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Thread: Porgy & Bess

  1. #1
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    Porgy & Bess

    Une intégrale live de Porgy & Bess vient de paraître avec la distribution de rêve qu'on n'osait plus espérer: Leontine Price, Willam Warfield et Cab Calloway !!!!!......
    (...et aussi John Macurdy, apparemment, mais je ne sais pas dans quel rôle...) dirigés par le chef même de la création de l'oeuvre.
    J'ai entendu des échantillons sur un site de vente, la qualité sonore à l'air très satisfaisante pour une bande radio live des années 50.

    Qui a eu l'occasion d'entendere cet enregistrement en entier et peut nous en dire plus?

  2. #2
    Moi, je sais qui l'a écouté.

    Mzlo, l'homme qui connaît l'homme qui a vu l'ours.

  3. #3
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    "l'homme qui connaît l'homme qui a vu l'ours..."
    Beaucoup de personnes connaissent l'ours, mais l'ours, lui, ne connaît personne ...

  4. #4
    Alfredo, vous aurez une réponse à votre question à la rubrique discothèque-nouveautés rentrée. Globalement, c'est une intégrale superbe même si la prise de son, très correcte pour l'époque, n'apporte pas tout le confort moderne.

  5. #5
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    John Macurdy interprète quel rôle?

  6. #6
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    John Macurdy interprète quel rôle?
    Alf, n'est-ce point là le Commandeur de la célébrissime version - sans pour autant être bonne - du "Don Giovanni" de Maazel/Losey ?

  7. #7
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    Oui, c'est bien lui!

  8. #8
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    je ne savais pas qu'une sortie était prévue en cd.
    Il s'agit bien d'un document irremplaçable sur le fameuse tournée de 52 qui a rendu célèbre Leontyne Price.
    Le spectacle est très enlevé, ceux qui ont l'habitude d'une version plus tirée vers l'opéra (comme celle de Houston, ou la version Maazel) auront sans doute quelques surprises, car il y a place pour une certaine réappropriation par Cab Calloway (créateur du rôle de Sportin'Life) par exemple. Certaines scènes (dont celle du Buzzard) sont déplacées vers le troisième acte.
    Pour une bande radio le son est exceptionnel.
    Evidemment, par rapport au disque d'extraits de studio bien connu, on regrette que Summertime ou My man's gone now ne soient pas chantés par Léontyne Price, mais en live, elle ne pouvait pas raisonnablement chanter les trois rôles...

    Où en a-t-on parlé ailleurs? je ne trouve pas cette rubrique de nouveautés discographiques...

  9. #9
    Pour répondre à votre question, Alfredo, John Macurdy interprète le rôle de Crown.

  10. #10
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    << il y a place pour une certaine r&#233;appropriation par Cab Calloway (cr&#233;ateur du r&#244;le de Sportin'Life) par exemple. >>

    Je croyais que le cr&#233;ateur de Sportin Life &#233;tait John W Bubbles qui interpr&#232;te le r&#244;le dans la s&#233;lection RCA o&#249; Leontine Price chante les trois r&#244;les?....

  11. #11
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    en effet vous avez raison, Bubbles est bien cité comme créateur du rôle dans la version scénique, quoiqu'il n'apparaisse pas dans les enregistrements "original cast" de 1940. On rapporte en plusieurs endroits que c'est pour Cab Calloway que Gershwin aurait écrit le rôle d'où mon erreur: à la suite de quelles péripéties a-t-il choisi un autre chanteur? je n'ai pas trouvé la réponse.

  12. #12
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    En résumé, les principaux solistes de la création (dirigée par Alexander Smallens), le 30 septembre 1935 au Colonial Theatre de Boston, étaient :

    Porgy : Todd Duncan
    Bess : Anne Brown
    Clara (cf. "Summertime") : Abbie Mitchell
    Serena : Ruby Elzy
    Jake : Edward Matthews;
    Sportin' Life : John W. Bubbles.

