Sur la lancée de la musique américaine entamée ici, un autre compositeur qui vaut le détour. Carter a , de mon point de vue, une facilité naturelle a écrire une musique atonale aérée et décomplexée. Peu de compositeurs parviennent à donner une forme spécifique à la grisaille atonale : chez Carter ce type d'écriture est une seconde nature, c'est spontané et sans prise de tête. Sa musique est sympa, comme son nom et comme le bonhomme en général (paraît-il). Ca se voit assez, je trouve :
Il a été un élève de Nadia Boulanger, évidemment et de Walter Piston à Harvard.
Il utilise une technique qu'il appelle "modulation métrique" qui consiste à faire jouer les instruments sur des tempi différents, et ceci simultanément. Ca produit un effet de souplesse étonnant sur le tissu rythmique - on s'y égare agréablement. Le sommet de son oeuvre consiste en une série de cinq quatuors, et c'est par là que je vais commencer, une fois n'est pas coutume.
Quatuor n°1 (1951 - 42' )
De tous ses quatuors, celui-ci est le plus long, sans pour autant être le plus marquant. L’écriture, très chromatique sans être absolument atonale, est très complexe : intrications mélodiques labyrinthiques, rythmes d’une abyssale complexité. Cette œuvre a valu a Carter une reconnaissance internationale, et témoigne déjà de sa maîtrise du genre. On y décèle un trait caractéristique de sa musique : des mélodies quasi-infinies en perpétuelle évolution. L'influence de Ives est assez perceptible dans le final.
Quatuor n°2 (1959 - 23' )
Une série de miniatures cristallines dans un style franchement atonal cette fois. Cet aspect minimaliste contraste radicalement avec l’emphase du précédent quatuor, même si le style du compositeur, qui s’affirme définitivement, est aisément identifiable. Pour rester dans la subjectivité totale de mes petites présentations, les 9 micro-mouvements m'ont évoqué les humeurs suivantes : 1- affectueux 2- animé 3-agité 4- perplexe 5- réfléchi 6- rêveur 7- frénétique 8- colérique 9- départ.
Quatuor n°3 (1971 - 21' )
C'est dans cette oeuvre que le compositeur a mis en pratique sa technique de la modulation métrique. Le principe en est le suivant: on regroupe les instruments du quatuor deux par deux (en général violon + alto et violon + violoncelle) et on les fait jouer sur des tempi différents. Si l'on cumule ce principe avec le sérialisme intégral dont Carter est adepte, on obtient un éclatement absolu de la musique. Je ne sais pas trop pourquoi ses quatuors évoquent pour moi le travail du bois. C'est très boisé.
Quatuor n°4 (1986 - 29' )
Comme le quatuor précédent, celui-ci est composé selon les principes de la modulation métrique, ce qui produit un effet d'éclatement extrême: on ne sait plus trop dans quelle direction tendre l'oreille, ce qui est assez déstabilisant. Si l'on devait chercher un fil directeur, il ne serait ni mélodique, ni harmonique ni rythmique, ces paramètres demeurant trop complexes pour être saisis, ce serait sans doute dans ce curieux optimisme fondé sur des spasmes de tension dramatique. On ne sait ce qui rend la musique de Carter agréable à écouter, "malgré tout", oserait-on dire. Il y a là une magie qui tient probablement dans la parfait décontraction avec laquelle le compositeur manipule l'atonalité la plus abstraite. Carter est sans doute le seul compositeur à se sentir absolument chez lui dans l'abstraction totale, aussi curieux que cela puisse paraître, l'intellectualisme qui a étouffé tant d'autres compositeurs n'atteint pas Carter.
Fragment pour quatuor (1994 - 5' )
Un remarquable travail sur le timbre, on se sent chez Scelsi dans ces traînées de cordes aigües et ces frottements de notes. C'est du reste tellement influencé par Scelsi qu'on ne voit plus trop où est passé Carter: très joli, mais certainement pas ce qu'il a fait de plus personnel.
Quatuor n°5 (1995 - 20' )
Un série de miniatures qui renvoie, dans l'esprit, au quatuor n°2, avec une méticulosité plus accrue ici, et une attention portée sur les timbres qui laisse penser que Carter n'a pas toujours été insensible aux recherches de Feldman. on se croirait le nez dans la pelouse à observer la vie des insectes. Nettement plus économe dans ses moyens que les précédents (la plupart du temps les instruments jouent seuls, beaucoup de silences)
Les indications de style ci-dessous ne figurent pas dans la partition, il ne s'agit que d'impressions d'écoutes impressionistes. 1- sec 2- fuyant 3- sautillant 3- 4- méditatif 5- hésitant 6- chuchotements 7- discret 8- cynique 9- espiègle 10- contemplatif 11- catégorique 12- je sais pas.


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je n'ai rien découvert d'autres de Carter! Mais je compte sur vous! 


) :

- Columbia US, qui devrait mettre les petits plats dans les grands pour fêter Elliott Carter.

Le premier volume sera consacré aux 1er et 5ème quatuors! Sortie française en janvier 2008! Mais je crois que les disques Naxos sortent plus tôt aux US ?




, et je ne trouve pas cela pesant.
