







C'est bien exact, au vu du reste de la partition (les cinq pages qui précèdent celles que j'ai reproduites) que j'ai maintenant sous les yeux.
J'ajouterai juste que, lorsqu'à propos du piano de Debussy il est question de passages "effrayants" à jouer (techniquement, cela va de soi), ce sont certaines des Etudes qui me viennent immédiatement à l'esprit, plutôt que la Suite bergamasque. Mais cette dernière, en dépit de certaines apparences, n'est quand même pas si facile que ça.
Jacques![]()



Je le pense aussi de cet excellent pianiste, qui sous la réserve formulée par Alfredo a enregistré de bonnes intégrales Fauré, Debussy et Ravel. J'apprécie quand même moins ce qu'il a fait dans Fauré, où il me donne l'impression d'être dans l'ensemble un peu "terne".
Aurait-il une certaine tendance à faire un peu trop de rubato, ou à en user lorsqu'il ne le faut absolument pas? C'est possible, vu que c'est justement par excès de rubato qu'il a presque complètement raté une autre intégrale, celle qu'il a consacrée au piano de Poulenc (à l'écoute, on en a presque le mal de mer
). Mais pour le reste, je ne perçois guère cette tendance, ou du moins ne la trouve pas gênante. Son intégrale Ravel, en particulier, avait à sa sortie reçu d'excellentes critiques (même si d'autres réalisations, par la suite, l'ont surpassée et lui ont fait de l'ombre).
Jacques



Paul Crossley a une variété de couleurs et une sensibilité de toucher qui rendent son disque des oeuvres de jeunesse de Debussy particulièrement chatoyant, charmeur et attrayant.
Pour les oeuvres de la maturité dont la substance musicale est suffisamment riche en elle même, j'avoue que je préfère des interprétations plus strictes et plus sobres.






Nous sommes à peu près d'accord, je ne voulais pas dire que Debussy, Schoenberg, Bartok et tutti quanti devaient quelque chose à Brahms, en tous cas de façon égale, naturellement. C'est même le jour et la nuit pour Schoenberg et Debussy.
Je voulais simplement dire que quand on écoute l'opus 119/1 on peut entendre une énorme partie de la musique des trente années à venir en germe, ce qui peut bien sûr être dit de quantités d'autres oeuvres à des époques différentes ou à la même époque, mais que ce qui est très frappant est que l'on a l'impression que les voies les plus différentes y sont ouvertes, et que l'on peut choisir au hasard dans laquelle s'engouffrer. Que tout est possible à partir de là, en quelque sorte.
Pour la partie soulignée: du coup, non, je pense simplement que parmi les voies qui s'ouvraient à la toute fin du XIXe, il y avait effectivement celle de Debussy, que lui seul pouvait prendre, et qu'elle faisait partie de celles entrevues par le dernier Brahms. Le fait que Schoenberg ait travaillé dans une logique de succession à Brahms, et Debussy radicalement indépendamment, est accessoire sous ce rapport là.
Evidemment, tout cela suppose de croire un peu à une forme d'évolution naturelle des espèces musicales, en quelque sorte... Mais pourquoi pas!



En musique aussi il ya le Darwinisme et le créationisme?







Un petit "pavé dans la mare des réflexions musicologiques", puisque la musique des vidéos que je montre ci-dessous n'a rien à voir avec Brahms, Debussy ou Schönberg (ou si peu) et pourra faire penser à de la "musique d'ascenseur à la mode japonaise".
Elle n'a pas non plus la pureté des pièces composées pour le piano par Joe Hisaishi, mais elle nous rapproche quand même du sujet initial, auquel je reviens par la petite porte. Sud avait d'ailleurs pris soin d'inclure ce sujet dans la section "Autres genres", laquelle comprend notamment la musique de film.
Cette musique est celle écrite par un certain Yoshio Mamiya pour le film d'animation - manga - Hotaru no Haka (Le Tombeau des lucioles), réalisé en 1988 par Isao Takahata d'après le récit semi-autobiographique de l'écrivain japonais Akiyuki Nosaka, publié en 1967.
Ce film d'animation, un chef-d'oeuvre de sensibilité en dépit de l'apparente naïveté du dessin, raconte le destin tragique de deux enfants, un garçon d'une quinzaine d'années et sa petite soeur de quatre ans, qui tentent désespérément de survivre dans un Japon à l'agonie (été 1945), arrosé quotidiennement de bombes incendiaires. C'est infiniment triste et poignant, mais je le recommande à celles et à ceux qui ne l'auraient pas encore vu et qui supportent ce genre de chose.
La première vidéo ne montre que des images fixes tirées du film, mais avec davantage de musique. La seconde permet de voir aussi certaines séquences animées.
YouTube - Grave of the FireFlies- Ending Theme[/URL]
YouTube - GRAVE OF THE FIREFLIES ~ "Hotaru" (Ending Theme)[/URL]
Jacques



