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Maurice Ravel
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Results 101 to 120 of 302

Thread: Maurice Ravel

  1. #101
    Bonjour,

    Merci, Jacques ! Mais ce n'était pas de la promo... le site a un tel (trop grand) succès que l'hébergeur (OVH) le ferme à la fin du mois (et même récemment dès le 25 !!!). Et je n'ai nullement l'intention de payer davantage comme il le demande (je préfère me payer une place de concert... ou des disques).
    Donc en cas de "panne", il faut aller chez Free (2 favoris, voilà qui va vous engluer)
    Plus sérieusement, pour aller dans le sens de votre fil (et sans attitude critique vis-à-vis des disques) ces musiques (Ravel, Pécou, Bertrand) sont d'un tel chatoiement de couleurs que je n'ai jamais attendu au disque ce que j'avais entendu au concert... alors pour la meilleure version de disque...

    A+

    Jean

  2. #102
    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    En attendant, je "frappe un grand coup" ...
    Merci, ces fragments de conversations sont remarquables.

    Mode provoc on
    Il est quand même bien étonnant qu'il faille attendre 1890 pour qu'en occident quelqu'un comprenne enfin quelque chose à la musique.
    Mode provoc off

  3. #103
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    Quote Originally Posted by www.musique contemporaine.info View Post

    ce n'était pas de la promo... le site a un tel (trop grand) succès que l'hébergeur (OVH) le ferme à la fin du mois (et même récemment dès le 25 !!!). Et je n'ai nullement l'intention de payer davantage comme il le demande (je préfère me payer une place de concert... ou des disques).
    Donc en cas de "panne", il faut aller chez Free (2 favoris, voilà qui va vous engluer)
    Jean
    Bonsoir, Jean .

    Remarquez que, si elle me fait découvrir des choses utiles ou intéressantes, je n'ai absolument rien contre la promo (vous n'en faisiez pas mais je n'étais nullement gêné).

    J'espère aussi avoir bien compris vos précisions, en ce sens que votre site poursuivra son existence après le 25 avril prochain (pendant quelques secondes j'ai cru le contraire, ce qui m'avait interloqué). Il va de soi que le second lien fourni a lui aussi été placé dans mes "favoris" (je l'ai déjà testé, et tout semble fonctionner parfaitement) .

    Jacques

  4. #104
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    Quote Originally Posted by Kilgore Trout View Post
    Mode provoc on
    Il est quand même bien étonnant qu'il faille attendre 1890 pour qu'en occident quelqu'un comprenne enfin quelque chose à la musique.
    Mode provoc off
    Kilgore , votre remarque sur le mode provoc m'enchante .

    Prise à la lettre (et étonnement mis à part), elle est de nature à faire grincer bien des dents, voire à indigner à mort une foule de gens . Tels "bouléziens" que je connais, en revanche, pourraient bien en faire leur miel .

    En ce qui me concerne, je ne me prononce pas et préfère m'en tenir à l'idée simple - et neutre - d'évolution (pardon pour cette platitude).

    Cela dit, tout maladroit qu'il était, le jeune Debussy ne manquait vraiment pas de souffle . Et le moins qu'on puisse dire, en lisant ses répliques, c'est qu'il était doté d'une personnalité unique, d'une originalité stupéfiante pour l'époque (qu'on l'aime - ce qui bien sûr est mon cas - ou pas, toute sa musique d'ailleurs le prouve). Ayant toujours trouvé ce dialogue fascinant, il était en quelque sorte "inévitable" que je le montre un jour dans son intégralité (il figure aux pp. 751 à 755 du gros bouquin d'Edward Lockspeiser paru chez Fayard en 1980) .

    Jacques

  5. #105
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    Ce texte est également tout à l'honneur d'un autre grand musicien français qu'il est urgent de redécouvrir et de réhabiliter: Maurice Emmanuel.

  6. #106
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    Ce texte est également tout à l'honneur d'un autre grand musicien français qu'il est urgent de redécouvrir et de réhabiliter: Maurice Emmanuel.
    Parfaitement !

    Maurice Emmanuel mériterait d'ailleurs que lui soit consacré un fil de discussion, même s'il est à craindre qu'il demeure "confidentiel".

