





Je ne saurais pas l'expliquer parce queje ne suis pas assez fortiche, mais en effet certaines pièces de Fauré font un effet voisin de celui produit par certaines pièces de Brahms (la musique de chambre au premier chef). De même que la pièce opus 118 n°6 m'évoque souvent Debussy.
Pourtant, le "germanisme" de Brahms est bien souvent opposé à la "transparence" de la musique de française, mais, si je vois bien ce que l'on veut dire en comparant la 1ère sonate pour piano de Brahms au Prélude à l'Après-midi d'un Faune, je ne serais pas tenté de généraliser.


Je ne suis pas fortiche du tout non plus, et j'ai souvent pris du Brahms pour du Fauré.
Le mélange d'alanguissement et de lyrisme échevelé, peut-être?



ah... c'est une jolie définition!






<< Dans l'esprit la musique de chambre de Brahms n'est peut être pas si éloignée de celle de Fauré ? Mais ça c'est une discussion pour les fortiches...>>
Je confirme que j'ai aussi cette impression.
Je trouve que le début du finale du double concerto de Brahms (juste avant le tutti de l'orchestre) a un côté fauréen, surtout le thème du violoncelle à 0 : 47 !!!....
YouTube - Brahms: Double Concerto, Op. 102 (Part 4)



Merci Jyduc pour le magnifique premier quatuor avec piano qui est effectivement la toute première oeuvre que je conseillerais en absolue priorité à un mélomane néophyte désireux de découvrir Fauré.
(Ensuite je conseillerai le second Quintette déjà cité plus haut et qui est peut-être son plus grand chef d'oeuvre)



YouTube - Fauré - Après un rêve - Nathalie Stutzmann
En écoutant ceci, l'on se rend compte que la voix humaine et le violoncelle sont proches, si proches...



Thierry a abordé un sujet bien intéressant, et les réflexions qu'il a suscitées montrent en tout cas que certains cloisonnements sont beaucoup moins rigides qu'on pourrait le penser.
Je suis évidemment loin d'être un "fortiche" en la matière (), même si je fréquente Brahms assez régulièrement. Avec le temps, quand même, ses Op. 116 à 119 pour piano sont devenus pour moi des pièces "d'île déserte", et les couleurs automnales qu'on trouve dans sa musique de chambre (je pense à certaines oeuvres tardives, comme les deux Sonates pour clarinette et piano) me procurent des émotions assez voisines de celles que je ressens en écoutant Fauré.
Ce que je crois, en tout cas, c'est que Fauré se rattache comme Brahms, en raison simplement de l'époque à laquelle il commencé à composer, à un grand courant romantique qui dominait encore toute la musique occidentale et qu'il est resté fidèle à ce courant jusqu'à sa mort (il composait encore pour le piano des barcaroles et des nocturnes en un temps où étaient créés le Pierrot lunaire ou le Sacre du printemps, des oeuvres que sa surdité et son isolement ne lui ont sans doute même pas permis d'entendre). La différence réside donc bien dans un certain "style spécifiquement français", une sorte d' "état d'esprit" lié à une culture ayant son génie propre. Mais de telles notions, qui ne sont finalement que des clichés commodes, restent quand même bien difficiles à caractériser... S'agissant de Fauré, on voit en tout cas très vite que plus on s'avance vers ses oeuvres de la grande maturité (de l'avis de beaucoup, celle-ci débute vers 1906, année de la création du Premier Quintette), moins se justifie le reproche sempiternel fait à ce style particulier par les puristes du romantisme germanique d'être soi-disant "superficiel" ou "d'une légèreté un peu frivole"... "Légère et frivole", la Sonate pour violoncelle et piano en ré mineur Op. 109 ? "Superficiel", le Second Quintette en ut mineur Op. 115 ? C'est à l'évidence tellement faux qu'on aimerait pouvoir en rire pour ne pas avoir à en pleurer !
Pour sourire quand même, et peut-être ajouter un peu de confusion au débat (
), je me risque à évoquer - sans être trop sûr des détails - une petite anecdote qu'on m'a racontée il y a longtemps à propos du seul membre de ma famille ayant consacré entièrement sa vie à la musique (c'était en fait l'oncle du mari d'une des soeurs de mon père). Maurrassien pur et dur, encore plus conservateur que Vincent d'Indy (
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), il s'appelait Aloÿs Fornerod (1890-1965) et devint compositeur, puis directeur d'un petit conservatoire (sa renommée ne dépassa toutefois jamais les frontières locales). Mais chose étrange, alors qu'il affichait en bon maurrassien une aversion quasi viscérale pour tout ce qui, en musique, était d'essence romantique (donc, selon lui, "germanique"), il avait deux modèles absolus (ses dieux, en quelque sorte) : Ravel, ce qui n'a rien de surprenant, et... Fauré, ce qui est beaucoup moins compréhensible, compte tenu de ses principes; il n'appréciait en revanche pas du tout Debussy, qu'il tenait pour beaucoup trop "romantique" à son goût (allez y comprendre quelque chose
!)... Cela étant, lorsqu'il était collégien et que Fauré, qui parfois séjournait à Evian, prenait le bateau pour se rendre à Lausanne (l'illustre compositeur devait avoir des habitudes très régulières), il arrivait paraît-il au jeune Aloÿs d'attendre "des heures" l'arrivée du bateau, et cela rien que pour apercevoir, de loin, son idole marcher sur le débarcadère avec son traditionnel canotier sur la tête; puis le gamin allait s'en vanter à tous ses copains
. Une époque charmante mais bien révolue, pour le moins
...
Jacques






Heu! Jacques! Sans vouloir faire la leçon, le charme c'était pas à tous les étages de la société hein ?![]()






hou! La! Et pourquoi pas la Belle Otéro! Attention ces images étaient à l'époque border line pour Anastasie!



