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Erik Satie
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Thread: Erik Satie

  1. #21
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    On sent la mer d'ici
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    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Absolument aucun en effet, car vous n'avez probablement pas lu la partition; c'est d'ailleurs le problème : l'humour chez Satie n'est pas du tout présent dans sa musique mais seulement dans les titres et les annotations en marge. Sa musique en soi n'a rien de drôle.

    Mais rassurez-vous, je trouve très distrayants ses titres et ses blagues entre les lignes, seulement ce n'est pas de la musique, c'est du texte. C'est le problème.

    Ceci dit je trouve moi aussi très jolies les Gnossiennes, mais c'est du Satie marginal, 99% de son oeuvre n'a rien à voir avec ça.
    Je me suis demandé en regardant les partitions, passé le côté inhabituel et plutot rigolo des indications, jusqu'à quel point c'était de l'humour et pas de la pudeur cachée derrière de l'auto dérision. Je n'en suis pas à dire qu'elle n'a rien de drôle, sa musique, mais plutôt qu'elle n'est pas fondamentalement drôle, car certaines pièces avec chant sont quand même humoristiques.
    L'intérêt de l'enregistrement de Tharaud, c'est l'assemblage des pièces et pas forcément les gnossiennes mais aussi le reste, même si elles sont à mon goût très réussies.

    Edit: sur mon simplify media (domicile), le 2nd cd est éclaté en plusieurs, la faute à Itunes. j'ai fait une liste de lecture "Satie avant dernieres pensées" dans laquelle tout est rassemblé.

  2. #22
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    Bonjour .

    Quelques petite précisions et rectifications tout d'abord, ralatives au téléfilm dont j'ai parlé : il est d'un certain James Cellan Jones (son titre, un peu cucul la praline en raison d'une traduction littérale, est "La Musique de l'Amour"), et la réalisation est non pas tchèque mais russe, ou franco-russe (presque tous les acteurs portent d'ailleurs des noms russes). Malgré la médiocrité de la copie d'origine, je l'ai évidemment sauvegardé sur DVD car on y trouve bien d'autres moments tout aussi jubilatoires. Comme la scène où Claude D. "flashe" sur une jeune soprano écossaise du nom de Mary Garden; ou celle dans laquelle, un soir d'avril 1902, on le voit chercher refuge dans les couloirs du théâtre et déprimer complètement, accablé par les huées et les sifflets à la répétition générale de son opéra. On y retrouve aussi quantité d'autres personnalités du monde artistique, et c'est toujours passionnant de voir reconstitué le Paris de cette époque, avec toutes ces jolies dames affublées de chapeaux extravagants .

    Revenant à notre sujet, j'ai réécouté cet album au minutage généreux, enregistré en 1968,



    et l'ai trouvé tout simplement fantastique .

    Pour la plupart des oeuvres qui y sont gravées, c'est dans un autre univers - plus tardif - que nous sommes transportés (notamment celui d'une certaine "avant-garde dadaïste"), mais la qualité du son et la précision des timbres y sont proprement renversants.

    Il y a les ballets complets Parade (avec des passages évoquant carrément Charles Ives, et beaucoup de "bruits" étonnants dont celui produit par une machine à écrire), Relâche et Les Aventures de Mercure (c'est Picasso qui créa les décors de ce dernier ballet, et avec un titre pareil Cocteau a certainement dû mettre son grain de sel dans l'entreprise ), ainsi que la "Grande Ritournelle" de La Belle Exentrique, les Cinq Grimaces pour "Le Songe d'une nuit d'été", ainsi que les Gymnopédies Nos 1 et 3 orchestrées par Claude D., les Trois Morceaux en forme de Poire orchestrés par Roger Désormière et Jack in the Box orchestré par Darius Milhaud.

    A mon humble avis, pour quiconque s'intéresse à la musique et aux formes qu'elle a pu prendre dans le premier quart du XXème siècle, c'est un must absolu .

    Jacques

  3. #23
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    Quote Originally Posted by Bertrand View Post
    jusqu'à quel point c'était de l'humour et pas de la pudeur cachée derrière de l'auto dérision.

    Y a-t-il vraiment une différence?

  4. #24
    Envoyé par Bertrand
    jusqu'à quel point c'était de l'humour et pas de la pudeur cachée derrière de l'auto dérision.


