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Thread: Gabriel Fauré

  1. #1
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    Gabriel Fauré

    C'est un peu impulsivement (sur le coup de l'achat tout récent d'un excellent CD Chandos où le violoncelliste Christian Poltéra interprète notamment les deux sonates Op. 109 et 117) et poussé par la curiosité de voir s'il n'y a pas quelques "fervent(e)s fauréen(ne)s" sur ce forum que je me risque à créer ce petit fil .

    Dans mon adolescence, à part quelques mélodies de jeunesse entendues en diverses occasions (mais je les trouvais plutôt mièvres) et évidemment le Requiem (qui, je l'avoue, ne m'a pas beaucoup touché à la toute première écoute), le peu que je savais de Gabriel Fauré (1845-1924) se résumait pour ainsi dire à ceci : il avait eu Ravel comme élève. Ce dernier était alors l'une de mes "idoles", et je ne retrouvais chez le maître aucun des "sortilèges" (avant tout harmoniques) qui me ravissaient tant chez l'élève en question. Ce n'est que passé la trentaine, et une fois libéré de certains préjugés, que j'ai enfin fait l'effort d'écouter plus attentivement l'oeuvre de Fauré (musique de chambre, piano et mélodies, essentiellement, l'orchestre étant chez lui un peu secondaire). Et cet effort a été si fructueux (la découverte du 13ème Nocturne, du Quintette Op. 115, du Trio et de certains cycles de mélodies, en particulier, a même été pour moi une véritable révélation) que je me délecte maintenant de la musique de Fauré tout autant que de celles de Ravel et de Debussy. Même si elle appartient à un univers bien différent, une sorte de "monde à part" un peu "hermétique et automnal", aux audaces moins immédiatement apparentes mais bien réelles s'agissant des oeuvres de la maturité. Et peu importe que, dans une lettre adressée en août 1898 à l'éditeur Georges Hartmann, Debussy (qui était alors dépressif, encore relativement peu connu et très amer à l'idée qu'avait été composée sans qu'il en fût prévenu une musique de scène pour Pelléas et Mélisande) ait désigné méchamment Fauré en ces termes : "le porte-musique d'un groupe de snobs et d'imbéciles" (!!!) ... Car 110 ans après, me semble-t-il, on peut aimer la musique de Fauré et en parler objectivement sans craindre de se voir ainsi "catalogué" .

    Cela étant, avant d'en dire peut-être davantage et d'évoquer les enregistrements d'oeuvres de Fauré que je possède (en plus de nombreux disques isolés, j'ai plusieurs intégrales, aussi bien de l'oeuvre pour piano que de la musique de chambre et des mélodies), j'attends avec un peu d'anxiété vos éventuelles réactions .

    Quoi qu'il en soit, toute recommandation en fait d'interprétation serait pour moi la bienvenue. Car à part quelques "perles" à mon avis incontestables figurant dans ma collection (j'en ai déjà mentionné une en commençant ce post), je ne suis pas du tout sûr de la qualité du reste... Ça peut paraître étrange, mais c'est ainsi ...

    Jacques

  2. #2
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    Fauré est un compositeur que, comme vous, j'ai longtemps trouvé hermétique. J'ai l'impression qu'il est plus souvent gâché que d'autres par l'interprétation, cela devient vite mièvre ou rasoir ou terne (alors que rater une sonate de Beethoven, par exemple, il faut se lever tôt ; je dis rater au point de que l'oeuvre n'attire pas l'oreille : évidemment il y a des versions pas bonnes).
    Parmi les disques qui emportent toute mon adhésion, il y a les quintettes avec piano par le quatuor Domus. Et j'aime bien une des versions du requiem par Corboz (je suppose que ce nom va faire hurler dans les chaumières), mais je ne sais plus laquelle.

  3. #3
    Je connais mal Fauré, mais je garde deux grands souvenirs de concert : la bonne chanson et un quintette avec piano, peut-être celui dont Jacques parlait. C'est une musique que je connais très mal et que j'aimerais découvrir. D'ailleurs, je passe régulièrement devant une intégrale des oeuvres pour piano que j'hésite à acheter, celle de Jean-Philippe Collard (ça doit être chez Brillant).

  4. #4
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    Quote Originally Posted by lebewohl View Post
    j'aime bien une des versions du requiem par Corboz (je suppose que ce nom va faire hurler dans les chaumières), mais je ne sais plus laquelle.
    Bonsoir Lebewohl .

