Très intéressante discussion que celle engagée, hier soir, à l'issue du dernier concert du cycle autour de l'interprétation de Salonen et de son orchestre.
En effet et c'est toujours passionant de confronter des avis aussi divers.
Très intéressant de constater que nous venons, tous (peut être pas Sophie), au concert avec des idées arrêtées sur ce que doit être le type d'interprétation d'une oeuvre.
Ben difficile de faire abstraction de ce que l'on a déjà entendu, mais je me suis interdit d'écouter du Sibelius avant ces concerts.
A partir de là, l'interprète n'a plus le choix que de complaire à ce qu'on attend de lui.
Les critiques lues et entendues sont assez nombreuses sur le thème "pas assez violent, pas assez dépressif, pas assez d'engagement, trop lisse, trop de legato, trop mou, etc, etc". J'écoute et je respecte ces avis mais je ne les partage pas.
Tout d'abord parce que je suis de plus en plus convaincu que la musique de Sibelius mérite bien plus que d'être enfermée dans des stéréotypes : épico-nationaliste pour les 1 et 2, agreste pour la 3, dépressive pour la 4, solaire pour la 5, que sais-je encore.
Je suis d'accord, mais pour parler du concert de la 4e par Berglund, il n'a pas joué comme mes versions préférées au disque, mais a su par l'ambiance qu'il a su créer autour de cette oeuvre me captiver et me montrer une autre vision.
C'aura été l'un des grands mérites de Salonen que de montrer que, au-delà de ces jugements qui ont une part de vérité, il y a aussi, et en ce qui me concerne surtout, une musique que je qualifierai de "nue", complètement abstraite, et que la grande modernité de Sibélius réside dans le renouvellement de la forme, renouvellement au sein de chaque symphonie et au sein de chaque mouvement.
C'est donc cette musique objective livrée par Salonen et ses musiciens que je veux juger, indépendamment de tout autre critère.
L'engagement des musiciens et d'un chef n'a rien à voir avec le volume sonore, l'amplitude des dynamiques, la violence des attaques, mais dans la capacité à adopter une optique et à s'y tenir absolument.
En cela, et à l'opposé de mes gentils opposants d'hier soir, je considère que l'approche de Salonen était d'un fantastique engagement, au point de nous livrer un 3è mouvement de la 4 oppressant, quasi-obsessionnel et hypnotique comme le prélude du 3è acte de Tristan. Quand un chef et un orchestre atteint cela sur le plan technique, est-il besoin de rajouter un f aux passages forte ou fortissimo, f supplémentaire qui n'existe d'ailleurs pas dans la partition.
Ce qui me manquait justement dans cette 4e et surtout dans le troisième mvt, c'est qu'on ne fasse pas tout ce qui est demandé, surtout le crecendo aux cordes totalement gommé
Donc, pour moi hier soir, une 4 atypique, aux mouvements 1 et 3 sans doute un peu trop lents mais qu'importe car la modernité de l'oeuvre était bien là, symphonie d'un maître qui connaissait son Debussy, voire son Webern.
Et une 7 miraculeuse de perfection de mise en place, ne succombant pas au piège de la virtuosité gratuite, vraie soeur de la 6, et non plus antithèse comme dans beaucoup d'intégrales.
Très bon choix de programmation avec ce "Radical Light" de Stucky, composée à la demande de Salonen et du LAPO pour s'intégrer entre des éxécutions de la 4 et de la 7, évitant le piège du pastiche mais, quant à la forme, très voisine de la 7.
En conclusion, plusieurs points :
. rire ironique à l'égard de JC. Hoffélé et de tous ceux qui nous gavent sur la standardisation du son des orchestres américains venant polluer nos chastes oreilles européennes : en 2 mois, 3 grands orchestres américains, au son très différent, aux qualités quasi opposées.
. la chance d'avoir pu assister à ce qui était la première intégrale à Paris d'un des cycles symphoniques majeurs en l'espace de 4 jours.
Quand on aime Sibelius il ne fallait pas rater ça !
Formidable façon d'appréhender la totalité d'une approche. De ce point de vue, petit regret que le choix des bis ait été si peu aventureux et que des chefs d'oeuvre tels que la Kullervo, le Barde, la Chevauchée nocturne et lever de soleil,Tapiola et d'autres n'aient pas été joués.
. le sentiment d'avoir entendu un grand chef venant délivrer sa vision du compositeur et étant fidèle, jusqu'aux excès penseront certains, à cette optique.
. la confirmation personnelle que ces oeuvres sont fascinantes. Depuis plusieurs jours, je vis avec Sibelius 24 heures sur 24.
. qu'elles sont fascinantes mais qu'elles supportent aussi des approches très différentes. Mon admiration pour le travail de Salonen ne me fait pas oublier Bernstein, Sanderling, Berglund ou Rojdestvenski.
. le plaisir, autour des échanges ici et lors des concerts, d'avoir pu partager des impressions, souvent contradictoires, et des informations précieuses (bien notée, l'intégrale Segerstam à acquérir, ainsi que des versions isolées de Monteux ou Paavo Järvi).
c'est quel plaisir déchanger sur ce compositeur et de constater que cette musique attise autant les passions
. et de nombreuses questions, telle que : "quelle connaissance Sibélius avait-il de la musique de Fauré ?".
Merci pour ces échanges.