5ème de MAHLER
La 5ème de Mahler, un oeuvre surprenant, plus difficile à interpréter que ça en a l'air (en comparaison la 6ème de Mahler pourrait se joue presque tout seul).
La tendance actuelle est d'interpréter l'Adagietto d'une façon plus allante. Walter et Mengelberg ont tous les deux descendu moins de 8 minutes. Bien cela s'explique d'une part par la technique exécution de l'époque bien différente avec celle telle que nous connaissons aujourd'hui. L’enregistrement de Mengelberg en 1926 est très révélateur, beaucoup de cordes de l’époque sont encore fabriquées en boyau (on faisait de l'élévage des moutons même d’une façon spéciale pour les boyaux). Les joueurs utilisent peu de vibrato (rapide variation de la fréquence), par contre beaucoup de glissando (glisser entre deux notes) et rubato (micro variation de tempo). Un peu plus de 30 ans plus tard, dépourvu de ces techniques, Schwarz dans le même tempo a tout simplement raté son Adagietto. Il y a quelques preuves montrant que l’Adagietto est un chant d’amour sans parole pour Alma, la future épouse de Mahler (pauvre Natalie Bauer-Lechner), et non un chant funèbre comme suggéré le film Mort à Venise, ou Bernstein au funéraire de JF Kennedy. Dans Adagietto, il y a deux thèmes qui se combinent : l’un est Tristan un Isolde, l’autre est Ich bin der Welt abhanden gekommen (je suis perdu dans le monde, dont la partition est vendue au enchère récemment, l’acquéreur est Gilbert Kaplan qui a déboursé 900 k€ pour ça). Dans ce contexte, l’Adagietto devrait être joué d’une façon tendre et lyrique et non lente et funèbre. Il me semble que de bons résultats sont obtenus entre 8’30 et 10’30. Au-delà de cette limite, c’est autre chose. D’après Mengelberg, Mahler lui-même dirigea son Adagietto à 9’30.
Ceci dit, il est passionnant d'écouter Scherchen jouant ce morceau à plus de 15 minutes.
Les grands chefs, et les meilleurs orchestres, beaucoup sont cassés la gueule dans cette symphonie. Boulez d'abord avec Vienne, qui n'arrive même pas à être analytique comme son habitude. Mais de quoi il voulait nous parler au fait ? L'orchestre de Berlin ensuite, qui casse la gueule pas moins de quatre fois, même sous les baguettes imminentes de Karajan, Haitink, Abbado et Ratte, pour des raisons aussi diverses que : percussion bien en retrait et traits mou (HvK), sonorité mal adapté à Mahler et épisodique (BH), non compris de l’univers du maître (CA), ou lecture trop calculée (SR).
1) Le seul parmi les grands noms à réussit le coup c’est Chailly, aidé par le luxueux orchestre de Concertgebouw, et une prise de son d’anthologie par Decca.
Mais pour rentrer en plein pied dans l’univers Mahlérien, c’est les trois surprenant outsiders que personne n’oserait parier qui me tiennent particulièrement au cœur :
2) Neumann/Leipzig. D’une tension inouïe dans un geste énergétique et rapide du chef, la symphonie avance comme un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage. Les membres de l’orchestre joue comme leurs vies en dépendent. La prise de son des années 60s ne peut être comparée avec Chailly, mais les oreilles s’adaptent sans peine.
3) Barshai/Junge Deutsche. Qui sait qui dit qu’un orchestre jeune ne peut pas joué du Mahler ? Tendez vous bien l’oreille, il surpassent Vienne et Berlin, et de plus c’est en concert. Le monstrueux coup de gong (tam-tam) à la fin du Scherzo vaut à lui seul le prix du coffret. Les tempi sont équilibrés. Barshai joue sur dynamique sans jamais sacrifier la clarté. Excellent prise de son (ADD, contrairement à la fausse indication DDD chez Brillant Classics).
4) Inoue/RPO. Voilà, sous vous ne comprenez pas pourquoi Alma Mahler a pensé que la 5ème ressemble à un concerto pour percussion, écoutez donc Inoue. C’est un enregistrement de concert. Lecture d’une grande cohérence. Inoue sait où il va et comment faire pour y aller.