    Ce n'est pas parce qu'il est suisse, mais Corboz ne m'a personnellement jamais fait hurler , en tout cas s'agissant de répertoires autres que le baroque (auquel cas je lui préfère de loin des chefs moins "romantiques", genre Leonhardt, Savall, ou même Harnoncourt). Du Requiem de Fauré, il a enregistré sauf erreur trois versions : en 1972, en 1992 et en 2007. Celle que je préfère - dont l' "Agnus Dei" (pour choeur et orchestre, ce dernier étant pourtant, dans l'enregistrement en question, une modeste formation helvétique) reste le plus émouvant que je connaisse - est la première. Elle est reparue il y a quelques années, à prix modéré, dans la petite collection Erato "Le Voyage muscal".

    Je possède - parmi d'autres - l'enregistrement des deux Quintettes par les Domus (Hyperion), et pense en effet qu'il compte parmi les meilleurs à ce jour. Pour diverses raisons, les interprètes anglais font souvent merveille dans Fauré .

    Quant à votre opinion sur les risques plus grands de mal jouer Fauré et de ne pas lui rendre justice, je la partage sans réserve.

    Jacques

  5. #5
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    Quote Originally Posted by Antonin View Post
    je passe régulièrement devant une intégrale des oeuvres pour piano que j'hésite à acheter, celle de Jean-Philippe Collard (ça doit être chez Brillant).
    Bonsoir Antonin .

    Le problème, avec l'oeuvre pour piano de Fauré, c'est que des pièces à mon avis sublimes (certaines des Barcaroles, ou les derniers Nocturnes, notamment) voisinent avec des choses beaucoup plus faibles, ou très convenues. Mais au prix dérisoire que coûte maintenant l'intégrale Collard, je crois que vous ne risqueriez pas grand chose à l'acquérir, même si la prise de son (que je trouve un peu trop "claire" pour les pièces pleines de gravité et d'introspection que Fauré a composées vers la fin de sa vie) est peut-être un peu datée.

    Jean-Philippe Collard n'avait qu'environ 22 ou 23 ans lorsqu'il a entrepris cette intégrale, et on n'a pas manqué, à l'époque, de lui reprocher d'être beaucoup trop jeune pour aborder un tel "univers", censé réservé à des pianistes bien plus mûr(e)s. Mais avec le recul, ce reproche semble avoir été largement abandonné. Autrement dit, la réapparition récente chez Brilliant Classics de cette ancienne intégrale a été le plus souvent saluée avec enthousiasme, et beaucoup pensent qu'elle tient encore parfaitement la rampe. Je la possède, parmi plusieurs autres, et bien que je lui préfère celle de Jet Rölling (une pianiste hollandaise peu connue), parue entre 1991 et 2000 chez Ottavo Recordings (je doute toutefois qu'elle soit encore disponible), je crois que l'intégrale Collard peut être recommandée sans réserve à toute personne souhaitant découvrir ce répertoire à peu de frais.

    Sinon, il y a d'incontournables anthologies par d'anciens - voire "mythiques" - pianistes, comme celles de Vlado Perlemuter (Nimbus Records, que je possède) ou d'Yvonne Lefébure (elle est paraît-il bouleversante de profondeur et d'émotion dans le 13e Nocturne, mais je ne connais hélas pas cette interprétation, ni ne me souviens du label sous lequel elle est parue). C'est cependant une toute autre histoire, si j'ose dire ...

    Jacques

  6. #6
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    Les Domus sont très bien, je les écoute souvent à la maison... L'intégrale de la musique de chambre chez Emi avec Collard et ses potes est très belle aussi!

    Pour le reste je vais vous lire attentivement, Fauré me barbe royalement! Mais on sait jamais ce fil va peut être me faire sortir de ma forêt d'ignorance et de mauvais goût...

    thierry

    ps : heu... pour le Requiem, vous cassez pas, je suis perdu à jamais pour ce truc là!

