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Thread: Déodat de Séverac

  1. #41
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    Voilà . C'est probablement aussi mon dernier post sur ce fil.

    Pour ceux que ça intéresse (mais ce ne sera disponible qu'à partir de demain, vu que je ne vais pas laisser mon ordinateur tourner encore très longtemps cette nuit), je signale avoir ajouté sur ma liste SM, de Déodat de Séverac :

    1/ les cinq pièces de la suite pour piano En Languedoc, interprétées par Jordi Masó (c'est quand même grâce à lui que le nombre de posts de ce fil est passé en trois jours de 3 à 40 );

    2/ la Sonate inédite pour piano (oeuvre de jeunesse interprétée par Isabelle Legoux-Laboureau);

    3/ la pièce pour orchestre et voix féminines Nymphes au crépuscule, cette oeuvre "impressionniste en diable" (NB: en fait, elle figure sur ma liste depuis longtemps mais personne n'a encore eu la curiosité d'y jeter un coup d'oreille).

    Jacques

  2. #42
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    Chiarina la mentionnait, vous en rêviez, une grande surface à vocation à un moment culturelle l'a fait : le coffret Ciccolini/Séverac est en vente à 9€, mais, si vous achetez 3 disques dans cette série à 9€ (le coffret séverac compte pour un!), les trois sont payés 18... ma foi...

  3. #43
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Voilà . C'est probablement aussi mon dernier post sur ce fil.
    Euh... Pas tout à fait, dirait-on (mais certains petits retours en arrière ne font pas de mal, de temps à autre) .

    Ayant parcouru une fois encore le beau livre de Catherine Buser Picard (spécialiste suisse de Déodat de Séverac, elle se réfère souvent à Jankélévitch qui avait une perception et une connaissance intimes du langage du musicien), je me suis offert il y a quelques heures un nouveau - et très agréable - petit "voyage musical" dans le Languedoc et la Catalogne du début du XXème siècle (rien de tel, parfois, pour se ressourcer).

    Or, aux pages 909 [note 2] et 918 de l'énorme volume intitulé "Claude Debussy, Correspondance, 1872-1918" (Editions Gallimard, 2005), je suis tombé ensuite sur une petite anecdote se déroulant "en deux actes" et qui pourrait amuser certains. Voici ces faits, à tout hasard :

    "Louis Laloy raconte qu'après un concert de la Société nationale où l'on donnait l'une de ses mélodies, Déodat de Séverac avait vu venir à lui «un monsieur» qu'il ne connaissait pas et qui lui avait dit : «J'aime beaucoup votre musique». Il n'apprit que plus tard que c'était Debussy (Laloy, p. 134). Le concert en question était probablement celui du 11 mai 1901, au cours duquel furent interprétées deux mélodies de Séverac : L'Eveil de Pâques, Soleils couchants. Debussy avait assisté à ce concert où la Sonate pour piano de Paul Dukas avait été jouée pour la première fois par Edouard Risler et dont il avait rendu compte dans La Revue blanche (Debussy 1987, p. 47)".

    Presque exactement quatre ans plus tard, sa suite pour piano En Languedoc venant d'être publiée (Ricardo Viñes avait déjà joué deux extraits de l'oeuvre, le 18 février 1905, lors d'un concert de cette même Société nationale), Séverac eut alors l'aimable geste d'en faire parvenir un exemplaire dédicacé à Debussy. A la suite de quoi ce dernier, après avoir beaucoup tardé à réagir, se décida à écrire ce qui suit à Louis Laloy le 28 août 1905 : "(...) Si vous correspondez avec Déodat de Séverac, dites-lui qu'il ne me croie pas assez stupide pour avoir été insensible à l'envoi qu'il m'a fait. Il fait de la musique qui sent bon, et l'on y respire à plein coeur. J'ai malheureusement perdu son adresse; mais comment le remercier... ?"


    Jacques

  4. #44
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    Bonjour Jacques, et merci de ces deux textes!

    J'avais déjà vu citer la formule "de la musique qui sent bon", et je trouve que c'est un bien beau compliment (sous la plume de Debussy en tout cas).

  5. #45
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    Bonjour Lebewohl

    C'est en effet un beau compliment. A la fois en lui-même (la formule est bien trouvée, rattachant de façon heureuse la musique de Déodat de Séverac au magnifique "terroir" que ce dernier aimait tant) et parce que Debussy émettait rarement des avis aussi positifs sur la musique de ses contemporains.