    Je n'ai malheureusement que deux disques de ses oeuvres : l'un avec sa Sonate pour clarinette, flûte et piano, ainsi que ses Six Sonatines pour piano (Accord, avec notamment Marie-Catherine Girod -- et je sais qu'Yvonne Lefébure en a fait aussi un enregistrement enthousiasmant ); l'autre avec ses Symphonies Nos 1 et 2, de même que Le Poème du Rhône (Naxos "Patrimoine", avec l'Orchestre philharmonique de Rhénanie-Palatinat dirigé par Leif Segerstam [les Symphonies] et Gilles Nopre [Le Poème du Rhône]).

    Jacques

  7. #107
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    Encore quelques réflexions, cette fois à propos de deux livres sur la musique qui m'ont beaucoup intéressé .

    Avant d'aborder le bouquin de Michel Faure intitulé "Musique et Société du Second Empire aux Années Vingt -- Autour de Saint-Saëns, Fauré, Debussy et Ravel" [Flammarion, collection "Harmoniques", 1985], je n'aurais jamais pensé que des compositeurs aussi raffinés (en tout cas au sens où on l'entend généralement) que Fauré, Debussy et Ravel puissent se tirer si bien d'une analyse marxiste (sic ) de leurs oeuvres. Ce n'est en effet pas tous les jours qu'elles sont confrontées à des notions aussi typées que "bourgeoisie", "lutte des classes", etc., comme le fait allégrement l'auteur du livre (). Cela dit, Michel Faure adore les compositeurs qu'il présente, fait preuve d'une érudition éblouissante et le montre à chaque page. Il a aussi le mérite de ne pas s'embarrasser de trop de précautions quand, à propos de musique, il parle d' "impressionnisme" (un terme devant lequel les esprits cartésiens renâclent, alors que les notions de "classicisme" ou de "romantisme" ne semblent leur poser aucun problème). Il le fait notamment en ces termes :

    "(...) On connaît la thèse de Stefan Jarocinski : Debussy s'apparente beaucoup plus aux symbolistes qu'aux impressionnistes. Bon. Seulement les premiers ont été plutôt moins maltraités que les seconds. Est- ce bien rendre hommage au caractère révolutionnaire de Debussy que de le retrancher de ses compagnons d'outrage ? Quoi qu'on en dise, l'art de Monet et l'art de Debussy se ressemblent. Un même sens de la lumière, du brouillard, de la neige, des reflets dans l'eau les rapproche. Un même souci de quitter l'atelier ou le cabinet de travail pour le plein air. Debussy rêvait d'une musique «toute en grandes lignes, en hardiesses vocales et instrumentales, qui joueraient dans l'air libre et planeraient joyeusement sur la cime arbres». Il voulait qu'on apprît la composition musicale en regardant se lever le jour. À l'entendre, il fallait «n'écouter les conseils de personne, sinon du vent qui passe et nous raconte l'histoire du monde». Les déclarations de Monet recoupent celles de Debussy : «J'ai toujours eu horreur des théories... Je n'ai que le mérite d'avoir peint directement, devant la nature, en cherchant à rendre mes impressions devant les effets les plus fugitifs». Et les professions de foi de Pissarro sont analogues : il ne faut «pas procéder d'après des règles et des principes, mais peindre ce qu'on observe et ce qu'on sent».

    En face, les symbolistes travaillent dans les bibliothèques et dans les musées. Ils sont attirés par la métaphysique. Bref, nous refusons de cautionner l'idéologie qui méprise aujourd'hui la peinture impressionniste parce qu'elle est devenue quasiment populaire, comme on lui reprochait hier de céder au matérialisme jusqu'à dissoudre les formes, expression de la plus haute des facultés humaines, l'intellect. (...)"

