
Originally Posted by
Alfredo;82246
Plus sérieusement, je crois que Mallarmé insistait beaucoup sur la notion [B
"d'énigme" du poème[/B], et que cette notion d'énigme estindiscociable de la notion "d'obscurité préméditée" si on veut que le rapport entre l'oeuvre et le public fonctionne.
Une énigme c'est quelque chose qu'on ne "comprend" pas mais qui fascine, qui titille qui donne envie d'y retourner, de réfléchir, de chercher, de parler avec d'autres.
Pour moi la différence entre la sonate de Barraqué et le Gesang de Stockhausen se situe là.
Le mélomane lambda qui tombe par hasard sur la sonate de Barraqué à la radio zappe au bout de trois secondes parce qu'il n'y comprend rien et que cette incompréhension ne constitue pas pour lui une énigme intéressante.
Le même mélomane qui tombe par hasard sur le Gesang sans rien connaître de l'oeuvre ni de son auteur ni des conditions de sa génèse, ne "comprendra " peut-être pas plus, aura peut-être des réactions de fou-rire, de questionnement "Qu'est-ce que c'est que ce truc?" de désaveu apparent "C'est complètement dingue!..." mais l'écoutera jusqu'au bout, en reparlera à ces amis ou à sa femme: "ce matin j'ai entendu un truc complètement cinglé...", et derrière le désaveu apparent, l'hameçon de l'oeuvre aura "ferré", parce que l'effet énigme de l'oeuvre aura cette fois complètement fonctionné.
Illustration parfaite avec cette réaction de Vincent:
<< la comparaison avec le Gesang est instructive néanmoins, et finalement, après réécoute, c'est la pièce qui semble la plus prenante et la moins emm... de toutes. Conceptuelle ou pas, c'est radicalement bien fait >>