  7. #7
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    << Sinon, il y a d'incontournables anthologies par d'anciens - voire "mythiques" - pianistes, comme celles de Vlado Perlemuter (Nimbus Records, que je poss&#232;de) ou d'Yvonne Lef&#233;bure (elle est para&#238;t-il bouleversante de profondeur et d'&#233;motion dans le 13e Nocturne, mais je ne connais h&#233;las pas cette interpr&#233;tation, ni ne me souviens du label sous lequel elle est parue). C'est cependant une toute autre histoire, si j'ose dire ...>>

    Je confirme que le disque r&#233;cital dYvonne Lef&#233;bure (paru chez FY-Solstice) est une merveille in&#233;gal&#233;e. Son interpr&#233;tation du treizi&#232;me nocturne (qui est un des chefs d'oeuvre absolus de la musique du XX&#232;me si&#232;cle sur la voie de l'atonalisme, faut-il le rappeler!...) est absolument incroyable!...
    M&#234;me Perlemuter est un cran au dessous compar&#233; &#224; elle. Jean Hubeau et Collard sont encore quelques marches au dessous.

    Parmi mes disques f&#233;tiches:
    Les magnifiques disques de musique de chambre parus chez Hyp&#233;rion (Quatuor Domus...). Par contre, je n'aime pas trop les disques de l'&#233;quipe Collard, Dumay, Lod&#233;on.
    Lod&#233;on surtout n'est vraiment pas tr&#232;s bon dans ce r&#233;pertoire.

    Toujours parmi mes disques f&#233;tiches
    Les m&#233;lodies par Camille Maurane, surtout le cycle g&#233;nial "la bonne chanson".

    L'oeuvre pour violoncelle par Peter Bruns (D'un naturel in&#233;gal&#233; dans ce r&#233;pertoire &#224; mon avis. M&#234;me Tortelllier romantise trop en comparaison...)

    Je n'ai pas encore trouv&#233; ma version id&#233;ale du Requiem. Je pr&#233;f&#232;re Corboz, Herrewegge et m&#234;me Fournet &#224; Giulini qui r&#233;alise &#224; mon avis le plus luxueux contre-sens de toute la discographie.
    Pour cette oeuvre, la querelle des &#233;ditions originales, r&#233;vis&#233;es, avec sucre ou &#224; l'aspartame, me parait totalement secondaire. L'oeuvre fonctionne parfaitement quand elle est bien jou&#233;e que ce soit dans les versions intimistes ou la version grand orchestre.

    << Pour le reste je vais vous lire attentivement, Faur&#233; me barbe royalement! >>

    Vous avez tort. C'est une musique d'une richesse et surtout d'une densit&#233; de pens&#233;e incroyable, mais qui ne se livre pas du premier coup au premier venu. Ce qu'elle a &#224; nous dire doit se m&#233;riter, comme une vue splendie au sommet d'une montagne accessible seulement par un sentier escarp&#233; et caillouteux.
    Le probl&#232;me c'est que d&#233;clarer qu'on aime Faur&#233; est beaucoup moins valorisant que d&#233;clarer qu'on aime ....... (remplacer les pointill&#233;s par le nom du compositeur de votre choix) dans les mileux snobs du parisianisme cultur&#233;. Donc les gens font moins l'effort.

  8. #8
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    D&#233;sol&#233; de tomber dans le clich&#233; le plus bateau, mais ce th&#232;me initial du second quintette est tellement sublime que je n'ai pas pu r&#233;sister!...

    YouTube - A Sunday in the Country (1984) - Trailer

  9. #9
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post

    Par contre, je n'aime pas trop les disques de l'équipe Collard, Dumay, Lodéon.
    Lodéon surtout n'est vraiment pas très bon dans ce répertoire.
    comme je le disais j'aime beaucoup sa musique de chambre. Et je ne connais que cette intégrale EMI. Si vous avez mieux je suis preneur! ( Je me demande d'ailleurs s'il n'y avait pas une intégrale chez Erato ? )

    Pour le reste je ne savais pas qu'il pouvait être de mauvais ton d'afficher sa passion pour Fauré!

    thierry

  10. #10
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    L'anthologie musique de chambre chez Erato me parait meilleure que celle d'EMI: il y a Tortellier, Hubeau, Le quatuor Via Nova... du beau monde!
    Mais le top du top &#224; mon avis, c'est l'anthologie Hyp&#233;rion autour du quatuor Domus.
    Et l'oeuvre pour violoncelle par Peter Bruns chez opus 111

  11. #11
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    C'est une musique d'une richesse et surtout d'une densit&#233; de pens&#233;e incroyable, mais qui ne se livre pas du premier coup au premier venu. Ce qu'elle a &#224; nous dire doit se m&#233;riter, comme une vue splendie au sommet d'une montagne accessible seulement par un sentier escarp&#233; et caillouteux.
    Le probl&#232;me c'est que d&#233;clarer qu'on aime Faur&#233; est beaucoup moins valorisant que d&#233;clarer qu'on aime ....... (remplacer les pointill&#233;s par le nom du compositeur de votre choix) dans les mileux snobs du parisianisme cultur&#233;. Donc les gens font moins l'effort.
    Bonsoir Alfredo ,