    Dans son remarquable ouvrage "L'impressionnisme et la musique" [Fayard, collection "Les chemins de la musique", 1996], Michel Fleury est quant à lui bien plus circonspect puisqu'il lui faut, en un sens, près de 500 pages pour démontrer que la "musique impressionniste", ça existe ... En dépit de cette lettre adressée par Debussy lui-même en mars 1908 à son éditeur Jacques Durand (les Images pour orchestre étaient alors en chantier), où figurent les remarques suivantes (c'est en fait la seule fois où le compositeur s'est exprimé ainsi) : «J'essaie de faire "autre chose" - en quelque sorte, des "réalités" - ce que les imbéciles appellent "impressionnisme", terme aussi mal employé que possible, surtout par les critiques d'art qui n'hésitent pas à en affubler Turner, le plus beau créateur de mystère qui soit en art !»... Fleury s'en sort pourtant admirablement bien, et son érudition est tout aussi grande. Parmi cent autres choses, j'ai tout particulièrement apprécié ce passage de l'épilogue du livre, où à propos d'un éventuel "héritage" de ce genre musical Fleury observe ce qui suit, rendant à Bernard Herrmann un hommage inattendu :

    "(...) Enfin, d'autres résurgences contemporaines de l'impressionnisme sont à chercher dans la musique de film. Cela n'est sans doute pas étonnant. Les tendances à une «convergence des arts» qui ont présidé à l'essor de la musique impressionniste créaient évidemment les conditions de l'illustration musicale qui dès l'origine a été associée au septième art. Le langage musical de l'impressionnisme était particulièrement prédestiné pour associer le geste, les paroles, la situation dramatique et l'atmosphère à une contrepartie sonore. Il est certain que beaucoup de «fonds sonores» indistincts faisant office d'atmosphère et destinés à souligner les temps forts de tel ou tel western ne proposent qu'une vision dénaturée et pervertie des procédés de la musique impressionniste. Comme dans le domaine du jazz, Debussy, Delius et Ravel ont souvent été mis à profit d'une manière sommaire. Cependant, des compositeurs de talent ont travaillé à Hollywood, et certaines partitions de Korngold ou de Bernard Herrmann ont mis au service de l'image les ressources évocatrices de l'impressionnisme au travers de compositions de haute tenue, dont l'originalité atteste de la puissante personnalité de leur auteur. La splendide illustration sonore maritime de Herrmann pour Beneath the 12-Mile Reef est un exemple magistral particulièrement réussi d'«impressionnisme cinématographique», et témoigne ainsi que, loin de s'interrompre en 1914, le mouvement amorcé à l'orée du siècle par Debussy et ses contemporains est resté susceptible d'enrichir nombre de créations jusqu'à une date récente - y compris dans des domaines plus mineurs et parfois inattendus de la vie artistique."

    Pour revenir à Ravel, auquel Michel Fleury accorde la palme qui lui est due en matière d'innovations pianistiques, je reproduis enfin ce passage, peut-être plus "convenu" mais intéressant aussi :

    "(...) LA PATERNITÉ REVIENT À RAVEL

    II reste maintenant à décider à qui, de Debussy ou de Ravel, revient la primeur de cette écriture pianistique. Le génie de Debussy s'est d'abord accompli dans le domaine de la mélodie, de l'orchestre (Prélude à l'après-midi d'un faune, 1893, Nocturnes, 1899) et du théâtre (Pelléas, 1902). Il n'a atteint sa maturité dans le domaine du piano qu'en 1903, avec les Estampes. Ce recueil, par lequel s'affirme la magistrale individualité du style pianistique impressionniste, que nous avons caractérisé plus haut, marque une rupture nette avec les œuvres précédentes, y compris la suite Pour le piano (1901). Issue de la tradition des clavecinistes français du XVIIIème siècle, cette dernière, notamment dans la Toccata, est prémonitoire des tendances néo-classiques qui se font jour dans les dernières années (Sonates pour violon et piano ou pour piano et violoncelle, certaines études pour piano). Les recueils antérieurs s'apparentent par leur texture aux accompagnements pianistiques des mélodies. Certaines des plus réussies (Clair de lune de la Suite bergamasque, Arabesque n° 1), avec la claire séparation de l'accompagnement arpégé et de la ligne de chant, présentent une affinité avec les Pièces lyriques de Grieg, dont elles ne dépassent pas d'ailleurs l'ampleur, ni sur le plan de la portée expressive ni sur celui de la dimension. Elles font preuve d'un traitement pianistique somme toute conventionnel, dans le prolongement de la pièce de genre romantique.