    Les cinq premiers chanteurs peuvent être entendus (mais malheureusement pas Bubbles) dans un enregistrement radiophonique réalisé à New York le 19 juillet 1935, lors d'une répétition avec effectif réduit où Gershwin, dirigeant de son piano - tout en chantant au début - les quelques instrumentistes et les solistes, joue une part extrêmement active. Cette "avant-première" historique un peu précaire mais très émouvante était naguère fort difficile à trouver. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, du moins depuis "l'année du centenaire" (1998) où énormément d'enregistrements, plus ou moins intéressants, ont été republiés.

    Je signale en outre que Leontyne Price, après la fantastique intégrale de 1952, a participé en tout cas à un autre enregistrement resté célèbre de l'oeuvre (j'en possède les principales scènes, sur un album BMG Classics) : celui réalisé en stéréo à Brooklyn en 1963, avec le RCA Victor Orchestra and Chorus dirigé par Skitch Henderson (c'est de cette version que j'ai tiré la première des deux vidéos - avec son uniquement - mise le 5 novembre dernier sur le fil Gershwin). Et ce qui est assez extraordinaire, c'est que c'est encore John W. Bubbles qui tient, 28 ans après la création, le rôle de Sportin' Life.

    Jacques

  13. #13
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    S'il se trouve une seule personne ayant le courage de lire jusqu'au bout ce message (car en fait de longueur de texte reproduit, j'ai sorti "la grosse artillerie"), ce serait déjà une immense performance .

    Mais ceux qui aiment Porgy and Bess et s'y intéressent pourraient y trouver quelques précieux renseignements .

    Alors voilà...

    Il y a environ deux ans paraissait chez Decca cet enregistrement, par John Mauceri, le Nashville Symphony Orchestra & Chorus et divers solistes talentueux, qui fit sensation et fut en général très bien accueilli par la critique (je l'ai bien sûr acheté, pour l'ajouter à mes autres versions) :




    La démarche de Mauceri et de son équipe ? Elle est expliquée avec force détails dans le très long texte (), rédigé par Wayne Shirley, que je reproduis ci-dessous.

    Jacques

    ---------------------------------------------------------------------

    "Lorsque Porgy and Bess fut représenté pour la première fois à Boston le 30 septembre 1935, ses créateurs se trouvèrent confrontés à un problème : l'opéra, avec ses deux entractes, durait trois heures et demie. Porgy and Bess était programmé pour démarrer à Broadway à 20 heures 30, l'heure traditionnelle du lever de rideau, dans moins d'un mois, et si le spectacle n'était pas abrégé, une grande partie des spectateurs devraient partir avant la scène finale pour ne pas rater les trains de minuit qui les ramèneraient dans leurs différentes banlieues. Le compositeur George Gershwin et le metteur en scène Rouben Mamoulian durent opter ensemble pour une série de coupures, et lorsque Porgy and Bess fut lancé à Broadway à la mi-octobre, environ trente-cinq minutes de musique avaient été supprimées de la partition. Porgy and Bess fut donné dans cette version pendant toute la durée de sa série de représentations sur Broadway et au cours de toute la tournée nationale qui suivit (lors de laquelle, incidemment, le spectacle mit fin à la ségrégation en vigueur au National Theatre de Washington). Cette même version fut donnée en tournée californienne en 1938, un an après la mort de Gershwin.

    "Alors qu'est-ce que Gershwin et Mamoulian coupèrent ? Quelques numéros entiers furent supprimés, notamment la "Buzzard Song"de Porgy, air ultra-sérieux situé entre "I got plenty o' nuttin"et "Bess, you is my woman now". Cette suppression se fit en partie pour éviter de fatiguer la voix de Todd Duncan — "Si nous ne la coupons pas, vous n'aurez plus de Porgy quand nous arriverons à New York", expliqua Gershwin à son frère Ira.