    Quote Originally Posted by lebewohl View Post
    Y a-t-il vraiment une différence?
    Bonjour mon cher Abbé ,
    je ne sais que penser pour ma part d'Erik SATIE que j'aime bien par ailleurs parce que justement il dit des choses cachées derrière les choses que beaucoup ne fouillent peut être pas ...
    Il y a plus que de la dérision dans toutes ces oeuvres ... Même si la dénomination de certaines prête à sourire.
    Il est plus profond qu'il n'y parait et me semble humainement plus accessible que RAVEL par exemple ... Il ne cherche pas à démontrer, encore moins à asseoir une nouvelle école ...
    Oui il y a de la profondeur bien humaine, de la pâte que l'on connaît puisqu'elle nous est identique en nature.


  5. #25
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    Satie est l'inventeur de la modernité: rétrospectivement, on ne le perçoit guère parce qu'il n'a cessé d'abandonner aux autres ses découvertes, passant immédiatement à autre chose dès que ses inventions étaient révélées au public. Nombre des bénéficiaires de ses découvertes sont restés enfermés dans un courant sans plus jamais en bouger.
    Vers 1880 Satie a pressenti l'atonalité, il a été le premier à écrire de la musique sans déterminer d'armature ni de barres de mesure, il a de façon expérimentale établi un fonctionnement de rythmiques variables telles que Blacher les théorisera dans les années 50.
    Satie a inventé la minimalisme et la musique répétitive: pas seulement dans les célébres Vexations qui sont constituées de répétitions à l'identique mais dans bien d'autres pièces. Reconnu en cela par Cage comme le plus important de ses précurseurs, il a inventé en passant le piano préparé (comme Tharaud le démontre dans son dernier disque)
    Bien avant Tzara et Schulhoff il a créé divers concepts Dada: toute sa musique ignore le développement à la mode allemande, non par manque de savoir, comme on le prétend encore parfois, mais en réaction au germanisme dominant, recourrant à des méthodes à chaque fois nouvelles qu'il n'a jamais érigées en système.
    Il est l'inventeur de l'easy listening et de la musique d'ascenseur.
    Il est le premier importateur de la musique de cabaret et des rythmes "américains" dans la musique dite classique.
    D'un point de vue littéraire il a mené le symbolisme à son terme, pressentant le surréalisme. Il est proche de Jarry et Fargue, touchant à des domaines encore inexplorés du mysticisme. Le prendre pour un rigolo relève un peu de la même démarche qui vise à faire d'Ubu Roi ou de Cesar Antechrist de pures comédie de boulevard.
    Dimension moins connue encore, Satie a été un des artistes graphiques les plus en avance de son temps, un des concepteurs de la publicité moderne, non sans rapport avec les expérimentations des futuristes italiens.
    Et la liste est largement ouverte...

    j'invite ceux qui lisent l'anglais à se plonger dans l'article:
    http://solomonsmusic.net/Satie.htm
    où l'on trouve une analyse très détaillée des innovations de Satie en matière d'harmonie. On y trouve aussi des détails éclairants sur ses rapports avec les autres musiciens français. Je ne m'étends pas sur le sujet pour ne pas polémiquer.

  6. #26
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    Je crois volontiers qu'il ait songé à beaucoup de choses avant d'autres ; le fait qu'autant de musiciens aient reconnu son influence en est d'ailleurs une preuve. Simplement le résultat ne me semble pas convaincant au-delà de quelques minutes, à la différence de celui de certains de ses suiveurs.
    Comme j'écoute la musique que j'écoute et non pas celle qu'elle porte en germe, eh bien je n'ai que très rarement envie d'écouter la musique de Satie au-delà de moments de tendre mélancolie.
    En tout cas merci pour ce texte, qui m'a l'air fort intéressant (je n'ai pas encore lu en détail).

  7. #27
    Quote Originally Posted by Couack View Post
    Absolument aucun en effet, car vous n'avez probablement pas lu la partition; c'est d'ailleurs le problème : l'humour chez Satie n'est pas du tout présent dans sa musique mais seulement dans les titres et les annotations en marge. Sa musique en soi n'a rien de drôle.

    Mais rassurez-vous, je trouve très distrayants ses titres et ses blagues entre les lignes, seulement ce n'est pas de la musique, c'est du texte. C'est le problème.

