
Je suis resté songeur l'autre jour en me souvenant de la déclaration de Leonhardt: que la musique est devenue de plus en plus mauvaise à partir de l'époque de Beethoven, et que Beethoven, Schubert et tous les suivants étaient des arbres masquant une forêt de médiocrité (comparativement à la proportion d'excellents compositeurs au XVIIIe siècle). Je pense qu'il a en très grande partie raison. Les générations futures se sont construites en continuation de cette quête du génie miraculeux (qui, forcément, fait non seulement mieux, mais différent, nouveau). Or, l'esprit qui permettait l'émergence naturelle de compositeurs de génie (l'académisme laborieux des autres, en gros) s'est éteint dès lors que tout le monde a commencé à réfléchir à comment faire "différent" ou "nouveau" pour essayer d'être le nouveau génie.
Moi je viens la ramener sur ça: Leonhardt raconte n'importe quoi : au XVIIIe ce sont Haydn, Mozart, Bach et Gluck qui à la rigueur cachent la forêt. Parce que je nombre de mauvais compositeurs en perruque absolument cantonnés dans le train-train de ce qu'il appellent art est plus que proportionnellement important qu'au XIXe. A peine deux ou trois écoles, des poncifs à n'en plus finir, des orchestrations sans imagination. Exactement le genre de propos qui justifient le fait de devoir ressortir les fonds de poubelle de cette époque et de crier au génie devant la cantate d'intronisation du grand-duc Waldemar-Gontran XVIII von Reuss-Seiss-An-der-Schöne-blaue-Donau (au fond de la cour à droite) pissée par un castrat napolitain mal remis de son opération.
Alors, je dis non, tout simplement...