    "D'autres numéros furent abrégés, notamment le solo de piano qui ouvre le premier tableau de l'Acte un (dans sa version intégrale, il est enregistré par les pianistes sous le titre de "Jasbo Brown's Blues"). Un autre bon exemple de cet élagage est "Leavin' for de Promise' Lan'", le "spiritual sur rails" qui conclut le premier acte. À l'origine, l'introduction ("Oh, the train is at the station..."), qui débute lentement et prend peu à peu la vitesse d'un train express, était répétée plus loin dans le morceau sur un texte différent. Non seulement le fait de couper cette reprise faisait gagner quelque deux minutes de temps à Porgy and Bess, mais il dissipait aussi toute confusion : dans la version intégrale, le train semble avoir effectué une escale pendant son trajet vers la terre promise.

    "Cependant, la plupart des coupures concernaient des portions de dialogue brèves ou peu importantes : des passages d'exposition qui semblaient inutiles, du jeu de scène secondaire dans la partie de dés du premier tableau de l'Acte un (il en reste assez pour évoquer assez bien le bavardage des joueurs), des épisodes certes efficaces dans la pièce dont s'inspire Porgy and Bess mais superflus dans l'opéra. Prenons pour exemple la scène de l'ouragan, où Crown harangue les habitants de Catfish Row qui chantent un spiritual blottis dans la chambre de Serena avant d'entamer son blues provocateur et blasphématoire : ce qu'il chante dans la version écourtée est bref et tranchant — "If Gawd want to kill me..."; dans la scène intégrale, il continue en mettant divers personnages (Peter, Serena) au défi de sortir dans l'ouragan et de rejoindre leur fameuse terre promise. Ce qui était fort dans la pièce était devenu une invective indistincte dans l'opéra. De la pièce de théâtre, Gershwin et Mamoulian empruntèrent également le procédé employé par Mamoulian pour ouvrir la scène finale : Catfish Row se réveille dans une série de bruits — ronflements, coups de balai ou de marteau, tapis battus, enfants qui sautent à la corde — qui s'assemblent en un dessin rythmique duquel émerge la musique. La majeure partie de l'ouverture écrite par Gershwin pour cette scène finale fut sacrifiée à ce "remue-ménage", ainsi que le dénommait le programme. La recette de ce "remue-ménage" est conservée dans un texte dactylographié dans l'une des partitions de travail de Porgy and Bess. La présente production inclut sa première exécution depuis 1938.

    "Un autre élément de cette interprétation dont nous pensons qu'il n'a pas été réentendu depuis la première production de Porgy and Bess est le passage orchestré par Gershwin lui-même pour le "Charleston Orphans' Band", l'orchestre qui accompagne l'embarquement des pique-niqueurs dans le premier tableau du deuxième acte. Gershwin orchestra soigneusement la musique jouée par cet ensemble — sa copie rédigée à la main est reliée à la partition orchestrale complète manuscrite de Porgy and Bess juste après l'orchestration du premier tableau du deuxième acte proprement dit (Gershwin savait sans doute que la musique destinée aux trois orchestres qui jouent sur scène à la fin du premier acte de Don Giovanni est reliée à la fin du premier acte du manuscrit de cet opéra ; il aurait été fier de la comparaison). Lorsqu'une partition de chef d'orchestre fut préparée par l'éditeur en vue de productions ultérieures, la musique de l'orchestre présent en scène fut omise pour une raison inconnue, et aucune partie séparée ne fut fournie par l'éditeur. Comme l'orchestre de fosse accompagne aussi (même si c'est parfois de manière clairsemée) la scène en question, les chefs d'orchestre ont depuis lors considéré que l'Orphans' Band, qui est dûment mentionné dans les indications scéniques, faisait simplement semblant de jouer de ses instruments. Dans cet enregistrement, des musiciens de la Tennessee State University recréent les sonorités du "Charleston Orphans' Band" telles qu'on put les entendre en 1935-1936.