    Albéniz aussi, d'ailleurs, a eu "droit" de la part de Debussy à des compliments un peu analogues.

    Jacques

  6. #46
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    Ecouter Deodat de Séverac dans les Aspres, région chère à Fernand Braudel, quand le mimosa est en fleur ça sent doublement bon !

  7. #47
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    Sans doute, Thierry (tout ça me fait rêver ).

    Voyant ce que j'avais écrit au début du premier post de ce fil, je me suis amusé à découper cette petite carte où l'on distingue tout en haut, à proximité de Montauban, le village de La Ville-Dieu-du-Temple, où mon grand-oncle paternel, venant des montagnes suisses (), s'était installé pour y cultiver la terre, et tout en bas vers la droite Saint-Félix-Lauragais, village natal de Déodat de Séverac (ces localités ne sont certes pas "tout près l'une de l'autre" mais c'est la même belle région, qui avait ébloui mon enfance) :



    Jacques

  8. #48
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    Montauban est 13ème au Top 14 ! Pas glop !

  9. #49
    Comment ne pas réagir au post de Jacques puisque je me trouve tout près de Toulouse à mi-chemin des deux villages dont il parle ?
    Je ne connais pas La Ville-Dieu-du-Temple.
    Saint-Félix-Lauragais est un très joli village dressé sur sa colline autour de l'église, au milieu d'une région dont le pastel faisait la richesse, il y a bien longtemps.

    Sur Déodat de Séverac, pour le moment je me contenterai de dire très banalement que sa musique est belle, vibrante de sensibilité, toute en finesse, finalement aussi très … allusive ? Avec peut-être une mention particulière pour "Coin de cimetière, au printemps " ( de la suite En Languedoc ) et bien entendu : "Sous les lauriers roses".

    Je ne connais que la musique pour piano …
    J'ai la version d'Aldo Ciccolini, elle me satisfait.

    Je ne me risquerai pas à d'autres commentaires, me contentant de renvoyer " les personnes intéressées " aux deux essais de Vladimir Jankélévitch qui se trouvent dans son livre : La Présence lointaine - Albeniz, Séverac, Mompou ( le Seuil ).
    Personne n'a mieux parlé de tout cela.

    Quelqu'un sait-il s'il existe un enregistrement du Coeur du moulin, drame lyrique sur un texte de Maurice Magre ( un Toulousain ) ?
    Jankélévitch en parle si joliment …

  10. #50
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    Bonjour Jean Louis . Et merci.

    En ce qui concerne l'opéra Le Coeur du Moulin, j'ai bien peur qu'il n'en existe à ce jour aucun enregistrement (pas même un extrait). La discographie que Catherine Buser Picard a mise à la fin de son livre, publié en 2007, est certes sélective mais il me paraîtrait étonnant qu'elle passe sous silence un enregistrement même partiel de cet opéra, vu son importance. Et je n'ai pas connaissance d'un quelconque enregistrement postérieur à la publication de ce livre, ni même d'un éventuel projet d'en réaliser un.

    Mais on peut toujours rêver... La parution en 2003 d'un enregistrement complet de l'opéra Polyphème de Jean Cras, par exemple, a montré que certaines résurrections inespérées avaient lieu parfois . Même s'il reste encore beaucoup de pain sur la planche.

    Cela dit, pour les curieux, je reproduis ci-après quelques passages de l'importante section que Mme Buser Picard consacre à cet opéra méconnu.


    "(...) L'action du drame se déroule dans le monde paysan du Languedoc à la fin du XVIIIe siècle. C'est le village de Saint-Félix qui apparaît en toile de fond.

    Le thème du Coeur du Moulin est assez semblable à celui de Pelléas, il y est question d'un amour malheureux, inaccessible : «drame de la séparation, de l'adieu et du bonheur défunt», écrit Vladimir Jankélévitch, mais ce thème est ici traité de façon beaucoup plus réaliste. Il met en lumière le triomphe de la sagesse paysanne, immuable et solide, sur le bonheur individuel promis par les séductions de la ville. L'argument, s'il n'est pas nouveau, n'en est pas moins profondément émouvant par son humanité vraie et sa sincérité. Le compositeur aurait même confié à son ami Joseph Canteloube qu'au fond, il ne l'aimait pas, mais qu'il l'avait «traité, car il y avait trouvé matière à créer des ambiances, des polyphonies chorales, des scènes dramatiques ou pittoresques, et à évoquer toute la poésie du pays de la terre». Le Midi n'est pas ici la contrée de la joie, de l'insouciance. L'œuvre baigne dans une tristesse profondément nostalgique qui tend à la détresse, à l'abandon, au tragique. «Le génie de Déodat de Séverac, poursuit Vladimir Jankélévitch, est celui de l'émotion tragique dans l'ourlet de la désespérance.» Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le compositeur utilise essentiellement le mode mineur tout au long de sa partition.