    Pour tout dire, je comptais un peu sur votre intervention. Et je suis enchant&#233; de la mise au point que vous avez faite, qui ne pouvait mieux traduire ma pens&#233;e. D'autre part, votre connaissance et votre compr&#233;hension de ce que mon professeur de piano - tout en insistant soigneusement sur ce qui les diff&#233;renciait - appelait avec enthousiasme "les trois grands Fran&#231;ais" (c'&#233;tait tout simplement Debussy, Ravel et Faur&#233;, comme vous vous en doutez, et ce n'est pas moi qui contredirai une telle &#233;vidence) viennent d'avoir sur moi, une fois encore, un effet certain : je viens de commander sur Amazon.fr ce fameux r&#233;cital d'Yvonne Lef&#233;bure dont je r&#234;vais depuis longtemps (de Faur&#233;, je n'avais par elle que le 6e Nocturne, compris dans le CD joint au DVD intitul&#233; "Une le&#231;on de vie").

    Et ma prochaine commande, malgr&#233; la satisfaction que me donne le disque Polt&#233;ra (les deux Sonates pour violoncelle et piano, le Trio, ainsi que le 13e Nocturne par la pianiste Kathryn Stott, un enregistrement paru r&#233;cemment chez Chandos), sera sans doute le r&#233;cital Peter Bruns que vous recommandez .

    Quant aux autres enregistrements mentionn&#233;s, je les ai d&#233;j&#224; tous et partage tr&#232;s largement les avis que vous avez exprim&#233;s (tant les "n&#233;gatifs" que les "positifs"). Si ce n'est que, s'agissant des m&#233;lodies et plus particuli&#232;rement de L'Horizon chim&#233;rique, j'aime aussi beaucoup le r&#233;cital Bernard Kruysen / No&#235;l Lee reparu en 2001 chez Na&#239;ve (j'ai toujours eu de l'admiration pour Kruysen, qui n'a pas une voix particuli&#232;rement belle mais dont la sensibilit&#233; musicale convient remarquablement bien &#224; ce r&#233;pertoire, il me semble - c'est aussi un peu gr&#226;ce &#224; lui que j'ai d&#233;couvert, en quelque sorte, les cycles "tardifs" de m&#233;lodies de Debussy, d'o&#249; mon attachement &#224; cet artiste).

    Et merci pour la vid&#233;o. Je ne suis pour ma part aucunement g&#234;n&#233; par les "clich&#233;s" que certains pourraient y voir. Et le th&#232;me initial du Quintette Op. 115, en effet, est tout simplement SUBLIME.

    Jacques

  12. #12
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    << Et le th&#232;me initial du Quintette Op. 115, en effet, est tout simplement SUBLIME. >>

    J'ai les avant-bras qui se h&#233;rissent instantan&#233;ment de chair de poule et les larmes qui perlent chaque fois que je l'entends.

  13. #13
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    Vous avez tort. C'est une musique d'une richesse et surtout d'une densité de pensée incroyable, mais qui ne se livre pas du premier coup au premier venu. Ce qu'elle a à nous dire doit se mériter, comme une vue splendie au sommet d'une montagne accessible seulement par un sentier escarpé et caillouteux.
    Le problème c'est que déclarer qu'on aime Fauré est beaucoup moins valorisant que déclarer qu'on aime ....... (remplacer les pointillés par le nom du compositeur de votre choix) dans les mileux snobs du parisianisme culturé. Donc les gens font moins l'effort.
    Dans le cas particulier je dirais que c'est surtout une musique un peu secrète. Je suis très loin d'avoir trouvé toutes les portes, mais ce qu'il y a c'est que c'est rarement "flashy", si vous me passez l'expression. Et quelques-unes des mélodies peuvent paraîtres des caricatures de mélodie, à première écoute (ne serait-ce qu'à cause des textes...).

    Pas valorisant? je ne sais pas ; et je ne trouve même pas quels compositeurs seraient valorisants auprès de parisianistes! Je ne crois pas que ce soit un problème, de toute façon, pour qui aime la musique plus que les salons, si?

