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Thread: Pelleas et Mélisande (Debussy)

  1. #1
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    Pelleas et Mélisande (Debussy)

    Allez! je me lance dans une comparaison discographique du chef d'oeuvre irremplaçable et magique tant adoré, tant réécouté, tant vénéré (...et tant detesté par d'autres....tant pis pour eux!...)

    Versions CD en mono:

    Jansen, Joachim, Etcheverry, cabanel Cernay Ben Sedira dir. Désormières
    Un monument historique définitivement incontournable plus qu'une véritable version de référence.
    Des images des "Visiteurs du soir" ou de "La belle et la bête" viennent spontanément à l'esprit en écoutant ces sonorités fanées et ces voix d'un autre temps.
    Objectivement, deux défauts flagrants: l'équilibre sonore voix-orchestre est trop favorable aux voix aux dépends de l'orchestre. Et les timbres d'Arkel et de Golaud sont trop proches, au point qu'au dernier acte, on ne sait pas toujours bien lequel des deux chante quand on n'a pas le livret sous les yeux.
    La voix d'Irène Joachim peut subjuguer ou au contraire agacer par son timbre de petite fille angélique mais blessée. Jacques Jansen est très charmeur et Etcheverry impressionnant et humain.

    Mollet, Danco, Rehfuss, Vessières, Bouvier, Wend dir. Ansermet
    Avouons le tout de suite, cette version est une de nos préférées. Tout "fonctionne" parfaitement dans le sens où même les défauts (flagrants) ne nuisent pas à la cohérence dramatique de l'oeuvre.
    La diction de Heinz Rehfuss est un peu précieuse et "vieille France"? Cela anticipe certaines mises en scène modernes qui font de Golaud non pas un "chevalier noir", mais un aristo en fin de lignée ou un petit notable de France profonde.
    La voix de Pierre Mollet est limitée dans l'aigu? Son timbre est jeune et frais, presque adolescent, sa diction d'un naturel étonnant, et il sait parfaitement maquiller ses aigus un peu limites en cris d'enthousiasme juvénile.
    Le timbre argenté, satiné et frémissant de Suzanne Danco est un enchantement du début à la fin.
    Pour les trois autres rôles on trouvera rarement mieux. Flore Wend a un timbre naturellement androgyne sans avoir besoin de surjouer au petit garçon. André Vessières est idéal et Hélène Bouvier est une merveilleuse "diseuse".
    Ansermet choisit des tempi plus rapides que la majorité de ses confrères. l'oeuvre y gagne de la fluidité et de l'allant, et les chanteurs peuvent faire rebondir sur ce tapis orchestral bien tendu la prosodie si particulière des parties chantées avec un naturel le plus proche possible de la voix parlée.
    On peut être un peu gêné au prime abord par la sonorité acidulée de l'orchestre et le souffle de l'enregistrement mono "Mais on s'y fait si vite..." . D'autant plus que l'équilibre voix-orchestre est cette fois idéal.

    Maurane, Danco, De Groot, Vessières, S.Michel, Westbury dir. Inghelbrecht
    Seuls trente cinq minutes d'extraits ont été publiés en CD (INA mémoire Vive). Pourtant l'intégrale existe, mais le Golaud effroyablement mauvais (pire encore que ce que pouvez imaginer!...) de Maurice de Groot la rend impubliable. C'est un crève coeur parce que le duo Camille Maurane-Suzane Danco est un miracle absolu de poésie, de sensibilité et d'harmonie des deux timbres, amoureusement dirigé par Inghelbrecht. Personne n'a jamais fait mieux... pour les scènes réunissant les deux héros éponymes seulement, hélas....
    Il est tentant de greffer ces quelques scènes d'une perfection éblouissante dans l'enregistrement précédent, réalisé la même semaine d'Avril 1952 dans une acoustique très proche...

    Maurane, Micheau, Roux, Depraz, Gorr, Simon dir. Fournet
    On retrouve ici le meilleur Pelleas de toute la discographie, Camille Maurane dans une belle réalisation mieux enregsitrée, bien dirigée mais qui, vocalement, sonne un peu plus datée.
    Janine Micheau est loin d'avoir le charme et le magnétisme de Suzane Danco, son côté "petite bourgeoise catho entre thé et petits gâteaux" convient à Micaêla mais pas à Mélisande.
    Michel Roux est excellent: nuancé, inspiré, complexe, torturé, malgré un timbre un peu rèche.
    Rita Gorr a un timbre plus riche et plus rond que celui d'Hélène Bouvier, mais Xavier Depraz n'a pas l'autorité royale d'André Vessières.