    L'une des grandes originalités du livret de Maurice Magre vient de son mélange de réalisme et de merveilleux. Contrairement à Debussy, Séverac puise son inspiration dans l'âme de sa terre languedocienne. Des personnages réels, bien vivants, paysans et vignerons languedociens, «terriblement actuels bien que situés dans un XVIIIe siècle imaginaire», côtoient des personnages allégoriques et poétiques : les voix de la nature et les souvenirs d'enfance (âme du vieux puits, voix de la terre, âme du moulin, fée des blés) non seulement évoquent la jeunesse du héros, mais font également référence à l'imaginaire populaire dans les traditions du monde rural. «Ils sont les voix intérieures du souvenir, liées à la terre, à cette terre qui est le personnage central implicite de l'œuvre».
    (...)
    Le Coeur du Moulin s'inscrit dans une lignée toute debussyste. L'influence de Pelléas est incontestable, notamment par l'utilisation, presque continue, du récit dramatique, par la couleur harmonique et par une palette orchestrale d'un raffinement remarquable. Le style vocal s'apparente au récitatif continu, mais il est entrecoupé ici de chansons de caractère populaire, ce en quoi il se distingue de l'opéra de Debussy. Séverac recherche avant tout l'adéquation entre rythme verbal et musical : leur rôle est de souligner les mots essentiels, de rendre sensibles les sentiments qui agitent les personnages et cela sans éclat ni violence.

    L'atmosphère du Coeur du Moulin est également très différente de celle de Pelléas. «Déodat de Séverac, écrit encore Vladimir Jankélévitch, si proche fût-il de l'impressionnisme - et son écriture subtilement fuyante, évasive même, en est la marque - était en même temps un élève de la Schola. D'où chez lui un sens de la structure, une fermeté d'écriture qui permet de libérer la sensibilité et l'intuition dans un cadre qui la conduit. De plus, il y a chez Déodat de Séverac quelque chose qui a manqué à Debussy, c'est la pratique de l'orgue, qui lui a servi de sol. D'ailleurs, malgré sa proximité de Debussy, l'atmosphère est différente, l'éclairage interne est différent, le sens de la lumière dans les tissus est différent. La lumière de Debussy est océane, celle de Déodat de Séverac est méridionale».
    (...)
    Le compositeur envisage de présenter sa partition au Concours de composition musicale organisé par la Ville de Paris. Il dépose le manuscrit juste à temps. L'oeuvre est retenue pour être entendue en séance plénière, où elle et néanmoins éliminée le 3 février 1904.

    Au printemps, Debussy prend connaissance du drame et encourage son confrère à l'exhiber au directeur de l'Opéra Comique, Albert Carré, qui se montre très intéressé. Une première audition de l'oeuvre est prévue dans le courant du mois de septembre 1905 dans le salon du critique musical Pierre Lalo. Le compositeur profite du temps qui le sépare de la représentation pour ajouter trois nouvelles scènes. Mais Carré trouve mille excuses pour ne pas assister à la lecture de la partition, qui est repoussée de semaines en semaines, au grand désarroi du compositeur. De nouvelles dates sont fixées, le 26 janvier 1906, puis le 12 février suivant chez Marguerite de Saint-Marceaux, où l'oeuvre sera donnée... en l'absence de Carré.
    (...)
    A la fin de l'année 1908 [après d'autres péripéties et diverses retouches apportées par le compositeur à sa partition], Carré tient enfin sa promesse et inscrit Le Coeur du Moulin à la saison suivante de l'Opéra Comique.
    (...)
    La première a finalement lieu le 8 décembre 1909. Albert Carré lui-même en assurait la mise en scène dans un décor représentant un village parmi les montagnes, vu au couchant et pendant la nuit, peint par Eugène Ronsin (1867-1938) et des costumes fidèles à ceux portés par les paysans du Languedoc réalisés par Louis Jou. Malgré un spectacle très défectueux et la suppression des intermèdes dansés, l'oeuvre remporte un succès plus qu'honorable.