    "La version de Porgy and Bess comportant les coupures de Gershwin et de Mamoulian fut oubliée après 1938. La production américaine suivante, celle de Cheryl Crawford qui démarra à New York en 1941 et tourna aux USA pendant plusieurs années, proposait l'opéra sous une forme où n'étaient chantés que les principaux numéros musicaux; le reste du spectacle était présenté sous forme de dialogues. Cette version fut le critère d'exécution de Porgy and Bess aux États-Unis pendant les trente-cinq années qui suivirent. On se souviendra notamment de la production du milieu des années 1950 avec Leontyne Price et William Warfield, qui fut donnée en Europe et en Union soviétique après sa série de représentations américaines, et du film de 1959 Porgy and Bess avec Dorothy Dandridge et Sidney Poitier. Chacune de ces productions aménageait la partition à sa manière — il ne s'agissait pas d'une version unique élaborée par Cheryl Crawford et utilisée par les troupes suivantes —, mais toutes présentaient un Porgy dont les récitatifs chantés étaient remplacés par des dialogues.

    "La partition de Porgy and Bess sous sa forme originale (presque entièrement chantée, avant les coupures) avait été publiée avant la création du spectacle à Boston en 1935 et fut employée pour préparer la première production (les coupures et les ajouts étaient simplement notés à la main dans chaque copie individuelle). Mais l'idée reçue qui prévalut du début des années 1940 jusqu'au milieu des années 1970 était que Porgy and Bess ne fonctionnait en public que dans une version où des dialogues étaient substitués à une bonne partie des passages chantés.

    "En 1976, programmées pour le bicentenaire des USA, deux versions de Porgy and Bess — présenté de la première à la dernière note selon l'intention initiale de Gershwin — vinrent contredire cette idée reçue. L'une d'elles était un enregistrement dirigé par Lorin Maazel pour Decca et la deuxième une production présentée par le Grand Opéra de Houston. Ces deux productions (ainsi qu'une troisième du Metropolitan Opera en 1985) représentaient la partition complète (sans les coupures ou les ajouts de Gershwin) publiée en 1935.

    "À la suite de ces productions, aucune troupe ambitieuse ne put plus envisager de monter Porgy dans une version avec dialogues, mais l'ouvrage étant désormais rétabli "tel que Gershwin le concevait", le problème des coupures se posait à nouveau.

    "De fait, les opéras — y compris les chefs-d'oeuvre les plus aimés du répertoire — sont régulièrement écourtés en représentation (tout comme Shakespeare). Deux airs du dernier acte des Noces de Figaro ne sont jamais chantés. Verdi lui-même demanda à ce que l'air de soprano tape-à-l'œil qui suit le "Miserere" du Trouvère soit supprimé, et nous entendons rarement l'air du lieutenant B. F Pinkerton au dernier acte de Madame Butterfly. Quant à Gershwin, ses meilleures œuvres pour le concert adoptent leur forme définitive après diverses coupures. Rhapsody in Blue, le Concerto en fa et Un Américain à Paris contiennent tous trois des sections manuscrites ne figurant pas dans la partition publiée; celles-ci sont assez substantielles dans Un Américain à Paris.

    "Le fait qu'il était relativement facile de rétablir la série de coupures que Gershwin avait lui-même avalisées dans Porgy and Bess fut d'abord porté à l'attention du public par Charles Hamm dans un article paru dans l'édition de l'automne 1987 du Journal of the American Musicological Society. Cet article fit l'admiration des spécialistes, mais fut largement dédaigné par la presse et n'a jusqu'ici eu aucune influence notable sur les éditeurs, producteurs et interprètes de Porgy and Bess. Aujourd'hui, dix-neuf ans après la parution de l'article de Hamm, l'Orchestre symphonique de Nashville exécute le Porgy and Bess adopté par Gershwin à l'occasion de sa première production scénique — sa vision définitive de son opéra.

