"Un jour, on rendra justice à Tournemire" (Olivier Messiaen)
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Je ne sais pas si ce jour est arrivé, ni s'il arrivera jamais... Compositeur fécond, connu surtout des organistes auxquels il laissa une oeuvre considérable, Charles Tournemire (1870-1939) a déjà été mentionné sur ce forum mais n'avait pas encore son "fil général". Comme je viens d'exhumer de ma collection des enregistrements de ses huit symphonies (6 disques) et d'une grande partie de ses compositions pour orgue (15 disques), je me risque à en ouvrir un, à toutes fins utiles. Ça me permettra de savoir, le cas échéant, ce que d'autres connaissent et pensent de cette musique. Quant à moi, je n'ai pas manqué d'être fasciné, il y a une dizaine d'années (époque où j'ai acquis ces disques), par l'envoûtement que peut procurer l'écoute de L'Orgue mystique. Quant aux symphonies, je m'étais demandé, vu leurs évidents mérites, pourquoi elles demeuraient si peu fréquentées.
Sur leur site, à propos d'un récital d'orgue, les "butineuses" présentent brièvement Tournemire en ces termes :
"Curieux personnage que Tournemire. À partir des années 1910, il se trouva sous l’emprise d’une radicalisation de sa foi à telle enseigne qu’il en devint irascible, fanatique, dévot et extatique tout à la fois, vouant aux gémonies tous ses contemporains – Widor, Vierne, Dupré, Duruflé – qui osaient ne pas le suivre dans sa croisade : la musique ne devait plus, selon lui, que servir le message catholique. Il semble qu’il finit par se suicider le jour de la Toussaint 1939 (dans un accès d’illumination ? On ne le saura que lorsque certaines archives seront ouvertes, en 2015).
Certes, ces quelques éléments biographiques ne doivent en rien ternir l’écoute de sa musique, faite de sincérité et de recueillement, fuyant tout exhibitionnisme mondain et toute brillance superflue et facile. Il fait preuve d’un goût exquis et d’une grande concentration de pensée, même dans l’expression la plus triomphante. [...]."
Et voici comment, dans le livret joint à un enregistrement de la Sixième Symphonie pour ténor, choeur, orgue et orchestre Op. 48 (Orchestre philharmonique de Liège et de la Communauté française dirigé par Pierre Bartholomée -- Auvidis Valois, 1995), le musicologue Harry Halbreich évoque quant à lui ce singulier compositeur (pardon pour le long "tunnel" qui suit, mais "abondance de biens ne nuit pas"... forcément
) :
"Le cliché du génie méconnu est tellement éculé qu'il a fini par susciter une méfiance fondée. Et pourtant : en écoutant l'oeuvre qui, à l'occasion du présent enregistrement, a connu sa première exécution près de huit décennies après son achèvement [1917/18], on demeure interdit. D'autant plus qu'on ne tarde pas à constater qu'il ne s'agit nullement d'un cas isolé, que bien d'autres partitions aussi considérables, voire davantage, de la même plume attendent toujours leur création et leur publication.
Il s'agit certainement là d'une situation unique. Car le nom de Charles Tournemire n'est pas inconnu, tant s'en faut. Seulement, sa réputation demeure uniquernent celle d'un organiste, improvisateur de génie et auteur du gigantesque Orgue mystique, recueil de cinquante-et-une pièces pour chacun des offices dominicaux de l'année liturgique, avec lequel Tournemire voulait créer à l'usage de l'église catholique un équivalent des Chorals d'orgue de Bach. Assurément, ces deux cent cinquante-trois pièces, représentant quelque douze à quinze heures de musique, pourraient constituer à elles seules l'oeuvre d'une vie. Mais elles ne représentent qu'une partie, importante il est vrai, d'une oeuvre pour orgue qui, de son côté, ne représente qu'une partie, et même pas la plus considérable, d'une production d'une envergure vertigineuse. Certes, la quantitié et le nombre à eux seuls ne signifient rien quant à l'importance d'un compositeur, et, tout comme chez son contemporain allemand Max Reger (dont la production pour orgue a également longtemps occulté le reste de l'oeuvre), tout n'est pas d'égale valeur chez Tournemire. Pour pouvoir s'en convaincre, il faudrait pour le moins avoir accès à cette musique, et de ce point de vue un fait demeure : jusqu'ici les déceptions ont été rares, les découvertes nombreuses.