    Jansen, Los Angelès, Souzay, Froumenty, Collard dir. Cluytens
    Le principal attrait de cette version, c'est l'exceptionnel Golaud de Gérard Souzay. Le reste est un peu décevant.
    Jacques Jansen est assombri et alourdi en comparaison de la version Désormières.
    Victoria de Los Angelès est à la fois trop ingénue et trop charnelle. On imagine une grosse fille rougissante, souriante et un peu niaise... C'est un contre-sens.

    Signalons l'existence d'une bande radio de la RAI qui réunit l'équipe idéale des fifties:
    Camille Maurane, Suzane Danco, Michel Roux, André Vessières, Helène Bouvier, Annick Simon dir. Fernado Previtali
    Cela fait vingt ans qu'un petit label montpellierain nous promet sa "parution imminente" en CD...(Vous m'entendez, monsieur Cauquil?...)... Continuons à attendre et espérer!...

  2. #2
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    Versions CD en Stéréo

    Maurane, Spoorenberg, London, Hoeckman, Veasey, Bredy, dir. Ansermet
    La plus frustrante des versions! Le plus merveilleux des Pelleas, un orchestre superbe, une prise de son magnifique... mais un Golaud épouvantable qui disqualifie tout!...
    Les directeurs artistiques ne savaient vraiment pas distribuer leurs meilleurs chanteurs. Georges London était le meilleur Mephisto de Gounod de son époque (bien meilleur que Boris Christoff et Nicolaï Ghiaurov réunis!...), on lui refuse l'intégrale du rôle au disque (juste les deux airs pour le consoler) et on préfère lui faire enregistrer Golaud... Le résultat, c'est cet espèce d'ogre du petit Poucet, caricatural, inécoutable. Rajoutez un Yniold qui a la voix de Bart Simpson, et une Mélisande qui évoque cette fois une belle auto-stoppeuse scandinave avec un certain kilométrage au compteur... et la balance penché définitivement du mauvais côté, malgré le talent de joséphine Veasey et la présence, pour une fois, d'une vraie basse profonde dans Arkel (Guus Hoeckman chantait Sarastro, Osmin et Pimène)

    Shirley, Soderstrom, McIntyre, Minton Dir Boulez
    Même si les inconditionnels de Boulez tentent depuis quarante ans de nous faire prendre des vessies pour des lanternes, cette version est un ratage total en raison d'une distribution vocale aberrante. Si Boulez voulait prouver au monde entier que le texte de Maeterlinck est ridicule, il a pleinement réussi. Effectivement, quand on écoute sa version, on se dit sans cesse "Quelle mauvaise pièce, quel mauvais texte! quelle belle partition orchestrale mais quel dommage qu'ils chantent!..."
    Le problème c'est que quand on écoute d'autres versions le même texte parait magnifique, poétique, riche de sens et les parties chantées sublimes...
    donc c'est bien la preuve qu'il ya un réel problème!...

    Command, Dormoy, Bacquier, Soyer, Taillon, dir Baudo
    Reconnaissons d'emblée les deux principaux défauts: l'orchestre n'est pas le meilleur du monde et la prise de son trop réverbérée n'arrange rien.
    Mais pour la première fois depuis Ansermet 1952 l'oeuvre "fonctionne" à nouveau dans toutes ses dimensions et on est pris par l'émotion du début à la fin.
    Serge Baudo sait créer en permanence un climat et une atmosphère prenants.
    L'interprétation de Bacquier est un grand moment de théatre musical.
    Le timbre velouté et mordoré de Michèle Command (madame Bacquier à la ville) procure d'étonnants frissons et elle maitrise à fond tous les aspects psychologiques du personnage (elle avait travaillé le rôle avec Irène Joachim)
    Le timbre et le style de Claude Dormoy (prématurément décédé) rappellent ceux de Jacques Jansen.
    J'aime moins Roger Soyer (timbre trop clair, phrasés mous) mais je sais qu'il a ses fans.
    C'est une de mes versions préférées.