    Ceci dit je trouve moi aussi très jolies les Gnossiennes, mais c'est du Satie marginal, 99% de son oeuvre n'a rien à voir avec ça.
    Après avoir écouté pendant deux heures de la musique de Satie ici (merci à Garovirus pour le lien), interprétée par Tharaud et par Tharaud et Le Sage, je me trouve en désaccord avec à peu près tout ce que vous dites. L'humour me paraît consubstantiel à la musique de Satie. Qu'elle n'ait rien de drôle d'après vous, admettons, mais comment lui dénier cette dimension, ou cette prétention à l'humour ? Cela me rend perplexe. Peut-être l'humour du texte vous empêche-t-il d'accéder à celui de la musique elle-même.

    Je qualifierais volontiers son esthétique de grotesque (voir le fil lancé par Chiarina). Une forme d'humour qui inclut la parodie et le comique de répétition, mais qui touche aussi au mystérieux, au bizarre, et même à l'inquiétant: en écoutant Entracte on peut ressentir un malaise qui vient de ce que la répétition évoque à la fois la blague et quelque chose qui ressemble à la folie. Le côté essentiellement ambivalent du grotesque.

    J'ajouterais que de ce point de vue, les Gnossiennes et les Gymnopédies ne doivent pas être opposées au reste de la production.

  8. #28
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    Quote Originally Posted by Fou des chutes View Post
    J'ajouterais que de ce point de vue, les Gnossiennes et les Gymnopédies ne doivent pas être opposées au reste de la production.
    Opposées non, mais il est utile d'écouter d'autres pièces pour appréhender un peu plus le bonhomme.

    Edit: vive Garovirus.

  9. #29
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    Quote Originally Posted by Fred Audin View Post
    j'invite ceux qui lisent l'anglais à se plonger dans l'article:
    http://solomonsmusic.net/Satie.htm
    où l'on trouve une analyse très détaillée des innovations de Satie en matière d'harmonie. On y trouve aussi des détails éclairants sur ses rapports avec les autres musiciens français. Je ne m'étends pas sur le sujet pour ne pas polémiquer.
    Ben moi, ca m'interesserait que vous developpiez, car entre votre message et celui de Jacques je retrouve en bien plus élaboré ce que j'ai ressenti de manière totalement prophane en écoutant cette musique.

  10. #30
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    Je ne lis pas couramment l'anglais, mais suffisamment pour comprendre dans ses grandes lignes la teneur du lien donné par Sud.
    Que Satie ait innové, que Debussy et Ravel s'en soient largement inspirés, c'est incontestable, mais je ne comprends pas pourquoi on cherche à les opposer, ou à démontrer que Debussy a quasiment plagié.
    Chacun a son originalité, et un même matériau peut être utilisé de manières bien différentes.

    Je pense que Satie a eu plein d'idées, souvent très innovantes, que Sud a bien détaillées dans son post, mais qu'il lui a manqué peut-être le sens de la mise en scène, ou de la mise en situation, et le goût du timbre, de la richesse sonore.
    Il semble peu préoccupé par la manière de faire sonner le piano, son langage est surtout harmonique, audacieux certes, mais peut-être trop abstrait, sans discours véritable. L'horizontalité, la mélodie, le rapport entre les intervalles, semblaient moins l'intéresser.
    D'où cette impression de monotonie, de manque de repères, ou d'une musique ingrate et austère que ressentent certains (je ne parle pas des pièces inspirées par le music-hall ou le cabaret, bien sûr).

    Sud ne sera pas d'accord, mais puisqu'on en parle dans l'article, je préfère l'utilisation évocatrice, sensuelle et colorée que fait Debussy des septièmes non-résolues, par exemple !
    Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier Satie, plus en le jouant qu'en l'écoutant, sans se prendre la tête, il faut aller un peu plus loin que ce que montre la partition.
    Je me demande néammoins comment il aurait souhaité qu'on joue sa musique...?

    Sinon, effectivement la collaboration avec le mouvement Dada et les surréalistes, explique une autre partie de son esthétique et de son influence.

  11. #31
    J'écoute en ce moment les chansons interprétées par Juliette (Je te veux et autres) accompagnée par Tharaud sur le compte SM de Bertrand: c'est frappant à quel point cela ressemble à des … chansons de Juliette.