Comme chez Reger, la simple numérotation par opus est trompeuse (il n'y en a "que" soixante-seize), car L'Orgue mystique tout entier n'en occupe que trois (55 à 57), tandis que l'opus 52 désigne à lui seul une immense trilogie d'oratorios de quelque trois heures de durée (Faust - Don Quichotte - Sains François d'Assise).
Notre stupéfaction s'accroît en découvrant que Tournemire a été le plus puissant symphoniste français de son temps, avec non moins de huit partitions de grande envergure dans une forme plutôt rare dans la musique française d'alors [...] (leur auteur n'entendit jamais les trois dernières, pas plus que l'imposante série des oratorios tardifs). Ici, nous observons une profonde coupure dans sa carrière de compositeur, coïncidant avec la Première Guerre mondiale. Car ses cinq premières symphonies, composées entre 1900 et 1914, furent toutes jouées à l'époque. Le tournant radical que prit l'esthétique musicale après 1918, un abîme culturel que notre fin de siècle [le XXème] commence seulement à combler, entraîna en effet la conséquence que Tournemire devint un compositeur travaillant "à contre-courant" : il n'y avait tout simplement plus aucune place dans la vie musicale pour ses créations grandioses et monumentales d'inspiration mystique. Non point que son langage musical fût vieilli ou dépassé, loin de là, il demeura pleinement au niveau de la tonalité élargie pratiquée alors, avec ses inflexions modales, voire polytonales, son orchestration est souvent étonnamment novatrice et audacieuse, ses formes n'ont rien de commun avec celles, traditionnelles, de la sonate ou de la symphonie classique, et ses rythmes, sous l'influence fécondante du chant grégorien, sont d'une souplesse et d'une liberté remarquables. Mais la France des années vingt et trente, celle d'Erik Satie, des "Six" ou du Stravinsky néo-classique, ne savait que faire de monuments sonores d'essence spiritualiste.
À présent que les créations grandioses de son héritier spirituel le plus authentique, encore qu'il n'ait jamais été son élève, Olivier Messiaen, se sont imposées dans les salles de concert du monde entier, peut-être l'heure de Tournemire a-t-elle enfin sonné. Mais seule une foi inébranlable en Dieu et en sa mission de créateur a pu lui permettre de continuer à créer ses œuvres monumentales en succession rapide, sans la moindre perspective d'une exécution ou d'une publication, pour ainsi dire "pour son tiroir" [...].
Charles Tournemire, né à Bordeaux le 22 janvier 1870 (son nom indique des origines méridionales, c'est celui d'une petite localité des Causses proche de Roquefort, célèbre pour son fromage), fait partie, de pair avec ses contemporains d'âge Louis Vierne et Guillaume Lekeu, des plus jeunes parmi les compositeurs ayant encore pu bénéficier, bien que peu de temps, de l'enseignement direct de César Franck, qui mourut en effet en 1890. C'est ainsi que, l'année suivante, Tournemire obtint son Premier Prix d'Orgue dans la classe du successeur de Franck, Widor. À vrai dire, il avait déjà occupé deux tribunes d'orgue dans sa ville natale à l'âge de onze ans !
Il paracheva sa formation de compositeur auprès de Vincent d'Indy, à la Schola Cantorum nouvellement fondée. En 1898, à vingt-huit ans, il succéda à César Franck à la tribune d'orgue de Sainte Clotilde (dans l'intervalle, elle avait été occupée par Gabriel Pierné), et la conserva jusqu'à sa mort. Comme organiste, il entreprit de nombreuses tournées internationales, qui le menèrent notamment en Allemagne et en Hollande (1908), en Russie (1911), puis, beaucoup plus tard, en Espagne (1934) et en Angleterre (1939). À partir de 1919, il enseigna également au Conservatoire de Paris. C'était un passionné de la nature, de la montagne (sa Cinquième Symphonie naquit dans les Alpes), mais surtout de la mer. Il passa beaucoup de temps dans la sauvage Île d'Ouessant, au large de la pointe occidentale de la Bretagne, où son épouse possédait une maison (sa Deuxième Symphonie s'intitule Ouessant). Il mourut brusquement à Arcachon sur l'Atlantique, non loin de sa ville natale, le 4 novembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale.
