Je tâche de meubler une insomnie passagère en abordant un autre de mes compatriotes.
J'aurais pu le faire avec Ernest Bloch, mais un fil lui a déjà été consacré (encore qu'il n'y soit question que d'enregistrements). Ou pousser le "vice" jusqu'à parler de mon grand-oncle Aloÿs Fornerod, qui partageait avec Mahler la particularité de s'être fait catholique pour obtenir plus aisément un poste de directeur (mais du modeste conservatoire d'une petite ville suisse très pieuse), et avec certains participants à ce forum l'originalité d'adorer Ravel tout en étant très peu sensible à Debussy (ce qui montre à quel point Alfredo avait raison quand il soulignait toute la différence entre les deux).
Je parlerai donc un peu de Frank Martin (1890-1974), et le ferai "par la tangente", soit sans presque rien dire de sa vie. Sinon qu'il a vécu longtemps et fini ses jours aux Pay-Bas.
Les livrets joints aux disques de ses oeuvres (ils ne sont pas si rares que ça) rappellent parfois que "son horizon culturel le situe à la croisée des tempéraments germanique et latin" (un peu comme chez Honegger) et "qu'un tel conflit donne à sa musique un dynamisme et une densité qui lui resteront personnels" (cf. l'album Decca réunissant certaines de ses compositions les plus connues, interprétées par l'OSR dirigé par Ernest Ansermet). Allant toutefois plus loin qu'Honegger dans la modernité, Martin a fait un large usage de techniques sérielles, tout en les "domestiquant" à sa façon, donnant à ses oeuvres des structures d'apparence très classique (c'est stupide ce que je vais dire, mais on dirait parfois qu'il s'agit de "néoclassicisme", voire de "retour à Bach", mais... sériel). Ce qui peut donner à des auditeurs ordinairement allergiques à ces techniques l'impression que leurs oreilles s'y adaptent mieux que prévu.
L'oeuvre de Frank Martin, dans sa variété, dépasse toutefois très largement ces "limites", en particulier sa musique vocale. Mais c'est un très vaste sujet, dont je dirai peut-être quelques mots plus tard.
Mon premier disque Frank Martin a été un album réunissant ses deux Concertos pour piano et sa Ballade pour piano et orchestre (NB: le second concerto, tout ce qu'il y a de sériel, a été donné en première audition en 1970 par Paul Badura-Skoda, lequel, comme vous le voyez, ne se borne pas à interpréter Mozart ou Haydn sur pianoforte; l'un des plus beaux récitals d'oeuvres pour piano de Debussy que je possède - petit clin d'oeil aux "sectaires"- est d'ailleurs aussi du même interprète autrichien).
Le dernier disque acheté (avec pas mal d'autres dans l'intervalle) est "Le vin herbé", une oeuvre vocale d'après la légende de Tristan et Ysolde, l'une des choses les plus étranges et "intemporelles" que je connaisse.
Voici les images :
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Cela dit, questions rituelles : connaissez-vous le compositeur suisse Frank Martin, avez-vous des enregistrements de certaines de ses oeuvres et, le cas échéant, qu'en pensez-vous?
Jacques

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- est d'ailleurs aussi du même interprète autrichien).

circonspection
), j'ajoute que je viens de mettre sur ma liste SM, de Frank Martin, les oeuvres suivantes :
) quand je suis déprimé et me promène par une sombre et triste journée de novembre; car ce sont les choses en adéquation avec mon humeur qui généralement me conviennent le mieux (j'enrage quand certaines personnes me disent : "Vous paraissez bien morose... Ecoutez donc des valses viennoises, ça vous remettra d'aplomb !");
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