    "L'article de Hamm a été une source importante pour cette production, mais nous avons aussi effectué notre propre travail : consulter les sources originelles qui témoignent des coupures et modifications effectuées pour la création. Ces sources, conservées aux universités de Yale et de Harvard, à la Bibliothèque publique de New York et à la Bibliothèque du Congrès, comprennent des partitions annotées faites par ou préparées pour le chef d'orchestre, le répétiteur et les régisseurs, ainsi que les parties orchestrales destinées à la création. En plus d'indiquer les coupures et les ajustements du compositeur, ces documents nous montrent aussi les autres modifications opérées — probablement avec le concours de Gershwin — pour la création. Par exemple, la conclusion de "I loves you, Porgy"est consolidée par l'ajout de trombones au dernier accord; Clara n'est plus doublée par les instruments, ce qui l'aide à entonner "Summertime"plus souplement dans la scène de l'ouragan; des sourdines ajoutées aux cuivres contribuent à la noirceur de "Somebody knockin' at de do'".La plupart des coupures seront principalement décelables par les interprètes ("Eh bien, ça fonctionne mieux", penseront-ils s'ils remarquent le changement). Mais le fait d'entendre Porgy and Bess sous la forme approuvée au final par Gershwin accroît notre appréciation de ce qui est l'une des œuvres majeures du XXe siècle."

    ---------------------------------------------------------------------

  14. #14
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    Bonsoir Jacques,

    Voici un texte très intéressant et instructif... Pas long du tout! Mais on lit parfois des couillonnades qui tiennent en quelques lignes et qui sont bien plus assommantes.

    thierry

  15. #15
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    Bonsoir Thierry .

    Et merci d'avoir eu ce courage .

    Jacques

  16. #16
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    Il faut être patient!
    Cinq mois après avoir commandé l'intégrale de 1952 sur un site martien, je viens enfin de la recevoir et je peux vous en parler.
    Je confirme que le son est d'une qualité inespérée pour un live de 1952, voix bien présentes et très claires, sans saturations, seul l'orchestre parfois un peu lointain et couvert par les voix et les bruits de scène.
    Réctifions d'emblée une erreur: ce n'est pas John Macurdy mais un certain John McCurry qui chante le rôle de Crown, c'est d'ailleurs le point faible de la distribution: voix enrouée et éteinte qui a bien du mal à paser la rampe dans la scène de la tempète.
    L'oeuvre ne dure que deux heures vingt au lieu de trois heures. Il semble qu'elle utilise librement la partition "révisée" dont parle Jacques dans un des messages ci-dessus à propos de l'enregistrement dirigé par Mauceri.
    On reconnait clairement certaines des coupures et des modifications signalées, mais on constate en plus que certains récitatifs sont remplacés par du dialogue parlé.
    Certaines fins de tableaux s'enchainent avec le prélude du tableau suivante de façon ce que l'oeuvre se joue en quasi continuité, avec un seul entracte.

    A la fin de la veillée funèbre, il n'y a effectivement qu'un seul couplet de "the train is a the station" mais la scène se termine par une reprise de "Gone Gone Gone".
    Le troisième tableau est très écourté: entre "I've got plenty of nuttin" et "Bess you is my woman now", il n'y a plus que la scène du mariage, (les scènes avec Sportin life, Maria et Mr Archdale ont disparu).
    L'air du Buzzard est reporté au dernier tableau à la place de la scène où Porgy offre les cadeaux qu'il a rapportés de la ville.
    Une version instrumentale de "Bess you is my woman now" empruntée à la suite d'orchestre sert de prélude au tableau de Bess convalescente etc...