    (à suivre)

  3. #3
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    Quote Originally Posted by Alfredo View Post

    Shirley, Soderstrom, McIntyre, Minton Dir Boulez
    Même si les inconditionnels de Boulez tentent depuis quarante ans de nous faire prendre des vessies our des lanternes, cette version est un ratage total en raison d'une distribution vocale aberrante. Si Boulez voulait prouver au monde entier que le texte de Maeterlinck est ridicule, il a pleinement réussi. Effectivement, quand on écoute sa version, on se dit sans cesse "Quelle mauvaise pièce, quel mauvais texte! quelle belle partition orchestrale mais quel dommage qu'ils chantent!..."
    Le problème c'est que quand on écoute d'autres versions le même texte parait magnifique, poétique, riche de sens et les parties chantées sublimes...
    donc c'est bien la preuve qu'il ya un réel problème!...
    Je comprends mieux pourquoi j'ai toujours un léger problème avec cette oeuvre et cherche bêtement une version non chantée...
    Sérieusement, Alfredo, je lis tout ça avec intérêt... on ne sait jamais... peut être qu'un jour...

  4. #4
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    Stillwell, Von Stade, Van Dam, Raimondi, Denize, Barbaux dir. Karajan
    Une version imparfaite, contestable, mais indiscutablement attachante et qui a ses fans inconditionnels.
    Karajan crée une atmosphère unique, sensuelle et vénéneuse très "art nouveau" qui rappelle à la fois l'art des peintres préraphaélites et Parsifal de Wagner.
    José Van Dam est le meilleur Golaud imaginable, tout est admirable: le timbre, la diction, le ton tour à tour princier, passionné ou déchiré.
    Avec le reste de la distribution les choses se gâtent un peu...
    Frédérica Von Stade a une jolie couleur exotique dans le timbre et de belles intonations plaintives... mais c'est à peu près tout...
    Stillwell n'a pas la voix du rôle, il est obligé sans cesse de détimbrer pour alléger ce qui crée des sonorités un peu grises et rugueuses (alors que c'est un baryton vaillant et clair quand il chante à pleine voix)
    Nadine Denize prononce le français presque aussi bien que Joan Sutherland , et la présence de Ruggero Raimondi ressemble plus à un coup médiatique de vedetariat qu'à une réelle adéquation entre le chanteur et le personnage

    Eric Tappy, Rachel Yakar, Philippe Huttenlocher, François Loup dir. Armin Jordan
    La direction lourde, pâteuse et métronomique d'Armin Jordan plombe hélas irrémédiablement cet enregistrement à la distribution intéressante. (à l'origine c'est Alain Lombard qui aurait du le diriger). Dommage pour l'excellent Pelleas d'Eric Tappy.
    Rachel Yakar serait parfaite si elle ne se croyait pas obligée de sussurer tout le dernier acte d'une voix détimbrée et mourante. Cela en devient ridicule.

    Henry, Alliot-Lugaz, Cachemaille, Thau, Carlson dir. Dutoit
    Une version séduisante mais superficielle, sur "papier glacé".
    La qualité de prise de son est excellente, la diction des interprètes aussi, mais il manque tout le travail d'approfondissement psychologique des textes, des sens cachés et des double-sens, comme s'il n'y avait pas eu de véritable chef de chant au moment de l'enregistrement.
    Le Golaud De Gilles Cachemaille est vocalement magnifique.
    Le Pelleas de Didier Henry est trop "baryton d'opéra"
    La Mélisande de Collette Alliot-Lugaz est séduisante mais terriblement au premier degré, sans arrière-plans ni part d'ombre (La confrontation avec la subtilité et la profondeur psychologique de Michèle Command est écrasante)
    Pierre Thau est impressionnant de noirceur, mais le vibrato est envahissant.
    Le Yniold de Françoise Golfier est excellent (le meilleur depuis Flore Wend)

    (à suivre)

