Bonsoir Gilles, bonsoir Tahar,
Bon, et bien si nous pouvons débattre calmement, sans nous traiter de ceci et de cela, cela me convient parfaitement. Je ne commets que très rarement d'assertions gratuites. Je me souviens d'une longue conversation avec un ami compositeur belge de talent, directeur d'un ensemble que l'on ne peut en aucun cas taxer de réactionnaire au vu de ses créations, que les partitions qui affichaient des altérations à la clé (et donc qui renvoyaient à une notion implicite de tonalité

se voyaient systématiquement refusées par certains jurys au nom de la plus poussiéreuse des intransigeances.
Vous savez, si vous me connaissez un peu, que je n'ai jamais prononcé de discours de haine à l'égard de qui que ce soit. Comme vous pour Sallinen, MON goût se refuse à faire entrer dans mon petit panthéon mesquin Olga Neuwirth et tous les bruitistes que vous défendez (parfois avec beaucoup de brutalité

. Je connais leurs partitions, et j'y vois beaucoup de redites, ainsi qu'une prédilection pour le lugubre moite oppressant. Si cela reste d'un intérêt immense, je ne peux me convaincre qu'il s'agit là de la forme destinée à illustrer notre temps et représenter l'avenir. Et surtout je me refuse de faire de la politique à partir d'art. J'avais lu un commentaire sur Penderecki qui m'avait beaucoup peiné: ce n'est pas de sa faute si les "eurochouillards" lui vouent un culte. Je m'en moque absolument; la musique reste l'une des rares formes d'art où l'on peut encore exprimer une technique d'écriture vieille de plusieurs siècles. Il n'y a rien de réac à écrire une fugue, une sonate ou une passacaille dans les règles de nos jours, fugue qui dépasserait le côté "exercice". La technique, quelle soit utilisée sous une forme (Neuwirth) ou une autre (plus classique, dirons-nous) reste un objet dépourvu d'intention sociale ou politique (et c'est là où les partisans du réalisme socialiste dans la musique s'étaient planté; ils ont fait, en revanche, beaucoup de tort). A ma connaissance, Schönberg n'a jamais prétendu faire autre chose que de l'art (en politique, il était très conservateur); une révolution en musique n'a rien à voir avec la politique et c'est heureux. C'est la politique qui prétend annexer l'art et le régir, mais jusqu'à présent, peu ont vraiment réussi.
Bref, je n'aimerais pas tomber dans les digressions oiseuses, surtout après une fin de Réveillon. Dénoncer les pratiques primaires d'un public inculte qui ne tient qu'à flatter ses instincts est une chose ; le faire en dénonçant systématiquement le travail de personnes qui auraient choisi un mode d'expression différent en est une autre. Je pense qu'il doit être très douloureux d'entendre "au moins, vous, vous écrivez de la musique qu'on comprend !", si l'on est un artiste qui a choisi un mode qui lui convient. La liberté dont ils disposent aujourd'hui est énorme. D'une certaine manière, tout est à reconstruire. Ce serait bête de tout recommencer comme "avant", avec des oppositions de chapelles.
Rappelons tout de même l'infime pourcentage de personnes que cela concerne...
Bonne nuit et à demain!