    Dans l'intervalle, Ravel avait fait paraître Jeux d'eau (1902). S'inspirant de propos délibéré de Jeux d'eau à la Villa d'Este, cette œuvre est sans doute la première à explorer le royaume de l'illusion pianistique. Ravel y développe la conception en arpèges de Liszt. Sans se départir de la clarté et du souci de la ligne mélodique habituels de son auteur (qui interdisent toute assimilation de son art avec celui de Debussy, bien davantage enclin aux effets de brume), cette pièce constitue une véritable entomologie des procédés pianistiques énumérés plus haut : figuration en ruissellement d'arpèges de la main droite, ligne mélodique esquissée par la main gauche, et cela dans un contexte harmonique typiquement impressionniste : pentatonisme, quartes et quintes à découvert, secondes majeures, neuvièmes avec note ajoutée... La recherche de timbre à laquelle elle vise est attestée par le pianiste Ricardo Viñes (interprète privilégié de Ravel et de Debussy) : selon ce dernier, Ravel recommandait l'emploi de la pédale au registre supérieur pour faire ressortir «non la clarté des notes, mais l'impression floue de vibrations dans l'air». Il ne fait pas de doute que ce morceau impressionna Debussy au point de lui faire réviser ses conceptions pianistiques antérieures. S'inspirant de l'exemple de son cadet, il allait forger les outils lui permettant de fixer dès l'année suivante ses rêves et ses visions en d'incomparables sortilèges pianistiques. Allait dès lors se constituer au cours des années à venir un corpus de pièces suggestives, poétiques, colorées, d'une beauté unique, sans équivalent dans la littérature du piano."

    Jacques

  8. #108
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    Comme il est peu probable qu'il soit encore beaucoup question de Maurice Emmanuel, j'introduis ici, en ce qui le concerne, une nouvelle digression .

    Ravel, qui était d'une nature ouverte et tolérante, voudra bien me le pardonner du haut du "paradis des musiciens" (c'est d'ailleurs en lisant des ouvrages sur lui, lorsque j'étais tout jeune, que je tombais sur quantité de noms de compositeurs dont je me désolais, à l'époque, de ne pas pouvoir entendre facilement les oeuvres).

    Il y a une quinzaine d'années, grâce à Naxos qui avait lancé sa formidable collection "Patrimoine", tout un pan de la musique symphonique française méconnue m'a été révélé presque d'un seul coup. Au travers de 15 volumes que j'ai achetés dans l'enthousiasme, consacrés respectivement : à Louis Aubert, à Lili Boulanger, à Alfred Bruneau, aux cantates inédites du concours de Rome (Caplet, Debussy et Ravel), à Maurice Emmanuel, à Raphaël Fumet, à Jacques Ibert, à Vincent d'Indy, à Charles Koechlin, à Sylvio Lazzari, à Paul Le Flem, à Henri Rabaud, à Jean Roger-Ducasse (2 volumes) et à Joseph-Guy Ropartz.

    L'album correspondant à Maurice Emmanuel se présente ainsi :



    Son livret contient en outre un beau texte de Jean Gallois, que je reproduis intégralement ci-dessous :

    "Né à Bar-sur-Aube (Champagne) en 1862, Emmanuel vint très jeune à Beaune (Bourgogne), où il écoutait avec plaisir les chansons des vignerons. En 1880, il entre au Conservatoire de Paris où il fut le condisciple de Claude Debussy. Mais sa volonté d'étendre ses connaissances lui fit étudier les lettres gréco-latines et l'amena à soutenir une thèse sur La Danse Grecque Antique. Maître de chapelle en la Basilique Sainte-Clotilde de Paris de 1904 à 1907, il succéda ensuite à Bourgault-Ducoudray comme professeur d'histoire de la modalité, qu'elle fût grecque ancienne, ecclésiastique ou populaire - et même exotique.

    Son bagage de compositeur : de nombreuses pièces instrumentales et vocales - six œuvres symphoniques - deux tragédies lyriques d'après Eschyle : Prométhée enchaîné, Salamine - une comédie musicale d'après Plaute : Amphitryon.