  5. #5
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    Le Roux, Ewing, Van Dam, Courtis, Ludwig dir. Abbado
    La direction d'Abbado est absolument magnifique, d'une fluidité et d'un satiné sonore étonnants.
    Côté voix féminines, par contre, c'est la cata.
    Maria Ewing est la plus mauvaise Mélisande de toute la discographie. Le timbre (endore séduisant dans son enregistrement de la Damoiselle Elue) est devenu franchement laid et sa caractérisation d'ingénue hébétée est parfois hilarante ("Oh! Il est tombé dans l'eau!..."!")
    La présence de Christa Ludwig à bout de voix et à contre-emploi est une souffrance pour les fans de cette admirable artiste, quant à Yniold... j'ai même oublié son nom.
    Cöté voix masculines, c'est heureusement beaucoup mieux:
    José Van Dam refait un Golaud très différent de son premier avec Karajan, moins vocal et plus théatral avec une timbre qui a perdu son velours sombre mais une diction qui a gagné en incisivité et en mordant. Plus proche de Bacquier, différent, mais toujours admirable.
    Jean Philippe Courtis est tout aussi parfait (même si son timbre est un peu trop juvénile pour le vieux roi aveugle).
    François Le Roux?.... Je ne suis pas aussi enthousiaste que ce que tout le monde dit. Je le trouve aussi crispant que Fabrice Lucchini, avec son ton précieux et sa diction surarticulée. Certes, on ne perd pas un mot, mais cela sonne tellement ampoulé, superficiel et artificiel.

    Théruel, Delunsch, Arapian, Bacquier, Jossoud dir Casadesus
    Dommage que la prise de son "live" ne mette pas plus en valeur l'orchestre. Dommage aussi que le rôle d'Arkel ait été confié à Bacquier vieillissant. Sans ces deux défauts, on aurait là une très bonne version francophone homogène et réussie, beau témoignange de la vitalité de la vie musicale en province.

    Holzmair, Von Otter, Naouri, Vernhes dir. Haitink
    Pour la troisième fois de cette confrontation, l'oeuvre "fonctionne" dans toute sa plénitude. On est pris par l'émotion, on n'a plus envie de critiquer (malgré des défauts flagrants), on vibre, on frémit et on pleure.
    On se dit que la musique est magnifique, le texte d'une poésie subtile, les parties vocales merveilleuses
    Je pèse mes mots quand je dis que la direction d'Haitink est la meilleure qu'on ait jamais entendue dans cette oeuvre. Meilleur que Karajan, meilleur qu'Abbado, même meilleur qu'Ansermet.
    Chaque son, chaque phrasé, chaque ligne a la couleur juste, la nuance exacte, la courbe idéale, on n'ose plus respirer tellement c'est beau, et on vibre d'émotion du début à la fin.
    Côté voix, on pourra certes trouver mieux pour chaque rôle pris séparément, dans les versions précédentes, mais on a une véritable équipe équilibrée qui a effectué un travail collectif aprofondi sur l'oeuvre.
    Wolfgang Holzmair a dans l'absolu une voix trop sombre et trop lourde et un accent qui pourrait gêner; Anne Sophie Von Otter a tort de chanter "Mes longs cheveux" comme un air de bel canto sophistiqué, et non comme une chansonnette populaire et sa diction n'a pas toute la clarté souhaitée, Naouri n'a pas la présence ni le timbre de Van Dam, mais on l'oublie tant leur art du phrasé et des nuances est subtil, et leur interprétation vécue.
    C'est ma troisième version préférée.

    L'avenir?
    Le DVD de Haitink avec Kozena, Lapointe et Naouri, s'il est édité, pourrait apporter un plus, Naouri ayant approfondi son interprétation et Lapointe étant plus idiomatique que Holzmair.

    Les nouveaux interprètes potentiels ne manquent pas pour de nouveaux enregistrements:
    Yann Beuron, Francis Dudziak, Simon Keenlyside pour Pelleas
    Véronique Gens, Sandrine Piau pour Mélisande
    Ludovic Tézier en Golaud
    Complétez la liste....

    Les regrets?

    Qu'on ait raté au disque Bernard Demigny en Pelleas, Ely Ameling en Mélisande et Ernest Blanc en Golaud

  6. #6
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    Sur les quinze versions que vous avez présentées, Alfredo , j'en possède huit.

    Ce que vous avez noté de ces dernières me paraît si juste que je me vois mal, en l'état, ajouter quoi que ce soit à vos remarques. Quant aux autres versions, il va de soi que j'ai lu tout ce que vous en avez dit avec le plus grand intérêt.

    Mais ce fil est désormais ouvert, et il serait surprenant que je n'y revienne pas ultérieurement.

