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Thread: Le piano français méconnu

  1. #21
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    Bonsoir jacques!

    J'aime bien les enregistrements de Parkin ( superbes Bax également ) mais connaissez vous ceux de Désirée N'Kaoua chez Polymnie et en deux disques ( je suppose qu'on tient là une intégrale ) je ne connais pas mais la rumeur dit que c'est pas mal du tout...

    thierry

  2. #22
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    Quote Originally Posted by Chiarina View Post
    Merci beaucoup, j'ai la partition des Dupont, et cela m'intéresse beaucoup de les entendre.
    Sinon, il semblerait que Simplify Media ne signale pas forcément les écoutes extérieures, comme je l'ai constaté avec Thierry récemment.
    En tous cas, je n'en ai pas encore parlé, mais grâce à vous, j'ai écouté à plusieures reprises les Fauré.
    Merci en particulier à vous, Chiarina .

    J'avoue que moi aussi je ne sais toujours pas exactement comment fonctionne Simplify Media. Il me semble parfois que ça joue, à d'autres moments pas (ou je vois des choses bizarres se passer), et il m'arrive d'être un peu "perdu". Je relève que je suis venu une fois écouter sur votre liste de superbes Lieder de Schumann, et j'en ai été très impressionné (magnifique interprétation, son excellent, etc.)

    Cela dit, j'ai maintenant effectivement mis sur ma liste quelques pièces des Heures dolentes de Gabriel Dupont, et si ça vous intéresse (à condition que tout marche bien) vous pourrez entendre comment elles "sonnent" quand on les exécute au piano. Ce n'est peut-être pas absolument génial, mais je trouve ça quand même très beau, et par moment très émouvant.

    Jacques

  3. #23
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    Quote Originally Posted by thierry h View Post
    J'aime bien les enregistrements de Parkin ( superbes Bax également ) mais connaissez vous ceux de Désirée N'Kaoua chez Polymnie et en deux disques ( je suppose qu'on tient là une intégrale ) je ne connais pas mais la rumeur dit que c'est pas mal du tout...
    thierry
    Bonsoir Thierry .

    Je ne sais pas si j'y ai fait allusion une fois sur ce forum, mais je suis toujours membre d'un forum composé surtout de Britanniques qui ne s'intéressent qu'à (et ne parlent que de) Bax ... Et ils s'appellent eux-mêmes "The Baxians" ("Les Baxiens") . Je n'y vais plus depuis belle lurette, car il faut s'exprimer en anglais exclusivement et ça m'intimide trop (il y a "du très beau monde", là-bas, beaucoup de gentlemen - et quelques ladies - très distingués et très sérieux).

    Cela dit, bien que je ne possède et ne connaisse pas cette version par Désirée N'Kaoua, je puis vous assurer que les "Baxiens" la tiennent en très haute estime. Ils ont par la suite formulé aussi beaucoup d'éloges à propos de l'intégrale que le pianiste britannique Ashley Wass a enregistrée récemment pour Naxos (il y a en fait 3 CDs pour le piano solo, et 1 CD d'oeuvres pour deux pianos, Wass étant alors secondé par Martin Roscoe). Et pour avoir une seconde version avec celle de Parkin, que je continue d'ailleurs à bien aimer, j'ai finalement acheté ces 4 disques Naxos, qui sont aussi excellents.

    Si vous ne connaissez pas les oeuvres pour deux pianos de Bax (notamment sa superbe Sonata for Two Pianos composée vers 1929), je vous recommande même l'achat au moins du 4ème disque Naxos de cette série : il est superbe, et comme d'abitude avec ce label il ne coûte que des "clopinettes" .

