Eh bien, tout ce que tu énumères là, c'est juste un peu plus que ce que j'appelle l'articulation!
C'est encore plus frappant, ce que tu décris, dans Pour les Enfants: on est forcé de faire aller les phrases, voire les cellules, d'un point à un autre. Mais la différence, à mon avis, avec la culture pianistique russe, c'est que dans cette dernière, les voies d'accès au chant peuvent être plus complexes, plus libres, détournées, et surtout reposent davantage sur l'oreille du pianiste et le rapport qu'il entretient à sa propre sonorité.
D'une certaine façon, les russes sont formés pour pouvoir faire chanter une partition sans forcement lui faire confiance, les hongrois sont formés pour qu'en faisant totalement confiance à la partition, cela chante!
En d'autres termes, ce n'est pas toujours le même type d'autorité dans la conduite des phrases. Quand on écoute Sofronitsky, Gilels et Grinberg dans l'opus 28 de Beethoven, puis Fischer et Ranki, on voit clairement deux cultures de la continuité, et l'une des différences les plus saillantes, je trouve, c'est que pour les russes, s'ils changeaient quelque chose dans le rubato comme dans le tempo de base, ils chanteraient pareil, alors que les hongrois ont besoin de se reposer sur une autorité plus intérieure à la battue. On pourrait presque dire que les uns respirent à partir du son, et que les autres sonnent à partir de leur respiration.
Je pense que ce sont des symptômes de culture pianisitque que l'on retrouve dans les écritures, qu'elles soient virtuoses ou destinées aux débutants.


De quoi attrapper des muscles palmaires en titane ionisé.
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