"Gershwin ? Qui est-ce ?" (Arturo Toscanini)
J'ai comme l'impression qu'avec un tel sujet, je vais perdre le peu de crédit qui me reste peut-être encore...
S'il n'avait pas été question, sur un autre fil, de l'amitié qu'il a entretenue avec Arnold Schoenberg dans les années 30, je n'aurais jamais osé débuter un fil sur George Gershwin (1898-1937). Parce qu'il ne fut pas vraiment un compositeur classique (il a d'ailleurs peu composé dans ce domaine), venant du ragtime et du premier jazz, même s'il a exercé un certain impact sur des compositeur aussi sérieux que Ravel. Quand j'étais enfant, j'avais des idées reçues du genre : au XXe siècle, l'Amérique n'a en fait donné "que" Gershwin, et la Grande Bretagne "que" Britten (!)... En ce qui concerne l'Amérique, je me suis quand même assez vite débarrassé de telles idées reçues puisque, quelques années plus tard, je suis revenu de mon premier voyage aux Etats-Unis avec dans ma valise plein de disques de... Charles Ives.
Sans la prendre trop au sérieux, j'avais pourtant un certain goût pour la musique de Gershwin (en particulier à travers les récitals d'Ella Fitzgerald que possédait mon père), allant même jusqu'à apprendre au piano deux de ses Trois Préludes et la Rhapsody in Blue; mais c'était surtout pour épater les copains. Puis j'ai entendu un jour à la radio Henry Barraud faire une série sur ce qu'il considérait comme les dix ou douze plus importants opéras de l'histoire, sauf erreur de l'Orfeo (Monteverdi) à Wozzeck (Berg), et j'ai eu l'énorme surprise de voir qu'il incluait dans sa liste Porgy and Bess (Gershwin).
J'ai quand même acquis par la suite une petite collection Gershwin de base, avec des enregistrements d'artistes allant d'André Previn à Michael Tilson Thomas, de François Joël Thiollier aux soeurs Labèque (parfois méchamment surnommées "les cogneuses"), et je m'en contentais. Mais en 1998, année du centenaire, ce fut un peu l'explosion... Je n'ai pas tout (c'est impossible), mais vraiment beaucoup. Par exemple, il ne me manque pas un seul des disques de la collection - hélas interrompue - consacrée par Elektra Nonesuch aux comédies musicales (des "recréations" dans le plus pur style de l'époque); et j'ai quatre intégrales de Porgy and Bess.
Pour l'instant, avant de voir les réactions - ou l'absence de réaction - que provoquera un sujet aussi délicat, je ne présente pas de disques, mais deux photos. La première, prise en 1928, montre Gershwin (tout à droite et baissant les yeux) en compagnie notamment de Ravel (assis au piano). La seconde, beaucoup plus nostalgique, est un simple cliché d'amateur pris à New York en septembre 1936, montrant Gershwin donnant ce qui fut (sans qu'il le sache, car il devait ensuite partir en Californie où il mourut prématurément l'année suivante) son ultime concert dans la ville qu'il aimait tant et qu'il ne devait jamais plus revoir.
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Si vous voulez entendre parler George Gershwin, à la radio en 1932, en 1934 et en 1935 (où il présente Porgy and Bess en avant-première), jetez un coup d'oreille à ma petite liste SM, où les voix de compositeurs sont tout à la fin.
Comment peut-on d'ailleurs ne pas avoir la curiosité d'aller écouter aussi, par exemple, les voix de Bax, de Vaughan Williams et de Walton ? Je me le demande...
Jacques

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, je suis enchanté de ce que vous dites. C'est à peu près exactement ce que je pense et ressens. L'influence du jazz en général et de Gershwin en particulier sur les grands compositeurs classiques que vous mentionnez (à part bien sûr Bernstein) relevait à mon avis davantage d'un effet de mode ou d'un engouement passager que de quelque chose de profondément ressenti. J'adore par exemple la Sonate pour violon et piano de Ravel (1927), mais je n'ai jamais trouvé que son second mouvement ("Blues") swingait beaucoup. C'est toujours du Ravel, mais "à la manière de" si j'ose dire...
) pour présenter une série (musique pour piano solo) devenue rare et dont le moins que je puisse dire est qu'elle n'est "pas piquée des vers"
, The man I love, Embraceable you ( Bird magnifique là dedans! )