    Pour l'instant, j'adhère tellement à votre expression "chef d'oeuvre irremplaçable et magique tant adoré, tant réécouté, tant vénéré" que j'ai maintenant grande envie d'entendre à nouveau Pelléas et Mélisande. Ce que je ferai probablement demain ou dimanche.

    Jacques

  7. #7
    Haitink, meilleure direction qu'on ait entendue dans cette oeuvre? Ah bon...

  8. #8
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    Bon, je n'suis qu'un pauv' paysan mais j'ai des oreilles qui fonctionnent encore.
    Concernant cet ouvrage, je pense que sa principale spécificité, c'est d'être unique dans son genre.
    Ce n'est pas un opéra. Là, rien de bien nouveau. C'est une île rescapée quand l'océan a englouti toutes les autres à la suite d'un vaste tsunami. C'est rare qu'un fan de Verdi aime à ce point "Pelléas...". Mais je soupçonne un amour pour Claude de France qui voile la vérité crue. Alf est un inconditionnel, et à ce titre, il a tendance à idéaliser. Personnellement, je ne suis pas un dingue de Debussy, même si ses oeuvres pour piano me sont douces et son orchestration très lumineuse me captive parfois.
    La version Abbado de "Pelléas..." est, à mon goût, incontournable, d'une beauté esthétique sans rivale, sauf peut-être celle de Karajan. Le Golaud de van Dam est cynique à souhait. Les femmes sont hélas mal programmées, si je puis dire.
    J'ai mis vingt ans pour capter enfin la profondeur insondable au premier abord de cette symphonie chantée avec texte marrant :o)
    Mais, désormais, je ne pourrai déconseiller un novice à se pencher sur la question.
    Je ne le conseillerai pas non plus, car soyons objectif : cette oeuvre n'est pas évidente.

    Bon week-end

  9. #9
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    << Haitink, meilleure direction qu'on ait entendue dans cette oeuvre? Ah bon... >>

    Moi je trouve.
    Jugez par vous mêmes
    je vous propose de comparer en détail deux scènes pour avoir une base concrète et précise de discussion: l'acte 1 scène 1 et l'acte 3 scène 1 :

    http://www.musicme.com/#/Anne-Sofie-...861049233.html

    mes deux autres versions préférées:

    http://www.musicme.com/#/Claude-Debu...946015520.html

    http://www.musicme.com/#/Serge-Baudo...213222523.html

    Abbado défendue par Jyduc:

    http://www.musicme.com/#/Claude-Debu...943534420.html

    et Karajan souvent citée en référence:

    http://www.musicme.com/#/Soloists/al...356716858.html

    Ansermet 1963 pour Camille Maurane, inégalé et peut-être inégalable, mais si mal entouré par London et Spoorenberg:

    YouTube - Pelléas et Mélisande (Intro)[/URL]

    YouTube - Pelléas et Mélisande (Mes longs cheveux)[/URL]

    le "monument historique" Désormières:

    http://www.musicme.com/#/Claude-Debu...776103822.html

    et Boulez pour le désastre du texte et de la prosodie:

    http://www.musicme.com/#/Pierre-Boul...975272228.html

    Bonne écoute, et de l'argumentation "concrète" sur les deux extraits proposés.

    L' anthologie Haitink de l'oeuvre orchestrale en deux CD avec le Concertgebow est une "référence" aussi, Non?....

  10. #10
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    Je tiens de la bouche même de José van Dam que "Pelléas..." était l'opéra (???) préféré de Karajan. J'ai la prétention de croire qu'il faut aimer cette oeuvre pour bien la diriger. Le hic se situe au niveau des interprètes. Qui va remplacer van Dam dans Golaud ? Son rôle fétiche. Il y excelle, il faut bien le reconnaître.
    Haïtink, l'un de mes "Chefs de chevet", me semble idéal pour la subitilité de la musique de Debussy. Sinon, sur les commentaires d'Alf concernant les voix, je suis assez d'accord et la préciosité de François Le Roux m'agace. Mais y a-t-il un Pelléas rêvé ? Bien que Mélisande soit encore plus ardu à distribuer.