    Les tempi choisis par le chef (qui avait dirigé la création de l'oeuvre) sont d'une rapidité, et surtout d'une mobilité étonnante, avec par instants des accelerandi vertigineux. Même la déploration des noyés est prise sur une pulsation très allante qui surprend. Le leitmotiv de Porgy en perd sa solennité grandiose, et William Warfield désarçonné court derrière l'orchestre au début de "I've got plenty of nuttin"...
    Inutile de dire qu'avec un tel traitement des tempi la mise en place n'est pas toujours d'une précision d'horlogerie, et les nuances ne font pas de la dentelle, mais ce n'est pas grave, car tout le monde a le sens du swing: c'est à dire du décalage musical, elastique et souple par rapport à la vérité métronomique.
    Côté voix, Price et Warfield sont aussi exceptionnels qu'on pouvait l'espérer. Price a une voix plus jeune et plus lumineuse que dans la sélection RCA.
    Clara est moyenne, mais Serena excellente.
    Cab Calloway chante résolument complètement autre chose que ce qui est écrit sur la partition, mais avec un tel panache et un tel brio qu'on lui pardonne tout.
    Les rôles secondaires ont tous des voix très typées, tout droit sorties de Broadway et qui ne sonnent pas du tout "opéra".
    On s'agite beaucoup sur la scène: clameurs, bruits, éclats de voix, au point de couvrir la musique parfois, mais les rires et les salves d'applaudissements d'un public visiblement ravi, confirment qu'on a affaire à un spectacle théatral vivant issu de la culture jazz et gospel, plus qu'à une exécution fidèle et rigoureuse d'une grande oeuvre lyrique sérieuse.

    Bref, cet enregistrement ne fait absolument pas double emploi si vous avez déjà une des versions Maazel, DeMain ou Rattle (ma préférée de ces trois étant la seconde).

  17. #17
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    Pour achever de vous convaincre de la qualité et de l'intérêt historique de ce live:

    YouTube - Leontyne Price "Bess, You is my Woman" Berlin 9/21/1952

    La voix enrouée de Crown gâche un peu le plaisir:

    YouTube - Leontyne Price "What You Want wid Bess?" Berlin 9/21/1952

    mais Price est encore plus lumineuse que dans la sélection RCA
    (le tempo surprendra ceux qui ont dans l'oreille d'autres versions, voir par exemple la coda orchestrale):

    YouTube - Leontyne Price -"I Loves You, Porgy"- Berlin 9/21/1952

  18. #18
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    Comme elle est décédée tout récemment (13 mars 2009) à l'âge de 96 ans, je fais remonter ce fil pour rendre un petit hommage à Anne Brown, la créatrice du rôle de Bess.

    Il n'existe - sauf erreur - pas d'enregistrement de la première de l'opéra Porgy and Bess, qui eut lieu en septembre 1935 au Symphony Hall de Boston (la production fut reprise dès le mois suivant à l'Alvin Theater de New York), mais seulement des extraits enregistrés lors d'une répétition donnée dans les studios d'une radio new yorkaise le 19 juillet 1935. Une répétition à laquelle participèrent non seulement les principaux solistes mais Gershwin en personne, qui dirige et commente certaines parties, chantant même lorsqu'il joue "Jasbo Brown" au piano, et je possède deux exemplaires de l'enregistrement en question. C'est techniquement un peu précaire, mais extrêmement émouvant.

    Je montre ci-dessous deux photos prises à cette époque. La première, tirée du numéro de mai 2009 de la revue BBC music, montre Anne Brown (qui avait alors 22 ans) en compagnie du baryton Todd Duncan, créateur du rôle de Porgy. La seconde, tirée du livre d'Eric Lipmann sur Gershwin, montre le compositeur saluant le public à l'issue de la représentation initiale de Boston (Anne Brown est le troisième personnage en partant de la gauche). Voici ces deux photos :



    Pour ceux qui lisent l'anglais, je reproduis également l'article consacré à Anne Brown par la revue en question, sous la forme d'un "obituary" :

    "Had it not been for Anne Brown, Gershwin's famous opera may have simply been called Porgy. As it was, the 22-year-old soprano made such an impression on the great American composer that he not only offered her a key role in his new opera, but then added that role's name to the opera's title and gave its best-known aria to her. Porgy became Porgy and Bess.