    Jacques

  4. #24
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    Ah! Oui! les oeuvres de Bax pour deux pianos je les aient découvertes sur le SM de Chiarina, c'est très chouette! Bon, concernant les Roussel de N'kaoua je vais quand même me débrouiller pour les écouter....

    bonne nuit!

    thierry

  5. #25
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    Quote Originally Posted by thierry h View Post
    Bon, concernant les Roussel de N'kaoua je vais quand même me débrouiller pour les écouter....

    bonne nuit!

    thierry
    Le fait que vous ayez, dans votre post auquel je répondais, féminisé par mégarde le prénom du pianiste N'Kaoua (en ajoutant un "e" à la fin de son prénom Désiré) m'a fait semble-t-il complètement dérailler, d'autant plus qu'il avait aussi été question à plusieurs reprises de la pianiste Marie-Catherine Girod ...

    Je mets donc les choses au point et corrige ma réponse : l'enregistrement du piano de Bax que les "Baxiens" tiennent en haute estime (en plus de celui de Parkin, et maintenant de Wash, avec une petite préférence pour ce dernier), c'est bien sûr l'enregistrement des quatre Sonates pour piano de Bax que Marie-Catherine Girod (et pas "Désirée N'Kaoua" !) a réalisé pour le label "3D" il y a maintenant pas mal d'années .

    Quant à Désiré N'Kaoua, il n'a jamais enregistré Bax, sauf erreur... Il a en revanche effectement enregistré le piano de Roussel, et je me réjouis de l'existence d'un tel enregistrement (ça étoffe les choses, ce qui est très heureux).

    Cela dit, et en résumé, je ne connais ni les enregistrements Bax de Marie-Catherine Girod, ni les enregistrements Roussel de Désiré N'Kaoua. Mais ça me plairait évidemment beaucoup de les connaître un jour .

    Bonne nuit !

    Jacques

  6. #26
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    Plus proches de nous dans le temps, quatre compositeurs ont laissé des oeuvres pour piano remarquables, et pas si souvent jouées:

    Henri Sauguet d'abord a laissé quelques pièces pour piano, dont une très belle sonate en ré en trois mouvements que Billy Eidi a enregistré et joue quelquefois en concert.

    André Jolivet, que le jeune Pascal Gallet a joué en concert ( à l'Archipel à l'automne 2002 en particulier dans une salle pas bien pleine) en même temps qu'ils les enregistrait.
    On a parlé de certaines de ces oeuvres pour piano sur les anciens forums: dans une production diverse et variée en termes d'importance, au moins Mana, les danses rituelles et la sonate pour piano en trois mouvements sont des oeuvres remarquables.

    Maurice Ohana, dont les études d'interprétation et les 24 préludes ont trouvé de beaux interprètes avec Jean-Claude Pennetier, Jean-Efflam Bavouzet et Marie-Josèphe Jude. Là encore, on en avait parlé sur les anciens forums.

    Enfin, François-Bernard Mâche dont Naxos nous a fait découvrir la musique pour deux pianos sur ce disque fascinant:



    Juste pour illustrer que le piano français méconnu ne couvre pas seulement la période allant de la fin du XX ième siècle à la seconde guerre mondiale, mais qu'on en trouve aussi dans la période allant de 1950 à aujourd'hui.

  7. #27
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    Quote Originally Posted by Jacques View Post
    Cela dit, j'ai maintenant effectivement mis sur ma liste quelques pièces des Heures dolentes de Gabriel Dupont, et si ça vous intéresse (à condition que tout marche bien) vous pourrez entendre comment elles "sonnent" quand on les exécute au piano. Ce n'est peut-être pas absolument génial, mais je trouve ça quand même très beau, et par moment très émouvant.
    Jacques
    Je les écoutais hier soir en écrivant mon lmessage et je réitère en ce moment.
    J'aime beaucoup cette musique qui évoque bien sûr Debussy, mais en plus incarné et plus dramatique.

  8. #28
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    Encore plus incarné et encore plus dramatique que Debussy?? eh bien...

  9. #29
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    Quote Originally Posted by lebewohl View Post
    Encore plus incarné et encore plus dramatique que Debussy?? eh bien...
    Je ne trouve pas les Images, les Etudes ou la plupart des Préludes le soient tellement....?

  10. #30
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    Quote Originally Posted by Tahar Mouslim View Post
    Juste pour illustrer que le piano français méconnu ne couvre pas seulement la période allant de la fin du XIX ième siècle à la seconde guerre mondiale, mais qu'on en trouve aussi dans la période allant de 1950 à aujourd'hui.
    Bonjour Tahar, et merci pour ces pistes intéressantes .

