Bonsoir Alfredo. Bonsoir Vincent
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Merci, Alfredo, d'avoir précisé votre pensée. Je comprends désormais beaucoup mieux le sens de votre remarque. Ma réaction un peu épidermique venait de ce que la musique de Chausson, en dépit de ses maladresses, fait depuis longtemps partie de mon "jardin secret" (j'avais aussi réécouté il n'y a pas très longtemps son Quatuor avec piano Op. 30, dont les coloris empruntés à Debussy m'enchantent), et je croyais devoir "prendre sa défense". Mais je vois maintenant que ce n'était pas du tout nécessaire...
Cela dit, passant par la F*** en fin d'après-midi, j'ai eu l'heureuse surprise de voir que Lekeu y avait un compartiment spécial au rayon classique (pas besoin, donc, de chercher sous "compositeurs dont le nom commence par la lettre L"). Maigre moisson, cependant, car il n'y avait dans ce compartiment qu'un seul disque, récent (enregistrement réalisé le 9 avril 2008 en l'Eglise Evangélique de Saint-Marcel à Paris) mais au minutage un peu chiche, que j'ai fini par acheter quand même après quelques instants d'hésitation.
Le voici :
D'une longueur peu commune (50 minutes), bien plus "beethovenienne" que "serre chaude", cette Sonate pour violoncelle et piano est pour le moins impressionnante.
Comme Philippe Mathieu la décrit fort bien dans son texte de présentation, je me borne à en reproduire ci-après un large passage :
"(...) La Sonate pour violoncelle et piano en fa fut rédigée en avril 1888, mais Lekeu ne la fit jamais publier, et on retrouva son manuscrit dans ses papiers après sa mort, avec un finale bizarrement interrompu. L'énigme divise les musicologues : laissa-t-il l'œuvre inachevée, ou seule la dernière page fut-elle égarée, comme le pensent certains ? Toujours est-il que la Sonate fut pieusement complétée par Vincent d'Indy, qui ajouta une brève fin saisissante. On serait presque tenté dès lors de la considérer comme une œuvre collective, mais l'expressivité douloureuse des deux amples mouvements initiaux n'appartient qu'à Lekeu. Si habile et remarquable compositeur qu'ait été d'Indy, jamais rien d'aussi bouleversant n'est sorti de sa plume, même si l'on reste stupéfait que quelque chose de semblable ait pu être écrit par un jeune homme encore lycéen ! Le génie et la souffrance n'attendent décidément pas le nombre des années !
Les mouvements de cette œuvre sont d'une longueur et d'une complexité plutôt inhabituelles en musique de chambre. Ainsi, le premier dure-t-il davantage que chacune des Sonates op. 102 de Beethoven. Il fait alterner tout au long des sections aux tempi différents, marquées Adagio malinconico puis Allegro vivace e molto appassionato, développant un procédé déjà utilisé par Beethoven dans sa sonate «Pathétique» opus 13 ou par César Franck dans sa Symphonie. Certains reprochent au jeune compositeur des défauts de construction. Mais on peut en dire la même chose que Schumann au sujet des «divines longueurs» de Schubert (selon son expression devenue depuis lors consacrée) : qu'importent-elles devant tant d'idées, aussi belles et expressives ?
La Sonate s'ouvre par une longue plainte du violoncelle, à laquelle répond un jaillissement enflammé du piano. Tout le mouvement sera fondé sur la dialectique de ces deux motifs, tantôt le piano entraînant le violoncelle dans ses explosions passionnées et révoltées, tantôt à l'inverse la plainte dominant le discours, devenant même terrible, martelée fortissimo, mais parfois semblable à ces récitatifs douloureux insérés par Beethoven dans ses Sonates pour piano nos 17, 28 ou 31. Un troisième thème intervient plusieurs fois, une sorte de choral apaisé, un hymne céleste et consolateur.
Le deuxième mouvement, Allegro molto quasi presto, s'ouvre et se conclut par une étrange figure anguleuse, aux dissonances crues, aux interruptions brutales, semblable à des ruades. Cette bizarrerie inédite dans la musique du temps anticipe sur les innovations de Bartok ou Stravinsky. On serait tenté de l'interpréter comme une vision cauchemardesque d'une créature maléfique telle que le Scarbo d'Aloysius Bertrand qui inspirera plus tard Ravel pour son Gaspard de la Nuit. Entre ces deux brefs moments extrêmes, différentes musiques alternent étrangement, semblables à des métamorphoses de la figure initiale, qui se développe de manière plus suivie et mélodieuse, ou sous forme de polyphonie mystérieuse, voire de danse stylisée, élégante et presque galante, laissant même par moment passer quelques échos de la plainte initiale, comme si le mouvement hésitait entre différentes directions et humeurs, là encore selon un procédé expérimenté par le finale de la grandiose Sonate opus 106 «Hammerklavier» de Beethoven.
Le mouvement lent, Lento assai e con molto di malinconia, est un immense chant de douleur contenue, presque tout entier énoncé à mi-voix, dans une atmosphère de recueillement et de résignation sublime. Il faut attendre le troisième tiers de cette page pour que le compositeur hausse le ton, labourant d'abord lourdement les graves, avant de laisser échapper une plainte éloquente tissée de cris déchirants, avant une fin simplement murmurante.
Le Finale, bizarrement court, est titré Épilogue. Après une brève explosion de puissance, il retrouve la plainte déchirante initiale, et la musique semble ensuite s'abîmer dans le silence d'une douleur indicible. Puis sur des trémolos apparaît comme une vision terrifiante (la Mort ?). Quelques notes aiguës répétées du piano, qui évoquent un glas funèbre se muant en une clochette impatiente qui appelle à un achèvement, quelques notes graves en réponse d'un violoncelle abattu, constituent la conclusion la plus étrange et la plus sidérante qui soit, comme une dissolution de la musique et de l'individu."
Jacques

. Bonsoir Vincent
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). Maigre moisson, cependant, car il n'y avait dans ce compartiment qu'un seul disque, récent (enregistrement réalisé le 9 avril 2008 en l'Eglise Evangélique de Saint-Marcel à Paris) mais au minutage un peu chiche, que j'ai fini par acheter quand même après quelques instants d'hésitation. 

), je viens d'acquérir encore celui-ci, avec à son programme Introduction symphonique aux "Burgraves" (en deux parties, composées en 1889) et, surtout, la cantate Andromède qui valut à Lekeu d'obtenir en 1891 un deuxième Second Prix de Rome belge :