  11. #11
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    << Je tiens de la bouche même de José van Dam que "Pelléas..." était l'opéra (???) préféré de Karajan. J'ai la prétention de croire qu'il faut aimer cette oeuvre pour bien la diriger. Le hic se situe au niveau des interprètes. Qui va remplacer van Dam dans Golaud ? Son rôle fétiche. Il y excelle, il faut bien le reconnaître. >>

    C'est vrai que Van Dam s'est tellement identifié au rôle qu'il sera dur à égaler, mais Naouri, avec une voix moins séduisante n'est pas mal du tout, Gille Cachemaille et Vincent Le Texier aussi.

    << Haïtink, l'un de mes "Chefs de chevet", me semble idéal pour la subitilité de la musique de Debussy. Sinon, sur les commentaires d'Alf concernant les voix, je suis assez d'accord et la préciosité de François Le Roux m'agace. Mais y a-t-il un Pelléas rêvé ? Bien que Mélisande soit encore plus ardu à distribuer. >>

    Un Pelleas Rêvé? Pour moi oui, sans aucun doute: Camille Maurane, aussi identifié au rôle et inégalable que José Van Dam pour Golaud.
    Son "élève préféré" Francis Dudziak, fait mieux que l'imiter et aurait du enregistrer le rôle.
    Parmi les jeunes Stéphane Degout reprend le flambeau avec panache, et on attend avec curiosité la prise de rôle par Yann Beuron qui a enregistré un disque Fauré intéressant.


    Laurence Dale chantait plutôt bien le rôle lui aussi, preuve qu'un petit accent n'est pas gênant en soi quand le rebond naturel de la prosodie (notion totalement ignorée par Georges Shirley qui égrenne les noires, les croches et les triolets de façon métronomique et ridicule dans la version Boulez ) est respecté.
    Holzmair aussi respecte parfaitement bien la prosodie malgré son accent.
    Le problème prosodie est primordial et différent du problème accent.

  12. #12
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    Les anecdotes les plus incroyables, celles qui vous font l'effet d'un coup de tonnerre quand elles vous arrivent, on ne les oublie jamais. Elles continuent à vous étonner des décennies plus tard .

    A propos de Pelléas et Mélisande, il en est une qui m'a d'autant plus frappé qu'elle s'est produite dans des circonstances tout à fait spéciales, autrement dit à l'époque où, âgé 20 ans, j'effectuais mon service militaire.

    Je revois toujours cette scène inouïe... C'était le soir après l'exercice, dans un bistrot bruyant, et les copains parlaient musique en buvant bière sur bière. Je me tenais dans un coin, à peu près muet car il n'était bien sûr question que de rock. Mais de temps à autre je regardais un type assis à l'écart, fort comme une armoire à glace, sorte de "légionnaire au crâne rasé faisant peur à tout le monde", étonné quand même de constater que, comme moi, il ne disait pratiquement rien. Soudain, quelqu'un se tourne vers lui et lui demande avec ce mélange de respect et de crainte qu'inspire ce genre de lascar : "Et toi, c'est quoi ton truc en musique ?" Et je l'entends répondre d'un ton calme et sans réplique : "C'est Pelléas et Mélisande" ( ).

    Enorme choc, consternation chez les autres (aucun ne savait de quoi il s'agissait) et euphorie chez moi ... Croyant quand même à une boutade, je m'approche du gaillard, un soldat "mécanicien auto" d'apparence tout ce qu'il y a de moins raffinée, commençant à l'interroger avec prudence (c'était la première fois que je m'adressais à lui)... Pour apprendre bien vite que tout cela était parfaitement vrai : à l'occasion de son anniversaire, quelques semaines avant qu'il entre dans l'armée, ses parents lui avaient offert sur vinyl la version Ansermet-Maurane-Spoorenberg de l'opéra, et selon lui il écoutait ça "tout le temps", complètement subjugué, au point de connaître l'oeuvre pour ainsi dire par coeur (récitant et fredonnant des passages entiers de l'opéra, il m'en a donné ensuite des preuves saisissantes) ! Quant à moi, inutile d'ajouter que je croyais être sur une autre planète ...

    Bien qu'en tous points authentique, ce cas est évidemment extrême, et je n'en ai jamais retrouvé d'aussi stupéfiant par la suite.

    Mais ce soir-là j'ai acquis la conviction que la musique de Debussy pouvait aussi produire ce genre de "petit miracle" .