Il y a une poigné d’enregistrements bien distingués et qui talonne directement les quatre précités : Gatti/RPO, avec des changements de rythmes digne de Scherchen. Schwarz/LSO (Vanguard), c’est Horenstein qui a répété l’orchestre, excellent enregistrement sauf un Adagietto trop rapide. Pour écouter la plus longue Adagietto, tournez vous vers Scherchen/Philadelphia (Tahra), malheureusement, Scherchen effectue quelques coupures de la partition. C’est Haitink/BPO qui détient la seconde place sur le podium du plus long Adagietto. Eschenbach/Houston SO (label???), en concert à Vienne, lecture lente, avec des phrasés longs, très Mahlériens dans l’esprit. Zander (Telarc), très sous-estimé en France, je pense que c’est le plus beau de son moitié-cycle. Gielen (le disque séparé paraîtra chez Hänssler à la rentrée), avec une lecture moderne et analytique, et à qui on peut sans hésitation faire confiance. Shipway/RPO excellent aussi, et Vernon, méconnu en dehors de Canada qui dirige un très bon orchestre étudiant comme Barshai, mais pas tout à fait du même niveau de ce dernier. Si vous tenez à Bernstein, c'est à Vienne qu'il faut tourner (en vidéo pour Unitel ou chez DG). Le palme du meilleur solo cor du Scherzo revient sans doute à Nicholas Bush pour Barbirolli/New Philharmonia en 1969, une lecture mystique à juste titre, bien qu’imparfait dans le choix de tempo (Scherzo). Mais mystérieusement, pendant la session d'enregistrement il a manqué 9 notes dans les mesures 541-555 qui est un contrechant des violons (vers 12'14, plage III). À l’initiative de Andrew Keener, après une session d’enregistrement de Mozart en 1987 avec LPO (où NB est devenu le corniste principal), NB est resté seul, et joué les 9 notes manquant en écoutant l’enregistrement de Barbirolli avec des casques. Les 9 notes manquant sont enregistrées et ensuite mixées par l’ingénieur du son Mike Clements avec la bande originale. L’année suivante (1988), l’enregistrement mystique de Barbirolli est restitué avec cette grosse faute finalement corrigée. Malheureusement, EMI a complètement oublié d’inclure cette correction dans l’édition « Great Recordings of the Century ». Donc si vous possédez une copie de la 5ème de Mahler Barbirolli chez EMI Studio Plus par exemple, conservez la précieusement.
Revenons au phénomène de l’échec systématique de l’orchestre de Berlin dans cet œuvre.
-Karajan: je trouve que les percussions, surtout dans le Scherzo (2ème mouvement) ne font pas l'impact dont je souhaite. Comme souvent c’est le cas avec Karajan, les traits des attaques de l'orchestre Berlinois ne sont pas assez tranchants pour moi. Cela manque de la netteté. Cette démarche pourrait marcher dans la musique de Sibelius, par exemple, mais moins bien dans Mahler. L’Adagietto est pris dans un tempo lent (12 minutes). Cette vision - jadis plus souvent pratiquée - est dépassée car on sait maintenant que cela ne représente pas la vérité Mahlérienne (une déclaration d’amour et non une contemplation tragique et théâtrale). Aucun chef de nos temps ne prend cette Adagietto à plus de 10 minutes.
- Haitink: c'est la sonorité maigre de l'orchestre de Berlin qui me gêne. L'orchestre joue magnifiquement bien dans les passages pianissimo (doux), mais dès que le volume augmente, je préfère une sonorité plus riche et opulente. Il semble que chacun des instruments Berlinois occupe un timbre trop spécifique et l'orchestre dans son entier ne remplit pas la largeur de la bande de fréquence sonore lorsqu’il joue fort. Dans la 7ème de Mahler, cette caractéristique est un bon point, car cela permet de bien distinguer les instruments et apprécier la palette des couleurs de l'orchestration de Mahler. Mais dans la 5ème, ça traduit souvent par un manque de punch (due aussi une partie de la lenteur de certain tempo choisi par le chef). Je suis plutôt d'accord avec George, je préfère la toute première version de la 5ème par Haitink avec l'Amsterdam.
- Abbado, c'est irréprochable techniquement, mais ce la manque de chair (ça c'est un avis très subjectif de ma part). Je pense que c’est tout de même la meilleure prestation des Berlinois de l’œuvre.
- Les interprétations de Boulez ont toujours suscité beaucoup de controverses. Personne n'arrive à se mettre d'accord. Moi même et un autre ami a moi avons souvent disputé sur le mérite de cet enregistrement de Boulez, malgré le respects que je porte sur le goût musical de mon ami. Pour ma part, c'est justement la sobriété qui me gêne dans la 5ème. En plus je trouve que la prise de son par DG n'est pas très réussit.
Bruno






Ne négligez pas non plus la version officielle chez Melodiya avec le Symphonique de Moscou!

Je n'ai pas écouté la version Audiophile Classics dont parle Frédéric, et qui avait reçu un 10 de Rép', depuis pas mal de temps... S'agirait-il du même orchestre ? Je vais enquêter...
