Un petit jeu.
De qui est cet extrait de roman, dont je tais volontairement le titre ?
- Pierre Pelot
- Serge Brussolo
- Paul Guth
- Jean Giono
- Christian Signol
David, le jeune berger ardéchois, sentit de façon instinctive qu’il se passait quelque chose là-haut. Angoissé, il détourna son regard de la lune, qui était ronde et rousse, et fut victime d’un léger étourdissement. Sa tête oscilla cinq petites secondes avant de retrouver son assiette.
Il songea aussitôt à ce vieux proverbe lozérien : « Les comètes suturent la peau du ciel pendant que les étoiles filantes la tatouent ! »
Cela signifiait, en gros, que tout ce que l’on ne voit pas existe pourtant. Modeste, il taisait à ses rares connaissances, à son frère, que ces phrases en forme d’adages sortaient tout droit de son esprit fécond et toujours à l’écoute des nuages. Il les attribuait au terroir de régions proches et personne n’osait le contrarier, tant son humilité en aurait été égratignée au passage. Son verbe avait de quoi captiver l’auditoire mais il n’abusait pas de ce pouvoir d’hypnotiseur. Car, quand il s’en donnait la peine, il était capable de donner de la couleur aux mots, et ses chiens obéissaient à des ordres dignes de figurer dans un dico de citations. Il était devenu le collectionneur de ses propres pensées, chacune s’élaborant à la manière d’un bas-relief. D’ailleurs, ses phrases ressemblaient à des frises.
A la tombée de la nuit, David captait les messages émis par les cumulus, les nimbus, comme on lit son journal, le matin, à l’heure où d’autres partent travailler ou vont à la pêche.
Les brebis avaient été nerveuses aujourd’hui et il en comprenait, ce soir, la raison. Ces animaux placides avaient jadis motivé le dicton, apparemment.
Les ténèbres semblaient respirer avec peine et les clins d’œil des étoiles se faisaient moins aguichants. Il devina – ou bien la nature, sa complice, le lui souffla-t-elle – qu’un gros caillou volant avait déséquilibré le bel agencement du cosmos. A force de prier le ciel, il avait fini par en ressentir les tourments. Il le fixait avec une telle intensité qu’il devait aussitôt prendre sa tête entre ses mains, saisi de vertige. Dès lors, bons ou mauvais, les signes restaient-ils imprimés sur sa rétine longtemps après qu’il avait fermé les paupières. Il se murmurait à l’entour qu’il avait le pouvoir de lire l’avenir dans le vol lourd d’un héron cendré, dans les arabesques d’un faucon crécerelle sur le point de fondre sur un campagnol… Où qu’il allât, cette réputation le précédait, ombre anticipant vos pas afin de tester la qualité de la piste. Un jour, un villageois lui avait montré du doigt un bernache à cou roux, chef d’escadrille d’une formation d’oies sauvages migrant vers le nord, et lui avait demandé si son battement d’ailes un peu trop saccadé n’annonçait pas, par hasard, le décès d’un parent. Et pourquoi pas une naissance, hein ? L’homme semblait en attente d’un héritage. Un pareil égocentrisme était inadmissible.
David avait haussé les épaules, s’attirant les foudres du superstitieux pressé de s’enrichir.
« Ce don doit être nié jusqu’à ta mort, sinon il deviendra trop important et tu perdras cette indépendance à laquelle tu tiens tant. » se motivait-il en solitaire. Il parlait également au vent, à la brume, aux animaux…
Alors qu’il avait lu le ciel, les premiers symptômes apparaissaient toujours sans trop lambiner, stigmates du désarroi humain face à l’indomptable. Des fourmis dans les doigts, les orteils, pour commencer, puis des acouphènes, ces cigales de l’oreille, et des papillons devant les yeux. Un entomologiste en eût perdu son latin.
L’an dernier, n’avait-il pas juste eu le temps, dans la nuit, de mettre à l’abri son troupeau tandis qu’un tremblement de terre était sur le point de démolir la bergerie qu’il venait de retaper ? Il s’était levé en catastrophe, avant de constater que c’étaient surtout les bêtes qui l’avaient alerté de la menace sous-jacente, en bêlant. Le concert l’avait carrément éjecté du lit. Il avait d’abord cru à l’attaque d’un loup… mais c’était peut-être dû à l’orage qui grondait, au loin. Il y avait de l’électricité dans l’air et les brebis y sont très sensibles – plus que les humains, en tout cas. Il les avait entraînées au loin, accompagné de ses deux chiens, dans un pré où il assista, impuissant et trempé, au démembrement de sa ferme. Les éclairs illuminaient le paysage par saccades, comme lorsque ses grands-parents lui montraient des diapositives de leur pays natal, l’Espagne.
Il avait l’impression que c’était hier. Un début de céphalée le ramena de force dans le présent.




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mais que l'on ne peux observer en France. Sinon je ne sais ni lire ni écrire donc je ne sais pas qui se cache derrière ce texte...
( c'est d'ailleurs une blague d'ornithologue ça ! ) 