    Ainsi que Cinéma, qui est l'adaptation d'Entracte, par Tharaud et Le Sage à quatre mains. C'est on ne peut plus réjouissant. Si j'osais, je le recommanderais à Couack pour les soirs de déprime.

  12. #32
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    juste pour signaler que Cinéma à quatre mains est une transcription par Milhaud (1926) que je trouve assez intéressante au regard de ce que Milhaud a pu retirer de Satie.
    Plutôt que de développer sur Satie et Debussy, écoutons l'orchestration des Gymnopédies qui explique le malentendu: dans la première l'orchestrateur s'efforce de meubler avec des arpèges de harpe qui rétablissent une harmonie analysable en termes classiques (il "corrige" même la mélodie pour évacuer les accords non motivés, créant une répétition à contre-sens). Dans la 3ème, on sent bien les "Danseuses de Delphes" et l'erreur qui consiste à considérer ces pièces à leur premier degré de pseudo-danses grecques antiques, univers familier de Debussy abusé de la même façon par les "faux" de Louÿs. Satie supposait que ces "orchestrations" étaient destinées à faire échouer l'effet des pièces auprès du public, qui les bissa néanmoins.

    Il me semble tout à fait exact que, comme le souligne Chiarina, Satie ne cherchait pas particulièrement à tirer partie des possibilités du piano, c'est ce qui m'a fait écrire qu'il fut l'un des rares compositeurs pour piano à avoir aussi écrit de la musique.

  13. #33
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    Moi j'aime bien les formules un peu polémiques, quand elles sont réussies!

  14. #34
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    Satie?...
    Comme tout le monde j'adore les gymnopédies et les gnossiennes et je m'ennuie beaucoup avec presque tout le reste...
    Je ne crois pas que ce soit une musique humoristique. Je trouve que c'est au contraire un univers très souvent profondément gris et morose.
    Je suis très perplexe devant certaines partitions, en particulier les sonneries de la Rose-croix: ça se joue comment; il n'y a aucune indication de mesure, de tempo, ni de phrasé ni d'appuis, ni de rythmes ni de temps forts, c'est comme un récitatif? c'est quoi?...
    Il y a un disque que j'adore pourtant: Socrate par Jean Belliard. Une vraie passion mystique païenne, interprété par une voix androgyne et sans âge.

  15. #35
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    Quote Originally Posted by Bertrand View Post
    Je me suis demandé en regardant les partitions, passé le côté inhabituel et plutot rigolo des indications, jusqu'à quel point c'était de l'humour et pas de la pudeur cachée derrière de l'auto dérision.
    Tout est là effectivement; et je ne sais pas vraiment qu'en penser.

    De là à faire de Satie un novateur comme le suggère Sud, il y a un pas que je me garderai de franchir : Ives oui, Cage sans doute, mais Satie... il semble se moquer tellement de tout - et probablement de lui-même, que s'il est novateur il ne peut l'être que par accident. Je ne me l'imagine pas comme un découvreur de formes, comme quelqu'un d'investi par son art; il y a trop de désabus et de fatalisme dans sa musique, j'en ai peur.

    Mais sincère, et émouvant au fond, pourquoi pas... Comme Alfredo, je trouve sa musique ennuyeuse, mais il y a sans doute quelque chose de profondément pathétique et bouleversant derrière cette auto-dérision.

    Je m'arrête là pour Satie, je ne vais pas davantage gâcher l'ambiance - mais je suis avec intérêt les développements de cette discussion.

  16. #36
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    Satie, on peut en effet se poser des questions !

    Je crois que c'est une musique finalement plutôt difficile à bien jouer.

    Il n'y a finalement bien peu de bonnes versions de ses oeuvres.

    Pour moi le sommet ce sont les Trois morceaux en forme de poire par Poulenc et Février, là je ne me pose plus de questions, quand j'écoute ça je me dis que c'est simplement génial !

  17. #37
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    Bonsoir ,

    J'ai lu avec attention tous les messages ayant suivi mon précédent post. Et je félicite leurs auteurs pour l'intérêt et la qualité des réflexions que leur inspire Erik Satie, dont la musique continue à beaucoup m'intriguer et dont je découvre chaque fois de nouvelles "facettes" (lorsque l'envie me prend - ou que l'occasion se présente pour moi - de la réécouter, ce qui ne m'arrive quand même pas tous les jours).

