicule. Je caricature évidemment beaucoup, mais tout cela m'énerve au plus haut point ...

    Toujours est-il que les membres de ce forum "Yahoo" (ils s'appellent eux-mêmes "the Baxians") étaient notamment portés par un espoir bien naturel : "son temps viendra bien un jour", comme ce fut le cas pour Mahler au début des années 70, grâce notamment à un film célèbre de Visconti . Je crains toutefois beaucoup que, même dans nos contrées qui, comme vous le dites très bien, sont "fort cultivées et curieuses intellectuellement", ce ne soit pas demain la veille ...

    Mais bon... Je trouve pour ma part assez encourageantes les réactions qui figurent déjà sur ce fil. Et je suis chaque fois aux anges quand je vois le chroniqueur d'une revue française commencer un article consacré à un nouveau CD de Bax par une expression du genre : "Attention, grand compositeur !"... Ce qui me semble arriver quand même de plus en plus souvent .

    Jacques

  9. #9
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    Re : Arnold Bax

    Peut-être cela intéressera-t-il quelqu'un :o)

    http://fr.youtube.com/watch?v=oVmLxOypgfE

  10. #10
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    Re : Arnold Bax

    Impossible pour moi de réécouter des oeuvres de Bax en ce moment puisque mon iTunes est "out of Bax". Mais je le ferai dès mon retour. Je n'ai nullement l'intention de jaspiner sur les interprétations, mais quand même...
    Un pote m'avait demandé le coffret Bax/Handley, mais je suis un vilain nounours et après écoute je lui ai filé mes Thomson.
    En effet Thierry, j'aime le romantisme écorché, brut (brute) qui se dégage de la vision de Bryden. Je trouve Handley beaucoup trop lisse, mais je le réécouterai.
    J'aime Bax autant que Vaughan-Williams, autant que Ben et Birtwistle, c'est dire...
    Je serai donc un peu "Baxian" sur les bords ....

  11. #11
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    Re : Arnold Bax

    Merci, Jean-Yves, pour cette vidéo très intéressante et que je ne connaissais pas . Je signale au passage qu'un enregistrement de l'oeuvre qui inspire ce peintre ("In Memoriam" pour cor anglais, harpe et quatuor à cordes, composée en 1916) figure sur un disque Chandos de musique de chambre sorti en 1998, avec des solistes de l'Academy of St Martin-in-the-Fields et Margaret Fingerhut pour les oeuvres avec piano.

    Dominique, je crois que vous êtes en effet aussi un peu "Baxian" sur les bords ... A tout le moins, il semblerait que vous partagez l'avis de près de la moitié des participants au forum dont j'ai parlé plus haut, qui se sont beaucoup battus pour défendre Bryden Thomson face à Vernon Handley quand le coffret de ce dernier (symphonies) est sorti. Mais c'est vraiment une affaire de goût personnel, ce qui est très bien ainsi.

    Quant à moi, sans vouloir jouer les "people" (ce n'est pas tellement mon genre, en fait), je profite quand même de ce post pour mettre trois images relatives à Arnold Bax : une peinture "officielle" montrant le compositeur au début des années 30, une petite photo de sa maîtresse Harriet Cohen (la belle pianiste qui, comme je l'ai dit, assura la création du Concerto pour piano de Ralph Vaughan Williams), et une photo montrant Harriet et Arnold en 1920.

    Jacques





  12. #12
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    Re : Arnold Bax

    Bonjour Jacques,

    Avoinez-moi si je me trompe, mais cette musique évoque à mon oreille César Franck. Sa symphonie, par exemple. Qu'en pensez-vous ?

    Cordialement

  13. #13
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    Re : Arnold Bax

    Bonjour Jean-Yves,

    J'avoue ne pas y avoir pensé moi-même. Mais pourquoi pas ? Bax était un trop grand connaisseur de toutes les musiques ayant précédé la sienne pour ne pas avoir subi aussi l'influence de Franck, au moins indirectement. Mais il faudra que je réécoute tout ça.

    Comme je l'ai dit dans mon post initial, je venais de recevoir un disque très rare de Bax, où figure notamment un enregistrement parlé du compositeur (c'est ça que je voulais), précédé par un tas de "vieilles cires" dont l'une remonte à 1925 (c'est vraiment le truc pour passionnés, avec deux fois la pianiste Harriet Cohen accompagnée par des orchestres dirigés par Malcolm Sargent et Muir Mathieson). Mais cela faisait déjà un certain temps que je n'avais plus réécouté mes autres disques Bax.

    Jacques

  14. #14
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    Re : Arnold Bax

    Je fais remonter ce fil, avec peut-être le post le plus long et ennuyeux de ma relativement brève carrière . Mais je suis depuis peu l'heureux possesseur d'un exemplaire de "Farewell, My Youth", cet extraordinaire recueil de souvenirs écrit par Arnold Bax en 1943 (année de ses 60 ans), et je ne résiste pas au plaisir d'en reproduire ci-dessous tout un chapitre, intitulé "The Music Club".

