Débuter un fil sur Arnold Bax (1883-1953) n'est pas une mince affaire. Car même s'il ne fait pour moi plus l'ombre d'un doute que c'est un très grand compositeur, qui se définissait lui-même comme "a brazen romantic" ("un romantique éhonté") et qui fut profondément marqué par la culture celte, le "chromatisme wagnérien", la musique de compositeurs russes comme Glazounov et l' "impressionnisme français", il reste encore très méconnu, même en Grande Bretagne. Si je le fais maintenant, c'est dans l'excitation d'avoir reçu aujourd'hui un enregistrement rare datant de juin 1949, où il s'exprime à la BBC (bien sûr en anglais) pendant dix minutes sur sa vie, son oeuvre et les influences qu'il a reçues.
Inutile de dire que j'ai aussitôt placé cet enregistrement dans ma liste Simplify Media, où la voix de Bax figure désormais aux côtés de celles d'autres compositeurs, notamment celle de son grand ami Ralph Vaughan Williams. Je précise que les enregistrements de ces voix figurent tout à la fin de ma liste, sous la rubrique "ZZZ -- Voix de".
Sur les sept symphonies d'Arnold Bax, ses nombreux poèmes symphoniques, sa musique de chambre, son oeuvre pour piano, je ne dirai rien pour l'instant. Et bien sûr pas davantage sur sa vie sentimentale assez tumultueuse, notamment sa longue liaison avec la très belle pianiste anglaise Harriet Cohen, créatrice notamment du Concerto pour piano et orchestre de Vaughan Williams. Je ne le ferai que si se sujet éveille quelque intérêt, et dans la mesure de mes faibles moyens. Car je suis certain que quelqu'un comme Tahar (à qui je dois tant depuis l'époque où je visitais sans mot dire le forum des Abeilles) serait bien mieux à même que moi de traiter un si vaste sujet.
Une anecdote quand même, partiellement relatée en pages 396 et 397 du "Debussy" d'Edward Lockspeiser (Fayard). Bien que souffrant et terriblement mal à l'aise en pareilles situations, Debussy avait été subjugué de voir, lors d'une tournée de concerts qu'il donna à Londres en 1908 ou 1909, un jeune musicien anglais à la mine réservée remplacer au pied levé et à merveille, tout cela apparemment sans connaître à l'avance une seule note des oeuvres à jouer, le (ou la) pianiste qui devait accompagner une interprétation, notamment, de ses "Ariettes oubliées". Or, ce jeune musicien anglais n'était autre qu'Arnold Bax. Se souvenant de cette rencontre des décennies plus tard, Bax a lui-même donné de Debussy, dans ses mémoires ("Farewell, my Youth"), l'un des portraits les plus saisissants qui soient :
"Le grand compositeur [Debussy], homme d'une timidité peu commune, était planté sur une chaise au centre exact de l'estrade, face au public. Manifestement désemparé, il ne pouvait tenter de se tirer d'affaire qu'en se levant pour esquisser avec raideur une petite courbette, chaque fois qu'il reconnaissait son propre nom parmi le bredouillis guttural de Kalish [l'organisateur anglais du concert]. Ce fragment de son épreuve achevé, il put gagner en titubant le fond de la salle où il confia à Edwin Evans qu'il aimerait mieux écrire une symphonie sur commande que de revivre de telles minutes. (...) Jamais je n'oublierai l'impression que me fit cette silhouette gauche, trapue, l'énorme face verdâtre, presque mauresque, sous l'épais fourré de cheveux noirs, et les sombres yeux rêveurs qui semblaient regarder à travers moi. Tandis qu'il s'avançait, lourd, vague, tendant une main rembourrée, il avait l'air de quelque triton sorti des 'cavernes glauques du Vieil Océan'. Un survivant de la mythologie ! me dis-je."
Je rappelle toutefois que le sujet du fil n'est pas Debussy, mais Arnold Bax.
Jacques

.




dès que vous parlez de Bax, ou Vaughan Williams ou Britten, ou Bridge soit on vous regarde avec des yeux de merlans frits, soit on vous balance : A oui! c'est de la musique anglaise! Faudra m'expliquer un jour ce qu'elle a de si louche la musique anglaise ?! ( la cuisine je dis pas...!
)
(je n'ai donc plus osé y remettre les pieds, sauf évidemment comme simple lecteur). Mais c'est une autre histoire, que je raconterai peut-être un jour
...
...

. 