    Jacques

  13. #13
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    Moi, mon cher Jacques, je connais un légionnaire qui n'a jamais lu "La chèvre de monsieur Seguin", haha
    Plus sérieusement, j'ai toujours un ENORME respect pour les gens dont les goûts ne sont pas inscrits sur la figure, ni dans les manières.
    J'ai vécu une histoire analogue à la vôtre et qui peut évoquer le sketch des camionneurs de Jean Yanne, avec Paul Mercet.
    Un braconnier, à deux pas de chez moi, qui pose des collets. Moi, grand défenseur des animaux, je l'envoie paître ailleurs. Point de réaction du quidam. J'insiste, je vitupère, hurle, menace. Toujours rien. Autant souffler sur une éolienne pour faire fuir les nuages. Je m'approche de ce monsieur et constate qu'il a des écouteurs dans les oreilles. Je lui tape sur l'épaule, le regarde méchamment pour commencer puis je reconnais la musique. C'était la "Symphonie cévenole" de d'Indy. Je ne suis pas loin des Cévennes ici, dans le Velay, Haute-Loire. Authentique. Lui ai demandé d'aller "chasser" ailleurs. Aujourd'hui encore, je me demande ce que je lui aurais dit ou fait s'il avait écouté du Cherubini, haha

  14. #14
    Quote Originally Posted by Alfredo View Post
    L' anthologie Haitink de l'oeuvre orchestrale en deux CD avec le Concertgebow est une "référence" aussi, Non?....
    C'est très bien, sauf pour le prélude à l'après-midi d'un faune qui est complètement raté de bout en bout.

    Pour le reste, je sors la partition.

  15. #15
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    << C'est très bien, sauf pour le prélude à l'après-midi d'un faune qui est complètement raté de bout en bout.>>

    Je confirme: on dirait l'Adagietto de la 5ème de mahler, c'est tout dire!
    Sa version de Jeux souffre aussi d'hypotension, mais tout le reste est superbe, et quel orchestre!....

  16. #16
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    Quote Originally Posted by JYDUC View Post
    Un braconnier, à deux pas de chez moi, qui pose des collets. Moi, grand défenseur des animaux, je l'envoie paître ailleurs. Point de réaction du quidam. J'insiste, je vitupère, hurle, menace. Toujours rien. Autant souffler sur une éolienne pour faire fuir les nuages. Je m'approche de ce monsieur et constate qu'il a des écouteurs dans les oreilles. Je lui tape sur l'épaule, le regarde méchamment pour commencer puis je reconnais la musique. C'était la "Symphonie cévenole" de d'Indy. Je ne suis pas loin des Cévennes ici, dans le Velay, Haute-Loire. Authentique. Lui ai demandé d'aller "chasser" ailleurs. Aujourd'hui encore, je me demande ce que je lui aurais dit ou fait s'il avait écouté du Cherubini, haha
    Merci, Jean-Yves .

    C'est une très jolie histoire, qui confirme que les plus grandes "surprises musicales" surgissent parfois là où on les attend le moins (dans un bistrot rempli de pioupious ou, comme dans l'anecdote que vous avez évoquée, sur un chemin campagnard).

    Jacques

  17. #17
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    Je reviens maintenant à nos "moutons" ...

    En 2002, le pays d'Ernest Ansermet n'a pas manqué de célébrer le centenaire de la création de Pelléas et Mélisande, par diverses publications certes modestes mais d'un grand intérêt. Il y eut notamment ce numéro spécial de la Revue Musicale de Suisse Romande, avec en particulier, sous la plume de Serge Gut [Université de Paris-Sorbonne], une analyse si passionnante du langage harmonique de l'opéra de Debussy que seule sa longueur me retient de la reproduire ici :




    De ce numéro spécial j'extrais toutefois diverses citations montrant ce qu'ont dit de ce chef-d'oeuvre quelques éminents musiciens :

    "Dès les premières mesures de la partition, le mystère nous enveloppe et le problème se pose. Je me souviendrai toute ma vie de la première fois où j'entendis ce début. Pour la première fois, depuis que j'entendais de la musique, je ne sus pas discerner «avec quoi c'était fait». Pour un musicien, je crois que cela n'a pas de prix. Et je donnerais beaucoup pour retrouver une fois cette sensation de sortilège."
    [Désiré-Emile Inghelbrecht]