Je ne partage pas vraiment ton analyse sur ce plan, car je ne crois pas que Brahms ouvre une voie à Debussy; celui qui préfigure Debussy c'est clairement Grieg, lequel est très loin de Brahms.
Je ne pense pas non plus qu'il y ait une filiation Brahms/Schoenberg, là encore la filiation est plutôt Wagner/Schoenberg : tout ce triturage harmonique, sans parler des oeuvres de la phase I de Schoenberg (Pelléas, Gurrelieder, Nuit Transfigurée etc) sont d'inspiration tout à fait wagnérienne, et c'est bien l'exaspération tonale de Wagner qui pousse Schoenberg vers le sérialisme.
Pour moi Brahms préfigurerait davantage Reger, Schreker, Pfitzner, Hindemith etc.





A ce petit jeu il y a aussi Wagner-Debussy ou Mahler-Schoenberg...



La Nuit Transfigurée, je trouve que ça ressemble assez à du Brahms qui aurait aimé Wagner. Schoenberg était un brahmsien fou, tout de même, ça doit bien s'infiltrer dans sa musique.
(Grieg Debussy? le second aurait été encore plus persifleur envers le premier qu'avec Wagner, avec ses "bonbons fourrés à la neige", qui ne sont pas si mal vus - mais ce n'est pas mauvais, les bonbons fourrés à la neige ; à petite dose en tout cas).
Debussy me semble plutôt "venir" des Russes et de tous les Françàais, même ceux qui sont le plus différents, et aussi de Wagner (fût-ce pour faire le contraire). Assez peu de Beethoven, de Verdi ou de Bruckner. Mais je ne saurais pas dire pourquoi.



Je ne sais plus qui a dit à Debussy, après un Boris Godounov à Paris (peut-être avec Chaliapine): "c'est le grand-père de Pelléas, non?"![]()



Wagner-Debussy oui mais par rejet systématique de l'esthétique du premier par le second. Debussy détestait Grieg par pure jalousie car il y voyait un précurseur de son propre style, ça a été beaucoup dit je crois. Mais la filiation de Théo avec les russes marche aussi car on a en réalité Russes - Grieg - Debussy (cqfd).
Mahler-Schoenberg par contre c'est évident, et je dirais que La nuit transfigurée etc c'est vraiment du post-Mahler, ce qui nous ramène à Wagner car on a Mahler = Wagner + J.Strauss (cqfd).



Je n'arrive pas à me représenter l'ombre du début d'un lien entre ce que j'entends dans Grieg et ce que j'entends dans Debussy ; sauf à la rigueur les toutes premières compositions de Debussy, et encore je verrais ça plus à cause de l'air du temps qu'autre chose...



Moi si par contre, et on dirait que je ne suis pas le seul :
Il faut dire que les recherches en matière de langage musical de Grieg sont les précurseurs de Debussy.
Regarding the influence Grieg had on Debussy and Ravel we can observe that
they both highly appreciated the national and suggestive aspects of Grieg’s music.
Ses harmonies, souvent audacieuses pour l'époque, ont influencé des compositeurs tels que Debussy.
Audacieux harmoniste, cet initiateur à un art « impressionniste » a influencé des compositeurs tels que Debussy, Ravel et Delius
Grieg a exercé de l’influence sur Debussy et sur Ravel ; il faut se souvenir que sa musique a été très jouée en France à la fin du XIXe siècle.
etc.
et pas seulement Debussy du reste :
la génération de compositeurs français à laquelle j'appartiens s'est sentie fortement attirée par sa musique. Aucun compositeur ne me paraît plus proche que Grieg - si ce n'est Debussy (Ravel)
Béla Bartók, qui, au XXe siècle, cherche à renouveler l'écriture musicale à partir de la musique populaire, s'est lui aussi inspiré des adaptations d'airs folkloriques pour piano de Grieg.
La filiation Grieg/Debussy me paraît tout à fait évidente dans les Pièces Lyriques en particulier.



Ben je ne nie nullement, je constate justement que je n'entends absolument pas ça. Je ne trouve pas du tout les pièces lyriques préimpressionnistes (ni Debussy impressionniste, au demeurant, mais j'utilise l'adjectif par commodité). Je réécouterai.