    Anne Brown, who has died aged 96, was Gershwin's first ever Bess and, in fact, the only person he ever saw sing the part. In the 74 years that followed the groundbreaking opera's premiere in 1935, it would remain the defining moment of her career, as opportunities were denied to her due to her African-American race. 'If I had been born even 20 years later I might have sung at the Metropolitan Opera', she once told the New York Times. 'Of course, I would not have met Mr Gershwin, and that would have been a shame.'

    Born in Baltimore to middle-class parents, Brown was a student at the Juilliard School in New York when she was invited to an audition by the composer. Turning up with a Massenet aria, a selection of Lieder and some songs, she was put out on being asked instead to sing a negro spiritual. When, however, Gershwin made it clear what sort of voice he was looking for in his new stage work, Brown willingly gave her services as a vocal 'guinea pig' (to use her own words). Initially, this meant trying out new material that Gershwin had written for the roles of Bess and Clara, but gradually the composer came to the conclusion that he wanted the former character to share equal billing with Porgy in the title... and that he wanted Brown to play her. What's more, the composer even changed the final act at Brown's request, so that 'Summertime', first sung by Clara at the start of the opera, would later be sung by Bess, too.

    Gershwin died of a brain tumour two years after the premiere and Brown, despite winning praise for her performance, soon found herself frustrated by the lack of further openings. In the late 1940s, she moved to Oslo, and when her own singing career was cut short by a lung illness a few years later, she went on to teach voice in a drama school.

    Gershwin stipulated that the cast must consist entirely of black singers. Playing opposite Anne Brown's Bess in the role of Porgy was Todd Duncan, a baritone from Kentucky who would go on to play the role over 1,800 times. The part of Sportin' Life, meanwhile was played by a vaudeville singer called John W Bubbles.

    'The opening in Boston was spectacular', remembered Anne Brown. 'The response from the audience was tremendous, an ovation which some people said lasted over half an hour. Many people were in tears at the end.' The production went on to enjoy a run of 124 performances on Broadway."


    Jacques

  19. #19
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    Un petit complément encore .

    Les prises historiques que j'ai évoquées (19 juillet 1935), maintenant dans le domaine public, ne figurent apparemment pas - encore - sur YouTube. Quelqu'un y a toutefois mis un enregistrement réalisé plus tard par Anne Brown, qui chante l'air célébrissime intitulé "Summertime" (dévolu dans l'opéra non pas à Bess, mais à Clara).

    Sur cette vidéo, l'air est d'abord chanté par une autre soprano, Helen Jepson (un enregistrement Victor). Puis c'est Anne Brown qui interprète le même air, sur un enregistrement Decca remontant semble-t-il à 1940.

    Voici cette vidéo :

    YouTube - Helen Jepson/Anne Brown - Summer time from Porgy&Bess (Gershwin)


    Jacques

  20. #20
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Comme elle est décédée tout récemment (13 mars 2009) à l'âge de 96 ans, je fais remonter ce fil pour rendre un petit hommage à Anne Brown, la créatrice du rôle de Bess.

    Il n'existe - sauf erreur - pas d'enregistrement de la première de l'opéra Porgy and Bess, qui eut lieu en septembre 1935 au Symphony Hall de Boston (la production fut reprise dès le mois suivant à l'Alvin Theater de New York), mais seulement des extraits enregistrés lors d'une répétition donnée dans les studios d'une radio new yorkaise le 19 juillet 1935. Une répétition à laquelle participèrent non seulement les principaux solistes mais Gershwin en personne, qui dirige et commente certaines parties, chantant même lorsqu'il joue "Jasbo Brown" au piano, et je possède deux exemplaires de l'enregistrement en question. C'est techniquement un peu précaire, mais extrêmement émouvant.

    Just in case ...

    J'ai signalé ici (fil Ravel, post 181, dernier §) que cet enregistrement historique de Porgy and Bess dirigé par George Gershwin pouvait désormais être écouté sur ma liste SM.

    Plus bas sur cette liste, il y a aussi des extraits de la version moderne et rutilante de Simon Rattle, mais c'est un tout autre "climat" (pour le moins).

    Jacques

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