    Voilà un disque important, et pour au moins trois raisons. D'abord parce que Maurice Emmanuel est un grand nom de la musique française, qu'il a fortement marqué de son empreinte et de son style. Cet homme de haute culture a su en effet rénover l'écriture traditionnelle issue des Romantiques et de Franck, en insufflant dans son discours une féconde sève populaire, une rythmique franche et libre, une couleur modale qui devance d'une génération les recherches d'un Migot ou d'un Messiasn. Ensuite, parce qu'il répare une injustice. En dépit de ses immenses qualités - ou peut-être à cause d'elles que certains jalousent secrètement -, Maurice Emmanuel apparaît comme un des compositeurs les plus injustement, les plus scandaleusement délaissés de notre école. Sous prétexte qu'il avait écrit de savants ouvrages sur L'Orchestique Grecque (1895), l'Histoire de la Langue Musicale (1911-1928) ou l'Accompagnement Modal des Psaumes (1913), on le rangea parmi les docteurs, respectés - de loin - pour n'avoir point à les lire. C'était oublier que ce familier de l'Antiquité avait bataillé pour rétablir César Franck ou défendit le Pelléas et Mélisande de Claude Debussy, son condisciple chez Guiraud. C'était oublier qu'il fut le premier en France à s'intéresser à l'histoire de la musique observée sous l'angle du langage. C'était oublier surtout que cet érudit restait, avant tout, un musicien, aussi sensible qu'ouvert aux recherches de son temps, un compositeur dont la vitalité sans cesse renouvelée s'accompagne d'une puissante force évocatrice (ainsi dans son opéra Salamine, il oppose aux modes "barbares" de fa et de le mode de mi, grec par excellence; ainsi, sa 4e Sonatine pour piano est-elle bâtie sur des modes hindous). S'il a finalement assez peu composé - par pudeur, par souci d'atteindre à la plus enviable perfection - Maurice Emmanuel laisse en revanche une œuvre d'une qualité sans faille et d'une rare noblesse. En témoignent suffisamment les trois ouvrages enregistrés ici - ce qui constitue bien la troisième marque d'inportance de ce disque.

    Ecrite pour grand orchestre et dédiée "A Gabriel Pierné", la Première Symphonie, en La, op. 18, date de 1919 : Maurice Emmanuel a donc attendu 57 ans avant d'aborder cette forme musicale. Or s'il s'y soumet, c'est en la renouvelant de fond en comble. Car son œuvre - admirable et d'une rare émotion dominée - ne ressort ni de la forme traditionnelle - bien que formée de trois mouvements et soumise à des évidentes symétries - ni de la forme cyclique - bien que le rappel de certains thèmes en souligne l'architecture et le relief - ni à la liberté discursive du "poème symphonique" - bien qu'elle "exprime, disait l'auteur lui-même, les sentiments d'un jeune combattant, conduit de la paix et de la joie aux rudes mêlées où il trouve la mort". En fait, elle relève de tous ces genres à la fois. Ce qui la rend éminemment personnelle. Et attachante.

    Après la sérénité des 26 premières mesures, Tranquille molto, l'Allegro leggiero e giocoso liminaire se bâtit essentiellement sur des cellules motiviques plus que sur de véritables "thèmes", ce qui permet des développements plus libres, une création continue de mélodies et de rythmes. Tout embué de mélancolie, que souligne la belle phrase confiée aux altos puis aux violoncelles et violons, l'Adagio molto s'articule en trois sections de type A-B-A, tandis qu'éclate dans l'Allegro con fuoco final, au "rythme de charge", l'âpreté d'un combat se terminant par la mort du jeune aviateur. Alors, élevant le débat, Maurice Emmanuel conclut dans une atmosphère de paix résignée où, de nouveau, s'élève la supplique si poétique des altos. Le cercle se referme...