    L'homme lui-même était aussi l'une des figures les plus singulières de toute l'histoire de la musique, lui qui se disait "venu au monde très jeune dans un temps très vieux", qui se rapprocha dans les années 1890 de l'occultisme et de l'ordre religieux Rose+Croix, qui pendant des années gagna modestement sa croûte comme pianiste dans les cafés de Montmartre, qui décida à plus de quarante ans de "repartir à zéro" en s'inscrivant à la Schola Cantorum et qui, malgré quelques succès enfin obtenus tout à la fin de sa vie, n'en termina pas moins celle-ci dans la plus incroyable des misères.

    Cela dit, et de façon plus terre à terre, je reviens à la musique pour piano de Satie (dont les enregistrements abondent) et montre ci-après quelques bons albums que j'en possède. A commencer par ces quatre anthologies acquises il y a plus ou moins longtemps, en relevant cependant que la première, un coffret de deux disques enregistrés par le pianiste Werner Bärtschi, grand connaisseur aussi - et bon interprète - de Charles Ives, est une réalisation purement helvétique qui n'a sauf erreur jamais été diffusée hors de Suisse :





    Composant à eux deux une intégrale complète (piano seul + piano à quatre mains + piano accompagné ad libitum par un soliste instrumental ou vocal), j'ai aussi le coffret Decca de cinq disques et le double album Harmonia Mundi (paru tout récemment) qui suivent :



    Le très bon coffret de cinq disques par Jean-Yves Thibaudet présente toutes les pièces estampillées officielles que Satie composa pour le piano seul, avec la répartition suivante : I. "Premières oeuvres - Autres oeuvres"; II. "Oeuvres de jeunesse - Rose+Croix - Café-concert et Music-Hall"; III. "Devoirs pour la Schola Cantorum - Enfantines - Dernières oeuvres - Musique de film"; IV. "Oeuvres fantaisistes"; V. "Musiques de scène". Sur le deuxième disque on trouve même le "motif" de Vexations, composé d'un thème et de deux variations sur ce thème, que Thibaudet a la sagesse de ne jouer qu'une fois (et non pas huit-cent-quarante fois de suite [!!! ] comme le demandait Satie, ce qui eût pris de douze à vingt-quatre heures selon le tempo choisi et nécessité jusqu'à une vingtaine de disques supplémentaires ).

    Quant au double album d'Alexandre Tharaud (à mon avis encore meilleur interprète de ce répertoire), il offre sur le premier disque un excellent choix de pièces pour piano seul; ce qui fait quelques redites par rapport à l'intégrale Thibaudet, mais il y a aussi divers inédits et Le piège de Méduse est joué sur piano "préparé" comme le voulait Satie lui-même, en digne précurseur de John Cage (il s'agit dans ce cas de simples feuilles de papier journal en contact avec les cordes du piano). Le second disque est consacré aux oeuvres pour piano à quatre mains (avec le concours d'Eric Le Sage) ainsi qu'à celles pour piano accompagné ad libitum (c'est le cas ici) par un soliste vocal ou instrumental.

    Jacques

  18. #38
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    (...) Sur le deuxième disque, ou trouve même le "motif" de Vexations, composé d'un thème et de deux variations sur ce thème, que Thibaudet se borne prudemment à ne jouer qu'une fois (et non pas huit-cent-quarante fois de suite [!!! ] comme le demandait Satie, ce qui eût pris de douze à vingt-quatre heures selon le tempo choisi et nécessité jusqu'à une vingtaine de disques supplémentaires )
    Jacques

    Selon cet article, ce serait John Cage lui-même qui aurait "le premier initié une interprétation intégrale de l'oeuvre, dix pianistes se relayant pour la jouer pendant plus de 18 heures, en 1963 à New York" !!! si l'anecdote est vraie, je comprends mieux que Satie soit régulièrement cité comme le premier compositeur "minimaliste" de l'histoire de ce mouvement musical

    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    (...) je félicite leurs auteurs pour l'intérêt et la qualité des réflexions que leur inspire Erik Satie
    À part ça je m'associe très volontiers à cette expression de reconnaissance ; notamment par le fait que plusieurs de ces interventions m'ont aidé à mieux discerner quelle part il convenait de réserver à "l'humour" chez Satie, - que je n'ai jamais pour ma part ressenti autrement que comme une forme distanciée, - càd drôle mais surtout dérisoire et sans doute teintée d'amertume, également

  19. #39
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    Bonsoir Philippe

    Je connaissais cette anecdote - américaine - à propos de Vexations, et je crois qu'elle est tout à fait authentique .