    Manuel de Falla, qui a assisté à la générale, ne tarit pas d'éloges à son égard : «Cher Monsieur, Je viens d'entendre la répétition générale de Le Coeur du Moulin, et je ne veux pas laisser de vous exprimer combien je suis heureux d'avoir connu votre si belle oeuvre [sic]. Quand vous serez plus tranquille, j'aurai le plaisir d'aller vous voir. En attendant, veuillez agréer, cher Monsieur, mes félicitations les plus cordiales. Manuel de Falla»

    La critique est charmée par Le Coeur du Moulin dont elle apprécie l'authenticité et la simplicité. Au lendemain de la première, Pierre Lalo, dans le Feuilleton du Temps, relève «la spontanéité de l'inspiration, la jeunesse et la couleur délicieuse de l'invention mélodique. Le Coeur du Moulin a une délicatesse et une intensité qui charment et qui pénètrent : son oeuvre sort de la nature; elle est pleine de l'odeur du terroir, on y respire le parfum du sol. La lumière et l'ombre, le bruissement du vent, toute la vie de l'atmosphère frémissent dans sa musique, enveloppent son chant de vibrations fines, nuancées et changeantes».
    (...)
    Le Coeur du Moulin est néanmoins retiré après quatorze représentations. Il est repris par le Capitole de Toulouse à la fin de l'année 1912, où il est présenté assez médiocrement. (...)"


    Jacques

  11. #51
    Merci à Jacques pour ces précisions fort intéressantes sur Le Coeur du Moulin.

    Et mea culpa car une nouvelle recherche m'a conduit au lien suivant :

    http://www.classiquenews.com/voir/li...YYBD3XF7ICLPBA

    Une page où l'on apprend que l'Orchestre Symphonique de la Région Tours a enregistré en septembre 2009 … Le Coeur du Moulin pour le label Timpani, à paraître en … avril 2010 !
    Il y a même une video.

    A suivre donc …

  12. #52
    Merci pour cette excellente nouvelle!
    Jacques aurait-il des dons de divination?

  13. #53
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    (je reviens seulement maintenant, mon ordinateur ayant eu divers problèmes techniques dans l'intervalle )

    Bonjour Jean Louis et Gustave .

    J'adresse bien sûr un très grand merci à Jean Louis pour l'information qu'il a fournie hier soir. Dans le domaine musical, c'est même l'une des meilleures nouvelles que j'aie apprises depuis longtemps !

    Je ne crois tout de même pas avoir des dons de divination (ce serait trop beau )... En évoquant le cas de l'opéra de Jean Cras, c'était juste une petite "intuition"... Car je me souvenais avoir eu bon espoir, à l'époque, que l'enregistrement d'autres oeuvres méconnues du répertoire (et je pensais justement au Coeur du Moulin de Déodat de Séverac) viendraient peut-être ensuite .

    Jacques

  14. #54
    J'espère que l'ordinateur de Jacques va mieux …

    Qui cherche trouve :

    http://store.operapassion.com/cd10362.html

    J'attendrai sans doute malgré tout la sortie chez Timpani …

  15. #55
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    j'ai eu beau chercher je ne trouve pas d'enregistrement d'Heliogabale qui suscitait plus ma curiosité que Le Coeur du Moulin

  16. #56
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    ah oui c'est vrai qu'à l'époque l'ORTF diffusait beaucoup d'opéras donnés en version de concert, et en enregistrait certains!

  17. #57
    Moi aussi j'aimerais bien entendre cet Heliogabale.

  18. #58
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    et de qui est cet Héliogabale? (j'ai ptet raté un épisode, dans ce cas honte à moi)

  19. #59
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    Séverac, opéra créé pour les arène de Béziers (1910), présentant la particularité d'être probablement la première pièce classique incluant en plus de l'orchestre traditionnel, une cobla.

  20. #60
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    Mon ordinateur va mieux ...

    Puisant toujours à la même source, le livre de Catherine Buser Picard, j'en profite donc, puisque Fred Audin a évoqué Héliogabale, tragédie lyrique en trois actes créée en août 1910 aux Arènes de Béziers (paroles d'Emile Sicard, musique de Déodat de Séverac), pour montrer ci-dessous quelques photos et critiques d'époque relatives à cette oeuvre plus "rare" encore. Il ne semble en tout cas pas, contrairement au Coeur du Moulin, qu'elle sera bientôt enregistrée.

    -----------------------------------------------------------------------




    "(...) «Cette musique possède la double vertu de la force et de la simplicité, peut-on lire dans Musica.Une originale sensibilité s'y manifeste, régie par un goût excellent, une mesure pleine d'émotion». Et dans la Revue musicale : «M. Déodat de Séverac a traité ce grand sujet avec une grande intelligence de l'histoire comme de l'art dramatique et un talent supérieur. C'est un musicien très personnel, ardent, que nous aimons à placer dès aujourd'hui au premier rang, parmi les artistes français».