    La Deuxième Symphonie opus 25, également en La, suit la précédente de onze années. Dédiée "à Paul Paray" (qui en assura la création le 27 janvier 1935 aux Concerts Colonne), elle relève davantage de la "symphonie à programme" (type "Fantastique" de Berlioz), l'auteur en ayant esquissé lui-même l'argument d'ailleurs facultatif : "ad libitum"). Ici, la grande originalité réside dans l'emploi très libre de thèmes populaires, tels que par exemple la mélodie du hautbois dans le premier mouvement reproduisant une complainte chantée par un aveugle au Pardon de Combrit en 1928 ou, dans le dernier volet, celui de la "Dérobée" entendue à Lannion dès 1890. C'est que Maurice Emmanuel a toujours éprouvé une grande tendresse pour la Bretagne (en 1890, il lui dédiait un "poème symphonique" détruit par la suite, mais dont certains éléments survivent dans l'opus 25). L'Allegro initial dépeint ainsi le roi Grallon fuyant sa ville dont les écluses ont été ouvertes : trois motifs bien caractéristiques dépeignent la scène : tumulte des eaux, force de caractère du vieux roi, tendresses et mélancolie devant le navrant spectacle. Dans le Scherzando suivant, l'auteur évoque Dahut, la fille de Grallon, qui ouvrit les écluses (on songe ici au Roi d'Ys de Lalo), et qui, devenue Sirène, confie son chant à la flûte sur fond d'archets. Troisième mouvement : Andante malinconico. C'est la tristesse de Grallon trouvant en la forêt de Kranou un bref remède à sa souffrance. Et ce remède semble bien préluder à l'action : l'Allegro con spirito final mêle en effet en son Soir de Pardon à Rumengol, de somptueuses danceries populaires, qu'un orchestre vivant et vibrant pare de sompteuses couleurs - tandis qu'apparaît en surimpression l'hymne de morts en mer...

    De la même encre, le somptueux Poème du Rhône ("Lou Pouèmo deu Rose" d'après Mistral, mêlant, comme l'opus 25, impressionnisme et musique pure, généreux lyrisme et poésie populaire, le tout restant soumis à une étonnante éloquence. La musique suit, résume, les XII Chants du roman dont voici brièvement l'argument : sur le fleuve enveloppé de brume matinale (Presque lent), sept barques s'ébranlent pour la "descize" (descente) vers Beaucaire (Allegro). Rires, chansons populaires. Au confluent l'Ardèche, montent le prince Guilhem d'Orange et une jeune paysanne, l'Anglore, qui le prend - tant il est beau - pour le Drac, l'Esprit du Fleuve. La seconde partie fait revivre la foire de Beaucaire - avec danses et chants folkloriques - tandis que la troisième relate le difficile "remonte". Un bourdonnement rythmique saccadé : c'est le vapeur qui va provoquer la catastrophe en éperonnant la barque de Maître Apian, en précipitant Guilhe et Anglore enlacés dans les flots, alors que la Nature, étrangère au drame, apparaît éternelle en son silence, impassible... Rude Leçon..."


    Jacques

  9. #109
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    <<"(...) LA PATERNITÉ REVIENT À RAVEL
    II reste maintenant à décider à qui, de Debussy ou de Ravel, revient la primeur de cette écriture pianistique. Le génie de Debussy s'est d'abord accompli dans le domaine de la mélodie, de l'orchestre (Prélude à l'après-midi d'un faune, 1893, Nocturnes, 1899) et du théâtre (Pelléas, 1902). Il n'a atteint sa maturité dans le domaine du piano qu'en 1903, avec les Estampes. >>

    La parution des Estampes a été l'occasion d'une brouille mémorable entre Debussy et Ravel qui l'accusait (peut-être avec juste raison) de plagiat.

    Rappel de l'affaire:

    Ravel compose le premier sa Habanera pour Deux pianos:

    YouTube - Ravel-Habanera

    Debussy qui assiste à la création, est très impressionné et lui demande une copie de sa partition.
    Quelques années plus tard, Debussy publie sa "Soirée dans Grenade" (seconde des "Estampes"):

    YouTube - Debussy - Soirée dans Grenade (Estampes)

    Ravel, furieux, crie au plagiat. D'autant que tout le monde le considère vu son plus jeune âge comme un émule et non un inspirateur du grand maitre.
    Il ecrit des lettres ouvertes aux critiques qui s'émerveillent de l'imagination musicale de Debussy et revendique l'antériorité de sa propre partition, exigeant que la date 1895 figure sur sa partition imprimée.

    Heureux temps où les innovations musicales pouvaient être millésimées (et brevetées?...)

  10. #110
    Un coup bien digne de ce compositeur médiocre, tout juste bon à publier des exercices pour pianistes.

