9ème de MAHLER
Comme tout œuvre de Mahler, je n’ai pas une préférence mais plusieurs. J’aime bien (par ordre chronologique) :
- Karen Ancerl, une version très naturelle lyrique et musicale.
- Horenstein chez BBC. La 9ème est un cheval de bataille de Horenstein. L’art d’utiliser des césures, peu importe que l’orchestre de Londres ne peut pas le suivre à la fin du Rondo-Burleske (Kurt Goedicke - le joueur de timbales est complètement perdu). Barry Tuckwell le célèbre principal corniste de LSO joue l’un de ces plus beaux concerts. Sans compter des belles interventions de clarinette par Gervase de Peyer. Horenstein a une vision unique des deux mouvements centraux.
- Klemperer/PO, chaque note est jouée avec un infiniment de poids. Dans l’objectif lent et imposant, on n’a jamais fait mieux malgré les efforts de Giulini et Chailly récemment. Les amateurs de Klemperer apprécient aussi la disposition divisée des cordes, une pratique de moins en moins courant de nos jours.
- Kubelik en concert avec l’orchestre de New York en 1978, Kubelik comme ne vous l’avez jamais entendu. C’est une bande très rare d’un concert. Espérons que une maison de disque obtiendrait le droit de cet enregistrement.
- Bernstein/BPO, la plus intense des quatre versions de Bernstein, malgré une énorme faute de la section des trombones dans le grand climat du dernier mouvement (dommage car l’erreur s’est produit à un moment si crucial).
- Sanderling avec l’orchestre BBC (et non Berlin SO, qui est très bien néanmoins, ou Philharmonia, carrément moyen), un premier mouvement très tendu et lyrique (le plus beau solo flûte).
- Gielen I chez Intercord, ou II chez Hänssler. Ce dernier bénéficie l’une des plus belles prises de son jamais réalisés pour la 9ème de Mahler. Il y a un peu plus spontanéité dans Gielen I, plus de transparence dans Gielen II. Tous les deux possède un denier mouvement joué assez rapidement, mais nettement plus tendu et mieux sculpté que chez Boulez par exemple.
- Haitink/ECYO, la plus équilibrée avec une parfaite sculpture et lisibilité. Parmi les six versions de la 9ème dirigées par Haitink en ma possession, c’est cette version avec le jeune orchestre ECYO qui est la plus réussite (écoutez comment Haitink fait le sculpture avec le son), et de loin ! Le premier mouvement est parfait : tendu mais tout les lignes mélodiques peuvent être clairement entendues. Le deuxième Landlër est très long (plus de 18 minutes) mais qui sache tourbillonner quand il le faut. Le troisième mouvement, le Rondo-Burleske est très grimaçant, qui envoie la balle directement dans les figures des « frères en Apollon », selon l’expression du compositeur. Des défauts j’en compte deux dans l’Adagio (Finale) : quelqu’un a fait tombé quelque chose au début du mouvement, et beaucoup plus grave : au moment le plus tendu du mouvement, sur le climat (vers 16ème minute) les cymbales ont été frappés presque une seconde trop tôt. C’est vraiment très énervant que l’erreur arrive à cet endroit. J’ai effectué moi-même une correction digitale de cette erreur, tellement je ne peux plus supporter. Malgré ses erreurs, c’est l’une des plus émouvants concerts de Haitink. Le CD est apparu chez Philips, néanmoins pas facile à trouver, malheureusement.
- Abbado/BPO chez DG, c’est la meilleure pour les deux survoltés mouvements centraux. Le concert à Rome en 2004 (en DVD chez EuroArts) du maestro Abbado avec le Gustav Mahler Jugendochester (l’orchestre des jeunes de GM) est très différent, étonne par sa fluidité, mais tout aussi émouvant, poignant même, surtout lorsque les dernières notes sont jouées tandis la lumière de la salle s’éteint peu à peu. Abbado ralenti le coda et l'étire considérablement (son Live en DVD, plus encore que les divers concerts berlinois), si ce n'était pas pour ça, il pourrait appartenir à la catégorie "allant", en tout cas pour le début et le milieu du mouvement.
L’une des versions rares d’approfondissement pour les Mahlériens avertis est le concert de Kondrachine à Tokyo, disponible chez Altus. Le son est mieux réussit que l'enregistrement officiel, et puis il y a une étincelle supplémentaire en concert. Une version que les connaisseurs n’hésiteront pas à fouiller dans les coins lointains du monde du Cyber pour en trouver. Particularité de Kondrachine : un Adagio extrêmement rapide, tout comme les lectures des chefs spécialistes de la musique contemporaine telle que Gielen, Boulez, Zender, et surtout Walter en 1938 (moins de 19 minutes).
A noter les deux récentes versions de la 9ème de Mahler qui illustrent bien la tendance interprétive actuelle sont :
-L'orchestre de Philharmonique de Munich en concert en Mars 1999 sous la direction de James Levine, chez Oehms.
-L'orchestre de Concertgebouw sous la direction de Chailly. C'est un enregistrement studio réalisé à la suite des concerts d'adieu de Chailly en Juin. Chailly a-t-il bouclé son cycle Mahlerien ? On ne sait pas trop pour le moment. Des rumeurs qu'il enregistrerait la Chante de la Terre circulent, mais il faut noter que sa relation avec l'Orchestre est moins bonne depuis qu'il a fait sa valise. A voir donc.
Points communs : des lectures lentes (1h30 pour Chailly et Levine est plus longue de 2 minutes dans l'Adagio Finale).
La différence : une énorme différence entre le niveau de l'orchestre. Chez Levine c'est brumeux et opaque au point de vue sonorité (c'est une partie la faute du chef ?), avec des percussions prises de trop près, et des cuivres assez faibles. Levine a arrondi un peu les angles des climax, c'est un peu plat. Comme souvent chez Chailly, c'est la sonorité de grand luxe de l'incomparable Concertgebouw qui vaut le détour. Au point de vue prise de son, je trouve que l'enregistrement de Chailly est moins réussit que l'incroyable 3ème (j'écoute le SACD avec un lecteur CD classique). Au point de vue interprétation, il n'y a rien qui pourrait être qualifié de révélateur chez l'un ni chez l'autre.
Bruno