  14. #14
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    J'ai toujours entendu dire que Faur&#233; &#233;tait un compositeur de salon, mais je n'&#233;coute que mes oreilles, et ces derni&#232;res me disent que c'est un compositeur important.
    Elles en font des choses, mes oreilles, n'est-ce pas ?

  15. #15
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    Lebewohl a dit:

    << Dans le cas particulier je dirais que c'est surtout une musique un peu secr&#232;te. Je suis tr&#232;s loin d'avoir trouv&#233; toutes les portes, mais ce qu'il y a c'est que c'est rarement "flashy", si vous me passez l'expression. >>

    C'est bien l&#224; qu'est le probl&#232;me!...
    Debussy et Ravel ont compos&#233; des oeuvres tout aussi &#233;labor&#233;es novatrices et profondes, mais beaucoup de leurs oeuvres (pas seulement leurs oeuvres de jeunesse d'ailleurs, m&#234;me certains de leurs plus grands chefs d'oeuvre) sont capables de secouer imm&#233;diatement l'auditeur n&#233;ophyte, d'accrocher efficacement l'oreille et d'impressionner ou d'&#233;mouvoir d&#232;s la premi&#232;re &#233;coute.
    Elles constituent donc des portes d'entr&#233;e tr&#232;s efficaces &#224; leur univers personnel m&#234;me pour le public lambda qui n'est pas imm&#233;diatement en phase avec leur sensibilit&#233; particuli&#232;re.

    Peu importe que leurs oeuvres soient consid&#233;r&#233;es comme "savantes". Le grand public issu de la vari&#233;t&#233; peut &#233;couter Daphnis et Chlo&#235; de Ravel avec les m&#234;mes rep&#232;res et les m&#234;mes codes esth&#233;tiques qu'une musique de film de John Williams ou d'Ennio Morricone et recevoir de plein fouet d&#232;s la premi&#232;re &#233;coute l'impact de ce chef d'oeuvre.

    Chez Faur&#233;, les portes du "Jardin clos" sont parfois difficiles &#224; trouver, m&#234;me pour le m&#233;lomane plein de bonne volont&#233; et d'a-prioris positifs.
    Les tubes sont rares (la Pavane et la Sicilienne principalement, la Pavane ayant eu les honneurs d'adaptations en rock ou en rap). et ils donnent une id&#233;e fausse de l'auteur: musique pour salon proustien, &#233;l&#233;gante, limite mi&#232;vre: une sorte de Chopin modern-style sophistiqu&#233; et d&#233;cadent, surcharg&#233; de volutes tarabiscot&#233;es comme les affiches de Mucha, dans lequel l'oreille habitu&#233;e aux compositions plus sobres de Ravel et Debussy se perd comme dans un labyrinthe.

    Alors que Faur&#233; est un compositeur "Proustien" oui, mais au sens de la "sonate de Vintheuil": Il a su comme personne d'autre au monde composer l'insaisissable musique de l'indicible, titiller en nous des terminaisons nerveuses engourdies, inhib&#233;es et oubli&#233;es. R&#233;veiller des &#233;motions bouleversantes mais volatiles et fugitives, et qui comme l'ombre d'Euridyce s'effacent quand on veut les regarder droit en face au lieu de les laisser insidieusement nous envahir.
    Proustien, oui, comme la sensation de la madeleine (qui n'est pas li&#233;e &#224; la composition culinaire du g&#226;teau), ou comme la description de la sonate de Vintheuil (qui r&#233;sitera &#224; l'analyse musicale objective, partition en main).

    Je me souviens de ma premi&#232;re &#233;coute du quatuor avec piano de Faur&#233;. J'&#233;coutais le d&#233;but attentivement scolairement. Je trouvais &#231;a bien &#233;crit, mais un peu ennuyeux. A un moment j'ai d&#233;croch&#233;, laiss&#233; mon esprit vagabonder et subitement un frisson fugitif issu de la musique m'a parcouru des pieds &#224; la t&#234;te et fait vibrer d'une &#233;motion inconnue. Je me suis aussit&#244;t reconcentr&#233; sur la musique et il a paradoxalement aussit&#244;t disparu.
    Commme dans ces st&#233;r&#233;ogrammes o&#249; il ne faut surtout pas regarder nettement l'image pour que la figure crypt&#233;e en relief apparaisse, il faut, dans la musique de Faur&#233; trouver la bonne distance d'&#233;coute pour que l'&#233;motion cach&#233;e nous envahisse.