  11. #111
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    Pour vous donner envie de découvrir Maurice Emmanuel, grapillez donc les petits extraits proposés en écoute:

    http://www.abeillemusique.com/CD/Cla...eart-5537.html

  12. #112
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    Pour vous donner envie de découvrir Maurice Emmanuel, grapillez donc les petits extraits proposés en écoute:

    http://www.abeillemusique.com/CD/Cla...eart-5537.html
    Il y a mieux encore, mais uniquement si on souhaite le découvrir à travers son oeuvre pianistique : http://www.musicme.com/Maurice-Emman...880001642.html
    C'est malheureusement le seul album de Maurice Emmanuel existant sur MusicMe, mais le programme est pas mal (et les oeuvres sont données en intégralité) :
    • Sonatine N°1 - Bourguignonne
    • Sonatine N°2 - Pastorale
    • Sonatine N°3
    • Sonatine N°4 - Sur des modes hindous
    • Sonatine N°5 - Alla francese
    • Sonatine N°6
    • Sonate en trio pour clarinette, flute et piano
    par Marie-Catherine Girod, piano, plus Richard Vieille, clarinette et Alain Marion, flûte pour la sonate en trio


  13. #113
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    La sonate en Trio de Maurice Emmanuel est un petit bijou, plein de fraîcheur, savant sans en avoir l'air (l'érudition désamorcée par l'humour).
    C'est une oeuvre que j'adore et que j'écoute souvent en boucle.

  14. #114
    Maurice Emmanuel 1862-1938

    > une melodie
    > mais la soprano n'est pas idéale


    YouTube - MAURICE EMMANUEL - Shen Veroni Marzola

  15. #115
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    Un grand merci, Alfredo, Kilogore, Philippe et Gavroche pour toutes ces choses que j'ai découvertes avec grand intérêt .

    Sur les rapports - plus ou moins bons - entre musiciens français au début du XXème siècle, j'en apprends ces jours-ci "des vertes et des pas mûres" en lisant attentivement l'immense et passionnante correspondance Debussy (plus de 2000 pages !), ainsi que les lettres reproduites dans des ouvrages sur Fauré et Ravel. Si l'on prend seulement Fauré, Debussy et Ravel, on voit que les trois hommes s'admiraient sur le plan artistique (ce n'est guère contestable), mais qu'ils pouvaient dire en privé - ou se laisser dire par d'autres - des "vacheries" assez surprenantes (à l'exception de Ravel, qui à ma connaissance n'a jamais dit le moindre mal de son maître Fauré, comme on peut s'y attendre).

    L'une des lettres les plus odieuses (ça m'a surpris, et même peiné ) : celle écrite à Debussy le 30 août 1917 par Désiré-Emile Inghelbrecht, où il dit des horreurs sur Ravel (certes, "Inghel" n'aimait pas beaucoup Ravel, du moins à cette époque; mais il aurait pu se passer des plaisanteries de très mauvais goût qu'il se permet à son sujet ).

    En revanche, la correspondance assez chaleureuse échangée entre Debussy et Fauré (ils avaient d'ailleurs des raisons très officielles - liées au Conservatoire - de se montrer aimables l'un envers l'autre), fait plaisir à lire . Elle conduit même à reviser certaines idées reçues quant à l'image de "bon papa" qu'on colle systématiquement à Fauré (qui pouvait se montrer impitoyable avec certains élèves), ainsi qu'à celle d' "affreux bonhomme sans coeur" sous laquelle on voit parfois Debussy. Un petit exemple, la lettre (que je trouve assez touchante) écrite par Debussy le 8 juin 1909 à Fauré :

    "Cher Maître et ami,
    Voulez-vous m'excuser de venir vous exposer le cas de Mlle Bourgoin, élève de la classe d'harmonie (M. Dallier, Professeur), qui, malade à l'examen pour le concours, a laissé quelques fautes dans sa leçon, et par suite s'est vu refuser l'honneur de concourir... C'est très grave !
    Et voilà des gens navrés... Le père - ancien avoué - est un excellent homme, la jeune fille anémique, aimant passionnément la musique et arrivée à un âge où il n'y a plus une minute à perdre... Je ne connais pas les autres membres de cette famille, mais suppose qu'ils sont dans le même navrement !
    Donc, son père demande que le Directeur use de la faculté qui lui est réservée de conserver cette élève encore une année dans la même classe.
    S'il vous est possible de faire quelque chose pour eux, je vous en serais sincèrement reconnaissant.
    Croyez à nos affectueux souvenirs et au dévouement de
    Claude Debussy"

    Jacques

  16. #116
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    Pardon, Kilgore, pour le "o" de trop que j'ai mis (par inadvertance) dans votre nickname !