    Le style large et décoratif du langage musical, la sobriété de l'orchestration sont particulièrement appréciés (...), [mais] c'est surtout la présence de la cobla catalane au sein de l'orchestre traditionnel qui a suscité la plus grande surprise et remporté le plus vif succès : «Le rythme a chez eux une intensité et une énergie admirables. Dans Héliogabale, ils alternaient avec les bois ordinaires de l'orchestre les uns et les autres disant tour à tour les mêmes phrases ou les mêmes fragments de phrases. Chaque fois que c'était aux Catalans de jouer, le rythme prenait une netteté, un accent, un mordant incisifs et superbes. Chaque fois que c'était à nos instrumentistes, tout s'émoussait, s'amollissait, devenait faible et comme savonneux» [critique de Pierre Lalo].
    (...)
    Héliogabale est redonné l'hiver suivant aux concerts Hasselmans de la salle Gaveau à Paris où il reçoit un excellent accueil. Privée de son spectacle visuel, la partition n'en a rien perdu de sa saveur et le compositeur, très applaudi, doit revenir plusieurs fois saluer le public. Gabriel Fauré, qui assiste au concert, ne peut s'empêcher de s'exclamer : «C'est délicieux ! Et comme c'est simple, sans tout le chiqué que tant d'autres se croient obligés, pour faire de l'art, de mettre autour !... Séverac a quelque chose à dire, et il le dit tout simplement. Beaucoup n'ont rien à dire, alors ils font tout ce qu'ils peuvent pour masquer le vide...».

    Quant à Louis Hasselmans, il souligne le génie du compositeur qui parvient à «se renouveler complètement tout en demeurant lui-rnêrne» : «Il est surprenant de penser que la même main peignit avec tant de délicatesse l'émouvant tableau du petit village languedocien , et brossa avec sûreté, cette vigueur, cette maîtrise, les larges fresques d'Héliogabale. [...] En toutes ces pages, comme aussi en de nombreuses pièces pour piano et pour chant, on voit se dégager une personnalité haute et ferme, sans aucune restriction d'influence ou d'école. Déodat de Séverac aime la lumière, il ouvre largement ses fenêtres et laisse circuler à flot l'air pur».


    -----------------------------------------------------------------------

    Je reproduis aussi cette lettre, restée longtemps inédite, qu'Albert Roussel adressa en août 1910 à son "pote" Déodat de Séverac (le ton très familier, peu fréquent chez Roussel, s'explique par le fait que les deux compositeurs venaient l'un et l'autre de la Schola Cantorum, où ils s'étaient liés d'une solide amitié) :

    "Mon vieux Déodat,

    Je vois dans les journaux que ton Héliogabale a été vigoureusement applaudi, et, bien que je n'en sois pas surpris, cela ne m'en fait pas moins très grand plaisir. Si je n'avais pas eu, en ce moment, diverses affaires de famille assez urgentes m'empêchant de m'absenter, je serais venu à Béziers, je n'ai pas besoin de te dire combien volontiers, pour entendre ton œuvre et me réjouir des sonorités riches et précieuses que tu as dû y prodiguer. On ne fait pas toujours ce que l'on voudrait, et j'ai été bien privé de ne pouvoir me joindre aux camarades qui sont allés t'applaudir.

    J'attends avec impatience que Rouart fasse paraître la partition, mais cela ne me remplacera pas l'impression vivante du spectacle en plein air et l'émotion qui se dégage de pareilles journées !

    Je suppose que tu ne vas pas tarder à rentrer à St-Félix et que tu vas te remettre au travail. Viendras-tu à Paris avant le printemps prochain ? Où en sont les Antibel ? Ici il pleut et il fait froid !

    Si je n'avais pas mon travail en train qui absorbe une grande partie de mes journées, je ficherais le camp tout de suite vers des climats plus ensoleillés, et ma femme songe déjà à la plage espagnole ou provençale où nous nous réfugierons l'été prochain.

    Envoie-nous de temps en temps de tes nouvelles; ma femme me charge de toutes ses félicitations et de ses bien affectueux souvenirs pour toi, et je t'embrasse de tout coeur.

    Amitiés aux copains, ainsi qu'à Hasselmans.

    Albert Roussel"

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    Jacques

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