    Ceux qui ne sont pas des "fans" de Bax et ne comprennent pas l'anglais passeront leur chemin. Mais les autres (dont je suis), et peut-être aussi ceux qui s'intéressent à la vie musicale en Angleterre au début du XXe siècle, y trouveront sûrement leur bonheur. Car ça vaut vraiment le détour... Et si ne serait-ce qu'une seule personne lisait ce post en entier, je serais déjà très content .

    "In 1908 or thereabouts was founded the "Music Club", a dressy concert-cum-supper affair presided over by Alfred Kalisch, critic of the Star, and a pious thurifer before the altar of Richard Strauss. Kalisch was a lovable little man; in person - with his barrel-like trunk, thick colourless skin, squat features and habitual cigar, suggesting the gentleman constructed entirely of motor tyres who used at one time to figure M. Michelin's advertisement.

    "The Club members were mostly elderly, and notable for wealth, paunchiness, and stertorous breathing. Bulging pinkish bosoms straining at expensive decollétages, redundant dewlaps, and mountainous backs were generously displayed by the ladies, whilst among the men ruddy double-chins, overflowing their collars at the back of the neck, and boiled eyes were rife. The assemblage indeed was ever inclined to bring to mind Beardsley's famous drawing - "The Wagnerites."

    "In the year 1909 Kalisch and the Club, seized with overweening ambition, decided to invite several eminent foreign composers as their guests, and to glut them with copious food, strong wines, and selections from their own works. The four musicians earmarked for these delights were Debussy, Vincent D'Indy, Sibelius, and Schönberg; and I may tell you at once that their sufferings were prodigious!

    "Though not officially connected with the Club - I was not even a member - it chanced me that I played my modest part in all these outrages. My sight-reading facility was widely known, and it regularly happened that two days, or even but a day, before a Music Club evening, an envoy - it was usually Stanley Hawley - would call upon me, and snapping open a music-case, proceed feverishly to lay the catastrophic facts before me. These songs of to-morrow night's guest had been sent a week ago to such-and-such professional accompanist, and - would I believe it? - that inconsiderate swine had only just returned them with a note to the effect that he was sorry to inconvenience the Music Club, but it would be really impossible for him to get up the music in time. Hawley's eyes and voice would here become imploring and almost tearful. "Now we know that you can do it on your head, dear boy, if only you will. I know too it's a darned shame to ask you so late in the day, but we may - mayn't we - rely upon you not to let the Club down?"

    "Being young and a little vain of my one accomplishment as an executant, I never thought of refusing, though I was not offered a fee and was a trifle vexed that not once was it announced that I had undertaken a very responsible task at the eleventh hour.

    "As a matter of fact I enjoyed those evenings hugely, and derived much youthfully ruthless amusement from the social gaffes abounding and unintended sufferings inflicted upon the unhappy victims from abroad.

    "Now Alfred Kalisch - or "K", as he was affectionately known to his friends - was a good-natured and well-meaning a little man as ever scribbled a press notice on the back of an envelope, but international tact was hardly his long suit. With an irony - tragic in the sinister glare of recent events - almost all German Jews have ever been loyal, and even obstinately loyal, to the kultur of the Fatherland. Music to them means German music; all the rest, if admitted to their attention at all, amounts to no more than the pretty prattle of intelligent foreign children. "K" was no exception to this generalization. I do not believe he cared for French music, for instance, or that he had any notion of the peculiarities of the Gallic mind. A few pots of beer or glasses of wine do not dope French sensibility to the point of amenability to almost anything as they might in Germany, but "K" could not realize this.

    "Of the four guests Debussy's torments were certainly the most excruciating.

    "The majority of the meetings of the Music Club were held in the Art Galleries in Suffolk Street, where the ordeal by two arts at once might be undergone by the more resolute British penitent, but for some reason that I have forgotten Debussy was led to human sacrifice on the boards of the Aeolian Hall. The proceedings were to be preluded by an address welcoming the composer, and embodying a short appreciation of his work. A speaker of French was an essential, for Debussy could understand scarcely a word of English.

    "Trouble began at once, for although Frederick Corder, who was a good French scholar, had been invited and had declared himself willing to make the address, he at the last moment failed to turn up, excusing himself on the plea of sudden sickness.

    "(The fact was, as we discovered next day, that his artistic conscience had worked mightily within him all the afternoon, and he had decided that he could not bring himself publicly to extol a musical idiom that he was unable to appreciate.)

    "His place was finally taken by Kalisch himself, whose French was of Stratford-atte-Bow - or possibly of Oxford - il was difficult to hazard which, as he was largely inaudible.

    "The great composer, an inordinately shy man, was planted in a chair in the exact centre of the platform facing the audience. He was clearly utterly nonplussed, and could only attempt to solve his problem by rising and making a stiff little bow whenever he recognized his own name amid Kalisch's guttural mumblings.

    "This part of his ordeal over, he was permitted to shamble dazedly to the hall, where he confided to Edwin Evans that he would rather write a symphony to order than go through such an experience again.