    Jacques

  17. #117
    Pas grave, c'est un nom stupide de toute façon!

  18. #118
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    S'agissant des disques Ravel éparpillés dans ma collection, j'ai pu y remettre un peu d'ordre hier soir, retrouvant enfin l'album du Quartetto Italiano que je croyais perdu .

    Ce qui me permet, s'agissant du Quatuor à cordes en fa majeur, de montrer ces deux fleurons du label Philips :



    L'enregistrement du Quatuor Orlando est de 1982, celui du Quartetto Italiano de 1967 (mais il est "remastérisé" avec un son superbe). Le Quartetto Italiano est plus lent dans Debussy (par exemple, l'Andantino doucement expressif dure 8'40'', pour seulement 7'44'' avec les Orlando), mais en général plus rapide dans Ravel. Les deux versions sont excellentes, mais je continue à préférer celle du Quatuor Orlando.


    Autre sujet déjà traité, les deux concertos pour piano, dont j'ai retrouvé les enregistrements suivants (sans parler des "historiques" par Marguerite Long pour le Concerto en sol et par Paul Wittgenstein pour le Concerto pour la main gauche, d'Aldo Ciccolini jouant les deux concertos dans l'intégrale Martinon et du DVD où Yvonne Lefébure donne une interprétation époustouflante du Concerto en sol, toutes choses que je possède aussi) :





    Quelques précisions... L'enregistrement Thibaudet / Dutoit n'est pas mal, mais ce qui est peut-être le plus original dans ce disque c'est qu'il offre en complément deux oeuvres bien moins souvent jouées, le Concertino d'Arthur Honegger et le Concertino de Jean Françaix. Le disque Claves des concertos, par un pianiste, un orchestre et un chef basques, est attachant dans la mesure où le caractère basque du Concerto en sol y est "ressenti dans la chair" (évidemment ). Le disque pas cher du label Apex offre une version des deux concertos par Anne Queffélec accompagnée par Alain Lombard et l'Orchestre Philharmonique de Strasbourg, qui s'en sortent très honorablement. Quant à Martha Argerich sur le dernier disque montré, elle n'interprète que le Concerto en sol (on ne présente d'ailleurs plus cette version, absolument superbe), mais son Gaspard de la Nuit et sa Sonatine qui le complètent valent aussi le détour.


    Troisième sujet, pas encore abordé mais intéressant en soi, Ravel et l'académisme officiel du "style Conservatoire". Ça concerne l'époque où il tenta vainement d'obtenir le "Premier Prix du Concours de Rome" (1900, 1901, 1902, 1903 et 1905). Pour faire court (il y aurait pourtant beaucoup à dire sur ce sujet), je me borne à montrer une célèbre photographie prise à Compiègne en 1901, où figurent de gauche à droite, abstraction faite des deux "appariteurs à bicorne", Gabriel Dupont (avec une casquette qui lui donne un peu l'allure d'un combattant de la Guerre civile américaine, c'est l'auteur notamment des magnifiques Heures Dolentes pour piano dont j'ai déjà parlé tant et plus), Aymé Kunc, André Caplet, Albert Bertelin et Maurice Ravel, ainsi que deux disques où est enregistré à peu près tout ce que Ravel a composé d'important en vue de remporter ce concours :





    Tout cela, comme déjà dit, est fort intéressant. Mais je crois vraiment que, malgré quelques beautés, le génie de Ravel s'accommodait très mal de toutes ces exigences académiques. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer ces "inédits" (qui ne le sont d'ailleurs plus) avec ce qu'il composait librement à la même époque, en particulier Jeux d'eau, le Quatuor à cordes et le magnifique triptyque Shéhérazade.


    Jacques

  19. #119
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    Jacques vous avez de bien beaux disques...
    Il faudrait que je réécoute les Italiano... Je n'ai jamais accroché avec eux... Ici ou ailleurs Je vais faire grincer des dents mais je trouve qu'il nous font du beau son et qu'ils s'écoutent jouer... Mais je ne suis pas mélomane !


  20. #120
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    Par le même Quartetto italiano, on trouve ce disque là (je n'ai aucun affichage d'image, mais comme vous parlez, Jacques, de 1967, je présume que ce n'est pas de ce dsique que vous parlez) :

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