    "La sensibilité dans Pelléas est si forte, elle pénètre en nous si profondément, que parfois il semble que ne puisse et ne doive exister aucune autre musique. Griserie qui tournerait à l'extase paralysante... Il y a certes quelque chose de magique à ce charme. (...) Que faire ? Nier l'oeuvre, ou la fuir ? Je voudrais plutôt, la regardant en face et m'imprégnant de sa beauté profonde, ne pas oublier les plus belles sensibilités de jadis et de naguère. Le voisinage de Pelléas, infailliblement, tue le factice et la scolastique : mais les vrais classiques n'ont pas à le redouter."
    [Charles Koechlin]

    "On a pris Debussy pour un démolisseur et l'on s'est autorisé de son exemple, qu'on évoquait à faux, pour oser des besognes auxquelles il se fût refusé. De ce qu'il a eu le tort de ne pas toujours respecter ses ascendants, et parfois de leur décocher des boutades, on a conclu qu'il se posait en réformateur, alors que n'ayant d'autre volonté que d'obéir à des voix intérieures, il était simplement un artiste convaincu, passionné."
    [Maurice Emmanuel]

    "Dès l'apparition de Pelléas et Mélisande, ils [les critiques] se mirent à la tête des partisans de Debussy : dès ce moment, ils avaient décidé sa perte. L'oeuvre était inquiétante : ils la déclarèrent sublime, mais exceptionnelle. Le mot impasse fut prononcé; puis l'on attendit. Là-dessus, un grand nombre de jeunes gens s'avisèrent de vérifier les affirmations des critiques et découvrirent au fond de l'impasse une porte largement ouverte sur une campagne splendide, toute neuve."
    [Maurice Ravel]

    "Debussy fut le plus grand compositeur de notre temps. (...) En ce qui concerne ses oeuvres, la meilleure est sans aucun doute Pelléas et Mélisande (...). Cette oeuvre est également importante par le fait qu'elle rompt avec le système déclamatoire wagnérien et emploie à sa place une autre déclamation qui ressemble à la récitation. C'est en suivant la trace des anciens compositeurs français que Debussy est arrivé à ce mode de déclamation qui est en parenté lointaine avec la manière récitante des mélodies parlando de la musique populaire hongroise."
    [Béla Bartók]

    "Comme toujours, ce sont les épigones qui bâtissent des systèmes alors que le génie crée, par instinct. Je me demande si Debussy n'a jamais songé qu'il écrivait des «neuvièmes». Il en avait besoin, voilà tout. Entre autres leçons, Pelléas nous donne celle de la plus absolue sincérité, seul gage de l'immortalité."
    [Francis Poulenc]

    "La forme de l'oeuvre de Debussy est en flèche, tout y est tragédie qui tend vers son dénouement, en un crescendo qui n'est matériel que rarement, mais dramatique. Tout y est sans retour, sans symétrie, sans répétition, sans regard en arrière. Rien non plus n'y est de convention, ou préformé; sa règle est l'invention permanente."
    [André Boucourechliev]


    Jacques

  18. #18
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    La citation de Poulenc est à encadrer, à répeter, à crier sur tous les toits.
    La proclamer est un devoir moral et une oeuvre de salubrité publique:

    <<Comme toujours, ce sont les épigones qui bâtissent des systèmes alors que le génie crée, par instinct.
    Je me demande si Debussy n'a jamais songé qu'il écrivait des «neuvièmes». Il en avait besoin, voilà tout. Entre autres leçons, Pelléas nous donne celle de la plus absolue sincérité, seul gage de l'immortalité.>>
    [FONT=Tahoma]
    Je crois que c'est cette sincérité quasi impudique qui est ressentie comme une agression insupportable par beaucoup de ceux qui détestent cette musique.


  19. #19
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    De mon côté, je crois surtout que Debussy est TRES différent des autres compositeurs. Il a sa marque de fabrique. Aucun autre ne lui a ressemblé par la suite et lui-même ne donne pas l'impression d'avoir été beaucoup influencé par ses prédécesseurs. C'est une comète dont la queue éblouit les autres étoiles. Je comprends que l'on n'aime pas sa musique ; en revanche, je ne comrpends pas que l'on puisse en nier la qualité, ni même douter de l'honnêteté intellectuelle de ceux qui en sont fans. Peut-on dire qu'il était une sorte de Mozart, tant sa musique paraît intemporelle ?

  20. #20
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