    "I believe that a fairly representative programme of the master's songs and instrumental works was performed, and I remember that I played the piano part of "Ariettes Oubliées" for some American singer.

    "After the concert, I had word that Debussy would like to meet me and thank me for my share in the evening's music. Never shall I forget the impression made upon me by that thick-set clumsy figure, the huge greenish, almost Moorish face beneath the dense thicket of black hair, and the obscure dreaming eyes that seemed to be peering through me at some object behind my back. As he lumbered vaguely forward, extending a cushioned hand, he looked like some Triton arisen from "the glaucous caverns of Old Ocean". "A mythological survival!" I said to myself.

    "Recalling that morbidly sallow complexion of his I must conjecture that even so early the malignant foe, destined to be his death in his early fifties, was already prowling within his body.

    "Evans passed on to me the composer's remark that I had interpreted his songs very sensitively, but in rather too pianistic a fashion. The verdict interested me deeply, for never before had I been arraigned on the count of playing like a pianist. I wondered what Tobias Matthay would have said."

    Jacques

  15. #15
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    Re : Arnold Bax

    Bonjour Jacques!

    Je lirai tout ça ce soir à tête reposée! Ma connaissance de l'anglais est disons, plutôt lacunaire...

    thierry

  16. #16
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    Re : Arnold Bax

    Me voilà donc déjà content, Thierry .

    Ce que j'aime aussi chez Bax, comme vous l'aurez constaté ci-dessus, c'est son immense culture et son prodigieux humour British... Cette rencontre en 1909 avec Debussy, qui avait admiré les talents du jeune Anglais et voulait le remercier, c'est en soi assez excitant.

    Mais il y a aussi plusieurs choses qui m'ont frappé. Comme par exemple le fait que Bax évoque ces grands musiciens germaniques de confession juive (obstinément loyaux à la "Deutsche Kultur", au point de ne trouver dans la musique française, tout au plus, qu'un "joli bavardage d'enfants étrangers intelligents"), en y voyant une tragique ironie de l'histoire "à la sinistre lumière d'événement récents". Il écrit ça en 1943, et bien sûr Bax (qui comme on le sait a notamment eu pour maîtresse la belle pianiste Harriet Cohen) n'a jamais eu l'ombre d'un quelconque antisémitisme. Ce qui est tout à l'honneur de l'écrasante majorité des Anglais de cette époque.

    Jacques

  17. #17
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    Re : Arnold Bax

    Quote Originally Posted by Jacques View Post

    ...n'a jamais eu l'ombre d'un quelconque antisémitisme. Ce qui est tout à l'honneur de l'écrasante majorité des Anglais de cette époque.

    Jacques
    Pour Bax, puisque vous le dites, j'en suis certain.
    Mais quant à l'écrasante majorité des Anglais de cette époque, c'est à vérifier. Sans vouloir stigmatiser une nation en particulier, je ne vois pas pourquoi ils auraient échappé à cette crasse déferlante qu'on pouvait observer partout ailleurs en Europe au prétexte de leur insularité, du plan Beveridge ou du blitz.
    Mais pourquoi pas, ceci dit?

  18. #18
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    Re : Arnold Bax

    C'est vrai, il y avait même en Angleterre (comme Degrelle en Belgique, Quisling en Norvège, etc.) Oswald Mosley, qui était évidemment très antisémite et défilait avec ses troupes dans les rues de Londres en faisant le salut nazi. On l'a d'ailleurs laissé faire même après le début de la Seconde guerre mondiale, ce qui montre quand même, de façon générale, une grande tolérance de la part des autorités britanniques. Celui qui aurait pu devenir le roi Edouard VIII et qui a abdiqué en 1937 était d'ailleurs un grand admirateur de l'Allemagne hitlérienne, et je crains fort que lui et sa femme aient été quelque peu antisémites eux aussi.

    Je reconnais donc que c'est de façon un peu précipitée que j'ai utilisé les mots "écrasante majorité", de sorte que je retire volontiers le premier de ces mots .

    Jacques

  19. #19
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    Arnold Bax

    Gilles si tu continus à dire des trucs méchants pas gentils au sujet de Bax j'en connais qui vont se fâcher hein ?!
    Cela dit, et sans forcement aller dans ton sens, je ne pense pas que la grande anthologie de Chandos nous propose exclusivement des chefs d'oeuvres impérissables! Mais pour s'en tenir à quelques oeuvres comme November Woods, ou The garden of fand, ou Tatagel ou un truc moins connu comme Spring Fire je trouve que Bax est un sacré coloriste et un sacré bon conteur! Bon moi j'aime bien les histoires... Et particulièrement Andersen!

    thierry

  20. #20
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    Re : Malcolm Arnold

    Oui, tu as raison pour November Woods et Tintagel, j'ai aussi adoré Summer Music et le Symphonic Scherzo - c'est magnifiquement coloré. Comme quoi mon opinion était en effet lapidaire. Je suis d'ailleurs en train de réécouter aussi ses symphonies.

    Mais je partage ton sentiment pour cette série Chandos - c'est pas l'extase.

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