    Je reconnais que c'est un peu arbitrairement (et aussi parce que je fréquente davantage et connais un peu mieux la période d'avant la seconde guerre mondiale) que j'avais envisagé cette "restriction". Mais il va de soi que la période postérieure est du plus grand intérêt aussi, et pas seulement au travers du piano de Messiaen par exemple (quant à lui régulièrement fréquenté).

    Je me permettrai donc d'évoquer peut-être aussi (NB : sur un autre fil j'avais d'ailleurs déjà fait allusion en passant à un disque Dutilleux - Jolivet - Auric, avec Marie-Catherine Girod comme interprète, à nouveau) deux ou trois autres enregistrements intéressants que je connais en rapport avec cette période.

    Jacques

  11. #31
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    Quote Originally Posted by Chiarina View Post
    Je ne trouve pas les Images, les Etudes ou la plupart des Préludes le soient tellement....?

    Les études, j'en conviens, mais images et préludes, ma foi...

    (mais bon... comme il est dit dans "Snoopy" : "définissez incarné et dramatique!"...)

  12. #32
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    Quote Originally Posted by Chiarina View Post
    Je les écoutais hier soir en écrivant mon lmessage et je réitère en ce moment.
    J'aime beaucoup cette musique qui évoque bien sûr Debussy, mais en plus incarné et plus dramatique.
    Comme vous avez utilisé à très juste titre les termes "incarné" et "dramatique", j'en profite, Chiarina , pour reproduire ci-dessous un petit commentaire figurant sur le livret de l'album [Cybelia] où Daniel Blumenthal interprète les Heures dolentes de Dupont (je rappelle que pour ce compositeur, qui était de santé fragile et mourut de maladie à l'âge de 36 ans, c'était si j'ose dire vraiment "du vécu") :


    "Ce grand cycle de morceaux pour piano par Gabriel Dupont fut composé entre 1903 et 1905. C'est un véritable cycle de pièces suivant le thème ou la perspective d'un malade dans sa chambre voyant, et entendant, ce qui se passe autour de lui. Ce cycle commence assez calmement par des descriptions de temps et des heures successives de sa journée. Ensuite, et inéxorablement, la crise s'annonce dans la dernière moitié de l'oeuvre jusqu'à la culmination dans l'avant-dernier morceau. Dupont laisse à l'auditeur le soin de décider si le dernier morceau représente le calme après une guérison ou simplement le calme d'une chambre de malade devenue chambre de mort.

    "L'oeuvre, qui montre certaines influences de style (Wagner, Liszt, Fauré, Saint-Saëns, etc.) est néanmoins très personnelle. Il n'est pas surprenant de voir la dédicace "Au Maître Humperdinck" en entendant beaucoup d'allusions aux procédés de Wagner, puisque certains thèmes reviennent au long du cycle.

    "Les Heures dolentes sont un monument de la musique pour piano du début du XXème siècle et inédit en disque."


    J'ajoute pour ma part, parmi ces influences, pas mal de "climats" et tournures (notamment harmoniques) empruntés à Debussy en effet. Mais un Debussy qui s'exprimerait au travers de son "moi" intérieur, en montrant "explicitement" ce dernier, et non en suggérant les choses comme le "peintre" génial qu'était Debussy, qui laissait à celui (ou à celle) qui "regarde" [en l'occurrence écoute] le soin de retrouver - ou pas - ses propres émotions. En d'autres termes, Dupont était encore un vrai romantique, ce que Debussy n'était pas (ou plus).

    Jacques

  13. #33
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    Quote Originally Posted by Chiarina View Post
    (...) il semblerait que Simplify Media ne signale pas forcément les écoutes extérieures, comme je l'ai constaté avec Thierry récemment.
    J'avais déjà repéré ce problème, je pensais que cette option d'utilisation avait été supprimée volontairement par les concepteurs de SM ; pour m'en assurer j'ai posé la question à Emmanuel Saint-Loubert, patron de SM et membre de ce forum.