    Il semblerait aussi qu'un disque durant un peu plus d'une heure (ce qui n'est déjà pas mal ) soit sorti il n'y a pas si longtemps, avec le "motif" de Vexations repris inlassablement par le même pianiste. J'ai dû voir ça dans une revue, mais n'en ai pas gardé un souvenir plus précis.

    A ce propos, si un jour l'envie saugrenue me prenait de tenter l'expérience comme auditeur, il me suffirait d'introduire dans mon lecteur CD le deuxième disque de l'intégrale Thibaudet, de sélectionner (programmer) la plage 23, de choisir l'option "Repeat", d'appuyer sur la touche "Start", puis de laisser aller la machine pendant 18 heures ...

    Quant à l'humour de Satie, on peut en effet épiloguer à l'infini sur sa nature et ses origines. C'est en soi une question intéressante, et mes impressions sont analogues aux vôtres. Mais sur l'humour qu'on peut percevoir à l'écoute de telle ou telle musique prise en elle-même (indépendamment de celui attaché, comme dans le cas de Satie, aux titres de certains de ses morceaux ou aux remarques inscrites sur leurs partitions), j'aimerais juste dire ceci, qui n'est qu'un exemple et n'a rien à voir avec la question "existentielle" évoquée plus haut : jamais, au grand jamais, je n'ai ri ou même souri à l'écoute du fameux "Duo des Chats" de Rossini; en revanche, je me bidonne chaque fois que j'entends l'extraordinaire parodie que fait Satie, dans Embryons desséchés (où figure le thème de la marche funèbre de Chopin mais malicieusement désigné comme étant celui de "la célèbre mazurka de Schubert" ), de certaines de ces formules pianistiques ou musicales toutes faites et de très mauvais goût qui étaient courantes à son époque (cf. ces accablantes cadences, ces accords répétés avec force pour conclure les morceaux avec éclat).

    Cela dit, c'est terriblement tard et je vous souhaite une excellente nuit .

    Jacques

  20. #40
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    Il y a bien longtemps, j'avais un collègue de travail avec lequel j'étais lié d'une profonde amitié mais qui ne s'intéressait guère à la musique classique (son monde, c'était le rock, et il en parlait d'ailleurs très bien). Il avait un vieux piano passablement désaccordé, et celle qui devint sa femme vers la même époque, une jeune Américaine venant de Chicago, enthousiaste et au "coeur d'or", avait fait du piano et insistait régulièrement pour que je l'accompagne dans la suite à quatre mains Ma Mère l'Oye, de Ravel.

    Elle parlait souvent avec fierté de son frère aîné, étudiant à l'Université de Madison (Wisconsin), qui avait entrepris une thèse de musicologie sur Erik Satie et séjournait alors à Paris pour y récolter tout renseignement utile à son travail. Je considérais en ce temps-là Satie avec un certain mépris, ce "fumiste" qui avait été "tapeur à gages" à l'Auberge du Clou et avait composé des musiques "sans queue ni tête", et je me demandais à quoi un tel travail pouvait bien servir.

    Quand un jour je rencontrai le frère en question, venu à Lausanne rendre visite à sa soeur, il ne manqua pourtant pas de m'offrir une copie (partielle) du premier jet de son étude, soigneusement calligraphié en anglais avec force références savantes.

    J'avais longtemps conservé cette copie quelque part, mais n'ai hélas pu que constater l'autre jour, à ma grande déception, qu'elle était définitivement introuvable. Il est toutefois une chose que je tiens pour quasi certaine, c'est qu'il avait fait figurer en exergue à son texte, bien en évidence, une citation de John Cage qui très probablement était la suivante (j'ai retrouvé sa traduction en français dans le livret joint au disque de France Clidat) :

    "Pour s'intéresser à Satie, il faut commencer par être désintéressé, accepter qu'un son soit un son et qu'un homme soit un homme, renoncer aux illusions qu'on a sur les idées d'ordre, les expressions de sentiments et tout le reste des boniments esthétiques dont nous avons hérité. Il ne s'agit pa de savoir si Satie est valable. Il est indispensable."

    Jacques

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