  16. #16
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    C'est fort bien dit!

  17. #17
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    J'ai les avant-bras qui se h&#233;rissent instantan&#233;ment de chair de poule et les larmes qui perlent chaque fois que je l'entends.
    C'est tr&#232;s exactement ce que j'&#233;prouve moi-m&#234;me. Et &#224; bien d'autres endroits aussi, en particulier dans le troisi&#232;me mouvement (Andante moderato), d'une beaut&#233; bouleversante.

    Le public qui assistait &#224; la cr&#233;ation, le 21 mai 1921 &#224; la Soci&#233;t&#233; nationale de musique, a d'ailleurs imm&#233;diatement compris la port&#233;e exceptionnelle de ce chef-d'oeuvre si l'on en croit cet &#233;tonnant t&#233;moignage, rapport&#233; bien plus tard par Philippe Faur&#233;-Fremiet, fils du compositeur :

    "Au dernier accord tout le monde fut debout, on hurlait, les mains tendues vers la grande loge des jurys o&#249; Gabriel Faur&#233;, qui n'avait d'ailleurs rien entendu, &#233;tait cach&#233;. Il s'avan&#231;a tout seul, hochant la t&#234;te jusqu'au premier rang... il &#233;tait tr&#232;s p&#226;le."

    A cet &#233;gard, il n'est pas inutile de rappeler (car cette infirmit&#233; a jou&#233; un grand r&#244;le dans l'&#233;volution de son &#233;criture musicale) que depuis de nombreuses ann&#233;es Faur&#233; souffrait d'une forme de surdit&#233; tr&#232;s p&#233;nible. Elle se caract&#233;risait non pas tellement par une diminution progressive de la perception des sons dans leur ensemble, mais par une d&#233;formation irr&#233;m&#233;diable de ces derniers, ne lui permettant d'entendre &#224; peu pr&#232;s correctement - mais faiblement - que le registre m&#233;dian, les autres &#233;tant tout "d&#233;cal&#233;s" (jusqu'&#224; une tierce en-dessus pour l'aigu et une tierce en-dessous pour le grave, semble-t-il). D'o&#249; un isolement tragique, que l'on a parfois compar&#233; &#224; celui dont avait souffert Beethoven. Comme le souligne le livret joint au CD de la belle version du Deuxi&#232;me Quintette par James Ehnes, Mira Wang, Naoko Shimizu et Louis Lortie (un disque Sony, o&#249; l'oeuvre est coupl&#233;e avec le Quintette Op. 44 de Schumann) : "s'aggravant au fil du temps, [cette surdit&#233;] conduisit Faur&#233; &#224; privil&#233;gier une expression musicale faisant na&#238;tre un espace int&#233;rieur, laissant toujours r&#233;sonner une douce m&#233;lancolie, mais sans tomber dans le vague &#224; l'&#226;me criard ni le sentimentalisme exalt&#233;."

    Jacques

  18. #18
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    Quote Originally Posted by JYDUC View Post
    J'ai toujours entendu dire que Faur&#233; &#233;tait un compositeur de salon, mais je n'&#233;coute que mes oreilles, et ces derni&#232;res me disent que c'est un compositeur important. Elles en font des choses, mes oreilles, n'est-ce pas ?
    Oui, Jean-Yves . Vos oreilles sont certainement tr&#232;s musicales, et vous pouvez sans aucun doute leur faire confiance .

    Et merci de tout coeur, Alfredo , pour votre nouvelle contribution. Sur tous les points que vous abordez, je vous approuve sans r&#233;serve.

    Jacques

  19. #19

  20. #20
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    Un grand merci pour ces vid&#233;os, Jean-Yves .

    J'avais justement r&#233;&#233;cout&#233; hier, avec grand plaisir, ce Quatuor avec piano No 1 Op. 15 (une oeuvre dont la premi&#232;re ex&#233;cution compl&#232;te remonte &#224; 1887, mais qui avait &#233;t&#233; compos&#233;e bien ant&#233;rieurement). C'&#233;tait dans la version enregistr&#233;e en 1990 pour Sony Classical par Emanuel Ax, Isaac Stern, Jaime Laredo et Yo-Yo Ma, une version tr&#232;s somptueuse (peut-&#234;tre m&#234;me un peu trop, car certains la trouvent "carr&#233;ment brahmsienne" ) qui semble rallier presque tous les suffrages, en tout cas chez nos amis anglo-saxons.

    Jacques

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