    Il ignorait l'existence de ce problème ! il s'agit donc probablement d'un bug.
    Une mise à jour du software (build 1080) vient d'être faite.

    Si qqun pouvait me permettre vérifier si cette mise à jour fonctionne, ce serait sympa. Pour ce faire :
    - d'abord effectuer la MàJ
    - ensuite écouter une ou deux petites choses sur mon compte SM, afin que je voie si ça re-fonctionne

    Merci ! je ne reviens pas avant ce soir

  14. #34
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    A propos de la relation établie entre Dupont et Debussy, il est amusant de constater que dans le morceau "Des enfants jouent dans le jardin" (le douzième du cycle Les Heures dolentes), Dupont utilise à maintes reprises le thème de la chanson enfantine "Nous n'irons plus au bois", qu'affectionnait beaucoup Debussy (ce dernier l'a même cité dans plusieurs de ses oeuvres).

    Cela n'a bien sûr rien de très surprenant en soi, vu ce qu'il voulait décrire. Mais compte tenu de la date de composition du cycle (1903-1905), on peut se demander si Dupont n'avait pas entendu et tout particulièrement aimé () "Jardins sous la pluie", la dernière pièce des Estampes de Debussy (1903) ...

    Jacques

  15. #35
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    Bon ... Je poursuis tant bien que mal mon petit tour d'horizon (très personnel et lacunaire) de ce que j'ai appelé "le piano français méconnu". Avec cette fois-ci Ernest Chausson [1855-1899] et Albéric Magnard [1865-1914].

    Il semblerait que leurs oeuvres pour piano seul ne soient pas suffisamment abondantes pour remplir décemment un disque entier (en tout cas un CD par compositeur), de sorte qu'il faut souvent aller les chercher dans des ensembles plus vastes (cf. Chausson) ou sous la forme d'agréables compléments à des disques de musique de chambre par exemple (cf. Magnard).

    Mais ce sont souvent de fort belles choses, avec parfois un délicieux petit parfum "fin de siècle" (le XIXème !).... En particulier le cycle intitulé "Quelques danses" Op. 26 (1896) de Chausson, que Debussy aimait paraît-il beaucoup, ou les pièces de la suite pour piano "Promenades" Op. 7 (1893) de Magnard, qui sont de souriantes évocations de paysages des environs de Paris que le compositeur dédia à sa future épouse Julia Creton.

    Voici les albums que je possède et où figurent ces oeuvres (le premier, avec aussi le piano de Franck et de Dukas par Jean Hubeau, est évidemment un coffret de 2 disques) :






    Je précise encore juste, s'agissant de Chausson, que j'avais déjà notamment trois versions de son Concert pour violon, piano et quatuor à cordes Op. 21 (dont une, célèbre, avec Itzhak Perlman, Jorge Bolet et le Juillard Quartet) quand j'ai entendu pour la toute première fois une pièce composée par lui pour le piano seul. C'est dire à quel point cette partie modeste (mais de qualité) de son oeuvre "ne court pas particulièrement les rues" ...

    Jacques

  16. #36
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    J'essaie d'avancer encore un peu, pendant que j'en ai le courage et avant que ce fil ne parte en eau de boudin .

    Toujours au travers d'albums combinant musique de chambre et piano seul, voici deux compositeurs qui méritent, je crois, beaucoup plus que l'oubli dans lequel ils semblent être tombés.

    Elève de d'Indy et de Roussel à la Schola Cantorum, Paul Le Flem [1881-1984... sic] était comme Guy Ropartz (dont je ne retrouve hélas plus le disque d'oeuvres pour piano que je possède, alors que je l'avais encore en mains il y a à peine un mois) un compositeur breton. Son Quintette pour quatuor à cordes et piano (1909) est au moins aussi impressionnant, aussi "monumental" que celui de Florent Schmitt (deux oeuvres à découvrir de toute urgence par ceux qui ne les connaîtraient pas encore). Il n'y a malheureusement, car ce sont de "vrais petits bijoux", que trois pièces pour piano seul sur le disque de Paul Le Flem que je montre ci-dessous : Par Landes (1907), Le Vieux Calvaire (1910) et Avril (1912).