Exactement, Lebewohl! C'est quand même un peu triste, quand j'y pense
.
Mais de toute façon, je doute que Pascal Dusapin (ou Boulez, ou tout autre compositeur classique contemporain que vous voudrez) vienne souvent à Lausanne par bateau en partant d'Evian, comme Fauré le faisait bien tranquillement au début du siècle passé... Les choses ont beaucoup changé, dirait-on, et à tout point de vue
.
Jacques



Depuis que Pierrot Boulez a composé Dérive I puis II, il hésite à prendre le bateau...![]()









Il y a longtemps que je n'avais pas ri autant devant mon ordinateur!
Pour retrouver mon sérieux, je me demande si je ne vais pas réécouter le Deuxième Quintette de Fauré, avant d'aller dormir (
)...
Quoi qu'il en soit, je vous souhaite à tous une bonne nuit.
Jacques



YouTube - Piatigorsky plays Faure Elegie
Pour attaquer la journée sur de bonnes bases.
Toujours cette similitude entre l'instrument en forme de corps de femme et la voix humaine...
Bonne journée



A propos de la similitude que vous avez établie, Jean-Yves, je pense qu'on ne saurait mieux dire. Et merci à nouveau pour ces belles vidéos !
Avant d'évoquer les trois intégrales des mélodies que je possède (pour les récitals, il y en a d'innombrables, mais quelques bonnes suggestions ont déjà été faites sur ce fil), je voudrais évoquer brièvement deux domaines qui me tiennent un peu moins à coeur : l'oeuvre lyrique et l'oeuvre pour orchestre de Fauré.
Le théâtre lyrique intéressait semble-t-il beaucoup Fauré, et il a composé pour lui quelques oeuvres remarquables. Voici l'essentiel de ce que je possède en la matière :
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Pénélope, son unique opéra, a été créé le 10 mai 1913 au Théâtre des Champs-Elysées, après une longue gestation (sa composition avait débuté en avril 1907, de sorte que "tout le monde l'attendait avec impatience"). Et des renseignements très détaillés figurent à son sujet dans le livret joint à la version ci-dessus. Mais si j'y perçois beaucoup de belles choses, j'avoue que cette oeuvre, bien que sans doute importante, reste pour moi la plus hermétique de toutes. Et ce n'est pas sans raison, je crois, que le critique Jean Marnold lui a reproché à l'époque sa "sobriété excessive", ainsi que son "manque d'éclat et de diversité". Je vais toutefois faire l'effort de réécouter bientôt cet opéra avec la plus grande attention, pour tester à nouveau mes impressions.
La tragédie lyrique Prométhée (créée avec éclat en 1900 aux Arènes de Béziers), qui figure sur l'autre enregistrement (c'était déjà une rareté quand il est paru il y a plus 20 ans et je doute fort qu'il soit encore disponible), est en revanche bien plus accessible. Je lui trouve même des charmes assez inattendus... Si, comme moi, vous êtes sensibles à l'envoûtement que procure l'écoute de la Damoiselle élue ou de Sirènes, de Claude de France, jetez un coup d'oreille à tels passages (avec orchestre et choeurs) figurant dans le "Cortège de Pandore" [Acte II] ou le "Choeur des Océanides" [Acte III] : vous vous demanderez alors si Debussy (celui de sa première période créatrice) n'a pas tout de même exercé une petite influence sur son ainé, aussi fugitive soit-elle...
S'agissant de l'orchestre proprement dit, Fauré n'y attachait pas une très grande importance et ne s'intéressa ni à la symphonies, ni au concerto (au sens strict du terme). Il a tout de même composé dans ce domaine un certain nombre d'oeuvres de très belle facture, et quelques-unes sont même devenues assez populaires. J'en possède une intégrale (elle tient en deux disques), qui est la suivante :
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En ce qui concerne la Ballade, composée par Fauré vers 1880-1881 (il en existe une version pour piano seul et une autre avec orchestre), je ne résiste pas au plaisir de reproduire ci-dessous le bref commentaire que Debussy écrivit à son sujet le 9 mars 1903 dans la revue Gil Blas (un petit chef-d'oeuvre de sensibilité et d'ironie) :
" (...) Nous avons entendu après une ballade pour piano et orchestre du Maître des charmes qu'est Gabriel Fauré, presque aussi jolie qu'est Mme M. Hasselmans qui tenait la partie du piano en remontant d'un geste charmant une épaulette qui se dérobait à toute gamme un peu vive. Je ne sais pas pourquoi il s'est établi en moi une association d'idées entre le charme du geste précité et la musique de Fauré. C'est pourtant par ce jeu aux lignes si gracieusement fuyantes que décrit la musique de Fauré qu'on peut la rapprocher d'un geste de jolie femme sans crainte de désobliger l'une ou l'autre." ()
Jacques