Les premières œuvres de Tournemire (il retira et même détruisit une grande partie de ce qu'il avait composé avant 1900) subissent encore fortement l'influence de Franck et de la Schola, mais son langage devint progressivement plus moderne, il assimila l'harmonie impressionniste de Debussy, et alla même bien plus loin par la suite. Même s'il rejetait les courants issus de Stravinsky, davantage sans doute pour des raisons spirituelles que de technique musicale, il connaissait parfaitement sa musique et celle de ses cadets, et lorsqu'il composa ses grandes symphonies (qui à l'exception d'un Poème pur orgue et orchestre [1910] forment l'essentiel de sa production orchestrale), il fut l'un des très rares compositeurs français de son temps à étudier de près la musique de Mahler. La présence quotidienne du plain-chant grégorien dans le cadre de l'église exerça sur son langage musical la même influence libératrice que sur celui de ses cadets Jehan Alain et Olivier Messiaen.
Son œuvre gigantesque embrasse tous les genres, y compris l'opéra, bien que parmi ses quatre partitions lyriques trois n'aient jamais été représentées. Seul son "drame antique" Les Dieux sont morts connut une création tardive à Paris en 1924, douze ans après son achèvement. Mais La Légende de Tristan (1925-26) et les cinq "épisodes lyriques" de Il Poverello di Assisi, l'une de ses dernières œuvres achevées (1938-39), attendent toujours leur première audition.
[...] Avec notamment deux grands Psaumes (1909 et 1913), il avait abordé de bonne heure la musique chorale avec orchestre, dont la Sixième Symphonie (...) demeure l'un des exemples les plus impressionnants, mais ce n'est qu'après avoir achevé sa dernière symphonie qu'il aborda la série grandiose de ses Oratorios : la Trilogie Faust - Don Quichotte - Saint François d'Assise, déjà citée (1921-29), la Quête du Saint-Graal (1926-27), exceptionnellement jouée de son vivant, à Lyon, en 1930, l'Apocalypse de Saint Jean (1932-36) et enfin La douloureuse Passion du Christ (1936-37).
S'il ne pratiqua que plus rarement la musique de chambre et la mélodie, il faut au moins citer dans ces domaines son unique Quatuor à cordes, Musique orante (1933), sa Sonate-Poème pour violon et piano (1935) et son cycle de mélodies Sagesse, d'après Verlaine (1908).
À l'exception du puissant Triple Choral (1910), ses œuvres principales pour orgue datent des douze dernières années de sa vie. De novembre 1927 à février 1932, il se consacra presque exclusivement au gigantesque projet de L'Orgue mystique. Parmi les œuvres ultérieures, il faut citer avant tout les Six Fioretti (1933), la Fantaisie symphonique (1933-34), les Sept Chorals-Poèmes sur les sept dernières Paroles du Christ (1935), les deux Symphonies pour orgue (Symphonie-choral, 1935, et Symphonie sacrée, 1936), enfin les Deux Fresques symphoniques sacrées (1938-39), ses toutes dernières pages achevées.
À peine moins fécond dans le domaine du piano, il nous laisse notamment un Poème mystique (1908), les 12 Préludes-Poèmes (1932) et le recueil des Études de chaque jour (1936) [...] "
Bon... J'en reste là pour aujourd'hui et reviendrai plus tard dire quelques mots (et montrer des images) des enregistrements que je possède d'oeuvres de Tournemire.
Jacques


, mais "abondance de biens ne nuit pas"... forcément
) :
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...
Que préfère Irmah la douce ?
)...




).
). De sorte que cette information n'était peut-être pas d'une importance capitale.
, merci Jacques (ainsi que Marcelo) 



(et semble préférer l'orgue à la musique symphonique
... J'ai pourtant redémarré quatre fois mon ordinateur, puis SM
... 