    Maurice Emmanuel [1862-1938], qui naquit la même année que Debussy (il eut d'ailleurs comme lui notamment Ernest Guiraud pour professeur), était quant à lui non seulement un fin compositeur mais un véritable érudit : il soutint en Sorbonne une thèse remarquée de doctorat-ès-lettres intitulée "Essai sur l'orchestique grecque d'après les monuments figurés", et il enseigna l'histoire de la musique au Conservatoire de Paris de 1909 à 1936. Messiaen, qui fut son élève, déclara plus tard avoir été "converti à la musique modale" par une oeuvre de Maurice Emmanuel composée en 1913 et intitulée Trente chansons bourguignonnes du Pays de Beaune. Comme la Sonate [ou Trio] pour clarinette, flûte et piano (1907), les Six Sonatines pour piano d'Emmanuel, dont la composition s'échelonne de 1893 à 1925, sont tout autant de "vrais petits bijoux".

    Voici ces deux disques :



    S'agissant des pianistes, je précise que c'est Armand Bex qui interprète les pièces de Paul Le Flem, et... (devinez qui... ) Marie-Catherine Girod celles de Maurice Emmanuel ().

    Jacques

  17. #37
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    Encore un petit bout de chemin, à vrai dire pas si commode .

    Car il est pratiquement impossible de faire le tour d'un compositeur aussi original et complexe que Charles Koechlin (1867-1950), dont la musique représente pour beaucoup une sorte de "pont" entre Debussy et Messiaen.

    Avec sa grande barbe et ses airs de vieux savant un peu excentrique, Koechlin s'intéressa à tant de domaines différents et variés (la philosophie, la littérature, la Grèce antique et l'Orient, en particulier la Perse et l'Inde, mais aussi le cinéma américain et beaucoup d'autres choses assez inattendues) qu'on a presque le tournis à l'étude de son oeuvre abondante : plus de quarante grandes compositions pour orchestre, plus de cinquante pièces de musique de chambre, plus d'une centaine de mélodies, de nombreux morceaux et cycles pour piano, des pièces pour orgue et pour choeur, etc.

    Un détail amusant concernant Koechlin m'a beaucoup intrigué quand je l'ai appris : à l'âge de 67 ans (c'était en 1934), après l'avoir seulement vue et entendue au cinéma, Koechlin tomba follement amoureux de la star américaine - d'origine anglaise - Lilian Harvey, au point de lui consacrer ensuite presque deux ans de sa vie. Il composa notamment pour elle deux séries intitulées "l'Album de Lilian" (Op. 139 et Op. 149) pour soprano, flûtes, Ondes Martenot, piano et clavecin, avec des mélodies aussi étonnantes que "Keep That School Girl Complexion" célébrant l'effet bénéfique du savon Palmolive sur la peau merveilleuse de la belle actrice . Il alla sauf erreur jusqu'à lui en envoyer la partition dédicacée, accompagnée d'une lettre d'amour. Mais la méchante ingrate, à Hollywood, n'en fit aucun cas ... Elle avait bien d'autres soupirants que ce "doux dingue" à la musique si compliquée, et probablement d'autres préoccupations plus terre à terre .

    J'ai bien entendu un enregistrement de ces cycles surprenants, où ils sont couplés avec "Vers le soleil, sept monodies pour Ondes Martenot" Op. 174, et "Stèle funéraire pour trois flûtes à tour de rôle" Op. 224.

    Du piano de Koechlin, j'ai ces quatre albums (le troisième est double) :





    En ce qui concerne le style de ce piano, je me borne à reproduire ci-après un extrait du texte figurant sur le livret joint au premier album, rédigé par Michel Fleury :

    "L'œuvre pour piano de Koechlin n'est pas de celles qui se donnent aisément. Le pianiste y chercherait en vain les vertiges pyrotechniques ravéliens, ou la luxuriance des arabesques décoratives de Schmitt, si aptes à mettre en valeur sa virtuosité. Non que la musique de Koechlin soit d'une exécution aisée : l'austérité apparente de l'écriture dissimule de réelles difficultés pour qui se propose de mettre en valeur les qualités poétiques indiscutables de ces œuvres.

    "Leur polyphonie, aussi légère et déliée qu'indispensable moyen de l'expression musicale, ou en d'autres moments les agrégations harmoniques d'une profusion presque orchestrale, réclament un contrôle subtil des sonorités par l'interprète. Mais pour peu qu'il se donne la peine d'en trouver la clef (un pianiste me disait un jour : "le mode d'emploi"), c'est un univers de rêve et de beauté qui s'ouvre à lui, pour le plus grand bonheur de l'auditeur. La personnalité complexe et souvent contradictoire du musicien se reflète dans l'important corpus d'oeuvres qu'il a destinées au piano. Elles se répartissent entre deux pôles : dans un premier groupe s'affirme une prédilection pour une écriture contrapunctique à la fois serrée et claire, dans un contexte harmonique simple, diatonique et teinté de modalisme. L'autre catégorie donne la prééminence à l'harmonie : ici Koechlin laisse libre cours à son imagination, et conçoit un milieu sonore complexe, expérimentant volontiers la polyharmonie (superposition d'accords appartenant à des tons différents) ou l'atonalité. Ces agrégats sonores largement espacés entre le grave et l'aigu, qui s'enchaînent avec une grande subtilité, excellent à créer un climat d'une poésie diffuse. Avec eux, la musique s'ouvre sur l'évocation de contrées lointaines, légendaires, sur le mystère d'un univers voué à la contemplation d'une beauté tranquille, presque immatérielle. Le rythme s'allentit, et de longues courbes mélodiques s'épanouissent alors avec plénitude sur les grands accords feutrés comme l'arrière-plan auréolé de brume d'un paysage : monde de résonances subtiles dont la modernité fait le lien entre les Préludes debussystes et le piano de Messiaen, et qu'il est possible de relier à l'esthétique post-impressionniste (...)."

    Jacques

  18. #38
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    Ça m'étonnerais pas qu'on ouvre un fil sur Koechlin...

    Pour le piano je ne connais que les Heures persanes. Mais je préfère la version orchestrale... A mon goût c'est plus parfumé et coloré...

    thierry

  19. #39
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    Bon ... à chaque fois que je me suis aventuré sur ce pont entre Debussy et Messiaen ... je n'y ai jamais trouvé de vipères et j'ai laissé tomber. Je vais tenter à nouveau l'expérience, merci Jacques

  20. #40
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    Quote Originally Posted by thierry h View Post
    Ça m'étonnerais pas qu'on ouvre un fil sur Koechlin...

    Pour le piano je ne connais que les Heures persanes. Mais je préfère la version orchestrale... A mon goût c'est plus parfumé et coloré...
    Bonjour Thierry .

    Je connais aussi les deux versions des Heures Persanes, et j'ai la même impression que vous. C'est une oeuvre toute de lenteur et d'onirisme, fascinante mais quand même assez répétitive, et ça "passe" en effet mieux avec l'orchestre. Le reste du piano de Koechlin (ou en tout cas ce que j'en connais au travers des disques que j'ai montrés) est en revanche bien plus varié et coloré d'emblée. Ces autres pièces, il me semble, sont suffisamment "pianistiques" pour se passer d'une éventuelle orchestration susceptible d'en améliorer l'effet.

    Un fil de discussion sur Charles Koechlin serait intéressant. Mais bien que je possède pas mal de disques de son oeuvre pour orchestre, de sa musique de chambre et de ses mélodies, je n'ai pas trop le courage de l'entreprendre moi-même .

    Je suis quand même en train de réécouter certaines choses qu'il a composées pour l'orchestre (notamment Le Buisson ardent Op. 171 et Op. 203 d'après un épisode de "Jean-Christophe" de Romain Rolland), et c'est assez impressionnant ...

    Jacques

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